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Fait au nom de la commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan

24 juin 2002 : Inde Pakistan : de la crise au dialogue ? ( rapport d'information )

 

 

2. La diversité, une richesse pour l'Inde

Comme le Pakistan, mais à l'échelle d'une population de près d'un milliard d'habitants, l'Inde n'est pas constituée d'une population homogène. Les trois critères d'hétérogénéité sont traditionnellement la caste, la langue et la religion.

. Les castes

La division par caste de la société est une des spécificités les plus originales de l'Inde. Elle paraît d'ailleurs difficilement déchiffrable pour l'étranger puisque nombreux sont les interlocuteurs indiens qui refusent de dire de quelles castes ils sont originaires, arguant le plus souvent de leur disparition officielle depuis l'indépendance. Elles restent cependant le critère de régimes dérogatoires de recrutement dans l'administration, alors même que cette division en caste se fonde sur un recensement effectué par les Britanniques en 1931 et selon une classification effectuée par l'administration coloniale.

La division en caste de la société traduit une hiérarchisation sur une base religieuse (pureté et impureté), sociale et professionnelle. L'appartenance à une caste particulière implique un certain nombre de comportements dont des habitudes alimentaires très précises comme le fait d'être végétarien pour les Brahmanes.

Le recensement de 1931 donnait les résultats suivants :

- Brahmanes (prêtres), 6,4 %,

- Kshatrya-Rajput (guerriers), 3,7 %,

- Banya (commerçants), 2,7 %,

- Intouchables ou dalit ou scheduled castes, 15 %,

- Tribus ou scheduled tribes, 7 %,

- Shudra ou Other backward classes (OBC), 52 %.

. Les langues

La Constitution indienne reconnaît 18 langues. L'Hindi est la plus importante car elle est parlée par près de 400 millions d'Indiens. Elle n'a cependant jamais pu s'imposer comme « langue nationale officielle » de l'Inde en raison de l'opposition des Etats du Sud qui parlent des langues d'origine dravidienne. La langue anglaise reste importante pour la politique et le commerce et est reconnue dans la Constitution comme « langue officielle associée ». Elle est souvent utilisé par les Etats du Sud dans leurs relations avec le Nord, de préférence à l'Hindi et ce, bien qu'on estime à seulement 6 % la population indienne anglophone. Cette situation semble désormais figée puisque depuis 1967 un amendement à la constitution exige l'unanimité des Etats pour modifier le statu quo sur les langues.

Au-delà de ces 18 langues officielles, il existe plus de 2 000 dialectes en Inde, parlés souvent par plusieurs millions de personnes. Si le plurilinguisme se développe, il est de plus en plus fréquent qu'au plus haut niveau de l'Etat des ministres ou des parlementaires ne parlent ni anglais ni hindi, de telle sorte que, comme au Parlement européen, des traductions simultanées sont nécessaires.

. La pluralité religieuse

La population indienne est à 85 % hindoue mais sans que cette situation entraîne une quelconque hégémonie, tant l'hindouisme est divers dans ses pratiques et dans ses croyances. Il est également habituellement très tolérant, ne se prêtant pas au prosélytisme.

La deuxième communauté religieuse de l'Inde est l'Islam. Le pays compte plus de 120 millions de musulmans, soit 12 % de la population. Les musulmans représentaient 25 % de la population avant la partition. Même s'ils disposent officiellement des mêmes droits que les hindous, ils sont en fait plus pauvres et sous-représentés dans les institutions politiques. Les tensions religieuses entre musulmans et hindous peuvent en outre être très fortes. Durant le voyage de la délégation en Inde d'importantes émeutes inter-religieuses se sont déroulées dans l'Etat du Gujarat et ont fait plus d'un millier de victime.

Ce conflit religieux se cristallise sur la question de la mosquée Babri d'Ayodhya située en Uttar Pradesh et construite en 1528 sur un site estimé par les hindous comme étant le lieu de naissance du Dieu Ram et d'un ancien temple. Les premiers incidents sur ce site se sont produits en 1853. En 1859, les Britanniques l'ont partagé entre hindous et musulmans, confiant aux premiers les cours extérieures et au second les cours intérieures. Faisant l'objet de nouvelles contestations à partir des années 1960 sur le terrain et devant la justice, le gouvernement indien a décidé de fermer le site en le déclarant « zone contestée ». C'est à partir du milieu des années 1980 que se développe sur cette question l'activisme hindou soutenu par le Vishwa Hindu Parishad (VHP - Conseil mondial hindou fondé en 1964), le Rashtriya Swayamsewak Sangh (RSS - Corps du service national volontaire) et le Bharatiya Janata Party (BJP- Parti du peuple indien) qui dirige actuellement le pays. L'accession du BJP au pouvoir en Uttar Pradesh en 1991 a fait monter la tension autour de la mosquée d'Ayodhya ce qui conduit à sa destruction par les militants du VHP, du Shiv Sena et du BJP le 6 décembre 1992. Cette destruction provoqua les plus grands affrontements entre hindous et musulmans depuis la partition, faisant plus de 2 000 victimes.

