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Les conséquences de l'évolution scientifique et technique dans le secteur des télécommunications

 

B. LA TÉLÉSANTÉ

Les domaines de la santé font partie de ceux dans lesquels les applications de progrès de la chaîne télécommunications-informatique sont les plus avancés, le plus souvent grâce aux apports, en parallèle, des micro ou des nanotechnologies.

Elles reposent le plus souvent sur le couplage de capteurs et de réseaux de transmission.

Les capteurs, miniaturisés ou non, sont :

- soit des systèmes d'alerte comme ceux qui permettent à des malentendants ou à des aveugles d'être avertis des dangers auxquels les expose leur environnement. Ils se présentent sous la forme d'un bracelet-montre qui capte les signaux acoustiques extérieurs et retransmet des vibrations à l'utilisateur ;

- soit des systèmes de surveillance, sous la forme d'implants ou de bracelets, qui contrôlent, par exemple, les différents aspects du rythme cardiaque ou des taux de glycémie ;

- soit encore des systèmes d'assistance thérapeutique directe (libération contrôlée des médicaments ou évaluation cellulaire directe de leurs effets thérapeutiques).

Ces capteurs sont, en général, reliés à des réseaux.

A titre d'illustration, l'expérience pilote « Télémédica » qui sera, sous peu, menée dans des zones rurales éloignées en Norvège et en Grèce, vise, à l'aide de capteurs, à donner des informations sur les paramètres clés de la santé des patients. Données qui seront envoyées par une communication sans fil à l'ordinateur du patient. A l'aide d'un logiciel approprié, et en relation Internet, avec des professionnels, cet ordinateur sera à même de préconiser soins et examens.

La raréfaction du nombre de médecins par habitant dans certaines régions françaises commande d'accorder de l'importance à ces techniques.

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Les recherches et les développements de ces améliorations des systèmes de surveillance et de soins arrivent à des stades de maturité proches de la mise sur le marché.

C. LE TÉLÉENSEIGNEMENT

Dans une société où l'avantage compétitif repose, au moins autant, sur la mise en oeuvre des connaissances que sur l'accumulation du capital ou la libre disposition des matières premières, les possibilités d'accès au savoir qu'offrent les nouvelles technologies de communication sont devenues un enjeu social et économique.

Ceci pose le problème de l'introduction, dans nos sociétés, des modes d'apprentissage qui y sont liés.

A cet égard, vos rapporteurs souhaitent évoquer trois problèmes.

En premier lieu, se profile un problème de maîtrise économique qui a des incidences culturelles fortes.

Confronté à un vide et à un besoin, le marché a répondu. De façon beaucoup plus prompte outre-Atlantique, et avec un triple danger pour l'Europe :

- le danger d'un retard sur un marché éducatif appelé à se développer très rapidement. En 1998, on évaluait le chiffre mondial de la formation professionnelle à 63,6 milliards de dollars, dont 62 milliards pour la formation professionnelle traditionnelle, et 1,6 milliard pour la formation professionnelle à distance ; en 2004, ce chiffre atteindrait 78 milliards de dollars, dont 34 milliards pour la formation à distance. Et dont 14 milliards en Europe mais 1,6 milliard en France12(*).

Or, dès maintenant, les États-Unis sont très en avance sur le marché de l'accès et du contenu de ces formations professionnelles à distance, ce qui implique à terme qu'ils seront en mesure de concurrencer l'offre européenne avec des produits amortis sur leur propre marché.

- une forme de « macdonaldisation » du savoir, les modèles, les contenus et les structures d'apprentissage étant peu à peu alignés sur ceux des États-Unis,

- l'extension, par l'intermédiaire de ce vecteur d'acquisition de la connaissance, de la domination, déjà quelque peu excessive, de la langue anglaise. Et ceci dans le secteur de la formation qui est, par nature, consubstantiel à l'apprentissage et à l'utilisation des langues nationales.

Ensuite, et sans qu'il soit besoin d'insister sur un aspect de cette question qui est connu, il est clair que le téléenseignement -en d'autres termes l'accès à un mode d'acquisition des connaissances qui deviendra prévalent à un horizon de 10 ans- est un terrain d'élection privilégié des inégalités correspondant à ce qu'on appelle le « fossé numérique »13(*).

Ceci entre le Nord et le Sud mais également sur le territoire français.

Étant précisé que, comme pour le télétravail, cette inégalité est double : d'accès aux réseaux mais également d'accès économique aux équipements et aux logiciels.

Enfin, l'irruption de cet apprentissage direct, non médiatisé par la formation professionnelle ou l'Éducation nationale, posera sous peu des problèmes d'adaptation et de légitimation à nos structures d'enseignement et de formation, dont les réseaux risquent d'être déstabilisés et délégitimés.

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Au terme d'une présentation des principales évolutions scientifiques et techniques du secteur des télécommunications, dont vos rapporteurs ont désiré qu'elle s'en tînt à l'essentiel - et d'une description de quelques uns des changements économiques et sociaux que cette évolution ne manquera pas de produire, vos rapporteurs souhaitent, à nouveau, souligner l'importance de la mutation en cours.

Au début des années quatre-vingt, on utilisait la métaphore du nénuphar doublant de surface chaque année, pour symboliser l'agressivité de conquête de certains marchés par l'industrie japonaise.

Cette image correspond assez bien à l'effet d'accélération à venir de l'emprise des nouvelles techniques de communication sur l'économie et le corps social.

C'est dire que chaque année de retard mise au déploiement de ces techniques, à leur utilisation dans l'économie et à l'introduction de leurs usages sociaux peut avoir des conséquences fâcheuses.

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* 12 Études IDC France, citée par « Enjeux » (juin 2001)

* 13 mais qui ne fait que reproduire et amplifier les inégalités existantes.