Sur les réformes fiscales intervenues dans les pays européens au cours des années 1990
Rapport d'information n° 343 (2002-2003) de MM. Joël BOURDIN, Philippe MARINI, fait au nom de la délégation du Sénat pour la planification, déposé le 10 juin 2003
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- INTRODUCTION
- CHAPITRE I :
LES GRANDS TRAITS DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE ET DE LEUR ÉVOLUTION AU COURS DE LA DERNIÈRE DÉCENNIE - I. LES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE AUGMENTENT, MAIS AVEC DE FORTES DISPARITÉS ENTRE PAYS
- A. GLOBALEMENT, UNE AUGMENTATION DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES
- B. DES EXPLICATIONS LIÉES AU CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET AUX CONTRAINTES PESANT SUR LES FINANCES PUBLIQUES
- II. DES SITUATIONS TRÈS CONTRASTÉES, LA FRANCE HANDICAPÉE
- A. UNE DISPERSION DES NIVEAUX DE PRÉLÈVEMENTS QUI, MÊME LÉGÈREMENT RÉDUITE, RESTE IMPORTANTE
- 1. Une légère réduction de la dispersion des taux de pression fiscale
- 2. La France dans le groupe des pays les plus mal placés
- B. LA STRUCTURE DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE, PEU DE CHANGEMENTS EN DIX ANS ET DES PROFILS TRÈS DISPARATES
- CHAPITRE II :
L'IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS,
DES SYMPTÔMES DE CONCURRENCE FISCALE,
LA FRANCE MAL PLACÉE - I. UNE BAISSE DES TAUX LÉGAUX UN ÉLARGISSEMENT DE L'ASSIETTE
- A. L'ALLEMAGNE, UNE RÉDUCTION DES TAUX, UN ÉLARGISSEMENT DE L'ASSIETTE.
- B. LE ROYAUME-UNI, UNE FISCALITÉ PROGRESSIVE ET MODÉRÉE
- C. L'ESPAGNE, UNE BAISSE LIMITÉE DES TAUX, LE MAINTIEN DE RÈGLES D'ASSIETTE DIVERSIFIÉES
- D. L'ITALIE, UN PROCESSUS ÉVOLUTIF DE REMISE EN ORDRE
- E. LES PAYS-BAS, UN PAYS DE CONTRASTES
- II. DES RÉFORMES AUX EFFETS NUANCÉS ; UN PANORAMA DE CONCURRENCE FISCALE OÙ LA FRANCE EST MAL PLACÉE
- A. UNE STABILITÉ GLOBALE
- B. UNE CONCURRENCE FISCALE ?
- 1. La réduction des taux légaux d'imposition semble s'être accompagnée, le plus souvent, mais pas systématiquement, d'un allégement de la pression fiscale
- 2. Les baisses des taux légaux d'imposition, symptômes d'une volonté de concurrence fiscale qui en comporte de nombreux autres ?
- 3. La France, un espace peu attractif
- CHAPITRE III :
UNE ACCENTUATION DE LA PRESSION DES PRÉLÈVEMENTS SUR LES MÉNAGES - I. DES RÉFORMES POURSUIVANT UN DOUBLE OBJECTIF DE RÉDUCTION DES TAUX D'IMPOSITION ET D'ÉLARGISSEMENT DES ASSIETTES
- II. UN ALOURDISSEMENT MOYEN DU POIDS DE L'IMPÔT SUR LE REVENU ET UNE ACCENTUATION DE SA PROGRESSIVITÉ
- A. LA FRANCE EST LARGEMENT RESTÉE À L'ÉCART DU PROCESSUS DE BAISSE DES TAUX MOYENS D'IMPOSITION
- B. UNE AUGMENTATION DE LA PRESSION FISCALE SUR LE REVENU DES MÉNAGES
- C. UNE GRANDE VARIÉTÉ DES SITUATIONS NATIONALES
- D. UNE PROGRESSIVITÉ ACCRUE
- CHAPITRE IV :
LES COTISATIONS SOCIALES,
UNE VARIABLE EFFICACE DES POLITIQUES D'EMPLOI ? - I. UN OBJECTIF ASSEZ LARGEMENT PARTAGÉ, LA RÉDUCTION DU COÛT DU TRAVAIL
- II. UN BILAN À NUANCER
- A. UNE AMORCE DE DÉCRUE DES CHARGES PESANT SUR LE TRAVAIL
- B. UNE GRANDE DIVERSITÉ DES SITUATIONS NATIONALES
- C. ELÉMENTS D'ÉVALUATION
- CHAPITRE V :
INCITER AU TRAVAIL,
UNE PRÉOCCUPATION COMMUNE, DES DISPOSITIFS PLUS OU MOINS EFFICACES - I. UN OBJECTIF COMMUN, INCITER AU TRAVAIL PEU QUALIFIÉ EN LUTTANT CONTRE LES TRAPPES À INACTIVITÉ
- A. UN DIAGNOSTIC À LA PERTINENCE RELATIVE...
- B. ... MAIS ÉTAYÉ PAR DES DONNÉES ARITHMÉTIQUES PEU CONTESTABLES
- II. DES RÉFORMES DIFFÉRENTES PAR LEUR CONTENU ET PAR LEUR IMPACT
- A. PRÉSENTATION DES TROIS DISPOSITIFS
- B. DES DISPOSITIFS QUI DIFFÈRENT SENSIBLEMENT
- 1. Des efforts financiers très disparates, des niveaux de « prestation » très inégaux
- 2. Un traitement différent du temps partiel
- 3. Une prise en compte variable de la dimension familiale
- 4. Des modalités d'administration différentes
- C. DES DISPOSITIFS AUX EFFETS TRÈS VARIABLES
- CHAPITRE VI :
-
L'IMPOSITION DES REVENUS DU CAPITAL - I. UNE FISCALITÉ FRANÇAISE RELATIVEMENT FAVORABLE POUR LES REVENUS D'INTÉRÊT
- II. UNE FISCALITÉ FRANÇAISE PARTICULIÈREMENT LOURDE POUR LES REVENUS DES ACTIONS
- A. UNE SITUATION AMBIGUË DANS LE CAS DE L'IMPOSITION DES DIVIDENDES
- 1. Une imposition des dividendes particulièrement lourde pour les personnes imposées au taux supérieur de l'impôt sur le revenu, selon l'OFCE
- 2. Une analyse remise en cause par le commissariat général du Plan dans le cas des revenus moyens
- B. POUR L'IMPOSITION DES PLUS-VALUES, LA SITUATION DE LA FRANCE EST COMPARATIVEMENT DÉFAVORABLE, TANT PAR SA STRUCTURE QUE PAR SON TAUX
- III. LA FRANCE FAIT PARTIE DES PAYS OÙ LES REVENUS D'INTÉRÊT SONT LES PLUS PRIVILÉGIÉS PAR RAPPORT AUX REVENUS DES ACTIONS
- CHAPITRE VII :
LES RÉFORMES DE LA FISCALITÉ LOCALE EN EUROPE - I. DES FISCALITÉS LOCALES TRÈS DIFFÉRENTES D'UN PAYS À L'AUTRE
- A. DES COLLECTIVITÉS LOCALES D'IMPORTANCE ET D'AUTONOMIE FINANCIÈRE VARIABLES
- 1. Le modèle « européen » : des collectivités locales au faible poids financier et à faible autonomie fiscale
- 2. Les pays d'Europe du nord : des collectivités locales au fort poids financier et à forte autonomie fiscale
- 3. Le « modèle français » : des collectivités locales au faible poids financier et à forte autonomie fiscale
- B. DES ASSIETTES VARIABLES
- II. LES RÉFORMES DE LA FISCALITÉ LOCALE EN EUROPE
- A. UNE TENDANCE EN TROMPE-L'oeIL À LA RÉDUCTION DU POIDS FINANCIER DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
- 1. Une tendance générale à la réduction du poids financier des collectivités territoriales
- 2. Les pays où le poids financier des collectivités locales est faible ont connu une évolution inverse
- B. L'ABSENCE DE RÉFORME FISCALE D'ENVERGURE
- EXAMEN DU RAPPORT PAR LA COMMISSION DES FINANCES ET LA DÉLÉGATION POUR LA PLANIFICATION
- ANNEXE :
ÉTUDE DE L'OFCE
« LES RÉFORMES FISCALES EN EUROPE 1992-2001 » - LES SOCIÉTÉS TRANSFRONTALIÈRES (SOCIÉTÉ MÈRE RÉSIDENTE EN FRANCE) : SOURCES D'IMPOSITION
N°
343
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 2002-2003
Annexe au procès-verbal de la séance du 10 juin 2003
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation (1) et de la délégation du Sénat pour la planification (2) sur les réformes fiscales intervenues dans les pays européens au cours des années 1990,
Par MM.
Philippe MARINI et Joël BOURDIN,
Sénateurs.
(1)
Cette commission est composée de : M. Jean Arthuis,
président ; MM. Jacques Oudin, Gérard Miquel, Claude
Belot, Roland du Luart, Mme Marie-Claude Beaudeau, M. Aymeri de
Montesquiou, vice-présidents ; MM. Yann Gaillard, Marc
Massion, Michel Sergent, François Trucy, secrétaires ; M.
Philippe Marini, rapporteur général ; MM. Philippe
Adnot, Bernard Angels, Bertrand Auban, Denis Badré, Jacques Baudot,
Roger Besse, Maurice Blin, Joël Bourdin, Gérard Braun, Auguste
Cazalet, Michel Charasse, Jacques Chaumont, Jean Clouet, Yvon Collin,
Jean-Pierre Demerliat, Eric Doligé, Thierry Foucaud, Yves
Fréville, Paul Girod, Adrien Gouteyron, Hubert Haenel, Claude Haut,
Roger Karoutchi, Jean-Philippe Lachenaud, Claude Lise, Paul Loridant,
François Marc, Michel Mercier, Michel Moreigne, Joseph Ostermann,
René Trégouët.
(2) Cette délégation est composée de : M. Joël
Bourdin, président ; Mme Évelyne Didier,
MM. Serge Lepeltier, Marcel Lesbros, Jean-Pierre Plancade,
vice-présidents ; MM. Pierre André, Yvon Collin,
secrétaires ; MM. Gérard Bailly, Joseph
Kerguéris, Patrick Lassourd, Michel Pelchat, Daniel Percheron, Roger
Rinchet, Gérard Roujas, Bruno Sido.
|
Impôts et taxes. |
INTRODUCTION
Le
présent rapport sur les réformes fiscales intervenues en Europe
au cours de la dernière décennie du siècle
précédent est, avant tout, destiné à mettre
à la disposition du Sénat, et du public en général,
les résultats d'une étude commandée par la Commission des
Finances du Sénat et la Délégation du Sénat pour la
planification.
Même si les rapporteurs ne partagent pas la totalité de leurs
points de vue, il faut remercier les chercheurs de l'Observatoire
français des conjonctures économiques d'avoir relevé le
défi d'une présentation systématique des réformes
des prélèvements obligatoires réalisées sur notre
continent.
Des réformes ? Le mot est sans doute un peu trop fort car la
première conclusion marquante qui ressort de l'étude
est bien que la multiplicité des mesures adoptées ne fait pas
en soi réforme. L'analyse peine en effet à identifier un
remodelage de grande ampleur orienté vers la poursuite d'objectifs
clairement identifiés dans les pays étudiés, pour la
période sous revue. On en comprend les raisons qui, au-delà des
difficultés intrinsèques de toute réforme, semblent
fondamentalement liées à deux phénomènes
caractéristiques de la période : une croissance
économique lente dans ses débuts et, à de rares exceptions
près, des dépenses publiques en hausse, quand seule une
maîtrise de ces dépenses favoriserait une réforme
ambitieuse et durable des prélèvements. L'absence de grands
bouleversements des systèmes de prélèvements obligatoires
est évidemment un motif de déception pour tous ceux qui, comme
vos rapporteurs, s'inquiètent de l'effet nocif, sur les plans
économique mais aussi social, de prélèvements excessifs.
Cette déception vaut tout particulièrement pour notre pays.
On ne peut pour autant caractériser la période comme une
période d'immobilisme fiscal. Des réaménagements fiscaux
se sont additionnés qui, dans l'ensemble, ont partagé une
inspiration commune - mais dont la logique n'a, de loin, pas
été poussée à son terme - : supprimer les
excès des différentes catégories de
prélèvements pour une plus grande neutralité de
l'impôt et une meilleure compétitivité fiscale.
Une plus grande neutralité des prélèvements ?
Cette logique peut traduire parfois un certain renoncement à
l'utilisation de la fiscalité à des fins d'incitation, elle
semble surtout la conséquence d'une contrainte de financement
résultant des diminutions de taux nominaux d'imposition mises en oeuvre
et ne doit pas être considérée comme d'application
systématique. Au cours des années 90, les pays européens
ont aussi souhaité manier leurs prélèvements à des
fins structurelles, qu'il s'agisse des incitations adressées aux acteurs
du marché du travail pour résoudre certains des graves
problèmes posés par la situation de l'emploi en Europe, ou qu'il
s'agisse de poursuivre un objectif de compétitivité fiscale.
Celui-ci est sans doute le deuxième élément qui a pu
structurer les réaménagements fiscaux entrepris. Il invite
à s'interroger sur l'existence en Europe d'un processus de
concurrence fiscale dont votre commission des finances avait pu
démonter les ressorts dans un précédent rapport1(*). Même si elle
débouche sur des résultats nuancés, l'analyse des
réformes entreprises ne peut manquer d'en souligner la dimension
essentiellement nationale, contrepartie de l'absence de progrès dans
l'harmonisation fiscale européenne, non plus que l'inspiration
compétitive qui anime les pays européens. Celle-ci n'a pas pu
s'épanouir complètement et c'est sans doute un effet inattendu
des contraintes du Pacte de stabilité et de croissance que d'avoir
contenu les concurrences fiscales en Europe.
Cependant, certains Etats ont pris de l'avance et la compétition fiscale
en Europe, très vive pour certains prélèvements, n'a pas
fini d'être un sérieux sujet de préoccupation, d'autant que
l'Union européenne est exposée à un processus de
globalisation auquel ses composantes s'ajustent en ordre
dispersé.
CHAPITRE I :
LES GRANDS
TRAITS DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE ET DE LEUR
ÉVOLUTION AU COURS DE LA DERNIÈRE DÉCENNIE
La
situation des prélèvements obligatoires en Europe offre un
panorama contrasté avec une grande variété des
niveaux et des structures de prélèvements.
Dans l'ensemble, les pays européens, qui ont connu ne moyenne un
alourdissement du poids des prélèvements, se sont toutefois un
peu rapprochés les uns des autres dans les années 1990. Cette
convergence, qui reste très limitée, apparaît d'abord comme
le résultat d'un rattrapage des pays initialement les moins
développés et des nécessités de la
réduction des déficits publics, mais peut également
être attribuée aux pressions liées à des
phénomènes de concurrence fiscale.
Mais, il faut, en préambule de ce rapport, insister à nouveau sur
les problèmes de méthode que pose le concept de
prélèvements obligatoires. Ces problèmes, qui sont
signalés depuis des années, sont récurrents, et on peut
regretter que peu de progrès aient été
réalisés pour les résoudre. Le niveau et le taux des
prélèvements obligatoires occupent pourtant une place très
importante dans le débat public et les comparaisons internationales
foisonnent avec des enjeux d'image importants. L'encadré ci-après
ne mentionne que quelques unes des difficultés que pose un indicateur
auquel il apparaît essentiel d'apporter une plus grande robustesse.
PRÉCISIONS DE MÉTHODE
Les
données présentées dans ce rapport sont essentiellement
issues des Statistiques des recettes publiques de l'OCDE. Sous le terme
de « prélèvements obligatoires », l'OCDE
regroupe en principe l'ensemble des versements obligatoires (y compris
cotisations sociales) effectués sans contrepartie au profit des
administrations publiques.
Les administrations publiques comprennent les autorités supranationales
(institutions de l'Union européenne), les administrations centrales,
régionales et locales, les entités publiques autonomes
(églises dans certains pays), à l'exception des entreprises
publiques, et les organismes de Sécurité sociale. Un certain flou
existe quant à l'appartenance aux secteurs des administrations publiques
de certains organismes d'assurance maladie ou d'assurance retraite. Les
mutuelles ne font pas partie des administrations publiques (dans la mesure
où l'adhésion y est facultative). Les fonds de pension par
capitalisation n'y figurent pas, sauf dans certains pays où ils sont
obligatoires et socialement contrôlés (Finlande, par exemple). Les
régimes obligatoires y figurent, même s'ils sont juridiquement
gérés par le secteur privé (pour la France, Unedic, Arrco,
Agirc).
L'expression de « sans contrepartie » exclut en principe
les versements qui ouvrent des droits à des prestations proportionnelles
aux versements. C'est ainsi que ne sont pas considérées comme
prélèvement obligatoire certaines taxes qui sont le paiement d'un
service rendu (passeports, redevance radio-télévision, amendes,
etc.). Par contre, en dérogation à ce principe, sont
comptabilisées dans les prélèvements obligatoires toutes
les cotisations obligatoires, même si elles donnent droit à des
prestations plus ou moins directement liées aux cotisations
versées (en matière de retraite ou de chômage).
Les cotisations volontaires sont exclues des prélèvements
obligatoires de même que les cotisations obligatoires mais versées
à des organismes extérieurs au secteur des administrations
publiques (dans les pays où les salariés sont obligés de
s'assurer, mais peuvent le faire auprès de leurs entreprises ou d'une
assurance privée). Enfin, les cotisations fictives ne sont pas
comptabilisées dans les prélèvements obligatoires :
la création d'une caisse de retraite pour les fonctionnaires augmente
donc le taux de prélèvement obligatoire.
Les données de l'OCDE sont comptabilisées sur la base des
versements effectivement reçus par les administrations. Elles tiennent
donc compte des dispositions fiscales particulières : crédit
d'impôts, avoir fiscal, par exemple. De façon
générale, les recettes sont nettes des dépenses fiscales.
Le taux de prélèvement obligatoire est donc plus faible pour les
pays qui offrent des ristournes de cotisations sociales au lieu de subventions
à l'emploi, des crédits d'impôt aux familles plutôt
que des prestations familiales, des primes à l'emploi plutôt des
subventions aux travailleurs peu qualifiés, des ristournes à
l'impôt sur les sociétés plutôt que des subventions
à l'investissement, etc. De même, ce taux est fictivement plus
faible dans les pays qui exonèrent les retraites et les chômeurs
de cotisations ou d'impôt, mais qui tiennent compte de cette
exonération dans le calcul des prestations.
Au terme de la décennie 1990, la France, qui connaissait initialement un
très haut niveau de prélèvements obligatoires, a
augmenté le poids de ses prélèvements obligatoires, ce qui
la place en mauvaise posture pour affronter une concurrence fiscale qui
pourrait s'accentuer et nuit à ses performances
économiques.
I. LES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE AUGMENTENT, MAIS AVEC DE FORTES DISPARITÉS ENTRE PAYS
A. GLOBALEMENT, UNE AUGMENTATION DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES
En Europe, le poids des prélèvements obligatoires (P.O.) dans le PIB a augmenté de 1,8 point entre 1990 et 2000, passant de 39 à 40,8 points du PIB.
Total des prélèvements obligatoires en pourcentage du produit intérieur brut
|
Pays |
1990 |
2000 |
Ecarts |
|
Suède |
53,6 |
53,3 |
- 0,3 |
|
Danemark |
47,1 |
48,4 |
+ 1,3 |
|
Finlande |
44,7 |
46,5 |
+ 1,8 |
|
Belgique |
43,2 |
46,0 |
+ 2,8 |
|
France |
43,0 |
45,5 |
+ 2,5 |
|
Pays-Bas |
42,8 |
41,8 |
- 1 |
|
Luxembourg |
40,5 |
42,0 |
+ 1,5 |
|
Autriche |
40,5 |
43,3 |
+ 2,8 |
|
Italie |
38,9 |
42,3 |
+ 3,4 |
|
Allemagne |
36,8(1) |
37,8 |
+ 1 |
|
Royaume-Uni |
35,9 |
37,7 |
+ 1,8 |
|
Irlande |
33,5 |
31,5 |
- 2 |
|
Espagne |
33,0 |
35,3 |
+ 2,3 |
|
Portugal |
29,4 |
34,7 |
+ 5,3 |
|
Grèce |
29,3 |
38,0 |
+ 8,7 |
|
UE pondéré |
39,0 |
40,8 |
+ 1,8 |
|
Japon |
30,7 |
27,1 |
- 3,6 |
|
Etats-Unis |
26,7 |
28,9(2) |
+ 2,2 |
(1)
1991 ; (2) 1999.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Seuls trois des quinze pays européens ont connu une
réduction de la part des P.O. dans le PIB : la
Suède (- 0,3 point), les Pays-Bas
(- 1 point) et l'Irlande (- 2 points). Il est
à souligner que ces réductions sont intervenues dans des pays
très hétérogènes au regard du poids des P.O.
Dans les douze autres pays, une augmentation plus ou moins
marquée du poids des prélèvements est
intervenue.
B. DES EXPLICATIONS LIÉES AU CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET AUX CONTRAINTES PESANT SUR LES FINANCES PUBLIQUES
Plusieurs situations semblent pouvoir être distinguées.
Les « nouveaux entrants du Sud »,
c'est-à-dire les pays ayant adhéré dans les années
80, qui étaient aussi ceux dans lesquels le poids des
prélèvements était le plus bas, ont connu une nette
augmentation des prélèvements. Tel est le cas pour la
Grèce et le Portugal, et, à moindre degré, pour l'Espagne.
Dans ces pays, l'augmentation des prélèvements obligatoires peut
être mise en relation avec un processus de développement et
l'adoption progressive d'un modèle social à l'européenne.
En outre, à l'exception notable du Royaume-Uni, il
paraît exister une certaine corrélation entre l'ampleur de
l'augmentation des prélèvements obligatoires et le niveau des
déficits publics. En effet, les pays qui ont le plus accru leurs
P.O. sont aussi ceux qui ont connu à un moment donné les plus
forts déficits publics.
|
Capacité ou besoin (-) de financement des administrations
des pays industrialisés |
||||||||
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
|
|
France |
- 1,6 |
- 2,2 |
- 3,8 |
- 5,7 |
- 5,8 |
- 4,9 |
- 4,1 |
- 3,0 |
|
Allemagne |
- 2,1 |
- 3,1 |
- 2,6 |
- 3,2 |
- 2,4 |
- 3,3 |
- 3,4 |
- 2,7 |
|
Royaume-Uni |
- 0,9 |
- 2,3 |
- 6,2 |
- 7,9 |
- 6,8 |
- 5,5 |
- 4,8 |
- 1,9 |
|
Italie |
- 11,1 |
- 10,1 |
- 9,6 |
- 9,5 |
- 9,2 |
- 7,7 |
- 6,7 |
- 2,7 |
|
Belgique |
- 5,5 |
- 6,3 |
- 6,9 |
- 7,1 |
- 4,9 |
- 3,9 |
- 3,2 |
- 2,1 |
|
Pays-Bas |
- 5,1 |
- 2,9 |
- 3,9 |
- 3,2 |
- 3,8 |
- 4,0 |
- 2,3 |
- 1,4 |
|
Espagne |
- 4,1 |
- 4,2 |
- 3,8 |
- 6,9 |
- 6,3 |
- 7,3 |
- 4,6 |
- 2,6 |
|
UE à 15 |
- 3,5 |
- 4,2 |
- 5,1 |
- 6,1 |
- 5,4 |
- 5,0 |
- 4,2 |
- 2,4 |
|
UEM |
- 4,2 |
- 4,5 |
- 4,7 |
- 5,5 |
- 5,0 |
- 4,9 |
- 4,2 |
- 2,6 |
Source : Rapport économique, social et financier. Projet
de loi de finances pour 1999.
L'Italie, la Belgique et la France relèvent de ce diagnostic que
semblent venir confirmer a contrario les Pays-Bas et, surtout,
l'Allemagne qui a connu des déficits historiques plus
modérés.
