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Les inondations de la Somme, établir les causes et les responsabilités de ces crues, évaluer les coûts et prévenir les risques d'inondations (rapport)

 

2. Une crue de nappe

L'accumulation des pluies pendant une longue période a entraîné une hausse exceptionnelle du niveau des nappes et leur « vidange » naturelle très lente dans le fond de la vallée. Le système hydraulique du bassin n'a pas été en mesure d'évacuer un tel afflux.

a) Une saturation du sous-sol et des sols
(1) Le cycle normal des nappes

Ainsi qu'il l'a été dit, le bassin de la Somme est constitué presque uniquement de craie, recouverte de limons eux aussi très perméables. Le relief y est peu prononcé. Dès lors, le ruissellement est faible et la quasi-totalité de l'eau de pluie qui n'est pas reprise par l'évaporation s'infiltre dans le sol et le sous-sol.

En année normale, les précipitations d'automne, plus importantes que l'évaporation, contribuent à saturer le sol. A la fin de l'automne et en hiver, les pluies tombent sur un sol saturé. La plus grande partie des eaux excédentaires s'infiltre alors dans le sous-sol. Elle traverse verticalement la zone non saturée avant d'alimenter la nappe, dont le niveau monte. Le niveau de cette dernière étant plus haut sur les plateaux que dans la vallée, l'eau s'écoule alors horizontalement dans le sous-sol jusqu'aux sources qui drainent la nappe et forment les rivières. Plus le niveau de la nappe est élevé, plus le débit des sources, et donc des rivières, est important. Il augmente ainsi normalement à l'automne.

Au printemps, l'évaporation devient plus importante que la pluviométrie et augmente encore en été. Les plantes puisent dans la réserve d'eau accumulée dans le sol et l'infiltration dans le sous-sol s'interrompt. En revanche, l'écoulement horizontal de la nappe se poursuit, contribuant à l'alimentation des rivières. Au fur et à mesure de cet écoulement, la nappe se vide progressivement ; son niveau baisse en même temps que le débit des rivières diminue, pour atteindre un minimum en début d'automne. Puis le cycle recommence.

(2) Les événements du printemps 2001

Lors d'un hiver très pluvieux, la recharge de la nappe de craie peut être particulièrement importante. Cette situation a été observée en 1988 puis en 1994. Lorsque plusieurs hivers successifs sont très pluvieux, les effets deviennent cumulatifs. La nappe monte, le débit des rivières augmente.

Un phénomène supplémentaire se produit parfois, généralement en hiver ou à la fin de l'hiver. A la suite de pluies intenses et de la hausse du niveau de la nappe, la zone non saturée passe brutalement à l'état saturé ce qui provoque la mise en mouvement subite de la masse d'eau qui y était retenue.

Selon M. Thierry Pointet, ingénieur au BRGM : « le phénomène est encore mal connu, il est inconstant, sporadique (...). On pense qu'il est prévisible si des moyens ad hoc sont mis en place. Il peut donner à une crue une dimension catastrophique s'il coïncide avec de très hautes eaux de nappe. Cette coïncidence, bien qu'exceptionnelle, s'est produite en 2001 ».

Les inondations ne sont donc pas dues, comme cela se produit sur d'autres bassins, à des intensités de pluies exceptionnelles, ni même à la seule pluviométrie trois fois supérieure à la normale du mois de mars, mais à l'accumulation de pluies depuis le mois d'octobre.

Au début de l'automne, la nappe d'eau souterraine atteignait déjà un niveau élevé en raison des nombreuses intempéries survenues au cours des deux années précédentes.

Les précipitations exceptionnelles qui se sont alors abattues sur la Somme et la hausse du niveau de la nappe ont provoqué non seulement une augmentation des débits des sources pérennes mais également l'apparition de sources temporaires dans des vallons habituellement secs, du fait de l'élévation de la nappe au niveau du sol.

En dépit de l'existence d'instruments de mesure du niveau des eaux souterraines, cette crue a pris tout le monde au dépourvu.

(3) Un phénomène méconnu

Le niveau des eaux souterraines est mesuré par des piézomètres. Il s'agit d'instruments de mesure -plus ou moins sophistiqués- utilisant des forages existants pour apprécier la profondeur de la surface de la nappe, c'est-à-dire l'épaisseur de sous-sol non saturé, susceptible d'emmagasiner des quantités d'eau supplémentaires. Le bassin de la Somme en compte soixante-trois.

Cependant, les dispositifs de suivi des nappes ne sont pas utilisés aux fins de prévision des crues ni d'alerte, mais de mesure de la quantité30(*) et de la qualité des eaux souterraines.

Il faut reconnaître que le phénomène des crues de nappe est exceptionnel. Selon le BRGM, les inondations des affluents de l'Oise et de l'Aisne en 1995-1996 avaient des causes comparables mais la montée brutale de la nappe n'avait pas été aussi forte.

* 30 Selon le BRGM : « L'eau souterraine en France ne pêche pas par manque d'abondance. Certes on déplore des baisses de niveaux provoquées ou accentuées par des prélèvements qui se manifestent par des dénoyages d'ouvrages existants, des assèchements de sources ou le tarissement de petits cours d'eau alimentés par des nappes. De 1990 à 1998, la nappe de la Beauce a connu une baisse durable de niveau qui a alerté les gestionnaires, baisse due à la concomitance d'une augmentation des prélèvements et d'une période de recharge inférieure à la normale. A proprement parler, les effets directs ont été mineurs : une baisse de six mètres de la surface libre d'une nappe de 200 mètres d'épaisseur et quelques assèchements d'ouvrages peu profonds. Les effets indirects ont été plus importants et abondamment mis en évidence : assèchement et eutrophisation des cours d'eau périphériques, augmentation de la concentration en nitrate de la nappe. Depuis 1999, la recharge est revenue à un taux élevé, la nappe est remontée bien plus haut que sa hauteur moyenne... ».