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Les conséquences de l'évolution scientifique et technique dans le secteur des télécommunications

 

B. UN ENCHAÎNEMENT INQUIÉTANT À TERME

Sur la base d'une vision classique des cycles économiques, on peut assez valablement conjecturer que les secteurs des télécommunications et de l'informatique surmonteront ces crises. Somme toute, qu'un retour à la normale prendra place après les évènements boursiers et les anticipations exagérément optimistes de l'offre.

Le problème est de savoir quand.

Or, d'une part, sans même prendre excessivement en considération le prédicat keynésien selon lequel « à long terme, nous serons tous morts », il est important pour l'ensemble de l'économie mondiale que ces secteurs, qui ont un rôle moteur dans la croissance, retrouvent le plus tôt possible un niveau d'équilibre satisfaisant.

D'autre part, l'on sait qu'en sortie de crise il y a des gagnants et des perdants. Et il est essentiel que les acteurs français et européens fassent plutôt partie des premiers que des seconds - vis-à-vis de leurs compétiteurs américains ou japonais.

Et à cet égard, le prolongement de la crise peut avoir un effet pervers : celui d'accroître -dans un secteur où l'effort de recherche est essentiel- le sous-financement d'ensemble des grands pays européens, déjà accentué dans le domaine des nouvelles technologies.

On sait que la France (2,2 %), l'Allemagne (2,3 %), le Royaume-Uni (1,9 %), l'Italie (1 %) et l'Espagne (1 %) consacrent une part moins importante de leur PIB à la recherche que les États-Unis (2,8 %), la Finlande (2,9 %) ou la Suède (3,8 %).

Mais ces données d'ensemble masquent des écarts de financement encore plus importants dans les domaines de l'informatique et des télécommunications.

L'effort de recherche américain est principalement concentré sur deux secteurs -dont celui de la filière télécommunications-informatique- dans lequel la recherche duale (c'est-à-dire opérée par le département de la défense américain, et par la NASA pour l'espace, sur des programmes militaires) est déjà dix fois supérieur dans ce domaine aux efforts de recherche de l'Union européenne et des États qui la composent.

On sait la part que le département de la Défense américain (DoD) -dont le budget annuel de recherche est de l'ordre de 24 milliards de dollars- a prise dans l'avènement des nouvelles technologies d'information et de télécommunication. Mais on observe un phénomène nouveau depuis quelques années.

Auparavant, la recherche duale consistait à activer les capacités de recherches civiles à partir de besoins militaires prédéfinis. Actuellement cette perspective se renverse.

Les acquis de la recherche civile entrent maintenant dans la définition du champ des besoins militaires et bénéficient à leur tour, beaucoup plus directement qu'avant, des contrats de recherche militaire.

Les mécanismes des ATD (Advanced Technology Demonstration) et des ACTD (Advanced Concept Technology Demonstration) sont très représentatifs de ce processus qui permet de valoriser les technologies émergentes en recherchant et en expérimentant leur potentiel d'application militaire. L'objectif de ces ATD et ACTD est de ramener à 18 mois maximum le délai entre l'apparition d'une nouvelle technologie et son emploi par les armées, et donc indirectement par le secteur civil.

Le lien entre les études amont de défense et les universités renforce également ce processus favorable à la veille technologique. Il permet par un soutien financier et par des échanges avec les laboratoires des universités de favoriser l'innovation technologique et ses débouchés.

Ajoutons que ni l'importance des masses financières en cause, ni les synergies qu'elles permettent de provoquer ne permettent de mesurer totalement l'avantage que les entreprises américaines du secteur de l'informatique et des télécommunications retirent de cette aide. Les procédures de contractualisation souples sous lesquelles cet appui est attribué contrastent fortement avec la lourdeur des procédures de l'Union européenne.

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A défaut d'un redressement sur ce point, les pays européens, déjà distancés dans les domaines des microprocesseurs et des logiciels, perdront l'avance qu'ils avaient réussi à acquérir dans le domaine des télécommunications.