Cette corrélation doit être mise en rapport avec les
nécessités induites par le processus de qualification pour
l'euro, qui a imposé aux pays une réduction plus ou moins
importante des déficits publics en fonction des situations de
départ, réduction largement, quoique inégalement selon les
pays, obtenue par une hausse du « taux de pression
fiscale ».
|
Variation des recettes publiques (en points de PIB) |
|
|
Recettes publiques |
|
|
Allemagne |
1,4 |
|
Autriche |
1,4 |
|
Belgique |
2,6 |
|
Danemark |
- 1,1 |
|
Espagne |
0,6 |
|
Finlande |
- 1,3 |
|
France |
1,9 |
|
Grèce |
19,7 |
|
Irlande |
- 3,9 |
|
Italie |
2,7 |
|
Luxembourg |
- 1,7 |
|
Pays-Bas |
- 1,3 |
|
Portugal |
4,3 |
|
Royaume-Uni |
2,0 |
|
Suède |
- 3,0 |
|
UE 15 |
1,7 |
* Niveau
de 2001 moins niveau de 1990. Ensemble des recettes publiques.
Source : OCDE, Perspectives économiques, décembre
2001
Enfin, une relation négative entre la croissance et
l'évolution du poids des prélèvements obligatoires semble
se dégager.
Plus la croissance est élevée, moins le poids des
prélèvements obligatoires dans le PIB s'accroît.
|
Produit intérieur brut des principaux pays de la zone euro
|
||||||||||||||
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
Moyenne annuelle 1990/2000 |
Augmentation du taux de PO 1990/2000(1) |
||
|
France |
2,6 |
1,0 |
1,3 |
- 0,9 |
1,8 |
1,9 |
1,0 |
1,9 |
3,3 |
3,2 |
3,2 |
1,8 |
+ 2,5 |
|
|
Allemagne(2) |
5,7 |
5,0 |
2,2 |
- 1,1 |
2,3 |
1,7 |
0,8 |
1,4 |
2,1 |
3,2 |
3,2 |
2,2 |
+ 1 |
|
|
Italie |
2,0 |
1,4 |
0,8 |
- 0,9 |
2,2 |
2,9 |
1,1 |
2,0 |
1,8 |
1,6 |
2,9 |
1,6 |
+ 3,4 |
|
|
Espagne |
3,8 |
2,5 |
0,9 |
- 1,0 |
2,4 |
2,8 |
2,4 |
3,9 |
4,3 |
4,0 |
4,1 |
2,7 |
+ 2,3 |
|
|
Pays-Bas |
4,1 |
2,3 |
2,0 |
0,8 |
3,2 |
2,3 |
3,0 |
3,8 |
4,1 |
3,9 |
3,9 |
3 |
- 1 |
|
|
Belgique |
2,8 |
1,9 |
1,6 |
- 1,5 |
3,0 |
2,6 |
1,2 |
3,4 |
2,4 |
2,7 |
4,0 |
2,2 |
+ 2,8 |
|
|
Zone euro |
3,6 |
2,4 |
1,4 |
- 0,8 |
2,3 |
2,2 |
1,4 |
2,3 |
2,8 |
2,6 |
3,4 |
2,1 |
ND |
|
|
Royaume-Uni |
0,7 |
- 1,5 |
0,1 |
2,3 |
4,4 |
2,8 |
2,6 |
3,5 |
2,6 |
2,3 |
3,0 |
2,1 |
+ 1,8 |
|
|
1. En
points de PIB. |
||||||||||||||
II. DES SITUATIONS TRÈS CONTRASTÉES, LA FRANCE HANDICAPÉE
Malgré un certain rapprochement, le paysage des prélèvements obligatoires en Europe présente de forts contrastes avec des niveaux et des structures des prélèvements très différents selon les pays.
A. UNE DISPERSION DES NIVEAUX DE PRÉLÈVEMENTS QUI, MÊME LÉGÈREMENT RÉDUITE, RESTE IMPORTANTE
1. Une légère réduction de la dispersion des taux de pression fiscale
Si, entre 1990 et 2000, la dispersion des taux de P.O. s'est plutôt réduite, l'Europe reste caractérisée par d'importants écarts de niveaux de prélèvements obligatoires.
|
Evolution des écarts à la moyenne des
prélèvements obligatoires en Europe (en points de PIB) |
|||
|
1990 |
2000 |
Variation |
|
|
Suède |
+ 14,6 |
+ 12,5 |
- 2,1 |
|
Danemark |
+ 8,1 |
+ 7,6 |
- 0,5 |
|
Finlande |
+ 5,7 |
+ 5,2 |
- 0,5 |
|
Belgique |
+ 4,2 |
+ 4,7 |
+ 0,5 |
|
France |
+ 4 |
+ 4,7 |
+ 0,7 |
|
Pays-Bas |
+ 3,8 |
+ 1 |
- 2,8 |
|
Luxembourg |
+ 1,5 |
+ 1,2 |
- 0,3 |
|
Autriche |
+ 1,5 |
+ 2,5 |
+ 1 |
|
Italie |
- 0,1 |
+ 1,5 |
+ 1,6 |
|
Allemagne |
- 2,2 |
- 3 |
- 0,8 |
|
Grande-Bretagne |
- 3,1 |
- 3,1 |
0 |
|
Irlande |
- 5,5 |
- 9,3 |
- 3,8 |
|
Espagne |
- 6 |
- 5,5 |
+ 0,5 |
|
Portugal |
- 9,6 |
- 6,1 |
+ 3,5 |
|
Grèce |
- 9,7 |
- 2,8 |
+ 6,9 |
En 1990,
huit pays enregistraient un taux de prélèvements obligatoires
supérieur à la moyenne européenne, et sept pays un taux
inférieur. En 2000, hormis l'Italie, dont le taux de
prélèvements est désormais supérieur à la
moyenne, la composition de ces deux groupes de pays n'a pas changé. Le
premier groupe est constitué des pays suivants : Suède,
Danemark, Finlande, Belgique, France, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche et Italie.
Quant au second groupe, il rassemble toujours l'Allemagne, la Grande-Bretagne,
l'Irlande, l'Espagne, le Portugal et la Grèce.
Dans ce panorama marqué par une certaine stabilité des
positions, il faut toutefois mettre en évidence le resserrement des
situations.
Les écarts à la moyenne sont moins amplement dispersés en
2000 que dix ans plus tôt. La Suède occupe toujours le premier
rang en termes de taux de prélèvements obligatoires mais celui-ci
n'excède plus le taux moyen que de 12,5 points contre 14,6 en 1990.
De la même manière, le Danemark, toujours en deuxième
position, s'est un peu rapproché du taux moyen. Cinq des huit pays du
premier groupe ont connu un tel processus, seuls de ces cinq pays, la Belgique,
la France et l'Autriche augmentant leur décrochage par rapport au taux
de PO moyen entre 1990 et 2000. Dans le second groupe, celui des pays qui
connaissaient en 1990 un taux de prélèvements inférieur
à la moyenne, seul un pays - l'Allemagne - a accentué
l'écart entre son taux de PO et le taux de PO moyen.
2. La France dans le groupe des pays les plus mal placés
Il
n'en reste pas moins que, même raccourcie, l'échelle des taux de
prélèvements obligatoires en Europe continue de présenter
des degrés nettement marqués.
Les deux cas extrêmes, la Suède et l'Irlande, exceptés,
plusieurs groupes de pays se détachent :
· un premier groupe composé du Danemark, de la
Finlande, de la Belgique et de la France, où le
taux de prélèvements est nettement (de + de 4,5 points)
supérieur à la moyenne ;
· un deuxième groupe avec l'Autriche,
l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, dont les taux de
prélèvements ne sont qu'un peu supérieurs à cette
moyenne ;
· trois pays, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la
Grèce, où les taux de PO sont assez sensiblement
inférieurs à celle-ci ;
· enfin, deux pays, l'Espagne et le Portugal qui, même
s'ils se sont rapprochés du taux moyen, restent très
éloignés de ce dernier.
Cette situation correspond assez étroitement aux niveaux relatifs des
dépenses publiques dans les Etats européens.
Dépenses publiques en 2000
(en points de PIB)
|
Belgique |
49,9 |
|
Allemagne |
45,6 |
|
Grèce |
44,7 |
|
Espagne |
39,9 |
|
France |
53,2 |
|
Irlande |
33,3 |
|
Italie |
46,5 |
|
Luxembourg |
41,2 |
|
Pays-Bas |
45,3 |
|
Autriche |
51,8 |
|
Portugal |
44,8 |
|
Finlande |
48,4 |
|
Danemark |
53,3 |
|
Suède |
58,4 |
|
Royaume-Uni |
37,7 |
|
UE 15 |
45,8 |
Il existe cependant quelques nuances liées à l'existence de soldes publics différents et de ressources publiques alternatives aux prélèvements obligatoires.
Ecarts
entre les dépenses publiques
et les prélèvements
obligatoires en 2000
(en points de PIB)
|
Belgique |
+ 3,9 |
|
Allemagne |
+ 7,8 |
|
Grèce |
+ 6,7 |
|
Espagne |
+ 4,6 |
|
France |
+ 7,7 |
|
Irlande |
+ 1,8 |
|
Italie |
+ 4,2 |
|
Luxembourg |
- 0,8 |
|
Pays-Bas |
+ 3,5 |
|
Autriche |
- 8,5 |
|
Portugal |
+ 10,1 |
|
Finlande |
+ 1,9 |
|
Danemark |
+ 4,9 |
|
Suède |
+ 5,1 |
|
Royaume-Uni |
0 |
Ces
nuances ne sont pas négligeables, comme le montre le tableau ci-avant.
L'écart existant entre les dépenses publiques et les
prélèvements obligatoires constitue un indice de la
soutenabilité des finances publiques. En effet, plus cet
écart est grand, plus le socle de financement du secteur public
apparaît dépendant de recettes non fiscales dont la
récurrence est moins avérée que pour les recettes
fiscales. Par ailleurs, quand il s'accompagne d'un plus fort déficit
public, il engendre des charges d'intérêt qui sont susceptibles,
en fonction des conditions comparées de la croissance et du coût
de la dette, d'enclencher un effet boule de neige de l'endettement qui creuse
mécaniquement le besoin de financement public.
De ces différents points de vue, la situation de la France
apparaît très inquiétante. Avec un très haut
niveau de ses dépenses publiques, malgré le poids
très élevé de ses prélèvements
obligatoires, notre pays est l'un des pays d'Europe que l'écart
très important entre ses prélèvements et ses
dépenses publics désigne tout particulièrement comme
étant confronté à un sérieux problème de
soutenabilité de ses finances publiques.
B. LA STRUCTURE DES PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES EN EUROPE, PEU DE CHANGEMENTS EN DIX ANS ET DES PROFILS TRÈS DISPARATES
1. Peu de changements...
La
structure moyenne des prélèvements obligatoires en Europe n'a que
légèrement évolué en dix ans.
Sur fond d'augmentation globale, le poids des impôts sur les biens, sur
le patrimoine et sur le revenu des ménages s'est alourdi ; celui de
l'impôt sur les sociétés s'est également accru, mais
dans de moindres proportions. En revanche, la pression exercée par les
cotisations sociales a été très légèrement
allégée.
La hiérarchie des prélèvements demeure, malgré
tout, inchangée en 2000 par rapport à ce qu'elle était dix
ans plus tôt.
Poids des prélèvements obligatoires
dans le PIB de l'UE (en % du PIB)
|
1990 |
2000 |
Variation |
|
|
Total |
39 |
40,8 |
+ 1,8 |
|
dont : |
|||
|
Impôts sur le revenu des ménages |
9,6 |
10,1 |
+ 0,5 |
|
Impôts sur les sociétés |
2,7 |
3,0 |
+ 0,3 |
|
Cotisations sociales |
12,8 |
12,5 |
- 0,3 |
|
Impôts sur le patrimoine |
1,8 |
2,4 |
+ 0,6 |
|
Impôts sur les biens 1) |
11,1 |
11,8 |
+ 0,7 |
1. Les
impôts sur les biens comportent principalement, outre les très
nombreuses formes d'accises, la TVA.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Les cotisations sociales demeurent la source de recettes publiques la plus
importante, suivies par les impôts sur les biens et les impôts sur
les revenus des ménages. Les parts respectives des impôts sur les
sociétés et des impôts sur le patrimoine, bien qu'en
augmentation, arrivent loin derrière.
Par rapport à la structure fiscale des Etats-Unis, l'Europe
présente la particularité principale de taxer beaucoup plus
lourdement les biens et les salaires à travers les cotisations
sociales.
Le poids des prélèvements sur les biens et services est plus
élevé en Europe de 7,1 points de PIB et celui sur les salaires
(les cotisations sociales) de 5,6 points de PIB.
En revanche, les Etats-Unis connaissent un niveau de prélèvements
sur les revenus des ménages et sur le patrimoine supérieur
à ce qu'il est en Europe, de 1,7 point et 0,7 point de PIB
respectivement.
L'alourdissement des prélèvements obligatoires aux Etats-Unis,
qui, entre 1990 et 2000, a été plus élevé qu'en
Europe - 2,7 points de PIB contre 1,8 point de PIB - s'est
manifesté par une sensible augmentation de l'imposition des revenus des
ménages américains qui a atteint 1,9 point de PIB.
2. Des profils très disparates
En
dépit d'un certain rapprochement des structures nationales des
prélèvements obligatoires, le paysage européen reste
marqué, en ce domaine, par de nettes disparités.
Un certain rapprochement des structures des prélèvements s'est
opéré, comme le montre la variation, au cours des années
1990, des écarts de position nationale par catégorie de
prélèvements, par rapport à la moyenne
européenne.
|
Ecarts à la moyenne en 1990 par pays et par grande catégorie de prélèvements (en points de PIB) |
|||||||||||
|
Impôts sur les biens |
Impôts sur le revenu des ménages |
Impôts sur les sociétés |
Cotisations sociales |
Impôts sur le patrimoine |
|||||||
|
Allemagne |
- 0,6 |
+ 0,2 |
- 1 |
+ 0,5 |
- 0,6 |
||||||
|
Autriche |
+ 1,6 |
- 1,1 |
- 1,3 |
+ 0,5 |
- 0,7 |
||||||
|
Belgique |
+ 0,3 |
+ 4,3 |
- 0,3 |
+ 1,5 |
- 0,6 |
||||||
|
Danemark |
+ 4,7 |
+ 15,2 |
- 1,2 |
- 11,4 |
+ 0,2 |
||||||
|
Espagne |
- 1,7 |
- 2,4 |
+ 0,2 |
- 1 |
0 |
||||||
|
Finlande |
+ 3,5 |
+ 7,6 |
- 0,7 |
- 3,1 |
- 0,7 |
||||||
|
France |
+ 1,1 |
- 5 |
- 0,4 |
+ 6,1 |
+ 0,9 |
||||||
|
Grèce |
+ 2 |
- 5,5 |
- 1,1 |
- 3,9 |
- 0,4 |
||||||
|
Irlande |
+ 3,1 |
+ 1,1 |
- 1,1 |
- 7,8 |
- 0,2 |
||||||
|
Italie |
- 0,2 |
+ 0,6 |
+ 1,2 |
0 |
- 0,9 |
||||||
|
Luxembourg |
- 0,8 |
0 |
+ 3,7 |
- 1,7 |
+ 1,6 |
||||||
|
Pays-Bas |
+ 0,2 |
+ 1 |
+ 0,5 |
+ 3,2 |
- 0,2 |
||||||
|
Portugal |
+ 1,8 |
- 4,9 |
- 0,4 |
- 4,8 |
- 1 |
||||||
|
Suède |
+ 2,3 |
+ 11 |
- 1 |
+ 1,8 |
+ 0,1 |
||||||
|
Grande-Bretagne |
0 |
+ 0,4 |
+ 1,5 |
- 6,7 |
+ 1,1 |
||||||
|
Total des écarts |
23,4 |
60,3 |
15,6 |
54 |
9,2 |
||||||
|
Ecarts à la moyenne en 2000 par pays et par grande catégorie de prélèvements (en points de PIB) |
|||||||||||
|
Impôts sur les biens |
Impôts sur le revenu des ménages |
Impôts sur les sociétés |
Cotisations sociales |
Impôts sur le patrimoine |
|||||||
|
Allemagne |
- 1,2 |
- 0,5 |
- 1,2 |
+ 2,3 |
- 1,5 |
||||||
|
Autriche |
+ 0,5 |
- 0,5 |
- 1 |
+ 2,3 |
- 1,8 |
||||||
|
Belgique |
- 0,1 |
+ 4,2 |
+ 0,7 |
+ 1,7 |
- 0,9 |
||||||
|
Danemark |
+ 3,9 |
+ 15,2 |
- 0,7 |
- 10,3 |
- 0,8 |
||||||
|
Espagne |
- 1,3 |
- 2,5 |
0 |
- 0,1 |
- 0,2 |
||||||
|
Finlande |
+ 1,8 |
+ 5 |
+ 2,4 |
- 0,6 |
- 1,3 |
||||||
|
France |
+ 0,1 |
- 1,8 |
+ 0,1 |
+ 4 |
+ 0,6 |
||||||
|
Grèce |
+ 1,9 |
- 5,1 |
+ 1,4 |
- 1 |
- 0,4 |
||||||
|
Irlande |
+ 0,6 |
- 0,4 |
+ 0,9 |
- 8,3 |
- 0,6 |
||||||
|
Italie |
+ 0,1 |
0 |
- 0,5 |
- 0,5 |
- 0,6 |
||||||
|
Luxembourg |
0 |
- 2,5 |
+ 4,2 |
- 1,8 |
+ 2,0 |
||||||
|
Pays-Bas |
0 |
- 3,8 |
+ 1,2 |
+ 3,9 |
- 0,2 |
||||||
|
Portugal |
+ 2,4 |
- 4,3 |
+ 0,9 |
- 3,8 |
- 1,3 |
||||||
|
Suède |
- 0,5 |
+ 8,7 |
+ 0,7 |
+ 2,7 |
- 0,5 |
||||||
|
Grande-Bretagne |
+ 0,4 |
+ 0,7 |
+ 0,7 |
- 6,5 |
+ 2 |
||||||
|
Total des écarts |
14,8 |
55,2 |
16,6 |
49,8 |
14,7 |
||||||
S'agissant des impôts sur les biens et services,
l'écart entre les pays les plus éloignés de la moyenne par
le haut (le Danemark) et le bas (l'Espagne) s'est amenuisé entre 1990 et
2000 (il était alors de 5,2 points contre 6,4 points en 1990).
Hormis le Portugal, les écarts positifs de taxation se sont
réduits, tandis que, excepté l'Allemagne, les écarts
négatifs ont connu un même phénomène. Le total des
écarts à la moyenne, indice grossier des disparités de
taxation, se réduit très sensiblement, révélant une
convergence des systèmes d'imposition des biens st services que les
progrès réalisés en matière d'harmonisation
réglementaire de la TVA expliquent largement.
S'agissant des impôts sur le revenu des ménages, un
même processus de convergence peut être décelé,
même s'il a atteint une ampleur plus limitée. Il est en
correspondance avec le processus de rapprochement du poids relatif des
cotisations sociales.
De façon surprenante, les deux catégories d'imposition qui ont,
à l'inverse, connu une accentuation de la disparité des
prélèvements nationaux sont ceux considérés comme
les plus susceptibles de converger en raison de la mobilité
présumée de leurs assiettes, à savoir l'imposition des
sociétés et celle du patrimoine.
Il n'en demeure pas moins que ces impôts sont ceux qui connaissent la
dispersion la plus faible, ce qui correspond bien à l'intuition d'une
harmonisation naturelle des systèmes de prélèvements sur
des ressources mobiles dans un espace de liberté des flux.
Cette appréciation étant fondée sur des données
très agrégées, on peut établir que les
années 90 ont été marquées par un rapprochement des
systèmes fiscaux des Etats membres, qu'il ait été
organisé comme en matière d'imposition des biens et services ou
qu'il ait résulté d'une somme de décisions
étatiques individuelles plus ou moins discrétionnaires.
L'essentiel reste que le panorama de la structure des systèmes
fiscaux européens est, en 2000 comme en 1990, fort éclaté.
Structure des recettes fiscales selon l'assiette des taxes en % du PIB (1990)
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
EU1 |
|
|
Impôts sur le revenu
|
11,5 |
10,3 |
16,2 |
27,6 |
10,2 |
19,3 |
6,9 |
5,8 |
12,4 |
14,2 |
16,0 |
13,8 |
7,6 |
22,3 |
14,1 |
12,4 |
11,9 |
|
9,8 |
8,5 |
13,9 |
24,8 |
7,2 |
17,2 |
4,6 |
4,1 |
10,7 |
10,2 |
9,6 |
10,6 |
4,7 |
20,6 |
10,0 |
9,6 |
9,9 |
|
|
1,7 |
1,4 |
2,4 |
1,5 |
2,9 |
2,0 |
2,3 |
1,6 |
1,7 |
3,9 |
6,4 |
3,2 |
2,3 |
1,7 |
4,2 |
2,7 |
2,0 |
|
|
Prélèvement sur les salaires |
13,3 |
15,7 |
14,3 |
1,7 |
11,8 |
9,7 |
19,7 |
9,1 |
5,4 |
12,9 |
11,1 |
16,0 |
8,0 |
15,9 |
6,1 |
13,1 |
6,8 |
|
13,3 |
13,3 |
14,3 |
1,4 |
11,8 |
9,7 |
18,9 |
8,9 |
5,0 |
12,8 |
11,1 |
16,0 |
8,0 |
14,6 |
6,1 |
12,8 |
6,8 |
|
|
0,0 |
2,4 |
0,0 |
0,3 |
0,0 |
0,0 |
0,8 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
1,3 |
0,0 |
0,3 |
0,0 |
|
|
Impôt sur le patrimoine |
1,2 |
1,1 |
1,2 |
2,0 |
1,8 |
1,1 |
2,7 |
1,4 |
1,6 |
0,9 |
3,4 |
1,6 |
0,8 |
1,9 |
2,9 |
1,8 |
3,0 |
|
Impôts sur les Biens et services |
9,5 |
12,7 |
11,4 |
15,8 |
9,4 |
14,6 |
12,2 |
13,1 |
14,2 |
10,9 |
10,3 |
11,3 |
12,9 |
13,4 |
11,1 |
11,1 |
4,5 |
|
5,9 |
8,4 |
7,1 |
8,7 |
5,2 |
8,7 |
7,9 |
7,2 |
6,9 |
5,7 |
4,8 |
7,1 |
5,8 |
8,0 |
6,1 |
6,6 |
0,0 |
|
|
2,4 |
2,5 |
2,1 |
4,7 |
1,9 |
4,3 |
2,7 |
3,5 |
5,7 |
3,0 |
4,1 |
2,5 |
4,1 |
3,9 |
3,5 |
2,9 |
1,3 |
|
|
Autres |
0,0 |
0,5 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
1,4 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
0,1 |
0,2 |
0,1 |
1,5 |
0,5 |
0,0 |
|
Total |
35,6 |
40,5 |
43,2 |
47,1 |
33,2 |
44,7 |
42,9 |
29,3 |
33,5 |
38,9 |
40,9 |
42,8 |
29,4 |
53,6 |
35,8 |
38,9 |
26,2 |
1.
