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L'évolution du secteur de l'exploitation cinématographique.

 

LISTE DES PERSONNALITÉS AUDITIONNÉES
PAR LA MISSION D'INFORMATION4(*)

M. Jean Labé, président de la Fédération nationale des cinémas français

M. David Kessler, directeur général du Centre national de la cinématographie

M. Nicolas Seydoux, président-directeur général de la SA Gaumont

M. Guy Verrecchia, président-directeur général de l'Union générale cinématographique

M. Marin Karmitz, président-directeur général du groupe MK2

M. Patrick Brouiller, président de l'Association française des cinémas d'art et d'essai

M. Francis Lamy, maître des requêtes au Conseil d'Etat, médiateur du cinéma

M. Jacques Guénée, président délégué de Villes et cinémas

M. Jean-Pierre Decrette, président d'Uniciné - Union des cinémas

M. Jean Menu, directeur du multimédia au Centre national du cinéma

- Mme Michèle Soulignac, membre de la société des réalisateurs de films

- M. Claude-Eric Poiroux, directeur général d'Europa cinémas

- M. Jean-Pierre Neyrac, membre de la Commission supérieure technique de l'image et du son

M. Serge Siritzky, président-directeur général et directeur de la publication de la revue « Ecran total »

- M. Olivier Bomsel, co-directeur du CERNA, maître de recherche à l'École des Mines de Paris

M. Gilles Le Blanc, chercheur au CERNA (Centre d'économie industrielle de l'Ecole des Mines de Paris)

M. Jean-Michel Gévaudan, délégué général de l'Agence pour le développement du cinéma

M. Boudjemaa Dahmane, président-directeur général de Novociné SA

M. Etienne Ollagnier, directeur général délégué de Novociné SA

M. François Hurard, directeur de la direction du cinéma du Centre national du cinéma

- Mme Nicole Delaunay, chef du service de l'exploitation cinématographique du Centre national du cinéma

I. L'EXPLOITATION CINÉMATOGRAPHIQUE : UN ÉTAT DES LIEUX ENCOURAGEANT

A. 1957-1992 : TRENTE-CINQ ANNÉES DIFFICILES

Victime du développement d'un nouveau média, la télévision, la salle de cinéma, véritable temple de la culture de masse, perd, en l'espace de trente-cinq ans, près de trois-quarts de ses fidèles. En réaction à cet effondrement de la fréquentation, le secteur de l'exploitation cinématographique s'engage alors dans deux directions : la restructuration complète du parc de salles et l'augmentation sensible du prix des places.

1. La fin de « l'âge d'or » de la fréquentation...

Entre 1957 et 1992, la fréquentation cinématographique passe de 411 à 116 millions d'entrées par an. Comme les autres pays industrialisés, la France est marquée par la désaffection du public pour une salle de cinéma considérée jusqu'alors comme un lieu essentiel de la vie sociale.

a) De l'âge d'or (1929-1957)...

C'est en 1957 que semble s'achever, en terme de fréquentation, « l'âge d'or » du cinéma français : cette année là, le nombre d'entrées dans les salles (411,6 millions de spectateurs) dépasse pour la dernière fois du siècle la barrière symbolique des 400 millions.

Le début de cette période faste peut être associé à l'introduction progressive, dans les années trente, à Paris5(*) d'abord puis partout ailleurs en France6(*), du cinéma sonorisé et parlant. Cette véritable révolution technique, en dépit des inquiétudes qu'elle ne manque pas de susciter au sein de la profession, est plébiscitée par les spectateurs, comme en témoigne l'évolution des recettes des salles de cinéma entre 1929 et 1932 :

- 1929 : 598 107 000 francs

- 1930 : 800 806 000 francs

- 1931 : 937 777 000 francs

- 1932 : 933 633 000 francs.

L'engouement du public ne se démentira pas par la suite, bien au contraire : entre 1938 et 1957, 393 millions de spectateurs en moyenne fréquentent les salles de cinéma et le cap des 400 millions d'entrées est dépassé cinq fois sur la période (1938, 1945, 1947, 1948 et 1957).

b) ... aux années de crise (1957-1992)

A cet « âge d'or » succèdent trente-cinq années difficiles, au cours desquelles la fréquentation diminue de 250 %.