Au pouvoir depuis 1998, le BJP et le premier ministre Atal Behari Vajpayee doivent gérer cette question en cherchant un compromis entre les « durs » du parti qui ont participé à la destruction, notamment M. Lal Krishna Advani l'actuel ministre de l'intérieur, et les 19 partis de la coalition qui ont fait de la résolution pacifique et judiciaire de ce conflit une des conditions de leur participation au gouvernement. Le dixième anniversaire de la destruction de la mosquée d'Ayodhya en 2002 a relancé le projet de construction d'un temple hindou dédié au dieu Ram sur les ruines de la mosquée. M. Vajpayee s'est alors engagé à interdire toute construction mais reste confronté à la pression des extrémistes hindous.

C'est dans ce contexte qu'ont surgi les émeutes du Gujarat. Elles ont été provoquées par l'attaque et l'incendie, par des musulmans, à Godhra, d'un train ramenant des pèlerins hindous d'Ayodhya, entraînant la mort de 58 personnes, essentiellement des femmes et des enfants. Cet attentat a provoqué, dans la capitale de l'Etat, Ahmadabad, puis dans l'ensemble du Gujarat des attaques contre les musulmans par des hindous. Bien que des violences sporadiques se soient poursuivies, la situation est désormais plus calme. Une polémique s'est toutefois développée sur les responsabilités du gouvernement de l'Etat et de la police, qui n'auraient pas cherché à empêcher, voire favoriser les émeutes anti-musulmanes. Cette polémique et les tensions inter-religieuses sont particulièrement difficiles à gérer pour le gouvernement national car le Gujarat est l'un des quatre grands Etats que gouverne le BJP avec l'Uttaranchal, le Jharkhand et l'Himachal Pradesh, ce parti risquant de perdre de sa crédibilité et sa base électorale hindoue dans la perspective des élections nationales. Même s'il a fait le choix de l'apaisement et a montré son souci de prendre en compte les préoccupations des musulmans, de nouvelles tensions risquent de surgir au sujet d'Ayodhya pour le 10e anniversaire de sa destruction au mois de décembre 2002.

Les chrétiens constituent la seconde minorité religieuse de l'Inde avec plus de 20 millions de personnes dont trois quarts sont catholiques. Ils sont concentrés dans quelques Etats de l'Inde, le Kerala et Goa essentiellement. Ces communautés sont issues pour la plus grande partie des prédications missionnaires portugaises, mais une petite communauté préexistait en Inde, revendiquant l'héritage de l'apôtre St-Thomas.

Les Sikhs constituent la troisième minorité religieuse de l'Inde. Ils rassemblent 2 % de la population et environ 20 millions d'adeptes. Il s'agit d'une secte hindoue fondée au XVe siècle par Guru Nanak. L'intégration de cette minorité a provoqué des troubles majeurs en Inde durant les années 1970 et 1980, en raison de l'activisme de militants indépendantistes sikhs. Ce conflit et l'intervention de l'armée indienne ont provoqué plus de 20 000 morts en dix ans dont le premier ministre Indira Gandhi, assassinée en 1984 par un de ses gardes du corps Sikh.

Enfin d'autres communautés moins nombreuses jouent un rôle important comme les Parsis, communauté d'origine perse de 65 000 personnes, qui compte notamment parmi ses membres la famille Tata qui dirige le plus grand conglomérat du pays.

. La diversité ethnique

L'Inde doit aussi gérer la présence de « tribus » regroupant les plus anciens habitants du sous-continent. On dénombre plus de 400 tribus, fortes de 67 millions de personnes. Elles sont souvent concentrées dans quelques Etats et ont parfois réussi à faire créer des Etats spécifiques comme le Nagaland en 1975 ou le Mizoram en 1987. Aujourd'hui, un débat est en cours sur la création d'un « Etat tribal » au Madhya Pradesh.