Etats-Unis.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Structure des recettes fiscales selon l'assiette des taxes en % du PIB (2000, sauf (1))
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
JAP |
EU2 |
|
|
Impôts sur le revenu
|
11,4 |
12,3 |
18,1 |
28,5 |
9,9 |
20,5 |
11,4 |
10,4 |
13,6 |
14,2 |
15,0 |
10,5 |
9,9 |
22,5 |
14,5 |
13,2 |
9,1 |
14,2 |
|
9,6 |
9,6 |
14,3 |
25,3 |
6,6 |
15,1 |
8,3 |
5,0 |
9,7 |
10,1 |
7,6 |
6,3 |
5,8 |
18,8 |
10,8 |
10,1 |
5,7 |
11,8 |
|
|
1,8 |
2,0 |
3,7 |
2,3 |
3,0 |
5,4 |
3,1 |
4,4 |
3,9 |
2,5 |
7,4 |
4,2 |
4,0 |
3,7 |
3,7 |
3,0 |
3,5 |
2,4 |
|
|
Prélèvement sur les salaires |
14,8 |
17,5 |
14,2 |
2,4 |
12,4 |
11,1 |
17,4 |
11,7 |
4,3 |
12,0 |
10,7 |
16,4 |
8,7 |
17,5 |
6,3 |
12,8 |
10,0 |
6,9 |
|
14,8 |
14,8 |
14,2 |
2,2 |
12,4 |
11,1 |
16,5 |
11,5 |
4,2 |
12,0 |
10,7 |
16,4 |
8,7 |
15,2 |
6,3 |
12,5 |
10,0 |
6,9 |
|
|
0,0 |
2,7 |
0,0 |
0,2 |
0,0 |
0,0 |
0,9 |
0,2 |
0,1 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
2,3 |
0,0 |
0,4 |
0,0 |
0,0 |
|
|
Impôt sur le patrimoine |
0,9 |
0,6 |
1,5 |
1,6 |
2,2 |
1,1 |
3,0 |
2,0 |
1,8 |
1,8 |
4,4 |
2,2 |
1,1 |
1,9 |
4,4 |
2,4 |
2,8 |
3,1 |
|
Impôts sur les Biens et services |
10,6 |
12,3 |
11,7 |
15,7 |
10,5 |
13,6 |
11,9 |
13,7 |
12,4 |
11,9 |
11,8 |
11,8 |
14,2 |
11,3 |
12,2 |
11,8 |
5,1 |
4,7 |
|
6,9 |
8,3 |
7,4 |
9,5 |
6,2 |
8,1 |
7,5 |
8,4 |
7,1 |
6,6 |
5,9 |
7,3 |
8,1 |
7,3 |
7,0 |
7,3 |
2,4 |
0,0 |
|
|
2,8 |
2,5 |
2,3 |
5,1 |
2,7 |
4,3 |
2,9 |
4,0 |
4,5 |
2,7 |
5,1 |
3,5 |
4,6 |
3,5 |
4,0 |
3,3 |
1,9 |
1,5 |
|
|
Autres |
0,2 |
0,5 |
0,5 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
1,8 |
0,2 |
0,2 |
2,4 |
0,2 |
0,7 |
0,4 |
0,2 |
0,2 |
0,6 |
0,1 |
0,0 |
|
Total |
37,8 |
43,3 |
46,0 |
48,4 |
35,3 |
46,5 |
45,5 |
38,0 |
32,3 |
42,3 |
42,0 |
41,7 |
34,3 |
53,3 |
37,7 |
40,8 |
27,1 |
28,9 |
1.
Année 1999 pour l'Irlande, le Portugal et les Etats-Unis.
2. Etats-Unis.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Le poids des impôts sur le revenu des ménages varie
beaucoup selon les pays. Il reste exceptionnellement élevé dans
les pays nordiques ainsi qu'en Belgique. Il est relativement faible dans les
pays du sud et aux Pays-Bas, la France ayant, au cours des années 90,
rapproché sa situation, caractérisée par un faible niveau
comparé de l'impôt sur le revenu, de la moyenne européenne,
en particulier du fait de l'instauration de la contribution sociale
généralisée (CSG), classée par les
« comptables nationaux » dans les impôts sur le
revenu des ménages..
En dépit d'un glissement vers la contribution sociale
généralisée (classée comme impôt sur le
revenu) du financement des régimes sociaux, la France conserve la
première place au regard du poids des cotisations sociales. Pour
cette catégorie de prélèvements, le total des
écarts à la moyenne est élevé (presque autant que
pour l'impôt sur le revenu), ce qui témoigne d'une grande
disparité des situations nationales.
Dans un cas seulement, le Danemark, le faible niveau des cotisations sociales
compense le haut niveau de l'impôt sur le revenu. Mais, sinon aux
Pays-Bas et, à un moindre degré, en France, ce mécanisme
de vases communicants paraît faire défaut ailleurs. La
Suède, avec un haut niveau d'impôt sur le revenu connaît
aussi un haut niveau de cotisations sociales, tout comme la Belgique.
Inversement, en position médiane ou inférieure à la
moyenne au regard de l'impôt sur le revenu, l'Espagne, la Grèce,
l'Irlande, le Luxembourg, l'Italie, le Portugal et la Grande-Bretagne
connaissent aussi un niveau relativement modeste des cotisations sociales.
Les situations des pays sont beaucoup plus proches pour les trois autres
catégories de prélèvements. Les impôts sur les
biens ne sont réellement comparativement très
élevés qu'au Danemark et au Portugal pour des motifs
différents, le poids important de la consommation dans le PIB de ce
dernier pays, celui des accises dans le premier. Pour l'impôt sur les
sociétés, seuls la Finlande et le Luxembourg se
détachent, par le haut et, l'Allemagne et l'Autriche, par le bas. Pour
les impôts sur le patrimoine, ils ne sont relativement
élevés qu'au Luxembourg et en Grande-Bretagne.
Cette dispersion des structures des prélèvements obligatoires se
confirme si l'on considère non plus les assiettes des
prélèvements mais leur répercussion économique
immédiate.
Structure des recettes fiscales selon leur répercussion économique immédiate en % du PIB (1999)
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE |
RU |
UE |
|
|
Revenu des ménages |
17,4 |
18,2 |
20,0 |
27,6 |
11,7 |
17,6 |
14,9 |
12,1 |
11,6 |
15,1 |
15,0 |
21,5 |
9,6 |
23,1 |
15,1 |
15,9 |
|
Revenu des entreprises |
1,8 |
1,8 |
3,6 |
3,0 |
2,8 |
4,2 |
2,9 |
3,2 |
3,9 |
3,3 |
7,3 |
4,2 |
4,0 |
3,2 |
3,8 |
2,9 |
|
Coût du travail |
7,3 |
10,1 |
8,8 |
0,7 |
8,4 |
9,3 |
12,4 |
5,4 |
2,7 |
8,7 |
4,7 |
2,5 |
5,0 |
13,9 |
3,5 |
7,4 |
|
Autres coûts de production |
0,1 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
0,3 |
0,2 |
1,9 |
0,1 |
0,2 |
1,9 |
2,0 |
0,3 |
0,0 |
0,1 |
0,2 |
0,5 |
|
Prix des produits |
10,2 |
11,8 |
10,6 |
15,6 |
9,7 |
14,0 |
11,9 |
13,0 |
11,8 |
10,8 |
11,5 |
10,8 |
14,0 |
10,9 |
11,1 |
11,2 |
|
Divers |
0,9 |
1,8 |
2,2 |
3,4 |
2,2 |
1,1 |
1,9 |
3,3 |
2,0 |
3,4 |
1,4 |
2,8 |
1,7 |
1,0 |
2,6 |
2,5 |
|
Total |
37,7 |
43,9 |
45,7 |
50,4 |
35,1 |
46,3 |
45,8 |
37,1 |
32,3 |
43,3 |
41,8 |
42,1 |
34,3 |
52,2 |
36,3 |
40,5 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Les impôts sur les produits apparaissent relativement homogènes.
En revanche, l'imposition du revenu des ménages et les
prélèvements sur les salaires sont nettement contrastés.
La France, on doit y insister, pénalise très fortement les
salaires puisqu'elle n'est devancée que par la Suède au regard
des prélèvements sur le travail.
3. Une centralisation très variable selon les pays
La répartition des prélèvements entre les types d'administration est très différenciée selon les pays.
Répartition des
prélèvements selon l'administration perceptrice,
en % du total
des recettes
|
En 1997 |
CE1) |
Adm. centrales |
Etats fédérés |
Adm. locales |
Séc. Sociale |
|
Allemagne |
1,5 |
29,2 |
22,0 |
7,9 |
39,3 |
|
Autriche |
1,4 |
51,2 |
9,4 |
10,1 |
27,9 |
|
Belgique |
1,9 |
34,9 |
23,6 |
4,4 |
35,0 |
|
Danemark |
1,1 |
62,4 |
-- |
31,5 |
4,1 |
|
Espagne |
1,9 |
46,7 |
-- |
16,9 |
34,5 |
|
Finlande |
1,2 |
54,8 |
-- |
22,7 |
26,6 |
|
France |
1,2 |
42,5 |
-- |
10,0 |
45,1 |
|
Grèce |
1,8 |
67,6 |
-- |
1,1 |
29,5 |
|
Irlande |
2,2 |
85,0 |
-- |
1,8 |
11,1 |
|
Italie |
1,1 |
61,0 |
-- |
9,4 |
26,6 |
|
Luxembourg |
1,2 |
67,0 |
-- |
5,7 |
25,3 |
|
Pays-Bas |
2,3 |
54,7 |
-- |
2,7 |
40,0 |
|
Portugal |
1,8 |
65,0 |
-- |
6,6 |
26,5 |
|
Royaume-Uni |
1,7 |
76,9 |
-- |
4,1 |
17,3 |
|
Suède |
1,0 |
61,8 |
-- |
30,3 |
8,8 |
|
Etats-Unis |
-- |
45,0 |
19,1 |
12,0 |
23,9 |
|
Japon |
-- |
36,7 |
-- |
26,1 |
37,2 |
1.
Communautés européennes. Cette colonne représente les
prélèvements affectés au financement du budget des
Communautés européennes.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Dans deux des trois pays fédéraux (Belgique et Allemagne), le
poids de la fiscalité des Etats est extrêmement fort, de l'ordre
de 10 % du PIB, supérieur à celui des Etats-Unis et
dans les pays scandinaves, la fiscalité locale est très
importante (de 10 à 15 % du PIB).
Le poids des impôts perçus par les administrations centrales va de
11 % du PIB en Allemagne à plus de 25 % (Danemark, Irlande,
Royaume-Uni, Suède).
Les recettes propres de la Sécurité sociale sont très
faibles dans certains pays où elle est financée par le budget de
l'Etat, totalement (Danemark, Suède) ou partiellement (Royaume-Uni,
Irlande). Au contraire, elles sont très fortes dans les modèles
bismarkiens (France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne).
Les pays européens s'étagent entre les pays très
centralisés où le gouvernement central prélève plus
des 2/3 du total des recettes (Irlande, Royaume-Uni, Grèce, Portugal,
Luxembourg, Danemark) et des pays peu centralisés pour des raisons
diverses : Allemagne, en raison du poids des Länder, Belgique
en raison de sa division linguistique, France en raison du poids des recettes
de la Sécurité sociale, Suède en raison du poids des
communes.
CHAPITRE
II :
L'IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS,
DES
SYMPTÔMES DE CONCURRENCE FISCALE,
LA FRANCE MAL
PLACÉE
Le
contour des prélèvements sur les entreprises est
très difficile à dessiner. A des
prélèvements directs particulièrement
dispersés selon qu'ils touchent les sociétés ou des
entreprises individuelles, les entreprises en général ou les
entreprises évoluant dans un secteur donné, effectués au
niveau national ou au niveau local, il faut ajouter des
prélèvements plus indirects qui, établis sur les
propriétaires de l'entreprise ou sur ses créanciers, affectent de
façon significative la vie des entreprises.
D'importants progrès de méthode restent à entreprendre
pour asseoir plus solidement la catégorie des prélèvements
sur les entreprises et les comparaisons présentées dans ce
chapitre le sont sous cette importante réserve.
Tout comme pour les prélèvements obligatoires en
général, l'imposition des entreprises ne semble pas
avoir connu de nettes modifications en Europe. C'est du moins la conclusion
à laquelle invite la considération des évolutions
relatives au poids de l'impôt sur les sociétés dans le PIB.
Ce résultat est de nature à étonner si on se
réfère aux analyses théoriques qui
établissent un risque élevé de concurrence fiscale
en matière d'imposition des entreprises.
Aussi bien, un raffinement de l'analyse s'impose et la prise en compte d'autres
données conduisent à des conclusions sensiblement
différentes.
Il convient d'abord de relever qu'une stratégie de baisse des taux
légaux d'imposition des sociétés a été
partagée par la plupart des pays européens. Si, en pratique,
cette stratégie n'a pas toujours été suivie d'une baisse
de la pression fiscale, on ne peut pour autant la considérer comme
relevant d'un simple affichage.
Dans la plupart des pays, elle semble avoir débouché sur des
allégements fiscaux effectifs. Par ailleurs, elle témoigne, en
soi, d'une détermination compétitive qui, même si ses
résultats concrets, appréhendés globalement, sont ambigus,
semble animer de nombreuses pratiques fiscales concurrentielles à
dimension microéconomique.
A défaut de pouvoir entièrement étayer les
préoccupations engendrées par la perspective d'une
intensification de la concurrence fiscale, les données disponibles
montrent que les pays européens sont inégalement attractifs de ce
point de vue et que la France occupe une position peu favorable.
I. UNE BAISSE DES TAUX LÉGAUX UN ÉLARGISSEMENT DE L'ASSIETTE
Comme
pour les prélèvements sur les revenus des ménages,
l'imposition des sociétés a évolué dans le sens
d'une diminution des taux légaux et, souvent, d'une extension de
l'assiette d'imposition.
Une très forte baisse des taux légaux d'imposition des
sociétés est intervenue en Europe entre 1986 et 2001 avec, en
moyenne, un allégement de près de 30 % par rapport au taux
observé en 1986.
TAUX NOMINAUX DE L'IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS
|
1986 |
1991 |
1995 |
1998 |
2001 |
Différence 1986-2001 |
Différence 1991-2001 |
|
|
Allemagne |
56,0 |
50/36 |
45/30 |
45/25 |
25,0 |
- 31,0 |
- 25/- 11 |
|
Autriche |
50,0 |
30,0 |
34,0 |
34,0 |
34,0 |
- 16,0 |
+ 4 |
|
Belgique |
45,0 |
39,0 |
39,0 |
39,0 |
39,0 |
- 6,0 |
0 |
|
Danemark |
50,0 |
38,0 |
34,0 |
34,0 |
30,0 |
- 20,0 |
- 8 |
|
Espagne |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
- 0,0 |
0 |
|
Finlande |
33,0 |
23,0 |
25,0 |
28,0 |
29,0 |
- 4,0 |
+ 6 |
|
France |
45,0 |
42,0 |
33,3 |
41,6 |
36,4 |
- 8,6 |
- 5,6 |
|
Grèce |
49,0 |
46,0 |
35/40 |
35/40 |
35,0 |
- 9,0 |
- 11 |
|
Irlande |
50,0 |
43,0 |
40,0 |
32,0 |
20,0 |
- 30,0 |
- 23 |
|
Italie |
36,0 |
36,0 |
36,0 |
37,0 |
36,0 |
- 0,0 |
0 |
|
Luxembourg |
40,0 |
33,0 |
33,0 |
30,0 |
30,0 |
- 10,0 |
- 3 |
|
Pays-Bas |
42,0 |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
- 7,0 |
0 |
|
Portugal |
42/47 |
36,0 |
36,0 |
34,0 |
32,0 |
- 15,0 |
- 4 |
|
Royaume-Uni |
35,0 |
34,0 |
33,0 |
31,0 |
30,0 |
- 5,0 |
- 4 |
|
Suède |
52,0 |
30,0 |
28,0 |
28,0 |
28,0 |
- 24,0 |
- 2 |
|
Union européenne |
44,3 |
36,7 |
35,1 |
34,9 |
32,0 |
- 12,4 |
- 4,7 |
|
Etats-Unis |
46,0 |
34,0 |
35,0 |
35,0 |
35,0 |
- 11,0 |
+ 1 |
|
Japon |
50,0 |
50,0 |
47,5 |
46,4 |
46,4 |
- 3,6 |
- 3,6 |
Note : Le taux est celui de l'impôt du
gouvernement central et la moyenne pour l'Union européenne est non
pondérée.
Source : OCDE
Ce mouvement s'est nettement modéré au cours de la
décennie 1990-2000 avec même, dans quelques cas, un
renversement de tendance (Autriche, Finlande).
Toutefois, c'est bien la baisse des taux d'imposition qui constitue la
caractéristique essentielle des réformes de l'impôt sur les
sociétés intervenues en Europe dans le proche passé.
Parallèlement, dans de nombreux pays, les régimes d'imposition
dérogatoires ont été banalisés, qu'il s'agisse du
régime des amortissements, des provisions ou encore des
bénéfices distribués. Pour autant, outre l'existence dans
tous les pays de procédures exceptionnelles (voir le II), certains pays
ont emprunté la voie d'une diversification des modalités
d'imposition des entreprises.
A. L'ALLEMAGNE, UNE RÉDUCTION DES TAUX, UN ÉLARGISSEMENT DE L'ASSIETTE.
En Allemagne, les taux d'imposition ont été continûment réduits au cours de la période et cette tendance se poursuit dans la réforme récemment adoptée.
|
Impôt sur les bénéfices |
Autres |
Incitations fiscales/exonérations |
|
Avant 2001 |
||
|
1988-1994 1 :
|
Taxe
professionnelle :
|
Amortissements : linéaire ou
dégressif. Accéléré : certains types
d'investissement seulement.
|
|
Janvier 2001 |
||
|
Taux uniforme de 25 % (26,375 % 2) Suppression de l'imputation et remplacement par système du demi revenu. |
Pas de modification |
Pertes :
--
ordinaires : report en arrière |
1.
Introduction de la surtaxe de solidarité de 5,5 % introduite en
1993.
2. Y compris surtaxe de solidarité.
Dans le nouveau système, les bénéfices des entreprises
sont imposés au niveau de l'entreprise et les dividendes sont
imposés au niveau de l'actionnaire ; le crédit d'impôt
disparaît. En contrepartie, le taux d'imposition des
bénéfices est uniforme à 25 %, soit un taux
d'imposition total de 39,3 % en incluant la surtaxe de solidarité
et la taxe professionnelle assise sur les bénéfices, contre
52,3 % (bénéfices réinvestis) et 43,6 %
(bénéfices distribués) en 2000. Il n'y a plus
d'élimination complète des doubles-impositions ; seule la
moitié des dividendes reçus par les actionnaires (personnes
physiques) est incluse dans leur base imposable et les dividendes
interentreprises ne sont plus soumis à l'impôt. Mais,
l'exonération des dividendes versés par des filiales
étrangères détenues à hauteur de plus de
10 % par des sociétés résidentes est désormais
étendue à l'ensemble des dividendes en provenance de
sociétés non résidentes.
C'est également pour compenser la suppression du système
d'imputation complète que le gouvernement a modifié le
régime d'imposition des plus-values de cessions de participation.
Les plus-values peuvent en effet être considérées comme des
profits accumulés, ayant déjà été soumis
à l'impôt sur les sociétés, si bien que leur
taxation au moment de la cession de participation induirait une double taxation.
L'exonération des plus-values s'appliquait déjà dans le
cas des cessions de participations étrangères depuis 1994 pour
les participations supérieures à 10 % du capital. Pour le
gouvernement, cette mesure permet donc aussi de traiter désormais de
manière équivalente les investissements en Allemagne et à
l'étranger et d'éviter la multiplication de
sociétés holding dans d'autres pays européens.
Avec cette réforme, il s'agit de renforcer l'attractivité
fiscale du territoire allemand.
Combinée à cette inspiration, la poursuite d'une plus grande
neutralité fiscale marque la réforme. La base d'imposition
est élargie par la suppression d'un certain nombre de règles
dérogatoires en matière d'amortissements et de provisions.
L'application d'un taux uniforme d'imposition des bénéfices
est plus favorable au réinvestissement des bénéfices,
puisque les bénéfices non distribués étaient
auparavant imposés à un taux supérieur à celui des
bénéfices distribués. La réforme vise donc à
accroître le taux d'autofinancement des entreprises, jugé trop
faible en comparaison internationale.
Pour préciser les ordres de grandeur, des simulations ont
été réalisées par le Conseil des Sages en
novembre 2001. Ces simulations distinguent 3 modes de financement
(autofinancement, émission d'actions, endettement) et 5 types
d'investissement (intangibles, bâtiments, machines, placements
financiers, stocks) et permettent notamment de mesurer l'impact de la
réforme sur le taux moyen effectif d'imposition, entendu comme le taux
d'imposition que supporte un investissement type qui rapporterait avant
impôt une rentabilité de 20 % (voir chapitre sur la
réforme de l'imposition des bénéfices).
La baisse du taux d'imposition légal se traduit par une baisse du
taux moyen effectif d'imposition (tous types d'investissement et tous types
de financement confondus) de 3,2 points. Elle est plus faible que la
réduction du taux d'imposition légal (13 points pour les
bénéfices non distribués, 4,3 points pour les
bénéfices distribués) en raison du durcissement du
régime d'amortissement. Alors qu'avant réforme le taux
d'imposition était supérieur en cas d'autofinancement,
l'harmonisation des taux conduit à aligner le taux d'imposition moyen
d'un investissement type financé par autofinancement sur celui d'un
investissement type financé par émission d'action (38,8 %).
Le taux d'imposition moyen reste en 2001 le plus élevé des
grands pays européens.
B. LE ROYAUME-UNI, UNE FISCALITÉ PROGRESSIVE ET MODÉRÉE
Au Royaume-Uni, la fiscalité des entreprises a subi d'importantes modifications depuis 10 ans.
LES PRINCIPAUX AMÉNAGEMENTS DE LA FISCALITÉ DES
ENTREPRISES
AU ROYAUME-UNI
Réduction de 33 à 30 % du taux d'imposition des
bénéfices (- 3,3 milliards de livres en 2000-2001,
- 3,75 en 2001-2002).
Suppression du remboursement du crédit d'impôt versé
aux actionnaires exonérés (+ 5,4 milliards).
Suppression de l'Advance Corporation Tax (ACT), pré-paiement de
l'impôt sur les bénéfices lors du versement des dividendes,
et introduction d'un paiement trimestriel pour les grandes entreprises
(+ 2 milliards).
Taxation des services publics privatisés.
Introduction d'une fiscalité portant sur l'utilisation
industrielle et commerciale d'énergie dans le but de
réduire les émissions de CO2.
Mesures spécifiques pour les PME (- 1,2 milliard de livres en
2001-2002) : taux réduit, crédit d'impôt pour la
R&D, réductions d'impôts pour les employés
bénéficiant d'options ; création d'un taux 0 à
partir de 2002 pour les petits bénéfices (265 millions de livres
en 2003-2004).
Le Royaume-Uni, qui connaissait des taux d'imposition des
sociétés les plus bas de l'OCDE, a poursuivi les
allégements de taux. Malgré cette situation, la part des
recettes tirées de l'impôt des sociétés dans le PIB
est supérieure à celle des autres pays du G7. Le taux
applicable aux PME a été réduit de 23 à 20 %
(jusqu'à 300 000 livres de bénéfices) en 2000 et
à 19 % en avril 2002. Au 1er avril 2000, un taux
réduit de 10 % jusqu'à 10 000 livres de
bénéfices a également été introduit, ce taux
a été abaissé à 0 au 1er avril 2002.
Aujourd'hui, l'imposition des bénéfices est progressive.
La création, dans le budget 2002, du taux 0 pour l'impôt des
sociétés qui déclarent moins de 10 000 livres de
bénéfices imposables est particulièrement débattue.
Elle peut être une source d'évasion fiscale pour des personnes
qui, se constituant en société, peuvent échapper à
l'imposition à concurrence de 10 000 livres de
bénéfices. En se constituant en société, un
travailleur indépendant peut se verser un traitement de 4 615
livres, représentant le plafond de l'abattement de l'impôt sur le
revenu, et réaliser des bénéfices de 10 000 livres,
qu'il s'attribuera sous forme de dividendes, en échappant à toute
imposition. Il devient donc possible de faire échapper un revenu de
15 000 livres à toute imposition, un salarié, avec le
même revenu, devant acquitter 3 827 livres d'impôt sur le
revenu et de cotisations sociales. Le budget estime que le coût de la
mesure sera de 265 millions de livres (0,23 point de PIB) en 2003-2004 et de
450 millions en 2004-2005 (0,39 point de PIB), estimant que la proportion de
personnes qui se constitueront en société sera faible.