Dans un premier temps, entre 1957 et 1971, la fréquentation, sous l'effet conjugué de la pénétration des téléviseurs dans les classes moyennes et populaires et de l'évolution générale des modes de vie, diminue de plus de 140 % et passe de 411,6 millions d'entrées à 170,3 millions. S'ensuit une phase de résistance qui voit la fréquentation se stabiliser entre 1971 et 1983.

Dès 1983, la fréquentation entre dans une nouvelle phase de baisse qui conduit le secteur de l'exploitation à perdre, en moins de dix ans, près du tiers de ses clients : de 178,5 millions en 1978, le nombre d'entrées passe à 116 millions en 1992.

Il convient de souligner que cette chute de la fréquentation et son corollaire, la chute de la consommation cinématographique par habitant, n'est pas propre à la France.

Sur la période 1950-1985, une rapide analyse des données disponibles permet même de constater que la France fait partie des pays développés relativement épargnés par la fuite des spectateurs. En effet, alors que la fréquentation cinématographique dans l'hexagone sur la période considérée a été divisée par deux, elle a été divisée par trois aux Etats-Unis, quatre en Espagne, plus de quatre et demi en Allemagne, plus de cinq et demi en Italie, sept au Japon et près de vingt en Grande-Bretagne.

ÉVOLUTION DE LA FRÉQUENTATION
DES PRINCIPAUX PAYS INDUSTRIALISÉS 1950-1985

(en millions d'entrées)

 

1950

1955

1965

1975

1985

Année de pointe de la fréquentation

France

370

395

259

181

175

411 (1957)

Allemagne

490

770

294

140

104

818 (1955)

Italie

700

800

663

510

123

819 (1955)

G.-B.

1 396

1 200

326

105

71

1 514 (1948)

Espagne

390

400

420

220

101

420 (1955)

USA

3 120

2 382

1 298

1 020

1 056

4 400 (1946)

Japon

1 080

1 100

373

180

155

1 127 (1957)

Source : CNC

Dans chacun des pays analysés, la tendance à la baisse s'accentue encore dans le domaine du nombre d'entrées par habitant et par an. Si la consommation cinématographique par habitant est divisée par deux et demi sur la période 1950-1985 en France, elle est divisée par plus de quatre en Espagne, quatre et demi aux Etats-Unis, six en Allemagne, six et demi en Italie, onze au Japon et vingt-deux en Grande-Bretagne.

CONSOMMATION CINÉMATOGRAPHIQUE PAR HABITANT
1950-1985

(en unités)

 

1950

1955

1965

1975

1985

France

8,89

9,12

5,3

3,5

3,4

RFA

10,2

15,1

5,1

2,3

1,7

Italie

14,2

16,7

12,5

8,9

2,2

Espagne

11,4

11,1

10,2

5,1

2,6

G.-B.

29

26

6,7

2,1

1,3

Etats-Unis

20,5

14,2

6,6

4,6

4,4

Japon

13,9

13,6

3,9

1,7

1,3

Source : CNC

* 4 Les responsabilités indiquées sont celles des intervenants au moment de leur audition.

* 5 Le 30 janvier 1929 le film Le Chanteur de Jazz (The jazz singer) réalisé par Alan Grosland et produit par la Warner est diffusé dans la salle de l'Aubert-Palace. Outre la musique, ce long-métrage propose aux spectateurs deux minutes de dialogue dont une première phrase parlée symbolique pour le public français : « you ain't heard nothing yet » (vous n'avez encore rien entendu). En quarante huit semaines d'exclusivité le film rapporte 8 555 000 francs de recettes (soit près de 25 000 000 de francs 1999) et totalise 545 893 spectateurs.

* 6 La sonorisation du parc de salles français s'est réalisée de manière progressive : sur environ 4 500 salles, 194 sont équipées en mars 1930, 703 en mars 1931 et 3 023 en 1934.