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Les conséquences de l'évolution scientifique et technique dans le secteur des télécommunications

 

CHAPITRE II :

LES PROBLÈMES LIÉS À LA DIFFUSION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE TÉLÉCOMMUNICATIONS

La nécessité, évoquée dans le chapitre précédent, d'assurer l'accomplissement de la mutation technologique du secteur, s'impose d'autant plus, lorsque l'on considère les conditions actuelles de sa diffusion économique et sociale.

En effet, pour que la nouvelle économie puisse se mettre en place, il est indispensable que l'ensemble de ses segments progresse en même temps. De telle sorte que ses usagers puissent se voir offrir des services interopérables, indépendamment de leur activité professionnelle, de leur implantation géographique ou de leur situation résidente ou nomade.

Il serait naturellement illusoire d'escompter qu'un changement qualitatif brusque permette à ces nouvelles technologies de s'imposer. Mais, plus simplement, il importe de relever que leur déploiement -qui n'en est qu'à son début- doit être continu.

Cependant, le cheminement progressif qu'implique cette diffusion est complexe. Et il est actuellement freiné par trois types de facteurs : la crise des secteurs de l'informatique et des télécommunications, les incertitudes pesant sur l'ampleur et le rythme du déploiement de l'Internet haut débit sur le territoire et les difficultés de confrontation de l'offre de services avec l'appropriation de leurs usages.

I. LE RALENTISSEMENT IMPUTABLE À LA CRISE DU SECTEUR

Examiner actuellement la situation du secteur des télécommunications, rayonnant il y a deux ans dans un monde en pleine expansion, et, aujourd'hui première victime, dans un monde en crise économique, s'apparente un peu à laisser glisser le regard de gauche à droite sur les tympans des cathédrales : des promesses du paradis aux horreurs de l'enfer.

Une approche fondée sur les cycles économiques conduit à relativiser cette métaphore car le retour à la croissance bénéficiera mécaniquement à un des secteurs les plus dynamiques.

Mais, à l'examen, il apparaît aussi que la crise de la chaîne télécommunications-informatique résulte de facteurs propres, pouvant donner lieu à des enchaînements inquiétants à terme.

A. LES FACTEURS PROPRES À LA CRISE DE LA CHAÎNE TÉLÉCOMMUNICATIONS-INFORMATIQUE

Le propos de vos rapporteurs n'est pas de déterminer les rapports d'antériorité entre la crise des secteurs des télécommunications et de l'informatique et le ralentissement de l'économie mondiale.

Mais d'analyser ce qui, dans cette crise, revient en apanage à ces deux secteurs : la conjonction d'un phénomène classique de ralentissement de la demande et d'une rétroaction disproportionnée de l'économie financière sur l'économie réelle.

1. Un phénomène classique de ralentissement de la demande

· La saturation du marché

Il est parfaitement normal que deux secteurs, qui ont enregistré une croissance continuelle depuis plus d'un quart de siècle, connaissent une stabilisation de la demande. Sur ce plan, les télécommunications et l'informatique entrent, pour une part de leur activité, dans une phase de maturité, comme toute autre branche.

Le ralentissement de la demande doit également s'analyser au regard des prévisions optimistes des uns et des autres, qui ont abouti à des situations de surcapacité dont la sanction se traduit cruellement par des plans de suppression d'emplois sur l'ensemble des deux filières de l'informatique et des télécommunications.

· Un double palier d'usages

Mais, à bien y regarder, l'aplatissement des courbes de vente d'ordinateurs, de logiciels, de serveurs ou de téléphones portables relève de causes plus complexes qu'une simple crise d'ajustement de l'offre à la demande.

Car, si ce mouvement est la résultante d'une manifestation, somme toute parfaitement classique, d'un état d'affaiblissement de la demande et de surcapacité de l'offre, il procède, aussi, d'un double palier d'usages.

Les usages des services et des équipements de base d'informatique et de télécommunications sont, peu à peu, entrés dans les moeurs, comme en leur temps le téléphone ou la télévision. Leurs utilisateurs, professionnels ou privés, se limitent à un taux normal de renouvellement d'équipements, le plus souvent, pour accéder à des fonctionnalités (accès à la toile, courrier électronique, réseaux d'entreprise, téléphonie mobile, etc.) qui sont proposées sur le marché depuis déjà quelque temps. Bien que la demande correspondante asseye des taux de progression dont se contenteraient la plupart des autres secteurs d'activité, elle ne suffit plus à insuffler au secteur le dynamisme qui était le sien.

A l'opposé, les nouveaux services et beaucoup de nouveaux équipements liés à l'introduction de l'Internet haut débit, fixe ou mobile, ne sont pas encore totalement disponibles.

Le lissage de ce porte-à-faux, qui consistait à diffuser le plus largement possible les résultats d'une première révolution technologique, tout en préparant, à des coûts très lourds en recherche et en déploiement, l'introduction de la seconde, était tendu. Mais l'on pouvait estimer que les bénéfices de la première révolution technologique nourriraient les investissements de l'autre.

En 2000, deux évènements financiers ont perturbé cette anticipation raisonnable, mais non acquise : l'éclatement de la bulle boursière américaine et les conditions d'attribution des licences de téléphonie mobile de troisième génération dans les principaux pays européens.