L'Institute for Fiscal Studies (Blow et al., 2002) estime pour sa
part que la mesure est potentiellement coûteuse, jugeant vraisemblable
que 50 % des travailleurs indépendants décident de se
constituer en société ce qui leur permettrait d'économiser
plus de 500 livres d'impôt par an et représenterait un coût
budgétaire de 1,2 milliard de livres (de 2,5 si tous les travailleurs
indépendants se constituaient en société).
IMPOSITION DES BÉNÉFICES EN 2000-2001
|
Bénéfice annuel, en £ |
Taux marginal |
Taux moyen |
|
< 10 000 |
10 |
10 |
|
10 001 - 50 000 |
22,5 |
10 à 20 |
|
50 001 - 300 000 |
20 |
20 |
|
300 001 - 1 500 000 |
32,5 |
20 à 30 |
|
> 1 500 000 |
30 |
30 |
Sources : HM Treasury, Budget, Adam et al. (2001).
La diminution des taux légaux d'imposition a été plus
que compensée par la suppression du remboursement de l'avoir fiscal sur
les dividendes.
Outre un objectif financier, la suppression du remboursement du
crédit d'impôt est destinée à stimuler
l'investissement : dans l'ancien système, les
bénéfices distribués à des actionnaires
exonérés étaient au total moins taxés que les
bénéfices non distribués, incitant à des versements
de dividendes au détriment de l'autofinancement.
C. L'ESPAGNE, UNE BAISSE LIMITÉE DES TAUX, LE MAINTIEN DE RÈGLES D'ASSIETTE DIVERSIFIÉES
L'Espagne s'est inscrite dans le même processus
de réduction des taux légaux d'imposition des
sociétés.
Elle se singularise par rapport à l'Allemagne et au Royaume-Uni
- où les cours sont plus faibles - par le maintien,
voire la création, de nombreux crédits
d'impôts (investissements à l'étranger, en R&D,
dépenses de formation professionnelle, investissements culturels,
investissements pour préserver l'environnement, investissements
liés à Internet).
Le taux général est de 35 %, mais il existe un taux
réduit de 30 %.
LES TAUX D'IMPÔT SUR
LES SOCIÉTÉS SELON LE CHIFFRE D'AFFAIRES
ET LE
BÉNÉFICE EN 2001
|
Chiffre d'affaires (euros) |
Bénéfice (euros) |
Taux |
|
< 5 000 000 |
< 90 000 |
30 % |
|
< 5 000 000 |
> 90 000 |
35 % |
|
> 5 000 000 |
> 0 |
35 % |
Source : Ministerio de economia y hacienda.
Par ailleurs, depuis 2002, les entreprises alimentant un fonds de pension de
retraite pour leurs travailleurs peuvent déduire 10 % des fonds de
leur base imposable et les limites d'apports de fonds pour la constitution de
plans de retraites privés sont assouplies.
D. L'ITALIE, UN PROCESSUS ÉVOLUTIF DE REMISE EN ORDRE
L'Italie a longtemps suivi un parcours inverse
à celui de la majorité des pays européens, qui ont
réalisé d'importantes baisses du taux de l'imposition sur les
sociétés financées par l'élargissement de la base
imposable.
En effet, de 1980 à 1997 le taux légal est réduit de 10
points dans la moyenne des pays européens, tandis qu'en
Italie il augmente de 17 points. Le taux d'imposition sur le
bénéfice des sociétés passe de 36,25 %
à 53,2 %. En 1993 un impôt sur le patrimoine net
d'entreprise a été introduit, d'abord temporairement, puis de
façon définitive. En 1995, la « loi
Tremonti » rend déductible de l'IS les dépenses
d'investissements en biens d'équipement, mais il ne s'agit que d'une
mesure conjoncturelle. Ce n'est qu'en 1996 qu'a été
introduite une réforme plus structurelle. En 1998,
année de son entrée en vigueur, la différence entre le
taux italien et le taux moyen européen est devenu
inférieur à 6 points.
La réforme se donnait quatre objectifs principaux :
1°) Simplification de la relation entre le contribuable et le
système fiscal ;
2°) Décentralisation par un transfert de la responsabilité
de certaines dépenses et des recettes afférentes aux
administrations locales ;
3°) Baisse du taux légal et élargissement de la base
imposable ;
4°) Neutralité de l'imposition.
Le paysage fiscal d'avant la réforme comportait, outre l'IS à
37 %, une multiplicité d'impôts sur les
entreprises, levés à tous les niveaux administratifs :
ILOR, impôt local sur le bénéfice d'entreprise (de
16,2 %) ; ICIAP, impôt municipal sur les
entreprises ; impôt sur le patrimoine net des entreprises
(0,75 % du capital, soit un prélèvement sur les profits
entre 5 et 10 %) ; cotisation au système de santé
assise sur les rémunérations des salariés, payée
par les salariés (1 %) et l'employeur (11,46 %).
L'objectif de simplification a été atteint par la substitution
à ces différents impôts supplémentaires locaux d'un
impôt unique, l'IRAP (impôt régional sur
l'activité productive). Son assiette est originale et
très large puisque constituée de la valeur
ajoutée. Par conséquent, le taux de l'IRAP (4,25 %) est
faible. Son introduction répond aussi à un objectif de
neutralité par rapport aux facteurs de production, car tous (y
compris le capital) sont imposés au même taux. La réforme
de 1998 a atteint son objectif de baisser le taux d'imposition des
bénéfices à recettes constantes. Avec la substitution de
l'IRAP à l'ILOR, le taux d'imposition des profits s'est réduit de
53,2 à 41,25 %. Par ailleurs, le financement du système de
santé en a été modifié dans un sens moins
assurantiel et plus contributif, les recettes d'IRAP se substituant en partie
aux cotisations sociales pour financer le système de santé.
L'IRAP, dont les recettes financent 40 % des dépenses courantes des
régions, a également permis d'abandonner partiellement les
transferts de l'administration centrale en faveur de l'autonomie fiscale. Le
renforcement progressif de l'autonomie permettra aux régions d'augmenter
le taux de l'IRAP (à ce jour d'un point au maximum) en plus du taux
actuel fixé par l'Etat et de le moduler selon les secteurs.
Par ailleurs, l'impôt sur les sociétés a
été profondément réformé. L'introduction de
la Dual Income Tax (DIT), aujourd'hui suspendue, appelle malgré
tout l'attention par son originalité. Elle avait substitué au
taux unique de 37 % de l'IS deux taux d'imposition :
un taux allégé (19 %) est appliqué à la
rentabilité « ordinaire » du capital investi.
Celle-ci se calcule en appliquant un taux d'intérêt calculé
sur la base du taux des obligations publiques et privées (actuellement
7 %) au patrimoine net, c'est-à-dire aux variations d'actifs
réalisés au cours d'une période de
référence ;
un taux plus élevé (37 %) est appliqué aux
bénéfices supplémentaires.
Le taux moyen de l'impôt dépend du poids relatif des deux
composantes des profits. La DIT introduit ainsi un
prélèvement progressif sur le revenu d'entreprise
basé sur le taux de rentabilité du capital utilisé.
Le système est proche des systèmes scandinaves. L'idée
d'imposer les revenus du capital à un taux proportionnel et
inférieur à celui appliqué au revenu du travail, ainsi que
le partage des bénéfices en deux composantes, est commune aux
deux systèmes.
Cette réforme a été guidée par des
considérations d'efficacité : réduire le taux
marginal d'imposition des bénéfices et faire face à la
concurrence fiscale par la baisse du taux moyen, trop élevé
par rapport aux niveaux européens.
La loi de finances pour 2001 a prolongé cette réforme par la
baisse d'un point (de 37 à 36 %) du taux ordinaire sur les
bénéfices résiduels. Le taux d'imposition est
aujourd'hui de 32,5 % en moyenne, mais il doit diminuer
jusqu'à 25 %, à mesure du déclassement des actifs
constitués avant 1996 et du renforcement de la part des actifs
assujettis au taux de 19 %.
In fine, le taux d'imposition total (comprenant l'IRAP) varie de
23,25 % (un des plus bas d'Europe), pour les entreprises
bénéficiant entièrement de la DIT à un maximum de
40,25 %, le plus élevé en Europe.
La réforme fiscale de 1997-98 a permis de réduire le coût
relatif du financement sur fonds propres des nouveaux investissements et
placé l'Italie parmi les pays qui offrent des dispositions fiscales
généreuses aux nouveaux investissements.
Toutefois, le nouveau gouvernement a modifié le système en cause
en accentuant sa dimension incitative. La loi
« Tremonti-bis » prévoit l'exclusion de la base de
l'impôt sur les sociétés (IS) de 50 % du volume des
investissements et des dépenses en formation (dans la limite de
20 % de la masse salariale), excédant la moyenne des 5
dernières années. Ces mesures sont conjoncturelles et concernent
les investissements effectués en 2001 et en 2002.
La loi « Tremonti-bis » crée une segmentation du
prélèvement entre entreprises avec la coexistence de trois taux
d'imposition.
Elle assurerait la transition vers une réforme complète de la
fiscalité annoncée au cours de la campagne électorale, qui
envisage, outre la suppression de la DIT, la baisse du taux de l'IS à
33 % et l'élargissement de la base imposable pour inclure
partiellement les dividendes et les plus-values des participations
substantielles. La proposition de réforme introduit une limitation de la
déductibilité des intérêts pour
rééquilibrer la perte de neutralité du système.
Le programme électoral comprenait aussi l'abolition de l'IRAP,
censé augmenter à l'excès les prélèvements
sur les bénéfices (33 % de DIT plus 5 % d'impact moyen
de l'IRAP). Mais le coût de sa disparition (2,3 points de PIB en 2000),
et le problème du financement des régions, ont
réorienté le gouvernement vers une redéfinition graduelle
de la base imposable. La dernière proposition comprend l'exclusion de la
masse salariale de la base imposable. Une simulation estime le montant de la
réduction d'impôt à 60 % (1,6 point de PIB).
E. LES PAYS-BAS, UN PAYS DE CONTRASTES
Aux
Pays-Bas, l'imposition des sociétés n'a pas fait l'objet
de réformes spécifiques dans les années 1990. Elle repose
sur un système dual. Les bénéfices sont imposés
à un taux de 35 %, un taux réduit de 30 % étant
appliqué aux « petits bénéfices ».
Plusieurs dispositifs sont mis en place pour compenser la double imposition. En
particulier, les dividendes interentreprises tirés de participations
substantielles dans des entreprises néerlandaises ou
étrangères sont exonérés de l'impôt.
Le taux d'imposition effectif moyen (celui que supporte un investissement
type), qui rapporterait avant impôt une rentabilité de 20 %,
se situe avec 31 % dans la moyenne européenne et est donc
supérieur à celui de l'Irlande et des pays du Nord de l'Europe.
En revanche, un certain nombre de dispositifs du droit fiscal des
sociétés sont très favorables à l'implantation de
holdings aux Pays-Bas. Les entreprises faisant partie d'un groupe
international peuvent ainsi constituer des réserves spéciales
allant jusqu'à 80 % du revenu financier qualifié
(essentiellement intérêts et royalties), et les gains en
capital tirés de participations substantielles (5 % et plus du
capital) dans d'autres entreprises, néerlandaises ou
étrangères, sont exonérés de l'impôt sur les
sociétés.
II. DES RÉFORMES AUX EFFETS NUANCÉS ; UN PANORAMA DE CONCURRENCE FISCALE OÙ LA FRANCE EST MAL PLACÉE
Les recettes tirées de l'imposition société n'ont pas reculé malgré les baisses de taux mises en oeuvre par les Etats. On pourrait en déduire que la concurrence fiscale, prévisible en théorie, a épargné l'Europe. Cette conclusion serait erronée. La prise en compte de nombreux indicateurs micro-économiques et l'absence de progrès substantiels dans l'harmonisation des prélèvements sur les entreprises en Europe convergent vers le diagnostic de l'existence d'une concurrence fiscale, que la France est mal placée pour affronter.
LES MÉTHODES DE COMPARAISON DES CHARGES
PESANT SUR
LES ENTREPRISES
De
nombreuses méthodes de comparaison des charges pesant sur les
entreprises ont été développées. Outre la
comparaison des taux légaux d'imposition, on peut distinguer deux
grands types de méthodes : celles qui sont fondées sur des
taux apparents d'imposition rapportant des recettes
fiscales effectives à leurs assiettes économiques
(type IS/EBE - impôt sur les sociétés rapporté
à l'excédent brut d'exploitation) et celles qui sont
fondées sur des taux simulés - taux effectifs moyens ou
marginaux - portant sur des investissements fictifs.
La comparaison des taux légaux est limitée par l'existence
d'une grande diversité des règles d'assiette en matière de
fiscalité des entreprises et par celle des autres
prélèvements pesant sur les entreprises.
La comparaison des taux apparents de taxation consiste souvent à
analyser le poids dans le PIB des recettes d'impôt sur les
sociétés. Mais, cet indicateur de pression fiscale apparente, est
sensible au partage de la valeur ajoutée. Aussi est-il
préférable de rapporter les recettes fiscales à un
indicateur du revenu des entreprises, l'excédent net d'exploitation
(ENE) en règle générale.
Ce deuxième indicateur peut être amélioré de deux
manières : d'une part, seul le revenu des entreprises soumises
à l'IS devrait être pris en compte, et non l'ENE de l'ensemble de
l'économie. D'autre part, d'autres impôts - notamment la taxe
professionnelle en France - doivent être intégrés dans la
charge fiscale pesant sur les entreprises. On définit ainsi le taux
implicite de taxation, rapport de l'ensemble de la charge fiscale
pesant sur les entreprises au revenu des entreprises soumises à l'IS.
A côté de ces indicateurs macroéconomiques, des
indicateurs microéconomiques sont proposés. Il s'agit de
calculer des taux d'imposition en appliquant la législation fiscale
à des cas-types d'entreprises ou d'investissements.
Cette seconde catégorie d'indicateurs, les taux effectifs
d'imposition, a pour objectif de permettre les comparaisons internationales
de pression fiscale en se fondant uniquement sur les paramètres de
législation fiscale. Il s'agit d'une méthode qui reste assez
largement expérimentale. Par conséquent, les résultats sur
lesquels elle débouche doivent être considérés avec
beaucoup de précautions. Leurs calculs sont généralement
complexes dans la mesure où ils dépendent du type
d'investissement considéré. Plus précisément, il
faut formuler une hypothèse sur le bien financé (matériel,
bâtiment...), les différents biens ouvrant droit à des
amortissements différents, et sur les modalités de son
financement (autofinancement, émission d'actions, emprunt), celles-ci
ayant des traitements comptables et fiscaux différents.
Il s'agit dans tous les cas de comparer la charge fiscale pesant sur un
investissement d'un rendement donné. Cette méthode peut
être appliquée à une entreprise, elle
débouche alors sur l'élaboration de taux effectifs moyens
d'imposition. Elle peut être appliquée à un
investissement marginal et débouche alors sur la mise en
évidence de « coins fiscaux
marginaux ».
A. UNE STABILITÉ GLOBALE
Comme
pour l'imposition du revenu des ménages, la baisse des taux
légaux d'imposition ne s'est pas toujours traduite par un recul des
recettes tirées par les Etats de la taxation des entreprises.
La considération des taux apparents d'imposition des
sociétés conduit à mettre en évidence une
stabilité globale et une faible dispersion.
Le poids de l'impôt sur les sociétés (IS) exprimé en
points de PIB est relativement proche. Seuls se distinguent, l'Autriche et
l'Allemagne (avec des recettes nettement inférieures à la
moyenne), le Luxembourg et, dans une moindre mesure, le Royaume-Uni (avec des
recettes d'IS légèrement supérieures à l'ensemble
des autres pays). Au cours de la décennie 1990, le poids de l'IS - qui
s'était beaucoup accru dans les années 80 - n'a que
légèrement progressé dans l'ensemble des pays de l'UE.
Cette progression est en grande partie due aux évolutions
conjoncturelles et aux conditions de partage de la valeur ajoutée
entre les salaires et les profits, au bénéfice de ceux-ci. En
outre, elle laisse à penser que les modifications structurelles
opérées dans les pays membres au cours des dernières
années se sont compensées.
Impôt sur les sociétés en % du PIB
|
1980 |
1990 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001* |
2002* |
|
|
Autriche |
1,4 |
1,3 |
1,8 |
1,8 |
1,8 |
1,7 |
1,7 |
1,8 |
1,8 |
|
Allemagne |
1,8 |
1,8 |
1,7 |
1,9 |
1,9 |
2,0 |
2,1 |
1,9 |
1,9 |
|
Belgique |
2,2 |
2,4 |
3,1 |
3,5 |
3,6 |
3,5 |
3,5 |
3,5 |
3,4 |
|
Danemark |
1,5 |
2,6 |
3,4 |
3,7 |
3,6 |
3,6 |
3,5 |
3,5 |
3,5 |
|
Espagne |
1,2 |
3,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
|
Finlande |
1,2 |
2,0 |
3,0 |
3,7 |
3,7 |
3,7 |
3,8 |
3,6 |
3,5 |
|
France |
2,1 |
2,4 |
1,9 |
2,2 |
2,7 |
2,9 |
2,9 |
2,8 |
2,8 |
|
Grèce |
0,5 |
1,7 |
2,2 |
2,4 |
2,9 |
3,2 |
3,3 |
3,3 |
3,2 |
|
Irlande |
1,5 |
2,2 |
3,6 |
3,7 |
3,7 |
3,7 |
3,5 |
3,4 |
3,3 |
|
Italie |
2,4 |
3,7 |
4,2 |
4,3 |
3,9 |
4,1 |
4,1 |
3,9 |
3,9 |
|
Luxembourg |
7,6 |
6,6 |
6,9 |
8,3 |
8,3 |
8,2 |
8,2 |
8,0 |
7,6 |
|
Pays-Bas |
3,0 |
3,4 |
4,1 |
4,6 |
4,5 |
4,5 |
4,4 |
4,2 |
4,2 |
|
Portugal |
0,9 |
2,5 |
2,7 |
2,8 |
2,8 |
2,9 |
3,0 |
3,1 |
3,1 |
|
RU |
2,9 |
4,1 |
3,8 |
4,3 |
4,7 |
4,7 |
4,8 |
4,7 |
4,7 |
|
Suède |
1,2 |
2,0 |
3,1 |
2,8 |
2,9 |
2,9 |
2,8 |
2,7 |
2,6 |
|
Europe |
2,2 |
2,9 |
2,7 |
3,0 |
3,1 |
3,2 |
3,2 |
3,2 |
3,1 |
*
Estimations/Prévisions.
Sources : Commission européenne/Eurostat.
La part de l'impôt sur les sociétés dans les recettes
fiscales, qui s'était réduite entre 1970 et 1986, s'est
renforcée depuis.
Part de l'IS dans les recettes fiscales
|
1970 |
1975 |
1980 |
1986 |
1991 |
1995 |
1997 |
|
|
Allemagne |
8,1 % |
6,9 % |
7,9 % |
8,4 % |
6,3 % |
4,4 % |
5,9 % |
|
Belgique |
6,9 % |
7,3 % |
5,7 % |
5,8 % |
5,4 % |
6,6 % |
7,5 % |
|
Espagne |
8,2 % |
8,2 % |
7,9 % |
10,7 % |
9,8 % |
8,7 % |
9,6 % |
|
France |
8,7 % |
8,3 % |
8,0 % |
7,9 % |
7,6 % |
8,3 % |
9,3 % |
|
Grèce |
1,7 % |
3,6 % |
3,9 % |
4,1 % |
5,3 % |
7,8 % |
7,4 % |
|
Italie |
6,8 % |
6,4 % |
7,9 % |
10,7 % |
9,8 % |
8,8 % |
9,6 % |
|
Pays-Bas |
6,7 % |
7,7 % |
6,6 % |
7,3 % |
7,3 % |
7,4 % |
10,5 % |
|
Portugal |
14,5 % |
8,8 % |
7,9 % |
5,5 % |
9,7 % |
8,2 % |
11,0 % |
|
Royaume-Uni |
8,7 % |
6,2 % |
8,4 % |
10,6 % |
9,4 % |
9,4 % |
12,1 % |
Source : OCDE, calculs des auteurs
B. UNE CONCURRENCE FISCALE ?
Les
variations concernant les taux apparents d'imposition ne confirment pas
totalement l'existence d'un processus de concurrence fiscale que les
analyses théoriques conduisent à redouter tout
particulièrement en matière de prélèvements sur les
entreprises.
Pour autant, des indicateurs plus micro-économiques
délivrent un message différent et plus conforme aux
intentions concurrentielles qui semblent avoir fondé les baisses des
taux légaux d'imposition des sociétés.
1. La réduction des taux légaux d'imposition semble s'être accompagnée, le plus souvent, mais pas systématiquement, d'un allégement de la pression fiscale
Les
effets des modifications des taux légaux d'imposition ont varié
considérablement selon les pays. Leur traduction en termes de taux
effectifs moyens d'imposition n'est pas mécanique.
|
Taux nominaux |
Taux effectifs moyens d'imposition |
|||||
|
1991 |
1999 |
Variations |
1991 |
1999 |
Variations |
|
|
Allemagne |
50/36 |
25 |
-25/-11 |
38 |
46,1 |
+8,1 |
|
Autriche |
30 |
34 |
+4 |
n.d. |
n.d. |
n.d. |
|
Belgique |
39 |
39 |
0 |
45,7 |
33,1 |
-12,6 |
|
Espagne |
35 |
35 |
0 |
34,9 |
12,1 |
-22 ,8 |
|
France |
42 |
36,4 |
-5,6 |
45 |
50,2 |
+5,2 |
|
Italie |
36 |
36 |
0 |
40,4 |
27,3 |
-13,1 |
|
Pays-Bas |
35 |
35 |
0 |
58,4 |
50,4 |
-8 |
|
Portugal |
36 |
32 |
-4 |
39,1 |
25,9 |
-13,2 |
|
Royaume-Uni |
34 |
30 |
-4 |
16,5 |
19 |
+2,5 |
Les
changements apportés aux taux légaux de l'impôt sur
les sociétés peuvent s'accompagner d'évolutions des
taux effectifs moyens d'imposition de sens contraire.
Les baisses de taux intervenues en France, en Allemagne et au Royaume-Uni n'ont
pas empêché les taux effectifs moyens de s'accroître dans
ces pays. Ce résultat paradoxal traduit l'effet de
l'élargissement de l'assiette fiscale, dont on a souligné la
concomitance avec les baisses de taux nominaux qui sont intervenues dans ces
pays. On rappelle ici que les taux effectifs moyens d'imposition comprennent,
non seulement l'impôt sur les sociétés, mais aussi les
impôts sur les revenus engendrés par l'activité des
entreprises, en particulier l'imposition des entrepreneurs individuels et des
dividendes.
2. Les baisses des taux légaux d'imposition, symptômes d'une volonté de concurrence fiscale qui en comporte de nombreux autres ?
Les
progrès du « marché unique » européen
ont suscité des réflexions parallèles sur l'importance
pour des Etats européens de s'entendre sur des règles de
coordination fiscale en matière d'imposition des sociétés.
Une attention particulière a été portée aux
perspectives d'optimisation fiscale des grandes entreprises et aux
régimes dérogatoires appliqués par les Etats.
L'application de fait du principe d'imposition dans le pays de la source,
associé à une correction imparfaite des doubles impositions et
à la coexistence d'une pluralité de régimes
d'imposition dans l'UE, permet aux grandes entreprises de minimiser leurs
charges d'imposition.
