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Sur l'évolution du secteur des semi-conducteurs et ses liens avec les micro et nanotechnologies

 

C. L'INDUSTRIE EUROPÉENNE DANS LE MARCHÉ MONDIAL

Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, les industries européennes ont été très éloignées des centres de profit qu'ont constitué les ordinateurs et l'industrie des langages informatiques. A l'opposé, elles ont bien résisté dans d'autres secteurs liés à la microélectronique comme les télécommunications ou l'automobile.

Et une des surprises de l'étude a été de constater que dans un certain secteur aussi stratégique, les industries européennes, qui avaient pratiquement disparu en 1985, sont à nouveau présentes.

1. Les données du marché mondial

a) La demande par région (en 2001) 

Ces données permettent d'appeler l'attention sur deux phénomènes :

- la place croissante de la zone Asie-Pacifique (hors Japon),

- et la relative sous-consommation de l'Europe en semi-conducteurs, qui, avec plus de trois fois la population du Japon et près d'une fois et demie la population des États-Unis, représente une part inférieure du marché.

b) la demande par application (en 2001) 

On notera la part relative non négligeable d'applications en télécommunications et dans le secteur des transports, qui constituent une des zones de force de l'industrie européenne.

2. Les grandes entreprises mondiales

Sur l'ensemble de la chaîne de production des semi-conducteurs, c'est-à-dire en y incluant les équipementiers et les producteurs de logiciels pour la conception assistée par ordinateur, les Européens sont :

très dominés par les Américains et les Japonais dans le secteur des équipements (qui ont représenté 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2001), même si sur certains équipements les industries allemande et hollandaise résistent, et si le chiffre d'affaires des équipementiers français est très loin d'être négligeable sur d'autres niches.

Et à cet égard, même si notre part du marché mondial est faible (21,5 %), elle atteint 1,2 milliards d'euros par an et repose à la fois sur des leaders dans leur secteur (comme Air Liquide pour les gaz) et sur un réseau de PME très dynamiques sur certaines niches de production.

dépendants des Américains dans le domaine des logiciels de conception assistée par ordinateur.

Mais si l'on considère les très grands fabricants de semi-conducteurs qui mènent simultanément la recherche et le développement, la conception de microprocesseurs et de microsystèmes et la mise en oeuvre des lignes de production, l'industrie européenne occupe une place non négligeable.

Au total, dans un marché largement dominé par Intel, dont le chiffre d'affaires en 2001 (25 milliards de $) est à peine inférieur à celui des quatre sociétés suivantes, les trois sociétés européennes occupent un rang plus qu'honorable (le franco-italien STMicroelectronics est 3e, l'allemand Infineon 9e et le néerlandais Philips 10e).

A elles seules, ces sociétés européennes détiennent 10 % du marché mondial.

Encore doit-on souligner que ces sociétés occupent des positions significatives dans des secteurs à forte croissance potentielle (téléphonie mobile, cartes à puces, décodeurs, applications industrielles automobiles, etc.).

Ce redressement est imputable à plusieurs raisons :

- les sociétés européennes s'adossent à un système de formation universitaire et technologique encore performant :

- elles ont bénéficié et bénéficient encore des investissements effectués par les puissances publiques européennes en recherche de base et en développement technologique - même si sur certains points la récurrence de ces efforts tend à s'altérer de façon préoccupante,

- dans certains cas (en particulier à Dresde et à Grenoble), leur réussite est liée à l'implication de tous les partenaires nationaux et locaux, scientifiques et économiques.

Cet exemple permet, à nouveau, de souligner que toute politique industrielle dans ce domaine doit reposer sur une intégration de plusieurs facteurs :

- la lisibilité politique, financière et économique des projets dans le temps,

- le soutien à tous les segments technologiques d'une filière, y compris en premier chef à la formation,

- la mise en commun des efforts de tous les acteurs, nationaux et locaux, publics et privés.

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Une première analyse du secteur des semi-conducteurs laisse apparaître quatre observations principales :

1) ce secteur est un secteur central de l'économie mondiale, au sein de laquelle il a joué un rôle directeur depuis quarante ans,

2) la course à la puissance miniaturisée d'un facteur mille, conduite avec succès, a reposé :

- sur un effort d'investissement financier et humain d'une très grande ampleur,

- sur une solidarité exemplaire de tous les segments de valeur ajoutée d'une industrie de haute technologie (formation, recherche académique, développement technologique, applications industrielles),

3) l'accélération de son progrès technologique constitue paradoxalement un facteur de fragilité :

- car il pèse excessivement sur les constituants en capital et en hommes de son offre,

- et parce que ses avancées sont si rapides qu'elles anticipent actuellement sur la diffusion des usages économiques et sociaux que l'on peut en escompter.

4) dans un climat de concurrence mondiale exacerbée, les entreprises européennes, après leur quasi-disparition dans les années 80, occupent une position intéressante :

- moins par leur part relative du marché mondial (10 %, soit la moitié du marché européen) contre 50 % aux États-Unis et 27 % au Japon),

- que du fait de leur positionnement sur des produits porteurs et de la constance de leurs liens avec des centres de formation, de recherche et de développement qui sont significatifs sur le plan mondial.

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Comment cette configuration, à la fois forte et incertaine, va-t-elle faire face aux défis technologiques des quinze prochaines années ?