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Sur l'évolution du secteur des semi-conducteurs et ses liens avec les micro et nanotechnologies

 

ADRESSER LES SOUTIENS À L'ENSEMBLE DE LA FILIÈRE

Les filières de haute technologie sont caractérisées par quelques traits dominants :

la solidarité de l'ensemble de la filière

Si l'on veut assurer une avancée régulière des acquis dans les hautes technologies, il est nécessaire de faire progresser aussi bien la recherche académique que le développement technologique et la recherche appliquée.

Dans le domaine de la microélectronique, il est clair que plus on avance dans la voie de la réduction géométrique, plus l'impulsion de la recherche fondamentale et du développement technologique devient essentielle.

l'effacement de la linéarité du modèle traditionnel « recherche de base/développement technologique/recherche appliquée »

La poussée à la miniaturisation estompe les frontières :

- entre recherche académique et développement technologique : on assiste de plus en plus à des recoupements entre la découverte et l'exploration de ces possibilités technologiques,

- entre développement technologique et recherche appliquée : les prototypages préindustriels de micro ou de nanosystèmes vont de plus en plus s'appuyer sur le savoir-faire et les équipements des grands centres de développement technologique.

le resserrement des contraintes de temps entre la découverte et l'application

La montée irrésistible des coûts de recherche-développement et celle des investissements dans les lignes de production de microprocesseurs ont deux conséquences directes :

- le risque technologique devient de plus en plus dangereux en termes financiers,

- le retour sur investissement doit s'accélérer.

Ce mouvement, comme celui que l'on observe sur le plan scientifique, pousse à un rapprochement plus étroit des industriels avec les développements de l'amont. Aussi bien aux États-Unis qu'en Allemagne, ces centres de recherche s'efforcent d'associer aux axes du développement technologique de base non seulement le secteur des semi-conducteurs, mais également les clients de ces fabricants.

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Face à cette évolution (solidarité de la filière, raccourcissement des délais, imbrication croissante de l'industrie et des centres de recherche et de développement technologique), l'organisation française des soutiens à la filière de haute technologie est-elle satisfaisante ?

Les réponses varient en fonction des segments de la filière.

Le chaînon central « développement technologique-industrie des semi-conducteurs » paraît assez bien couvert pour la création des plates-formes technologiques par le soutien aux pôles de Grenoble et de Crolles et par l'accord CEA-CNRS.

Cette observation se fait sous réserve qu'une mise à niveau de son financement soit acquise, en parallèle avec la croissance de la part du PIB consacrée à la recherche.

En revanche, aux deux extrémités de la chaîne, une attention particulière devrait être accordée à la recherche de base et aux applications industrielles finales.

La recherche de base

La recherche fondamentale en nanosciences et nanotechnologies utilise des équipements de plus en plus chers, à l'achat comme au fonctionnement.

- Les équipements

La réalisation de nanocomposants, électriques ou optoélectroniques, reposant sur des filières à base de semi-conducteurs ou même de composés organiques suppose que des outils suffisamment versatiles et adaptables puissent être disponibles. Le maintien et la disponibilité des salles blanches de 100 nm pour ce type de recherches suscitent quelques inquiétudes.

Par ailleurs, la visite de laboratoires dédiés aux nanotechnologies ou aux microsystèmes a démontré qu'ils manquaient des fonds nécessaires à l'acquisition d'équipements. Afin de poursuivre leurs recherches dans des secteurs très avancés, les scientifiques de ces laboratoires se font mettre à disposition, qui des logiciels prédictifs, qui un microscope à effet de tunnel pour étudier la création d'une « nano-salle blanche », le fruit éventuel de leur recherche étant alors approprié par les industriels étrangers qui leur ont prêté ces équipements. L'insuffisance de nos moyens nationaux conduit à un transfert de notre intelligence au profit de concurrents.

Les dotations en équipement des laboratoires de la recherche fondamentale doivent donc être mises à niveau pour correspondre à la hausse des coûts expérimentaux.

- Le fonctionnement

Plusieurs aspects de ce problème doivent être pris en considération :

les coûts de fonctionnement et la maintenance des équipements de recherche sur l'infiniment petit sont coûteux ; il faut les mettre à niveau ;

afin de donner une réalité aux échanges entre chercheurs, notamment entre les plates-formes de développement technologique, il faut augmenter les dotations de déplacement et de séjour des chercheurs ;

enfin, si la France veut attirer des chercheurs étrangers sur ces grandes plates-formes technologiques et y faire séjourner des chercheurs français issus d'autres centres de recherche, il est nécessaire qu'une politique de logement adaptée soit lancée, avec la recherche d'un financement partenarial nécessaire à cette politique d'accueil.

Le tissu industriel final

L'apparition massive des nano et microsystèmes va créer, à un terme de 10-15 ans, des marchés de plusieurs centaines de milliards d'euros. Cette certitude ne doit pas éluder les interrogations sur le cheminement de ces avancées technologiques dans le tissu industriel.

Si le dispositif français semble pertinent, sous réserve de l'adoption d'ajustements fiscaux, pour favoriser la création de start-up nées directement du développement technologique, il semble moins avancé que d'autres pour anticiper et activer la valorisation de ces développements à l'ensemble de l'industrie (ceci à l'exception de très grandes entreprises, comme celles du secteur automobile).

La France n'a ni les centres de recherche intégrés des États-Unis, ni le dispositif massif des sociétés de type Fraunhofer dont dispose l'Allemagne.

Certes, l'ANVAR joue un rôle non négligeable dans la valorisation de la recherche en favorisant le face-à-face des industriels et des laboratoires, mais il manque à notre pays de grands centres de développement technologiques dédiés de façon permanente au rapprochement de la science et de l'industrie.

L'importance future des filières de haute technologie et, au premier chef, de celles des microprocesseurs, et des micro et nanotechnologies, commande que l'on constitue, sans tarder, des unités intégrées de ce type.

Les équipementiers

Le rôle des équipementiers du secteur doit être souligné. Et à cet égard il semble indispensable que les conditions de leur accès aux plates-formes de haute technologie soient clairement réglées par convention.