L'existence de régimes ou, le plus souvent, de pratiques
dérogatoires renforce cette éventualité. La Commission
en a dénombré plus de 200 et l'étude de l'OFCE analyse
certaines des voies d'optimisation fiscale, qu'il s'agisse de profiter des
régimes dérogatoires d'imposition des
« holdings », de mobiliser les techniques de transferts des
bénéfices telle que la technique des prix de transferts, ou
encore d'offrir des régimes favorables à l'accueil de
sièges sociaux.
Face à cette situation, une certaine réaction s'est
produite à l'initiative de la Commission. Mais, force est de
reconnaître que le Conseil, c'est-à-dire les Etats membres,
qui constituent l'échelon politique des institutions européennes,
n'a pas réellement progressé vers l'adoption de solutions.
La Commission s'est engagée dans deux démarches
complémentaires pour contenir la concurrence fiscale dans le domaine de
l'imposition directe des entreprises. La première a consisté
à éliminer les sources de concurrence fiscale
déloyale ; la seconde, nettement plus ambitieuse, à proposer
plusieurs pistes alternatives d'élimination des pratiques d'optimisation
fiscale.
Jusqu'à présent, seule la première démarche a
reçu des prolongements au sein du Conseil.
Le Conseil Ecofin de décembre 1997 a adopté une série de
mesures destinée à lutter contre la concurrence fiscale
dommageable, ainsi que le principe de l'élaboration d'un code de bonne
conduite.
Encore doit-on souligner la modestie de la portée de la décision
du Conseil.
L'accord entre les pays porte non pas sur la concurrence fiscale
elle-même mais uniquement sur les formes déloyales de celles-ci
avec une acception assez étroite. Plus précisément, est
considéré comme contraire au code de bonne conduite, le fait que
subsistent dans un Etat membre des traitements fiscaux
préférentiels, c'est-à-dire favorisant une
catégorie d'entreprises au détriment des autres.
En revanche, en l'état, le fait qu'un Etat membre pratique une
imposition très basse, mais généralisée, n'est pas
considéré comme relevant du domaine de la lutte contre la
concurrence fiscale déloyale. Enfin, le code de bonne conduite
n'est pas contraignant juridiquement.
Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les schémas
d'harmonisation proposés par la Commission pour contrer l'optimisation
fiscale en matière d'impôt sur les entreprises soient
restés jusqu'à présent dépourvus de prolongement au
sein du Conseil.
LES QUATRE PISTES PROPOSÉES PAR LA COMMISSION POUR
ÉLIMINER L'OPTIMISATION EN MATIÈRE DE FISCALITÉ DES
ENTREPRISES
Dans un
rapport d'octobre 2001, la Commission propose quatre pistes pour contrer
l'optimisation fiscale en matière d'imposition des entreprises.
Elles présentent un « crescendo » en termes
d'abandon de souveraineté par les Etats membres.
Première piste : un bénéfice imposable
consolidé calculé selon les règles de l'Etat de
résidence.
Les sociétés résidentes des Etats membres ont la
possibilité de calculer le revenu imposable résultant de leurs
opérations dans les Etats membres, selon les règles
d'imposition des sociétés de l'Etat membre où leurs
quartiers généraux sont installés (l'Etat de
résidence). Selon un principe de reconnaissance mutuelle, un Etat
membre accueillant un investissement en provenance d'un autre Etat membre
participant au système s'engage à accepter les règles de
cet autre Etat, l'Etat de résidence, pour la détermination de la
base imposable située sur son territoire. Dans ce mécanisme,
chaque Etat de résidence administre son propre système et les
bénéfices imposables qu'il détermine sont ensuite
répartis entre les Etats selon une règle commune, en vue d'y
être imposés aux taux en application dans ces Etats.
Deuxième piste : un bénéfice imposable
consolidé calculé selon des règles européennes.
Cette fois, les sociétés calculent le revenu imposable lié
à leurs opérations dans les Etats membres selon des
règles communes établies au niveau de l'UE.
Troisième piste : un impôt sur le revenu des
sociétés.
Le bénéfice imposable est calculé selon des
règles communes mais le taux d'imposition applicable à cette base
est, lui aussi, commun.
Piste 4 : une assiette unique harmonisée de l'impôt sur
les entreprises dans l'Union européenne.
Des règles communes président au calcul du bénéfice
imposable et remplacent les codes fiscaux nationaux. Ce système nouveau
s'applique à toutes les entreprises dans tous les Etats membres
et remplace les systèmes nationaux.
On peut souligner que cette forme d'inertie européenne tranche avec les
modèles, logiquement plus fédéraux en vigueur en
Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, par exemple, outre l'impôt
fédéral, le système en vigueur en matière
d'imposition des sociétés au niveau des Etats, marie les
deux concepts de consolidation - regroupement et compensation des bases
imposables d'entités juridiquement distinctes d'un même groupe -
et de répartition de la base consolidée entre les Etats, pour y
être imposée aux taux en vigueur dans ces Etats.
La répartition y repose sur la pondération de trois
critères - la propriété, les ventes et la masse salariale
-, les poids étant déterminés par l'Etat selon les
règles duquel la consolidation est opérée.
En conclusion, il apparaît que le défaut de progrès
notables vers une harmonisation coopérative des règles
d'imposition des entreprises en Europe constitue une autre face de
phénomènes de concurrence fiscale qui, jusqu'à
présent peu décelables à partir d'une observation
macroéconomique, trouvent dans l'existence de règles
nationales à géométrie variable et dans les
allégements des conditions d'imposition consentis par les Etats, un
terrain fertile et une concrétisation empirique.
3. La France, un espace peu attractif
Comme l'avait déjà souligné le rapport de votre commission des finances consacré à la concurrence fiscale déjà cité, la France présente une attractivité fiscale insuffisante par rapport à ses voisins européens.
a) En France, un taux de taxation élevé
Sur la
base du critère du taux implicite de taxation des
entreprises2(*), la
France apparaît comme le deuxième pays le moins bien placé.
Elle n'est « précédée » que par
l'Italie, pays pour lequel ce ratio n'a qu'une signification limitée en
raison du nombre relativement faible d'entreprises assujetties à
l'impôt sur les sociétés, du fait des particularités
structurelles des entreprises italiennes, souvent individuelles.
Par ailleurs, alors que dans de nombreux pays, une réduction de la
pression fiscale est intervenue, la France a parcouru un chemin inverse.
Taux implicites de taxation des entreprises
|
1970 |
1975 |
1980 |
1986 |
1991 |
1995 |
1997 |
|
|
Allemagne |
18,9 % |
22,4 % |
26,9 % |
21,2 % |
16,5 % |
12,0 % |
12,7 % |
|
Belgique |
26,5 % |
41,0 % |
43,1 % |
27,2 % |
24,2 % |
29,6 % |
32,6 % |
|
Espagne |
6,8 % |
9,2 % |
8,3 % |
9,0 % |
13,9 % |
8,3 % |
12,5 % |
|
France |
36,1 % |
54,9 % |
76,1 % |
50,4 % |
44,6 % |
51,4 % |
55,1 % |
|
Grèce |
1,0 % |
2,2 % |
3,4 % |
5,0 % |
6,4 % |
9,3 % |
10,1 % |
|
Italie |
29,1 % |
31,4 % |
39,9 % |
52,7 % |
74,7 % |
57,9 % |
68,0 % |
|
Pays-Bas |
20,0 % |
32,2 % |
26,3 % |
20,8 % |
22,4 % |
21,8 % |
29,2 % |
|
Portugal |
19,1 % |
18,7 % |
13,9 % |
11,2 % |
23,6 % |
18,4 % |
25,5 % |
|
Royaume-Uni |
37,7 % |
58,4 % |
50,9 % |
52,6 % |
65,3 % |
41,1 % |
50,8 % |
Source : Economie et Prévision n° 156, 2002-5
« La concurrence fiscale sur le bénéfice des
entreprises : théories et pratiques », Bretin -
Guimbert - Madiès.
Les enseignements tirés de cet indicateur doivent être
considérés avec une certaine prudence en raison des
problèmes de méthode évoqués plus haut et de
décalages dans le temps entre les recettes et l'assiette prises en
compte pour le construire. Les variations de la valeur de cet indicateur d'une
année sur l'autre témoignent de la nécessité de
croiser les taux implicites de taxation avec d'autres éléments de
mesure.
Le recours à des indicateurs microéconomiques, appliquant
les législations fiscales nationales à des cas-types
d'entreprises, enrichit le diagnostic, même si ces indicateurs construits
à partir de données extrêmement difficiles à
exploiter doivent être considérés avec prudence, d'autant
qu'ils ne reflètent souvent pas une situation générale.
Il vient confirmer les handicaps de la France.
Tel est le cas pour les taux effectifs moyens d'imposition des
entreprises3(*). Ce taux est
particulièrement élevé en France.
Taux effectifs moyens d'imposition des entreprises
|
1991 |
1999 |
|
|
Allemagne |
38,0 % |
46,1 % |
|
Belgique |
45,7 % |
33,1 % |
|
Espagne |
34,9 % |
12,1 % |
|
France |
45,0 % |
50,2 % |
|
Italie |
40,4 % |
27,3 % |
|
Pays-Bas |
58,4 % |
50,4 % |
|
Portugal |
39,1 % |
25,9 % |
|
Royaume-Uni |
16,5 % |
19,0 % |
|
Norvège |
22,1 % |
8,4 % |
|
Suisse |
45,9 % |
32,0 % |
|
Canada |
34,0 % |
42,6 % |
|
Etats-Unis |
39,1 % |
49,2 % |
|
Japon |
53,5 % |
52,1 % |
|
Maximum |
58,4 % |
52,1 % |
|
Médiane |
40,4 % |
33,1 % |
|
Minimum |
16,5 % |
- 9,6 %1) |
|
Coeur UE |
40,7 % |
37,7 % |
|
Périphérie UE |
38,7 % |
9,5 % |
1. Ce
taux correspondrait à celui de la Grèce et s'expliquerait par un
aménagement du régime d'imposition des dividendes combinant une
imposition à taux 0 et le remboursement d'un avoir fiscal.
Source : Bretin (2000).
Une particularité française est de tenir beaucoup moins compte
du résultat des entreprises que ses concurrents.
Ainsi, si les prélèvements sont à peu près
identiques en France et en Allemagne pour les entreprises
bénéficiaires - et comparativement élevés par
rapport au Royaume-Uni -, l'Allemagne connaît une législation
fiscale mieux adaptée aux performances de ses entreprises.
Taux
d'imposition de cas-types d'entreprises (en % de la valeur
ajoutée)
- entreprises bénéficiaires -
|
France |
Royaume-Uni |
Allemagne |
Etats-Unis |
Japon |
||
|
New York |
Texas |
|||||
|
Total des prélèvements hors IS : |
3,1 |
0,6 |
2,3 |
1,5 |
1,4 |
3,6 |
|
- impôt local sur les sociétés |
- |
- |
- |
1,4 |
- |
2,3 |
|
- taxe professionnelle |
2,9 |
- |
2,4 |
- |
- |
- |
|
- taxe sur les immobilisations |
0,2 |
0,6 |
0,2 |
0,1 |
1,4 |
1,3 |
|
Impôt sur les sociétés national |
4,9 |
3,6 |
5,5 |
4,9 |
5,0 |
4,1 |
|
Total des prélèvements |
8,0 |
4,2 |
8,2 |
6,4 |
6,4 |
7,7 |
- entreprises déficitaires -
|
France |
Royaume-Uni |
Allemagne |
Etats-Unis |
Japon |
||
|
New York |
Texas |
|||||
|
Total des prélèvements hors IS : |
3,3 |
1,0 |
0,7 |
0,2 |
1,2 |
1,4 |
|
- impôt local sur les sociétés |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
|
- taxe professionnelle |
2,9 |
- |
0,4 |
- |
- |
- |
|
- taxe sur les immobilisations |
0,4 |
1,0 |
0,4 |
0,2 |
1,2 |
1,4 |
|
Impôt sur les sociétés national |
0,4 |
- |
- |
- |
- |
- |
|
Total des prélèvements |
3,7 |
1,0 |
0,7 |
0,2 |
1,2 |
1,4 |
Cette
analyse fait l'hypothèse d'un coût salarial identique.
Législations 1998.
Source : Fouillat (1999)
Le poids des prélèvements sur les entreprises sans lien avec
leurs résultats est particulièrement important en France et
explique ces différences.
La considération des coins fiscaux marginaux4(*) sur le capital confirme ces
résultats.
En France, en 1999, le coin fiscal marginal d'un investissement
constitué de machines, de bâtiments et de stocks, et
financé conjointement par autofinancement, par émission d'actions
et par emprunt, est de 2,8 %. Ce coin correspond à l'écart
de rendement entre un investissement marginal avant impôt (6,2 %) et
après impôt (3,4 %).
Non seulement le coin fiscal marginal est élevé en France mais
encore, au contraire de la plupart des partenaires européens, il a connu
une augmentation.
Coins fiscaux marginaux sur le capital
|
1991 |
1999 |
Variations 1999/1991 |
|
|
Allemagne |
1,0 % |
1,2 % |
+ 0,2 % |
|
Belgique |
1,3 % |
1,2 % |
- 0,1 % |
|
Espagne |
1,9 % |
2,6 % |
+ 0,7 % |
|
France |
2,1 % |
2,8 % |
+ 0,7 % |
|
Grèce |
0,2 % |
1,1 % |
+ 0,9 % |
|
Italie |
3,1 % |
2,3 % |
- 0,8 % |
|
Pays-Bas |
2,1 % |
2,1 % |
0 |
|
Portugal |
1,3 % |
1,0 % |
- 0,3 % |
|
Royaume-Uni |
2,0 % |
2,0 % |
0 |
|
Norvège |
2,3 % |
2,0 % |
- 0,3 % |
|
Suisse |
1,7 % |
1,2 % |
- 0,5 % |
|
Canada |
3,8 % |
4,3 % |
- 0,5 % |
|
Etats-Unis |
3,0 % |
2,4 % |
- 0,6 % |
|
Japon |
2,7 % |
2,3 % |
- 0,4 % |
Source : Bretin (2000).
b) Le point de vue de la localisation des filiales
Enfin,
la France est très mal classée dans la hiérarchie des pays
fiscalement attrayants pour la localisation de filiales de
sociétés-mères situées dans les autres pays
européens.
Les taux moyens d'imposition de l'investissement dans une filiale
installée en France d'une société-mère
localisée dans un autre pays européen sont
particulièrement peu favorables à des implantations
réalisées sur le sol français.
Classement, en termes de taux effectifs moyens d'imposition, du
territoire français au sein de l'UE en fonction du pays d'origine de la
société-mère qui décide d'implanter une filiale
dans l'un des quinze pays de l'UE
|
Pays d'origine de la société-mère qui décide d'implanter une filiale dans l'un des pays de l'UE |
Classement du territoire français au sein des quinze pays de l'UE susceptibles d'accueillir la filiale |
|
Allemagne |
14/15 |
|
Autriche |
13/15 |
|
Belgique |
14/15 |
|
Espagne |
13/15 |
|
Finlande |
14/15 |
|
France |
13/15 |
|
Grèce |
10/15 |
|
Irlande |
14/15 |
|
Italie |
14/15 |
|
Luxembourg |
13/15 |
|
Pays-Bas |
13/15 |
|
Portugal |
11/15 |
|
Royaume-Uni |
14/15 |
|
Suède |
13/15 |
Note : les taux effectifs sont calculés à partir
de la législation fiscale de 1999 et sur la base d'une hypothèse
de rendement de l'investissement égal à 20 %.
Dans le cas où une multinationale, dont la
société-mère est italienne, décide d'implanter une
nouvelle filiale dans l'un des quinze pays européens, la France arrive
en quatorzième position si l'on compare les taux effectifs moyens
d'imposition des quinze pays de l'UE susceptibles d'accueillir la nouvelle
filiale.
Source : calcul des auteurs.
CHAPITRE III :
UNE ACCENTUATION DE LA PRESSION DES
PRÉLÈVEMENTS SUR LES MÉNAGES
Il
n'y a pas eu, en Europe, de grande réforme de l'imposition des revenus
des ménages. Cependant, des tentatives, inscrites souvent dans une
perspective pluriannuelle, et fréquemment remises en cause au gré
des alternances politiques ou des retournements du cycle économique, ont
été faites pour réduire les taux nominaux
d'imposition. Elles se sont le plus souvent accompagnées de
mesures d'élargissement de l'assiette d'imposition afin de les
financer, mais aussi d'assurer une plus grande neutralité
et équité de l'impôt sur le revenu.
Le bilan de ces mesures reste décevant. La pression
fiscale sur le revenu des ménages, qui avait déjà beaucoup
progressé dans la période antérieure, s'est encore
accentuée et, compte tenu d'un renforcement de la
progressivité, certaines catégories de population ont
été plus touchées que d'autres.
I. DES RÉFORMES POURSUIVANT UN DOUBLE OBJECTIF DE RÉDUCTION DES TAUX D'IMPOSITION ET D'ÉLARGISSEMENT DES ASSIETTES
Des réformes sont intervenues, articulées autour d'une baisse des taux légaux d'imposition et d'élargissement de l'assiette.
A. LES RÉFORMES DANS QUELQUES PAYS EUROPÉENS
De
façon générale, les réformes mises en oeuvre en
Europe durant les dix dernières années ont visé
à réduire les taux d'imposition marginaux, censés
décourager le travail ou l'épargne.
Cette baisse s'est souvent accompagnée de mesures
d'élargissement de la base imposable, par la suppression de certains
abattements ou crédits d'impôt. Souvent, les réformes
ont visé à améliorer la situation des familles avec
enfants, compte tenu des problèmes de natalité en Allemagne
et dans les pays d'Europe du Sud et des problèmes de pauvreté au
Royaume-Uni.
Une telle orientation a été prise en Allemagne, où
la réforme fiscale engagée par le gouvernement Schröder vise
à élargir la base imposable afin de permettre une baisse des taux
d'imposition. Le taux le plus bas a été ramené de
25,9 % en 1998 à 19,9 % en 2002 ; il
devrait baisser à 15 % en 2005. Le taux maximum,
déjà passé de 53 % à 48,5 %, doit
baisser à 42 %.
Les
principales données de la réforme de l'IRPP en
Allemagne
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
Cumul |
|
|
Taux maximum |
53 |
51 |
48,5 |
48,5 |
47 |
47 |
42 |
- 11 points |
|
Taux minimum |
23,9 |
22,9 |
19,9 |
19,9 |
17 |
17 |
15 |
- 8,9 points |
|
Minimum
non imposable |
6681 |
6902 |
7206 |
7235 |
7426 |
7426 |
7664 |
+ 11 % |
Source : ministère des Finances allemand.
La baisse du taux maximum est importante (- 11 points) ainsi que celle du taux
minimum, qui est toutefois plus réduite (- 8,9 points). En outre, une
hausse du plancher d'imposition est prévue. Toutefois, elle devrait
être inférieure à la hausse du salaire moyen sur la
période, ce qui devrait se traduire par une augmentation du nombre des
contribuables.
En Espagne, plusieurs réformes sont intervenues allant dans ce
même sens.
Une réforme en 1992 a eu pour but d'élargir l'assiette
fiscale et d'inciter à l'épargne de long terme. Elle a
été financée par l'intégration dans l'assiette de
nouvelles sources de revenus, comme les avantages en nature.
En 1997, le nombre de tranches de l'IRPP a été
réduit de 16 à 10. La réforme de l'impôt sur le
revenu des personnes physiques mise en oeuvre en 1999 a poursuivi
plusieurs objectifs : réduire la charge fiscale et approfondir les
mesures encourageant le travail ; accroître la neutralité
envers les divers types de revenus et placements ; remplacer un ensemble
d'exonérations par un revenu minimal exonéré ;
abaisser le coût de perception de l'impôt.
Les taux marginaux ont été réduits de 56 à
48 % pour la tranche supérieure et de 20 à 18 % pour la
tranche inférieure, tandis que le nombre de tranches a diminué de
10 à 6.
Le revenu fictif des logements occupés par leurs propriétaires
n'est plus imposable, au nom de la simplification.
Le seuil à partir duquel il faut remplir une déclaration a
été relevé à 21.000 € (au lieu de 7.200 €
en 1998), ceci devant réduire de 5 millions le nombre de
déclarations (soit d'environ un tiers du total des déclarations).
Selon les estimations officielles, ces réformes ont
entraîné une baisse de la pression fiscale totale de 11 %
(voir le tableau ci-dessous). Les contribuables auraient ainsi
bénéficié d'une réduction d'impôts de
4,85 milliards d'euros en 1999, concentrée sur les revenus
comparativement faibles.
Effets
de la réforme espagnole de 1999 de l'IRPP
|
Revenu (en euros) |
Contribuables concernés (en %) |
Réduction de la charge fiscale au titre de l'IRPP (en %) |
|
< 12 020 |
60,3 |
29,7 |
|
12 02018 030 |
19,8 |
15,0 |
|
18 03030 051 |
14,3 |
8,3 |
|
> 30 051 |
5,6 |
6,2 |
|
Total |
100,0 |
11,1 |
Source : Ministerio de economia y hacienda
La situation des Pays-Bas apparaît assez typique des
problèmes que les aménagements fiscaux de l'impôt sur le
revenu ont eu pour objectif de résoudre. Ce pays a connu depuis 1990 une
nette érosion de l'assiette d'imposition sous le double-effet de
réaménagements ponctuels et des adaptations de comportement des
ménages face au système fiscal.
En 1998 l'abattement forfaitaire avait presque doublé, afin d'assurer le
maintien du pouvoir d'achat des travailleurs payés au salaire minimum et
des bénéficiaires de prestations durant une période
où ces salaires et prestations avaient progressé plus lentement
que les prix à la consommation. 11,5 % des titulaires de revenus
n'acquittaient pas d'impôt sur le revenu en 1998, contre 9 % en
1990. Comme le rappelle l'OCDE, la base d'imposition a été
également entamée par l'augmentation des déductions au
titre des primes d'assurance-vie et par la déduction illimitée
des versements d'intérêts hypothécaires, si bien qu'est
devenu nécessaire un alourdissement de la pression fiscale pesant sur un
large éventail de salariés. De fait, le taux marginal pour un
célibataire s'élevait rapidement de 35,75 % au niveau
minimum à 50 % pour l'ouvrier moyen, ce qui a pu inciter les
individus à substituer les loisirs au travail en recherchant des emplois
à temps partiel. La conjonction de taux marginaux
élevés et de prestations sous conditions de ressources
dissuade les prestataires (et leurs conjoints) de rechercher un emploi
rémunéré et pour rééquilibrer les
incitations, les autorités ont augmenté
régulièrement l'abattement forfaitaire pour frais professionnels.
C'est dans ce contexte qu'une réforme est intervenue, ordonnée
autour d'un élargissement de l'assiette et d'une
réduction des taux légaux, destinés à
renforcer les incitations à travailler.
Cette réforme n'est que partiellement financée et
l'allégement fiscal net devrait s'élever à
2,3 milliards d'euros.
|
Financement de la réforme fiscale de
2001 |
|||
|
Ressources |
Emplois |
||
|
Limitation des déductions fiscales |
4,4 |
Réduction des taux d'imposition |
7,0 |
|
Relèvement du taux de la TVA |
2,0 |
Crédit d'impôt sur le revenu du travail |
3,6 |
|
Relèvement des taxes environnementales |
1,7 |
||
|
Impôt sur le revenu imputé du patrimoine |
0,2 |
||
|
Total |
8,3 |
10,6 |
|
|
Source : Ministère des Finances. |
|||
On peut
observer qu'un crédit d'impôt unique, destiné à
renforcer les incitations à rechercher du travail, au montant
forfaitaire de 697 euros, est introduit. Il n'est pas prévu qu'il
soit réduit progressivement en fonction de l'augmentation des gains,
afin de minimiser l'impact du niveau élevé des taux marginaux
effectifs.
En outre, une réduction des taux est prévue : la
première tranche d'imposition sera dédoublée tandis que le
taux marginal supérieur sera ramené de 60 à 52 pour
cent.
