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Les inondations de la Somme, établir les causes et les responsabilités de ces crues, évaluer les coûts et prévenir les risques d'inondations (rapport)

 

b) Le sentiment de solitude des élus

Les missions de chacun de ces acteurs -sur lesquelles la commission d'enquête reviendra plus loin- ont été exercées d'une manière généralement appréciée par la plupart des personnes entendues par la commission d'enquête.

En revanche, les critiques ont porté principalement sur les délais de mobilisation des services, les hésitations des premiers jours ayant alimenté le sentiment de solitude des élus.

M. Alain Gest, président du conseil général, élu pour la première fois à ces fonctions le 23 mars 2001, a observé que la survenance des crues dans cette période post-électorale « n'avait pas favorisé une réaction normale de l'ensemble des acteurs ».

Il a cependant considéré que, dans les premiers jours, la préfecture avait mal apprécié la gravité du phénomène, convenant toutefois de la bonne mobilisation des services dans la suite des événements.

Enfin, il a regretté la faiblesse des matériels disponibles pour faire face à la crise (pompes, etc), ce qui impliquait inévitablement des délais de réaction.

M. Gilles de Robien, député-maire d'Amiens, a déploré que l'État n'ait pas, à l'origine, réagi « à la mesure de la catastrophe », regrettant que l'armée soit arrivée avec 15 jours de retard.

Les maires de localités moins peuplées ont également exprimé à une délégation de la commission d'enquête leur désappointement devant le démarrage difficile de la gestion de crise.

Mme Annie Roucoux, maire de Pont-Rémy, a relevé que, pendant les huit premiers jours du sinistre, la gestion de la crise avait été essentiellement supportée par la commune, et regretté que les services préfectoraux ne soient pas intervenus plus rapidement. Quant à M. Nicolas Lottin, conseiller général de Saint-Valéry-sur-Somme, il a exposé, de manière anecdotique mais significative, comment il lui avait fallu attendre un délai de onze jours pour obtenir la construction d'une digue ...

En revanche, selon M. Claude Lefrou, « la montée en puissance de la réaction des administrations, et en particulier de l'État, a été, en fonction de la prise de conscience progressive de l'ampleur du phénomène et de ses conséquences, régulière, constructive et massive ».

L'insuffisante réactivité des services peut être liée à la difficulté qu'ils ont éprouvée -comme l'ensemble des acteurs- à prendre conscience de la dimension d'un phénomène dont la progression a, il est vrai, été lente.

Elle peut aussi s'expliquer par la difficulté à mobiliser dans des délais très brefs, hommes et matériels, situation qui a conduit plusieurs personnes entendues à proposer la création de formules de « veille », prêtes pour des interventions d'urgence.

Ainsi, le Général Gaubert, chef d'état-major de la zone de défense de Lille, a-t-il suggéré l'instauration d'un « piquet d'intervention », constitué d'une équipe de spécialistes intégrables d'urgence dans une cellule interministérielle de crise.

M. Jean-Yves Moracchini, responsable de la cellule interministérielle de crise, a également proposé que cinq membres du corps préfectoral et cinq administrateurs civils formés et expérimentés soient, en permanence, prêts à intervenir pour le traitement d'une crise grave. En cas d'urgence et si les difficultés dépassaient les moyens du département, deux membres de cette équipe effectueraient une mission exploratoire pour déterminer sans délai la procédure qui serait la plus adéquate (type de renforts, création d'une cellule interministérielle, etc).

La proposition ci-après de la commission d'enquête a pour objet de favoriser une réactivité plus rapide des services de l'État :

Proposition n° 21 : Doter le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) d'une cellule pouvant être chargée d'évaluer sur place la nature d'une catastrophe afin de déterminer sans délai, si nécessaire, la procédure exceptionnelle la plus adéquate.