B. LES RÉFORMES EN FRANCE
En
France, l'imposition des revenus des ménages présente la
forte particularité de combiner un impôt fortement
progressif, l'IRPP (impôt sur le revenu des personnes
physiques) avec, depuis les années 1990, une imposition
proportionnelle qui est assise sur l'ensemble des revenus mais qui,
compte tenu de la corrélation existant entre le niveau du revenu des
ménages et sa diversification, touche davantage les revenus relativement
les plus élevés.
L'élargissement de l'assiette d'imposition a permis une
réduction, quelque peu chaotique, des taux nominaux de l'IRPP.
L'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), progressif, a
été complété par la création de la
contribution sociale généralisée (CSG) en 1991 et de la
contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) en 1996,
impôts proportionnels, affectés respectivement à la
Sécurité sociale et au remboursement de la dette de celle-ci.
La CSG avait pour objectif d'élargir la base de financement de la
Sécurité sociale et s'est traduite par un alourdissement sensible
de la taxation de l'épargne. La CSG et la CRDS étant
considérées comme des impôts sur le revenu (IR), la part
de l'imposition des revenus des ménages dans le PIB a très
fortement augmenté au cours des années 90, passant de 4,6 %
du PIB en 1990 à 8,5 % en 2001. L'IRPP stricto sensu n'a pas
augmenté : il représentait 3,8 % du PIB en 1990 et
3,7 % en 2001.
L'adjonction à l'IRPP de la CSG et de la CRDS peut être
assimilée à un processus d'élargissement de la base
taxable qui a permis de contenir l'augmentation des taux marginaux
d'imposition sur le revenu sans toutefois prévenir une
très forte augmentation du taux apparent d'imposition des revenus.
Évolution du taux apparent d'impôt sur le revenu
|
1980 |
1985 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
|
Impôt sur le revenu |
7,3 |
7,8 |
7,6 |
8,0 |
8,3 |
8,3 |
8,4 |
8,2 |
8,6 |
9,2 |
12,7 |
13,1 |
13,2 |
Note : il s'agit de l'impôt sur le revenu au sens de la
Comptabilité nationale (y compris CSG-CRDS) en pourcentage du revenu
disponible brut.
Source : Comptes nationaux.
Celui-ci est passé de 7,6 à 13,2 % du revenu
disponible des ménages en 10 ans.
LES PRINCIPALES MODIFICATIONS APPORTÉES À
L'IRPP EN FRANCE
Les
principales modifications de la taxation des revenus des ménages depuis
le début des années 1990 ont été les
suivantes :
- Une importante réforme en 1994 a simplifié un impôt
très complexe et réduit de moitié le nombre de tranches
passées de 12 à 6.
- Les baisses de taux à la fin de la décennie.
- Une forte diminution des avantages familiaux pour les foyers aisés en
1999.
- Une grande instabilité des nombreux mécanismes
d'allégement d'IRPP (dont le nombre a augmenté pendant la
première moitié de la décennie et s'est
légèrement réduit depuis 1995).
- Une réduction des avantages dont bénéficie
l'assurance-vie, des mesures en faveur de l'épargne longue et/ou
risquée, mais une diminution des seuils en deçà desquels
les revenus d'épargne sont exonérés (voir le chapitre sur
l'imposition de l'épargne).
- La création de la PPE en 2001, impôt négatif conditionnel
à l'exercice d'une activité professionnelle et très
fortement individualisé (voir le chapitre V).
La réforme de 1994 a réduit le produit de l'IRPP de 19
milliards de francs (2,9 milliards d'euros) selon les estimations du moment,
soit un peu plus de 6 % du rendement de l'IRPP. En 1997, le
gouvernement Juppé a mis en oeuvre un plan de réduction de
l'ensemble des taux de l'IRPP, qui devait aboutir au bout de 5 ans
à une baisse d'un quart de l'IRPP. Seule la première phase de ce
plan a été effectuée, car la nouvelle majorité
parlementaire a suspendu le plan. Toutefois, après une stabilisation des
taux pendant trois ans, qui a abouti en 1999 à des recettes record
compte tenu du dynamisme des revenus en 1998, le gouvernement Jospin a
engagé à partir de 2000 un plan de baisse de l'ensemble du
barème sur quatre ans.
Ce plan a, à son tour, été révisé lors de la
dernière alternance.
Même si ses modalités ont été modifiées au
gré des alternances politiques, une baisse des taux marginaux
d'imposition a donc été mise en oeuvre.
Les taux d'IRPP
|
Années1 |
1974 à 1981 |
1982 à 1985 |
1986 |
1987 à 1992 |
1993 à 1995 |
1996 à 1998 |
1999 |
2000 |
20012 |
2002 |
« 2000 |
« 2002 |
|
1ère tranche |
5 |
5 |
5 |
5 |
12 |
10,5 |
9,5 |
8,25 |
7,5 |
7,05 |
7 |
7 |
|
2e tranche |
10 |
10 |
10 |
9,6 |
25 |
24 |
23 |
21,75 |
21 |
19,74 |
20 |
20,5 |
|
3e tranche |
15 |
15 |
15 |
14,4 |
35 |
33 |
33 |
31,75 |
31 |
29,14 |
28 |
30,5 |
|
4e tranche |
20 |
20 |
20 |
19,2 |
45 |
43 |
43 |
41,75 |
41 |
38,54 |
35 |
40,5 |
|
5e tranche |
25 |
25 |
25 |
24 |
50 |
48 |
48 |
47,25 |
46,75 |
43,94 |
41 |
46,5 |
|
6e tranche |
30 |
30 |
30 |
28,8 |
56,8 |
54 |
54 |
53,25 |
52,75 |
49,58 |
47 |
52,5 |
|
7e tranche |
35 |
35 |
35 |
33,6 |
||||||||
|
8e tranche |
40 |
40 |
40 |
38,4 |
||||||||
|
9e tranche |
45 |
45 |
45 |
43,2 |
||||||||
|
10e tranche |
50 |
50 |
50 |
49 |
||||||||
|
11e tranche |
55 |
55 |
55 |
53,9 |
||||||||
|
12e tranche |
60 |
60 |
58 |
56,8 |
||||||||
|
13e tranche |
65 |
1 Il
s'agit de l'année du revenu, l'impôt est payé
l'année suivante.
2 Ces taux ne prennent pas en compte la réduction de 5 % de
l'impôt sur le revenu soumis au barème, mise en oeuvre à
l'automne 2002 par la nouvelle majorité.
3 « 2000 Juppé » correspond aux taux prévus
pour 2000 dans le plan pluriannuel de réduction des taux de l'IRPP dont
la première étape a été mise en place en 1996 et
qui a été interrompu en 1997 par la nouvelle majorité.
« 2002 Fabius » est le barème applicable aux revenus
de 2002 annoncé en 2000 par le ministre des finances de l'époque,
modifié par la nouvelle majorité.
Source : Piketty (1999), projets de lois de
finances.
II. UN ALOURDISSEMENT MOYEN DU POIDS DE L'IMPÔT SUR LE REVENU ET UNE ACCENTUATION DE SA PROGRESSIVITÉ
Les
objectifs intermédiaires des réformes - baisse des
taux marginaux, élargissement de l'assiette - ont, en
général, été atteints.
Cependant, plusieurs constats doivent être mis en évidence :
- celui, d'abord, du maintien d'une grande variété des
situations nationales ;
- celui, ensuite, d'une légère accentuation de la pression
fiscale sur le revenu des ménages ;
- celui, enfin, d'une accentuation de la progressivité de
l'imposition du revenu des ménages.
A. LA FRANCE EST LARGEMENT RESTÉE À L'ÉCART DU PROCESSUS DE BAISSE DES TAUX MOYENS D'IMPOSITION
Si les taux moyens d'imposition ont généralement été abaissés en Europe, la France se singularise par le fait que cette baisse n'a été significative que pour les revenus inférieurs au revenu moyen. Dès celui-ci dépassé, c'est un alourdissement de la pression des prélèvements qu'il faut constater.
1. Une baisse des taux moyens d'imposition
Les données rassemblées par l'étude de l'OFCE conduisent globalement au constat qu'une baisse des taux moyens d'imposition5(*) est intervenue dans de nombreux pays européens.
Evolution entre 1989 et 2001 des taux moyen d'imposition du revenu des ménages en Europe, par pays et par tranche de revenu
(couple marié, deux enfants, deux revenus salariaux
la femme
travaille et gagne 70 % du salaire du mari)
|
Niveau du salaire/SMO1 |
0,7 |
1 |
2 |
3 |
5 |
|||||
|
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
|
|
Allemagne |
39 |
33,2 |
41 |
40,2 |
46 |
48,0 |
47 |
48,7 |
50 |
48,6 |
|
Belgique |
40 |
39,9 |
46 |
46,4 |
56 |
56,4 |
61 |
62,2 |
67 |
66,0 |
|
Danemark |
41 |
33,1 |
44 |
37,2 |
55 |
48,0 |
59 |
52,9 |
62 |
56,8 |
|
Espagne |
29 |
30,6 |
34 |
33,9 |
41 |
40,3 |
41 |
40,2 |
41 |
40,7 |
|
France |
40 |
23,5 |
42 |
40,0 |
46 |
47,9 |
49 |
51,0 |
53 |
54,9 |
|
Italie |
35 |
38,0 |
37 |
42,8 |
43 |
49,8 |
46 |
53,0 |
50 |
56,0 |
|
Pays-Bas |
41 |
27,1 |
46 |
32,0 |
51 |
41,1 |
53 |
43,6 |
57 |
46,7 |
|
Royaume-Uni |
29 |
19,0 |
33 |
25,2 |
36 |
32,2 |
38 |
36,1 |
40 |
40,3 |
1.
SMO : salaire moyen ouvrier. Le SMO était de l'ordre de
140 000 francs bruts en 2001.
Source : Calculs de l'OFCE d'après OCDE, Les impôts sur les
salaires, 2000-2001, 2002.
2. Une baisse qui n'a pas été uniforme
a) A peu près partout, une réduction des prélèvements sur les très bas revenus
La baisse des taux moyens d'imposition des ménages n'a pas été uniforme. Elle a varié, d'une part, selon les pays, d'autre part, selon le niveau du revenu des ménages (appréhendé à partir d'une fraction du salaire moyen ouvrier - SMO -.)
Evolution du taux moyen d'imposition du revenu des ménages en Europe entre 1989 et 2001 par pays et par tranche de revenu
|
Niveau du salaire/SMO |
0,7 |
1 |
2 |
3 |
5 |
|
Allemagne |
- 5,8 |
+ 0,8 |
+ 2 |
+ 1,7 |
- 1,4 |
|
Belgique |
- 0,1 |
+ 0,4 |
+ 0,4 |
+ 1,2 |
- 1 |
|
Danemark |
- 7,9 |
- 6,8 |
- 7 |
- 6,1 |
- 5,2 |
|
Espagne |
+ 1,6 |
- 0,1 |
- 0,7 |
- 0,8 |
- 0,3 |
|
France |
- 16,5 |
- 2 |
+ 1,9 |
+ 2 |
+ 1,9 |
|
Italie |
+ 3 |
+ 5,8 |
+ 6,8 |
+ 7 |
+ 6 |
|
Pays-Bas |
- 13,9 |
- 14 |
- 9,9 |
- 9,4 |
- 10,3 |
|
Royaume-Uni |
- 10 |
- 7,8 |
- 3,8 |
- 1,9 |
+ 0,3 |
En dehors de la Belgique et de l'Espagne où les taux n'ont presque pas varié, la plupart des pays ont assez nettement réduit les taux d'imposition des plus bas revenus. L'Italie fait exception puisque le taux d'imposition a augmenté pour cette tranche de revenu, comme d'ailleurs pour toutes les autres.
b) Pour les autres catégories de revenus, une grande diversité des évolutions
Seul
autre pays à avoir enregistré une augmentation significative de
la pression fiscale sur les revenus les plus élevés, la
France partage avec l'Italie et l'Allemagne une tendance haussière
pour les taux d'imposition appliqués aux revenus dépassant le
seuil de deux fois le salaire moyen ouvrier.
En France, les revenus du bas de l'échantillon ont
bénéficié d'un allègement fiscal très
massif. Mais, cette évolution n'a que peu profité aux autres
ménages. Pour les titulaires d'un revenu équivalant au salaire
moyen ouvrier, l'avantage est minime, au-delà, la pression fiscale a
été accentuée. Pour les autres pays, les taux d'imposition
ont nettement diminué dans leur ensemble.
Plusieurs expériences nationales peuvent être distinguées
en fonction de la structure des évolutions de pression fiscalo-sociale
par strate de revenus.
Au Danemark et aux Pays-Bas, la réduction de la pression
fiscale est à la fois de grande ampleur et distribuée
uniformément.
Au Royaume-Uni, la réduction de la pression fiscale est conforme
à un modèle progressif, maximale pour les plus bas revenus, elle
décroît régulièrement pour s'annuler pour les
revenus les plus élevés.
En Allemagne, seules les strates extrêmes de revenu sont
concernées. La pression fiscale est accrue dès le revenu moyen.
Ces différences d'approches sont l'une des expressions d'une
disparité très grande des systèmes de
prélèvements sur le revenu des ménages en
Europe.
B. UNE AUGMENTATION DE LA PRESSION FISCALE SUR LE REVENU DES MÉNAGES
La
baisse des taux moyens d'imposition n'a souvent pas connu de prolongement dans
une réduction effective de la pression fiscale sur les ménages
appréhendée à partir des données très
agrégées de la Comptabilité nationale. De fait, le poids
des impôts sur le revenu dans le PIB s'est alourdi de 0,7 point de
PIB. La France enregistre le record de hausse en raison de la substitution de
prélèvements considérés comme des impôts sur
le revenu (CSG et CRDS) à des cotisations sociales.
Sur une longue période, entre 1970 et 2000, la part de l'impôt
sur le revenu dans le PIB a nettement augmenté, en lien avec
l'accroissement des dépenses publiques, mais aussi en raison du
rattrapage effectué par les pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce,
Portugal).
La forte hausse du poids de l'impôt sur le revenu en France s'explique,
quant à elle, par la substitution de la CSG-CRDS à des
cotisations sociales salariés.
Mais, sur une période plus récente (1990-2000), malgré
la volonté proclamée de réduire les taux d'imposition, on
ne peut encore constater de baisse du poids de l'impôt sur le revenu.
Le poids moyen des impôts sur le revenu des ménages en Europe a
enregistré un léger alourdissement estimé à
0,7 point de PIB pour l'OCDE et s'établit à environ 10
points de PIB et 24 % des recettes fiscales.
Impôts sur le revenu des ménages en Europe
|
En % du PIB |
Variation 1990-2000 |
(1) |
||||
|
1970 |
1980 |
1990 |
2000 |
2000 |
||
|
Autriche |
7,2 |
9,2 |
8,5 |
9,6 |
+ 1,1 |
22,2 |
|
Allemagne |
8,8 |
9,8 |
9,0 |
9,6 |
+ 0,6 |
25,3 |
|
Belgique |
8,7 |
15,4 |
13,9 |
14,3 |
+ 0,4 |
31,1 |
|
Danemark |
19,6 |
22,9 |
24,8 |
25,3 |
+ 0,5 |
52,4 |
|
Espagne |
1,9 |
4,7 |
7,2 |
7,2 |
0 |
19,5 |
|
Finlande |
12,8 |
14,0 |
17,2 |
15,1 |
- 2,1 |
19,5 |
|
France |
3,8 |
4,7 |
4,6 |
8,3 |
+ 3,7 |
18,3 |
|
Grèce |
2,0 |
3,6 |
4,1 |
5,0 |
+ 0,9 |
13,1 |
|
Irlande |
5,5 |
10,0 |
10,7 |
9,9 |
- 0,8 |
31,5 |
|
Italie |
2,8 |
7,0 |
10,2 |
10,1 |
+ 0,1 |
23,9 |
|
Luxembourg |
6,7 |
10,9 |
9,5 |
7,6 |
- 1,9 |
18,1 |
|
Pays-Bas |
9,9 |
11,4 |
10,6 |
6,3 |
- 4,3 |
15,1 |
|
Portugal |
n.d. |
n.d. |
4,7 |
6,0 |
+ 1,3 |
17,4 |
|
Royaume-Uni |
11,7 |
10,4 |
10,0 |
10,8 |
+ 0,8 |
28,6 |
|
Suède |
19,8 |
19,5 |
20,6 |
18,8 |
- 1,8 |
35,2 |
|
UE 15 |
7,1 |
8,7 |
9,2 |
9,9 |
+ 0,7 |
24,1 |
(1)
En % des recettes fiscales
Source : OCDE, Statistiques des Recettes publiques, 2001
Une augmentation de la pression fiscale sur le revenu des ménages
s'est ainsi produite en dépit des mesures adoptées pour
réduire les taux marginaux d'imposition.
Ce phénomène s'explique d'abord par la caractéristique
progressive des systèmes fiscaux. Les gains réels de revenu des
ménages se sont combinés à la progressivité de
l'impôt pour en accroître le poids dans le PIB.
Compte tenu de la progression des revenus réels, la baisse des taux
marginaux n'a pas réduit le rendement de l'impôt. Mais,
l'élargissement des assiettes d'imposition et des pratiques, quelque peu
opaques, comme le défaut d'indexation intégrale des seuils sur
l'inflation, sont également à l'origine de l'augmentation de la
pression fiscale sur les ménages.
Dans ce panorama, deux pays font exception : le Luxembourg et les
Pays-Bas, où au début des années 1990 certaines
prestations sociales sont passées d'un financement par l'impôt
à un financement par des cotisations sociales.
Le poids de l'imposition du revenu a beaucoup diminué dans ce pays de
4,3 points de PIB de 1990 à 2000, grâce au
transfert du financement de certaines prestations sociales de l'impôt aux
cotisations sociales, substitution qui apparaît comme originale en
Europe.
|
Les réformes de l'imposition du revenu réalisées aux Pays-Bas 1. La
réforme de 1990 : le transfert du financement de certaines
prestations de l'impôt aux cotisations sociales
|
|||||
|
L'imposition du revenu aux Pays-Bas (2001) |
|||||
|
« Boîte » 1 |
« Boîte » 2 |
« Boîte » 3 |
|||
|
Base imposable |
Revenus du travail |
Dividendes, intérêts et gains en capital provenant d'une participation substantielle |
Patrimoine net mondial |
||
|
Taux d'imposition |
Quatre
tranches :
|
Prélèvement à la source libératoire de 25 % |
1,2 % de l'actif net (1) |
||
|
(1) Imposition du rendement fictif (4 % net) du patrimoine net mondial (moyenne de la valeur du patrimoine au 1er janvier-31 déc.) à un taux de 30 % |
|||||
|
La
France a d'ores et déjà de facto assez largement recours
à l'imposition cédulaire du revenu, notamment par le biais du
prélèvement libératoire sur les intérêts.
Source : rapport de l'OFCE |
|||||
C. UNE GRANDE VARIÉTÉ DES SITUATIONS NATIONALES
L'imposition des revenus des ménages est agencée en
Europe selon des modalités nationales très variables.
Appréhendée à partir du seul IRPP, la taxation des
ménages apparaît relativement en retrait en France. Mis, cet
indicateur est trompeur.
Tous prélèvements confondus, la France appartient au groupe
des pays où la pression fiscale sur les ménages est la plus
forte.
1. D'importantes disparités
Les
modifications apportées à l'imposition du revenu des
ménages peuvent, pour certaines, avoir répondu à des
préoccupations communes, elles n'en ont pas été pour
autant coordonnées. Chaque pays a poursuivi des objectifs propres, ce
qui est conforme au principe de souveraineté fiscale des Etats. Ainsi,
si, globalement, une réduction des taux d'imposition est
intervenue, cette tendance ne se vérifie pas partout et les situations
nationales restent très contrastées.
Même si les comparaisons internationales rencontrent quelques
difficultés de méthode (voir encadré ci-dessous),
l'imposition du revenu des ménages est marquée par une
réelle dispersion.
|
Les
comparaisons internationales du poids de l'impôt sur le revenu des
ménages soulèvent plusieurs difficultés :
|
En 2000,
le poids de l'impôt sur le revenu stricto sensu va de 5 %
du PIB en Grèce à 25,3 % au
Danemark ; soit, de 13 % des recettes fiscales en Grèce
à 52 % au Danemark. Deux types de pays s'écartent
fortement de la moyenne :
- les pays scandinaves (Danemark, Finlande, Suède), où
l'impôt sur le revenu est très important, en particulier parce
qu'il finance le système de protection sociale, qui donne à tous
les résidents des prestations uniformes d'un montant relativement
élevé ;
- les pays du Sud (Espagne, Grèce, Portugal), marqués par
des structures fiscales où les impôts indirects sont très
importants et où l'impôt sur le revenu ne joue qu'un rôle
mineur.
La considération des taux moyens effectifs d'imposition des
ménages par tranche de revenu confirme cette dispersion.
Taux
moyen d'imposition en 2001 (couple marié, deux enfants, deux revenus
salariaux, la femme travaille et gagne 70 % du salaire du
mari)1
|
Niveau du salaire/SMO |
0,7 |
1 |
2 |
3 |
5 |
|||||
|
a |
b |
a |
b |
a |
b |
a |
b |
a |
b |
|
|
Allemagne* |
0 |
33,2 |
9,5 |
40,2 |
27,1 |
48,0 |
34,6 |
48,7 |
40,3 |
48,6 |
|
Autriche* |
1,6 |
25,1 |
13,8 |
35,7 |
27,7 |
43,8 |
35,6 |
45,4 |
41,4 |
46,9 |
|
Belgique* |
20,8 |
39,9 |
28,2 |
46,4 |
39,1 |
56,4 |
49,9 |
62,2 |
48,9 |
66,0 |
|
Danemark** |
28,5 |
33,1 |
32,5 |
37,2 |
43,9 |
48,0 |
49,1 |
52,9 |
53,0 |
56,8 |
|
Espagne* |
3,3 |
30,6 |
7,9 |
33,9 |
16,9 |
40,3 |
21,0 |
40,2 |
29,2 |
40,7 |
|
France* |
6,6 |
23,5 |
11,2 |
40,0 |
16,9 |
47,9 |
21,5 |
51,0 |
27,5 |
54,9 |
|
Italie* |
13,4 |
38,0 |
16,9 |
42,8 |
25,8 |
49,8 |
30,3 |
53,0 |
34,5 |
56,0 |
|
Pays-Bas** |
12,4 |
27,1 |
15,5 |
32,0 |
30,1 |
41,1 |
37,9 |
43,6 |
43,6 |
46,7 |
|
Royaume-Uni** |
12,8 |
19,0 |
16,1 |
25,2 |
21,5 |
32,2 |
26,8 |
36,1 |
32,2 |
40,3 |
|
Suède** |
26,2 |
42,8 |
29,0 |
46,1 |
37,0 |
53,1 |
41,4 |
57,4 |
48,4 |
63,4 |
1.
Les coefficients 0,7, 1, 2, 3 et 5 se rapportent au salaire moyen ouvrier dans
chacun des pays concerné.
a) IR/salaire net
b) (IR + cotisations sociales - prestations familiales) / salaire super brut.
Dans le cas français, la CSG/CRDS figure dans l'impôt sur le
revenu.
* Donne droit à une retraite proportionnelle
** Donne droit à une retraite forfaitaire
Source : Calculs des auteurs d'après OCDE, Les impôts sur
les salaires, 2000-2001, 2002
Etant entendu que le diagnostic sur les taux moyens d'imposition du revenu des
ménages diffère selon l'indicateur choisi, l'approche
« étroite » où l'on rapporte les seuls
impôts sur le revenu au revenu disponible (colonne a du
tableau qui précède) - qui est un indicateur du poids des
impôts sur le revenu au sens juridique -, est l'approche qui met en
évidence la plus forte dispersion des situations
nationales.
Pour un couple au niveau du salaire moyen, l'imposition s'étage
de 7,9 % en Espagne à 32,5 % au Danemark.
Les taux moyen d'imposition sur les revenus les plus
élevés vont de 27,5 % en France à
53 % au Danemark et, sur les revenus les plus faibles de
l'échantillon choisi6(*), de 0 % en Allemagne à
28,5 % au Danemark.
Ces données sont à mettre en relation - plus ou moins
étroite - avec la variété des caractéristiques des
régimes d'imposition du revenu en Europe.
Caractéristiques de l'impôt sur le revenu en 2001
|
Seuil de paiement* |
Nombre de tranches |
Taux maximum |
Atteint pour*... |
|
|
Allemagne |
0,31 |
Infinité |
48,5 |
1,93 |
|
Autriche |
0,57 |
5 |
50 |
2,78 |
|
Belgique |
0,47 |
7 |
60,6 |
2,84 |
|
Danemark |
0,16 |
3 |
59 |
1,06 |
|
Espagne |
0,50 |
6 |
48 |
5,04 |
|
Finlande |
0,35 |
6 |
55,2 |
2,20 |
|
France |
0,67 |
6 |
53,25 |
2,74 |
|
Grèce |
0,67 |
5 |
45 |
5,43 |
|
Irlande |
0,27 |
2 |
44 |
0,98 |
|
Italie |
0,16 |
5 |
46,4 |
3,69 |
|
Luxembourg |
0,43 |
17 |
47,2 |
2,68 |
|
Pays-Bas |
0,21 |
4 |
60 |
1,93 |
|
Portugal |
0,53 |
5 |
40 |
4,66 |
|
Royaume-Uni |
0,32 |
3 |
40 |
1,78 |
|
Suède |
1,11 |
2 |
55,4 |
1,79 |
|
Japon |
0,27 |
4 |
37 |
5,27 |
|
Etats-Unis |
0,23 |
5 |
39,6 |
9,56 |
* En
salaire moyen ouvrier, cas du célibataire.
Sources : OCDE, Les impôts sur les salaires, 2000-2001, 2002;
European Tax Handbook, 2001, calculs des auteurs.
Si la plupart des pays font payer l'impôt à la plupart des
ménages, d'autres ont un seuil d'imposition élevé :
Grèce, France et Suède.
La plupart des pays ont un barème d'imposition à plusieurs
tranches. L'Allemagne fait exception avec un taux marginal croissant de
façon continue. Le nombre de tranches va de 2 en Suède à
17 au Luxembourg
Le taux maximum est généralement de l'ordre de 50 %.
Toutefois, il n'est que de 40 % au Portugal et au Royaume-Uni ; il
est proche de 60 % au Danemark, en Belgique et aux Pays-Bas. Par ailleurs,
ce taux est parfois atteint très vite (Irlande, Danemark), parfois pour
des revenus élevés (Italie, Portugal, Espagne, Grèce).
Si une « approche élargie » (colonnes
b du tableau page 63) rapportant le total des
prélèvements net des prestations familiales au coût
salarial total - qui permet, en particulier, de neutraliser les biais
liés à la répartition des prélèvements entre
impôts sur le revenu et cotisations sociales - conduit à de
réelles nuances, elle ne modifie pourtant pas le diagnostic d'une
variété des situations nationales d'imposition des revenus des
ménages.
Les différences sont moins nettes mais restent des écarts
significatifs dans les prélèvements directs sur le revenu des
ménages.
2. Deux modèles ?
Les
données figurant dans le rapport de l'OFCE conduisent à
distinguer schématiquement deux modèles, comme l'indique le
graphique ci-après :
- un premier modèle, où la désincitation à
maximiser son revenu est faible, correspondant aux pays où une
faible proportion des ménages (correspondant à ceux gagnant au
moins 5 fois le salaire ouvrier moyen) est soumise au taux maximum, qui est
inférieur à 50 % (Europe du sud, Etats-Unis, Japon) ;
- un second modèle, où la désincitation à
maximiser son revenu est élevée, correspondant aux pays
où le taux maximum concerne une forte proportion des ménages
(ceux gagnant de 1 à 2 fois le salaire ouvrier moyen), et est
supérieur à 55 % (Scandinavie).
La France se rapproche de ce second modèle (avec un taux marginal
maximal d'imposition de 53,25 % en 2001, à partir de trois fois le
revenu moyen ouvrier environ). L'imposition du revenu y est donc plus
désincitative que dans la plupart des autres pays européens.
Le pays où la désincitation est la plus faible est les
Etats-Unis. Dans ce pays, le taux maximal d'imposition (de 40 %) ne
concerne que les personnes gagnant au moins 10 fois le salaire moyen
ouvrier, ce qui correspond à un seuil bien plus élevé que
ce que l'on peut observer dans l'Union européenne (en Grèce, pays
européen où ce seuil est le plus élevé, il est de 5
fois le salaire moyen ouvrier). Au Royaume-Uni et en Irlande la
désincitation à travailler est plus forte qu'aux Etats-Unis
puisque si le taux d'imposition maximal est faible (de l'ordre de 40 %), il
concerne une proportion importante de ménages (à partir de 1 ou 2
fois le salaire moyen ouvrier).
Les taux d'imposition dans l'Union européenne (2001)
(seuil
d'imposition au taux maximum,
en % du salaire moyen ouvrier)
(taux maximum, en % du revenu)
Source : d'après le rapport de l'OFCE (calculs des auteurs d'après OCDE, Les impôts sur les salaires, 2000-2001, 2002)
D. UNE PROGRESSIVITÉ ACCRUE
La progressivité des prélèvements sur les ménages s'est presque partout accentuée en Europe, mais nulle part cette accentuation n'a été plus marquée qu'en France où l'imposition des ménages était déjà l'une des plus concentrées en Europe.
1. Un phénomène particulièrement marqué en France
Le tableau ci-dessous récapitule les évolutions des écarts de taxation entre différents niveaux de revenu7(*).
Evolution de la progressivité des
prélèvements sur le revenu des ménages
(couple marié, deux enfants, deux revenus salariaux
la femme
travaille et gagne 70 % du salaire du mari)
|
Niveau du salaire/SMO1 |
Ecarts des taux moyens d'imposition par strate de revenu |
||||||||
|
5 - 0,7 |
5 - 1 |
3 - 1 |
|||||||
|
a |
b |
b - a |
a |
b |
b - a |
a |
b |
b - a |
|
|
Allemagne |
+11 |
+16,4 |
+5,4 |
+9 |
+8,6 |
-0,4 |
+6 |
+8,5 |
+2,5 |
|
Belgique |
+27 |
+26,1 |
-0,9 |
+21 |
+19,6 |
-1,4 |
+15 |
+15,8 |
+0,8 |
|
Danemark |
+21 |
+23,7 |
+2,7 |
+18 |
+19,6 |
+1,6 |
+15 |
+15,7 |
+0,7 |
|
Espagne |
+12 |
+10,1 |
-1,9 |
+7 |
+6,8 |
-0,2 |
+7 |
+6,3 |
-0,7 |
|
France |
+13 |
+31,4 |
+18,4 |
+11 |
+14,9 |
+3,9 |
+7 |
+11 |
+4 |
|
Italie |
+15 |
+18 |
+3 |
+13 |
+13,2 |
+0,2 |
+9 |
+10,2 |
+1,2 |
|
Pays-Bas |
+16 |
+19,6 |
+3,6 |
+11 |
+14,7 |
+3,7 |
+7 |
+11,6 |
+4,6 |
|
Royaume-Uni |
+11 |
+21,3 |
+10,3 |
+7 |
+15,1 |
+8,1 |
+5 |
+10,9 |
+5,9 |
1.
SMO : salaire moyen ouvrier
Source : Calculs de l'OFCE d'après OCDE, Les impôts sur les
salaires, 2000-2001, 2002.
Le tableau montre qu'une accentuation de la progressivité de
l'imposition des revenus des ménages s'est produite dans la plupart des
pays. Cette tendance a été la plus forte si l'on
considère les très hauts revenus et les plus bas revenus
(inférieurs au salaire moyen ouvrier).
En effet, si les taux marginaux supérieurs ont été
abaissés, ils l'ont été moins que les taux du bas
du barème.
Dans quelques pays dont la France et l'Italie,
l'allégement de la pression fiscale sur les bas revenus a
été financé par une accentuation des
prélèvements sur les revenus dépassant le salaire
moyen. Pour ces pays, la progressivité s'accentue mais cette
accentuation est plus forte pour les revenus atteignant 3 fois le salaire moyen
que pour les revenus plus élevés.
La progressivité du système d'imposition des revenus varie
cependant beaucoup d'un pays à l'autre et selon l'indicateur
adopté pour le mesurer.
Estimée à partir d'un indicateur
« étroit » comprenant les
prélèvements hors cotisations, la progressivité
apparaît très forte en Allemagne, en Autriche, en
Belgique et aux Pays-Bas. Elle est plus limitée en France, en Italie et
au Royaume-Uni. Cependant, pour la France, les résultats sont
biaisés par le champ des données de l'étude qu ne
comprennent pas les revenus inférieurs à 0,7 fois le SMO, qui
échappent à l'IRPP. En les réintégrant, la
progressivité ressortirait nettement plus accusée.
Taux
moyen d'imposition du revenu des ménages en Europe
Taux moyen1 par tranches de salaire
|
Niveau du salaire/SMO |
Allemagne |
Autriche |
Belgique |
Danemark |
Espagne |
France |
Italie |
Pays-Bas |
Royaume-Uni |
Suède |
|
0,7 |
0 |
1,6 |
20,8 |
28,5 |
3,3 |
6,6 |
13,4 |
12,4 |
12,8 |
26,2 |
|
1 |
9,5 |
13,8 |
28,2 |
32,5 |
7,9 |
11,2 |
16,9 |
15,5 |
16,1 |
29 |
|
2 |
27,1 |
27,7 |
39,1 |
43,9 |
16,9 |
16,9 |
25,8 |
30,1 |
21,5 |
37 |
|
3 |
34,6 |
35,6 |
49,9 |
49,1 |
21 |
21,5 |
30,3 |
37,9 |
26,8 |
41,4 |
|
5 |
40,3 |
41,4 |
48,9 |
53 |
29,2 |
27,5 |
34,5 |
43,6 |
32,2 |
48,4 |
|
1. Taux moyen « étroit » : Impôt sur le revenu / salaire net. |
||||||||||
|
Écarts : |
||||||||||
|
5 - 1 |
40,3 |
39,8 |
28,1 |
24,5 |
25,9 |
20,9 |
21,1 |
31,2 |
19,4 |
22,2 |
|
3 - 1 |
34,6 |
34 |
29,1 |
20,6 |
17,7 |
14,9 |
16,9 |
25,5 |
14 |
15,2 |
Appréciée à partir d'un indicateur
« élargi » (avec les cotisations), la
progressivité des mécanismes d'imposition des revenus des
ménages est dans tous les pays, sauf la France, moins
accusée que lorsqu'on la mesure à partir du seul impôt
sur le revenu des ménages.
La prise en compte des cotisations sociales, en général
proportionnelles, tasse l'échelle des prélèvements.
La France et le Royaume-Uni se singularisent avec une
progressivité plus forte qui est liée aux
allégements différenciés de prélèvements
mis en place dans ces pays.
La France apparaît comme le pays qui pratique le système de
prélèvements sur le revenu des ménages le plus progressif
de l'échantillon. Aux effets des allégements
spécifiques de cotisations sociales s'ajoutent ceux de l'introduction et
de l'augmentation des taux de la CSG qui frappe plus lourdement les
ménages à revenus élevés en raison de la part des
revenus financiers dans leur revenu global.
Longtemps présenté comme peu progressif, notre système
de prélèvements sociaux a « muté »
vers une logique de plus en plus progressive.
Taux
moyen d'imposition du revenu des ménages en Europe
Taux moyen1 par tranches de salaire
|
Allemagne |
Autriche |
Belgique |
Danemark |
Espagne |
France |
Italie |
Pays-Bas |
Royaume-Uni |
Suède |
|
|
0,7 |
33,2 |
25,1 |
39,9 |
33,1 |
30,6 |
23,5 |
38 |
27,1 |
19 |
42,8 |
|
1 |
40,2 |
35,7 |
46,4 |
37,2 |
33,9 |
40 |
42,8 |
32 |
25,2 |
46,1 |
|
2 |
48 |
43,8 |
56,4 |
48 |
40,3 |
47,9 |
49,8 |
41,1 |
32,2 |
53,1 |
|
3 |
48,7 |
45,4 |
62,2 |
52,9 |
40,2 |
51 |
53 |
43,6 |
36,1 |
57,4 |
|
5 |
48,6 |
46,9 |
66 |
56,8 |
40,7 |
54,9 |
56 |
46,7 |
40,3 |
63,4 |
|
Écarts : |
||||||||||
|
5 - 1 |
15,4 |
21,8 |
26,1 |
23,7 |
10,1 |
31,4 |
18 |
19,6 |
21,3 |
20,6 |
|
3 - 1 |
15,5 |
20,3 |
22,3 |
19,8 |
9,6 |
27,5 |
15 |
16,5 |
17,1 |
14,6 |
1. Taux
moyen « élargi » : Impôts sur le revenu +
cotisations sociales - prestations familiales/salaire super brut. Le salaire
super brut comprend le salaire direct + les cotisations sociales employeurs et
salariés.
L'ensemble de ces développements portent sur des niveaux de revenus
dépassant le seuil de déclenchement de l'impôt
personnalisé sur le revenu (l'impôt sur le revenu des personnes
physiques en France). L'inclusion dans l'analyse de l'ensemble des
ménages accentue la progressivité des systèmes
d'imposition du revenu en Europe, en particulier en France.
La situation de la France est, en effet, éloquente. L'IRPP y est
très fortement concentré sur les hauts revenus. Cette
situation est constante malgré l'instabilité des règles de
calcul de l'impôt sur le revenu, dont témoignent la succession de
ses réformes, et la multiplicité des régimes
dérogatoires. Elle résulte de la structure du
barème mais aussi de ce que la moitié des foyers fiscaux
ne paye pas l'IRPP du fait de l'étroitesse de l'assiette de
prélèvement.
Répartition de l'impôt sur le revenu (y compris PPE)
par déciles en 2002
|
Déciles |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Total |
|
Impôt payé en 2000 |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
1,0 |
2,2 |
3,6 |
5,6 |
8,7 |
14,6 |
64,2 |
100 |
|
Impôt payé en 2003 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,4 |
1,6 |
2,9 |
4,7 |
7,9 |
13,8 |
68,7 |
100 |
|
Impôt payé en 2003 |
-0,2 |
-1,7 |
-2,4 |
-1,7 |
-0,9 |
2,5 |
4,3 |
7,6 |
14,9 |
75,9 |
100 |
1.
PPE : Prime pour l'emploi
Note : En 2000, les 10 % de ménages ayant les revenus les plus
élevés payaient 64,2 % de l'impôt sur le revenu
encaissé par l'Etat. En 2003, les 10 % de ménages ayant les
revenus les moins élevés ont perçu une aide
équivalant à 0,2 % du total recettes d'impôts sur le
revenu, tandis que les 10 % les plus aisés ont payé un IRPP
équivalant à 75,9 % de ce total.
Source : Notes bleues de Bercy, septembre 2001, PLF 2002.
L'introduction de la prime pour l'emploi n'a fait qu'accroître encore
cette concentration, comme le montre le tableau ci-avant.
Aux effets des seuils et du barème, il faut ajouter l'impact des
pratiques suivies en matière d'indexation des différentes
tranches sur l'évolution de la progressivité de l'IRPP.
Si, en théorie, il existe une indexation des tranches sur l'inflation,
il faut préciser que, de 1993 à 2001, le premier seuil du
barème a été nettement plus augmenté que
l'inflation (+2,5 % par an en moyenne pour une inflation moyenne de
1,4 %), en raison de la forte hausse de 1997 (+11,3 %). Les cinq
autres seuils, au contraire, ont été légèrement
sous-indexés (+1,1 % en moyenne entre 1993 et 2001). Cet effet de
ciseaux, favorable aux foyers imposés dans les tranches les plus basses
et défavorable aux foyers imposés dans les tranches les plus
hautes, a accentué encore la progressivité du
prélèvement et amputé l'impact de la baisse des taux
nominaux marginaux de l'IRPP pour les revenus au-delà de la
première tranche.
2. La nécessité d'un renversement de tendance
L'OFCE
indique, à juste titre, qu'« une tendance commune vers
l'atténuation de la progressivité de l'impôt se dessine
maintenant au sein des pays européens. En France le taux marginal
supérieur est redescendu à 54 % en 1996 et a ensuite
été réduit à 52,5 %, l'Espagne et l'Allemagne se
sont engagés à une baisse progressive du taux supérieur de
11 points respectivement sur la période de 1997 à 2003 et de 2000
à 2005. L'Italie est la pointe du processus d'affaiblissement de la
progressivité par une réforme, qui met en place un barème
à deux tranches avec un taux supérieur à 33 %. Cette
évolution suit l'abaissement massif des taux supérieurs de
l'impôt sur le revenu mis en place depuis le début des
années 1980 aux Etats-Unis. Ce taux, relevé par l'administration
Clinton, a été ultérieurement baissé par
l'administration Bush. L'évolution fut similaire au Royaume-Uni de 1979
à 1988 avec une baisse du taux marginal supérieur de 98 %
à 40 %, non remise en cause par les travaillistes ».
Dans ce contexte, la France doit poursuivre la diminution de ses taux
supérieurs d'imposition et renverser son habitude de recourir à
l'accentuation de la pression fiscale sur les revenus intermédiaires
à laquelle elle s'est trop souvent laissée aller dans les
années récentes.
CHAPITRE IV :
LES
COTISATIONS SOCIALES,
UNE VARIABLE EFFICACE DES POLITIQUES
D'EMPLOI ?
Même si les pays européens connaissent des situations
très différentes au regard des cotisations sociales, une certaine
communauté d'inspiration combinant un objectif d'amélioration de
la compétitivité et de réduction du « coin
socio-fiscal » a orienté les mesures prises en la
matière.
Des allégements de cotisations, qu'ils soient généraux ou
ciblés, ont été mis en oeuvre. Leur efficacité,
toujours délicate à apprécier, doit, globalement,
être reconnue. Mais, leur impact ultime doit être
nuancé.
I. UN OBJECTIF ASSEZ LARGEMENT PARTAGÉ, LA RÉDUCTION DU COÛT DU TRAVAIL
La baisse du coût du travail dans l'optique d'une lutte contre le chômage a justifié une série d'allégements de cotisations sociales dans différents pays européens. L'objectif est à la fois d'augmenter la compétitivité et de réduire le « coin sociofiscal »8(*) censé décourager l'embauche et la participation au marché du travail.
A. DES ALLÉGEMENTS GÉNÉRAUX ET CIBLÉS DE COTISATIONS
Dans de
nombreux pays, une baisse générale des cotisations est
intervenue et elle a alors porté sur les cotisations employeurs qui sont
supposées avoir l'impact le plus direct sur le coût du travail.
Tel fut le cas en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et en France.
Plus nombreux encore sont les pays ayant choisi des baisses ciblées
de cotisations.
Les allégements spécifiques et leurs cibles sont
présentés dans le tableau ci-après.
Allègements spécifiques de cotisations sociales en Europe
|
Allègement bas salaires |
Autres allègements spécifiques |
Montant |
en %PIB |
|
|
Autriche |
Non |
non |
-- |
-- |
|
Belgique |
Oui |
salariés âgés, jeunes, réduction du temps de travail |
2,9 Md € |
1,1 |
|
Danemark |
Non |
non |
-- |
-- |
|
France |
Oui |
Réduction du temps de travail |
7,6 Md € |
1,0 |
|
Finlande |
Non |
petites entreprises, entreprises intensives en main d'oeuvre |
non disp. |
non disp. |
|
Allemagne |
non (en projet) |
non (en projet) |
-- |
-- |
|
Grèce |
Oui |
nouveaux embauchés |
non disp. |
non disp. |
|
Italie |
Oui |
catégories à fort taux de chômage, PME, régions défavorisées (Italie du Sud), jeunes |
autour de 350 Md €, par an |
> 0,1 |
|
Irlande |
||||
|
Pays-Bas |
Oui |
chômeurs de longue durée |
1,1 Md €, par an |
0,3 |
|
Portugal |
Non |
jeunes, chômeurs, handicapés, retraités en activité partielle, footballeurs professionnels |
non disp. |
non disp. |
|
Espagne |
Non |
+ 65 ans, transformations de CDD en CDI particulièrement pour les femmes |
non disp. |
non disp. |
|
Suède |
Non |
non |
-- |
-- |
|
Royaume-Uni |
Oui |
non |
1,0 Md €* |
0,25 |
*
L'évaluation de l'ampleur de l'allègement pour le Royaume-Uni est
faite par rapport à la situation de 1997. En 1997, le système
anglais était anti-progressif du fait de l'existence de seuil. La
comparaison avec les autres pays est donc délicate.
Sources : Plans nationaux pour l'emploi (version 2002 sauf France et
Italie, version 2001), OCDE, MISSOC, Peer Review et différentes sources
nationales.
Les cibles des allégements spécifiques sont diverses.
Si ces allégements portent souvent sur les bas salaires, tous les pays
européens n'ont pas emprunté cette voie. Dans un certain nombre
de pays, les cibles ont été choisies directement en fonction de
caractéristiques des populations bénéficiaires non
liées au salaire, les chômeurs, mais aussi parfois des
salariés déterminés en fonction de leur âge ou de
leur appartenance géographique ou sectorielle.
L'ampleur des allégements spécifiques dans les
différents pays varie aussi beaucoup. La Belgique et la France avec des
mesures représentant environ 1 point de PIB se distinguent par le
haut. Aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, les allégements spécifiques
sont nettement plus modestes. Il est probable qu'il existe dans les situations
nationales d'emploi et dans l'existence des salaires minimaux plus ou moins
élevés une explication à ces différences. Mais ce
n'est pas toujours le cas puisque l'Allemagne avec un haut taux de
chômage n'a encore que projeté de mettre en oeuvre des
allégements spécifiques.
APERÇU SUR LES ALLÉGEMENTS
SPÉCIFIQUES
DE COTISATIONS SOCIALES EN EUROPE
En
Belgique, une réduction forfaitaire des cotisations
sociales employeurs, augmentée pour les publics de moins de 25 ans et de
plus de 50 ans fait suite aux réductions de charges entreprises dans les
années 1980, puis sur les bas salaires en 1993. Une réduction
supplémentaire est prévue à partir de 2001 pour les
chômeurs de plus de 45 ans (plan activa). En outre, une
réduction de charges sociales salariés (8 % de revenu
en plus pour les salaires bas) est intervenue à partir de 2000 et il
existe une aide forfaitaire unique en cas de réduction de la
durée du travail (800 euros par heure réduite par
salarié, non permanente), puis permanente (de 250 à 600 euros par
salarié par an selon l'ampleur de la réduction). Avec, au total,
31 millions d'euros, cette aide représente un dispositif de faible
ampleur.
En Finlande, la réduction de charges a été
modulée. Elle va de 0,1 point pour les petites entreprises à 0,35
pour les grandes. Par ailleurs, une réduction de 0,65 point pour
les entreprises intensives en main-d'oeuvre a été mise en place.
En Grèce, la réduction de charges employeurs concerne les
bas salaires (2 points de réduction pour les salaires
inférieurs à 580 euros par mois), avec une suppression dans le
cas des salaires les plus bas. Une réduction de charges employeurs est
prévue dans le cas d'une nouvelle embauche.
En Italie, jusqu'en 2000 il existait une aide forfaitaire (de 4 100
euros à 5 100 euros) pour l'embauche nouvelle en CDI avec un
plafond annuel. L'aide était versée en une seule fois. Les PME
seules étaient éligibles au dispositif. Depuis, un dispositif
supplémentaire a été introduit pour les zones à
fort taux de chômage (1 500 euros) et en 2000, le dispositif
antérieur a été étendu à toutes les PME,
devenant une aide mensuelle (413 euros) pour une durée de 3 ans (soit 14
868 euros pour trois années).
Aux Pays-Bas, depuis 1996, le SPAK est un allègement forfaitaire
de cotisations sociales employeurs sur les bas salaires (jusqu'à
1,15 salaire minimum) qui réduit (en 2000) de 10 % le coût
salarial. L'allègement et le seuil sont proportionnels à la
durée du travail. Le t-SPAK est, quant à lui, un
allègement entre 115 et 130 % du salaire minimum pour ceux qui ont
bénéficié avec le même employeur du SPAK. Pour les
chômeurs de longue durée nouvellement embauchés, un
allègement supplémentaire pendant 4 ans est possible, doublant le
SPAK.
Au Portugal, il existe une exonération de cotisations sociales
patronales pendant une année pour les groupes ciblés lors de la
transformation d'un CDD en CDI. Pour les travailleurs handicapés, le
taux de cotisations patronales est de 12,5 au lieu de 23,7 %, pour les
footballeurs il est de 17,5.
Au Royaume-Uni, en dessous d'un seuil de salaires (environ 609
euros par mois), il n'y a pas de cotisations sociales salariés ou
employeurs. Le taux est ensuite constant et s'applique au salaire moins le
seuil. Passé un second seuil (+ de 4 000 euros par mois), le taux des
cotisations employeurs redevient nul. Auparavant, avant 1997, en dessous d'un
seuil (environ 400 € par mois) il n'y avait ni cotisations sociales
ni ouverture de droits et, au-delà du seuil, la montant des cotisations
sociales était de 5 % du salaire plus 10 % du salaire moins le
seuil.
La réforme intervenue au Royaume-Uni apparaît ainsi
singulière puisqu'elle combine incitation au travail des
« peu qualifiés » et allégement des
cotisations dues par les plus hauts revenus.
B. LA SITUATION EN FRANCE
Dans
ce panorama, la situation française apparaît assez
singulière : les baisses généralisées de
cotisations sociales ont été l'occasion d'une nette modification
de la logique de financement du système social ; quant aux
allégements ciblés, ils sont, depuis la réduction du temps
de travail, moins consacrés à résoudre des
problèmes particuliers d'intégration au marché du travail
qu'à compenser la hausse du coût salarial unitaire par tête
induite par cette politique.
En France, le taux de cotisation apparent qui rapporte les versements au titre
des cotisations sociales à la masse salariale brute a été
réduit, légèrement pour les cotisations patronales, plus
substantiellement pour les cotisations salariés.
|
1980 |
1985 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
|
Cotisations patronales |
30,4 |
33,1 |
32,7 |
32,2 |
32,9 |
33,1 |
33,3 |
32,5 |
32,7 |
32,7 |
32,5 |
32,7 |
31,5 |
|
Cotisations salariés |
12,4 |
14,8 |
17,1 |
17,0 |
17,4 |
17,8 |
18,1 |
18,1 |
18,4 |
17,4 |
13,5 |
13,6 |
13,6 |
Note : il s'agit des cotisations versées respectivement
par les sociétés non financières et par les
salariés en pourcentage de la masse salariale brute.
Source : Comptes nationaux.
Cet allégement a été financé par la création
de ressources nouvelles, la CSG, la CRDS, la TGAP et par l'augmentation de
divers droits dont ceux taxant les tabacs, mesures qui se sont traduites par un
élargissement de la base de contribution à la protection
sociale et, ainsi, par une modification de la logique du financement
dans un sens moins assurantiel et plus contributif.
|
Assiette |
Revenus de remplacement1 |
Autres revenus |
|||||||||
|
Bénéficiaire |
CNAF2 |
FSV3 |
Maladie |
Total CSG |
CRDS |
CNAF2 |
FSV3 |
Maladie |
Total CSG |
CRDS |
|
|
Février 1991 |
1,1 |
0,0 |
0,0 |
1,1 |
0,0 |
1,1 |
0 |
0 |
1,1 |
0,0 |
|
|
Juillet 1993 |
2,4 |
0,0 |
0,0 |
2,4 |
0,0 |
2,4 |
0 |
0 |
2,4 |
0,0 |
|
|
1994 |
1,1 |
1,3 |
0,0 |
2,4 |
0,0 |
1,1 |
1,3 |
0 |
2,4 |
0,0 |
|
|
Février 1996 |
1,1 |
1,3 |
0,0 |
2,4 |
0,5 |
1,1 |
1,3 |
0 |
2,4 |
0,5 |
|
|
1997 |
1,1 |
1,3 |
1,0 |
3,4 |
0,5 |
1,1 |
1,3 |
1 |
3,4 |
0,5 |
|
|
1998 |
1,1 |
1,3 |
3,8 |
6,2 |
0,5 |
1,1 |
1,3 |
5,1 |
7,5 |
0,5 |
|
|
2001 |
1,1 |
1,15 |
3,95 |
6,2 |
0,5 |
1,1 |
1,15 |
5,25 |
7,5 |
0,5 |
|
1. Les
revenus de remplacement sont les pensions de retraite et d'invalidité,
ainsi que les allocations chômage et préretraite. Les titulaires
de minima sociaux ou du minimum vieillesse sont exonérés. Les
personnes non imposables titulaires de pensions de retraite ou
d'invalidité ou d'allocations chômage ou de préretraites,
sont exonérées si leur revenu fiscal de référence
est inférieur à un certain seuil (6819 euros pour la
première part du quotient) et taxés au taux réduit de
3,8 % si leur revenu fiscal est supérieur à ce
seuil ;
2. Branche famille de Régime général de
Sécurité sociale ;
3. Fonds de solidarité vieillesse.
Source : Rapports de la Commission des Comptes de la
Sécurité Sociale.
Deux conséquences s'ensuivent :
Le financement de la sécurité sociale est en effet de plus en
plus assuré par l'impôt.
Le financement des Administrations de Sécurité Sociale
|
1980 |
1985 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
|
Dépenses et recettes des Administrations de Sécurité sociale (en % du PIB) |
|||||||||||||
|
Dépenses |
20,1 |
22,6 |
21,9 |
22,4 |
23,2 |
24,2 |
24,2 |
24,2 |
24,4 |
24,4 |
24,0 |
23,9 |
23,5 |
|
Recettes |
21,2 |
23,1 |
22,1 |
22,2 |
22,7 |
23,3 |
23,6 |
23,6 |
23,9 |
23,9 |
23,9 |
24,1 |
24,1 |
|
Structure du financement (en % des recettes totales) |
|||||||||||||
|
Cotisations sociales |
82,3 |
81,4 |
84,4 |
83,5 |
82,7 |
80,8 |
78,6 |
78,3 |
77,7 |
75,4 |
66,7 |
67,2 |
66,6 |
|
Impôts |
0,5 |
1,2 |
1,6 |
2,9 |
3,5 |
4,8 |
7,1 |
7,1 |
7,2 |
9,8 |
18,9 |
19,1 |
21,6 |
|
Autres |
17,2 |
17,5 |
14,0 |
13,5 |
13,8 |
14,5 |
14,3 |
14,6 |
15,1 |
14,7 |
14,3 |
13,8 |
11,7 |
Source : Comptes nationaux.
Le système de financement de la protection sociale est devenu de plus
en plus progressif. L'alourdissement de la CSG a davantage amputé
les revenus les plus élevés du fait de leur composition qui
comprend des revenus du travail et, en proportion non négligeable, des
revenus nouvellement taxés : les revenus financiers.
Cette accentuation de la progressivité s'explique par ailleurs par le
fait que la France a également conduit une politique active
d'allégements ciblés de cotisations sociales, dont la
finalité a été radicalement modifiée après
la mise en oeuvre de la réduction du temps de travail.
Dès le 1er juillet 1993 ont été mises en place
des exonérations dégressives de cotisations patronales pour les
salaires mensuels inférieurs à 1,2 SMIC avec pour objectif de
réduire le coût du travail, jugé responsable du
chômage des travailleurs les moins qualifiés. Les baisses de
cotisations ont été étendues jusqu'à 1,3 SMIC et
fortement renforcées en 1995. Le taux de cotisations patronales au
niveau du SMIC est passé, en plusieurs étapes, de 40 % au
début des années 1990 à 22 % en 1996.
|
Les dispositifs d'allègements de charges patronales sur les bas salaires : -
1er juillet 1993 : exonérations de cotisations
d'allocations familiales pour les salaires inférieurs à 1,1 SMIC
(5,4 points) ; réduction de moitié entre 1,1 et 1,2 SMIC.
Réduction pour un SMICard : 5,4 points.
|
|
|
1er juillet 1993 |
5,4
points jusqu'à 1,1 SMIC |
|
1er janvier 1995 |
5,4
points jusqu'à 1,2 SMIC |
|
1er septembre 1995 |
18,2
points au niveau du SMIC |
|
1er octobre 1996 |
18,2
points au niveau du SMIC |
|
1er octobre 1998 |
18,2
points au niveau du SMIC |
|
1er février 2000 |
26
points au niveau du SMIC |
La
réduction du temps de travail a modifié la logique des
dispositifs précédents.
Les réductions de cotisations patronales pour les entreprises
ayant signé un accord de réduction du temps de travail (RTT)
ont été amplifiées. Les entreprises dans lesquelles
un accord a été signé bénéficient d'une
baisse de cotisation annuelle de 4 000 francs (610 euros) pour chaque
salarié (quel que soit son niveau de salaire) et de réductions
dégressives qui sont plus élevées que les
réductions prévues par le dispositif Juppé et concernent
les salariés gagnant jusqu'à 1,8 SMIC. En régime de
croisière, le coût de l'aide forfaitaire était
estimé à 6,1 milliards d'euros et l'extension de la ristourne
dégressive devait coûter 3,8 milliards d'euros. Aujourd'hui, le
taux normal de charges sociales et fiscales sur les salaires
payées par les entreprises est d'environ 45 % (en dessous
du plafond de Sécurité sociale), mais il est seulement de
18 % ou 26 % pour les salariés au SMIC,
selon que leur entreprise a signé un accord de réduction du temps
de travail ou non.
Mais, avec la mise en oeuvre de la réduction du temps de travail, une
part importante des allégements spécifiques de cotisations
sociales ne correspond plus à un objectif de réduction du
coût du travail de catégories de population données, mais
à la nécessité de compenser le surcoût salarial
occasionné par la mesure de diminution de la durée du travail.
Une nouvelle modification du dispositif d'allègements de charges
patronales en trois étapes, de 2003 à 2005, est
prévue. Les aides conditionnelles à la mise en place d'un accord
de réduction du temps de travail sont supprimées et la ristourne
« Juppé » est étendue progressivement. A
terme, l'allègement concernera les salaires inférieurs à
1,7 SMIC, ce qui constitue une extension du champ des
bénéficiaires aux salaires compris entre 1,3 et 1,7 SMIC. Le
niveau d'allègement sera supérieur à son niveau
actuel : le taux de cotisations patronales sera réduit de 26 points
au niveau du SMIC contre 18,2 jusqu'en 2002, et à 1,3 SMIC, la ristourne
sera de 11,5 points de cotisations contre 0 avec le dispositif
« Juppé ». Un des corollaires importants de cette
réforme est la perte, pour les entreprises ayant passé des
accords de RTT, de l'aide forfaitaire dont elles bénéficiaient
pour chaque salarié, quel que soit le niveau de
rémunération. Pour les bas salaires, la ristourne aura tendance
à augmenter, même dans les entreprises qui
bénéficiaient des aides « Aubry ». Ce nouveau
dispositif n'est plus conditionné par une réduction du temps de
travail. Il n'est pour autant pas un pas supplémentaire vers un
allégement net des charges salariales. En effet, il s'inscrit dans un
contexte marqué par une très nette hausse du SMIC horaire et il
vise à compenser cette hausse.
Selon les estimations disponibles, la hausse du coût du travail pour un
salarié au SMIC à 39 heures passerait, ainsi, grâce au
nouveau régime d'allégements, de 11,4% à 4,61 %
après allégements sur la période 2003-2005.
II. UN BILAN À NUANCER
L'impact socio-économique des mesures d'allégements de charges sociales doit être nuancé. Certes, une décrue des charges pesant sur le travail a été amorcée et elle a contribué à préserver ou créer des emplois. Cependant, au-delà des questions que pose l'évaluation quantitative de leurs résultats intermédiaires, il faut s'interroger, d'une part sur les impacts complets de ces mesures, d'autre part, sur leur cohérence avec le contexte économique et social.
A. UNE AMORCE DE DÉCRUE DES CHARGES PESANT SUR LE TRAVAIL
Au cours de la décennie écoulée, le poids des cotisations sociales dans le PIB est resté remarquablement stable en Europe.
Recettes de cotisations sociales
en % du
PIB
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
90-2000 |
|
|
Autriche |
13,3 |
13,4 |
14,0 |
14,5 |
14,9 |
15,1 |
15,1 |
15,2 |
15,1 |
15,1 |
14,9 |
+1,6 |
|
Belgique |
14,2 |
14,8 |
15,0 |
15,3 |
15,1 |
14,7 |
14,6 |
14,5 |
14,4 |
14,4 |
14,1 |
-0,1 |
|
Allemagne |
13,3 |
14,1 |
14,3 |
14,5 |
14,8 |
14,9 |
15,0 |
15,2 |
15,0 |
14,9 |
14,8 |
+1,5 |
|
Danemark |
1,4 |
1,4 |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,5 |
2,1 |
2,2 |
+0,8 |
|
Espagne |
11,8 |
11,9 |
12,6 |
12,7 |
12,5 |
11,9 |
11,7 |
11,8 |
11,9 |
12,2 |
12,3 |
+0,5 |
|
Finlande |
9,7 |
11,2 |
10,7 |
11,8 |
12,3 |
12,4 |
12,2 |
11,6 |
11,6 |
11,9 |
11,2 |
+1,5 |
|
France |
18,9 |
18,9 |
19,1 |
19,1 |
18,8 |
18,7 |
18,8 |
18,4 |
16,3 |
16,6 |
16,4 |
-2,5 |
|
Royaume-Uni |
6,1 |
6,1 |
6,2 |
5,9 |
6,1 |
6,1 |
6,1 |
6,0 |
6,4 |
6,1 |
6,3 |
+0,2 |
|
Grèce |
8,9 |
8,6 |
8,5 |
9,6 |
9,6 |
9,8 |
9,7 |
10,9 |
11,2 |
11,4 |
11,4 |
+2,5 |
|
Irlande |
5,0 |
5,2 |
5,3 |
5,3 |
5,1 |
4,7 |
4,4 |
4,2 |
4,0 |
4,1 |
4,2 |
-0,8 |
|
Italie |
12,8 |
13,0 |
13,2 |
13,6 |
12,9 |
13,0 |
14,6 |
14,8 |
12,5 |
12,3 |
12,0 |
-0,8 |
|
Luxembourg |
11,1 |
11,2 |
11,7 |
11,7 |
11,2 |
11,3 |
11,1 |
10,6 |
10,3 |
10,7 |
10,6 |
-0,5 |
|
Pays-Bas |
16,0 |
16,9 |
17,5 |
17,4 |
17,6 |
17,6 |
16,5 |
17,2 |
16,2 |
16,7 |
16,2 |
+0,2 |
|
Portugal |
8,0 |
8,3 |
8,3 |
8,3 |
8,4 |
8,8 |
8,3 |
8,5 |
8,6 |
8,7 |
8,9 |
+0,9 |
|
Suède |
14,6 |
15,1 |
14,5 |
13,2 |
13,2 |
13,9 |
14,9 |
15,0 |
14,8 |
13,2 |
15,2 |
+0,6 |
|
Union européenne |
12,8 |
13,1 |
13,4 |
13,5 |
13,5 |
13,5 |
13,7 |
13,5 |
12,7 |
12,6 |
12,4 |
-0,4 |
|
USA |
6,8 |
6,9 |
6,8 |
6,7 |
6,8 |
6,8 |
6,7 |
6,7 |
6,7 |
6,8 |
0 |
Source : Statistiques des recettes publiques 2001, Economic
outlook n° 70.
Cependant, après avoir augmenté de près de 1 point de PIB
jusqu'en 1996, un mouvement de reflux est intervenu et les cotisations sociales
représentaient, en 2000, 12,4 points de PIB, soit 0,4 point de moins
qu'en 1990.
La stabilité moyenne, sur la période, du poids des
cotisations sociales se vérifie assez fidèlement dans chaque pays
européen. De fait, seuls deux Etats ont connu des mouvements
significatifs (et de sens contraire), la France et la
Grèce, où la part des cotisations sociales dans le PIB a
respectivement diminué et augmenté de 2,5 points de PIB. En
France, cette évolution résulte largement de la substitution
d'impôts à des recettes de cotisations sociales dans un contexte
où le poids des prélèvements totaux sur le revenu des
ménages a été alourdi.
Cette stabilité a été obtenue malgré une hausse
du poids des dépenses sociales brutes dans le PIB, qui est
passé de 25,5 % à 27,5 % du PIB9(*).
En effet, les cotisations n'ont cessé de perdre de l'importance
comme source de financement au cours des années 1990. Elles
représentaient alors 66 % des recettes totales et ne
s'élèvent plus en 1999 qu'à 60,5 % de l'ensemble.
Une restructuration du financement de la protection sociale est intervenue.
Deux pays européens doivent être distingués pour l'ampleur
de la baisse de la part du financement des dépenses sociales brutes
réservée aux cotisations : la France où elle est
passée de 80 % à 67 % ; l'Italie où elle
est passée de 70 % à 58 %. Mais, partout en
Europe, cette restructuration du financement de la protection
sociale a favorisé une amorce de décrue des charges sociales
sur le travail observée dans la seconde partie des années 90.
Ces tendances sont imputables à des choix de financement qui
répondent à des objectifs de politique publique principalement
axés sur la lutte contre le chômage (v.
infra).
B. UNE GRANDE DIVERSITÉ DES SITUATIONS NATIONALES
Le niveau des cotisations sociales est, en Europe, près du double de ce qu'il est aux Etats-Unis et les pays européens témoignent eux-mêmes d'une forte disparité de ce point de vue.
Cotisations des employeurs et des salariés par rapport aux coûts salariaux dans les Etats membres en 1990, 1994 et 1999
40
35
30
25
20
15
10
5
0
40
35
30
25
20
15
10
5
0
En % des coûts salariaux (rémunération des salariés)
B DK D EL E F IRL I L NL A P FIN S UK EU-15
Cotisations des employeurs Cotisations des salariés
Source : Commission européenne
Plusieurs catégories de pays peuvent être
distinguées :
la Belgique, la Grèce, la France et les Pays-Bas, où les
charges sociales sont comparativement élevées ; elles y
atteignent environ 35 % des coûts salariaux ;
l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche et la Finlande, où ce taux atteint
30 % ;
les autres pays de l'Union européenne où, avec d'importantes
inégalités, les charges sociales représentent moins d'un
quart des coûts salariaux.
Ces disparités tiennent, pour partie, à des niveaux
différents de socialisation des systèmes de protection sociale.
Niveau et
répartition des dépenses courantes de protection sociale par
fonction, 1999
(En % du PIB)
|
B |
DK |
D |
EL |
E |
F |
IRL |
I |
L |
NL |
A |
P |
FIN |
S |
UK |
UE |
|
|
Maladie |
1,1 |
0,9 |
1,5 |
0,8 |
1,0 |
0,7 |
0,6 |
0,7 |
0,7 |
2,4 |
1,1 |
0,4 |
1,2 |
2,1 |
0,7 |
1,1 |
|
Santé |
5,3 |
4,7 |
6,5 |
5,3 |
4,7 |
7,4 |
5,0 |
5,1 |
4,7 |
5,2 |
6,3 |
6,2 |
4,8 |
6,1 |
5,6 |
6,0 |
|
Invalidité |
2,4 |
3,5 |
2,2 |
1,6 |
1,5 |
1,7 |
0,7 |
1,5 |
3,0 |
3,1 |
2,4 |
2,4 |
3,7 |
3,8 |
2,6 |
2,2 |
|
Vieillesse/survivants |
11,3 |
10,9 |
12,0 |
12,5 |
9,0 |
12,7 |
3,5 |
15,6 |
8,8 |
10,3 |
13,1 |
8,7 |
9,1 |
12,8 |
11,7 |
12,1 |
|
Famille/enfants |
2,4 |
3,7 |
3,0 |
1,9 |
0,4 |
2,8 |
1,8 |
0,9 |
3,3 |
1,1 |
2,9 |
1,0 |
3,3 |
3,4 |
2,3 |
2,2 |
|
Chômage |
3,2 |
3,2 |
2,1 |
1,4 |
2,5 |
2,1 |
1,6 |
0,5 |
0,5 |
1,6 |
1,5 |
0,7 |
2,9 |
2,6 |
0,8 |
1,7 |
|
Logement |
0,0 |
0,7 |
0,2 |
0,8 |
0,2 |
0,9 |
0,5 |
0,0 |
0,1 |
0,4 |
0,1 |
0,0 |
0,4 |
0,8 |
1,6 |
0,6 |
|
Exclusion sociale |
0,6 |
1,0 |
0,6 |
0,5 |
0,1 |
0,4 |
0,3 |
0,0 |
0,2 |
1,5 |
0,3 |
0,3 |
0,5 |
0,8 |
0,2 |
0,4 |
|
Administration |
1,2 |
0,8 |
1,0 |
0,8 |
0,5 |
1,2 |
0,7 |
0,7 |
0,5 |
1,3 |
0,5 |
0,9 |
0,7 |
0,5 |
0,9 |
0,9 |
|
Autres |
0,7 |
0,0 |
0,5 |
0,0 |
0,1 |
0,3 |
0,0 |
0,2 |
0,2 |
1,1 |
0,3 |
2,1 |
0,0 |
0,0 |
0,2 |
0,4 |
|
Total |
28,2 |
29,4 |
29,6 |
25,5 |
20,0 |
30,3 |
14,7 |
25,3 |
21,9 |
28,1 |
28,6 |
22,9 |
26,7 |
32,9 |
26,6 |
27,5 |
Source : Commission européenne - La protection
sociale en Europe - 2001
Mais, elles sont aussi le reflet d'options différentes de financement
de la protection sociale.
Financement des principaux risques dans les pays de l'Union
européenne
|
Maladie et maternité |
Vieillesse |
Chômage |
Famille |
Accident travail |
|
|
Belgique |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA + ass. |
|
Danemark |
IA |
IA + CS (comp.) |
CS |
IA |
CS |
|
Allemagne |
CS |
CS + Etat |
CS + IA |
IA |
CS |
|
Grèce* |
CS + Etat |
CS + Etat après 1993 |
CS |
CS |
CS |
|
Espagne |
CS + IA |
CS |
CS |
IA |
CS |
|
France |
CS + IA |
CS + IA |
CS + Etat |
CS + IA |
CS |
|
Irlande |
CS + Etat |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS + Etat |
|
Italie |
CS |
CS |
CS |
CS |
CS |
|
Luxembourg |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS + IA |
Etat + ass. |
|
Pays-Bas |
CS |
CS |
CS |
Etat |
- |
|
Norvège |
CS + IA |
CS + IA |
CS + IAs |
IA |
CS |
|
Autriche |
CS + Etat |
CS + Etat |
CS + Etat |
principalement IA |
CS + Etat |
|
Portugal |
CS + IA |
CS |
CS |
CS |
CS + ass. |
|
Finlande |
CS + IA |
CS + IA |
CS + IA |
IA |
CS |
|
Suède |
CS + IA |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS |
|
Royaume-Uni |
CS + IA |
CS |
CS + Etat |
IA |
IA |
* Pour
les assurés après 1993, le système de cotisations sociales
est remplacé par un système tripartite salarié, employeur,
état.
Notes : CS signifie financement par les cotisations sociales, IA
financement par impôt affecté, Etat financement par inclusion dans
le budget général ou subvention de l'Etat récurrente ou
exceptionnelle. Les parts des différentes sources de financement ne sont
pas indiquées et peuvent varier d'un type de risque à l'autre ou
d'un pays à l'autre.
Source : MISSOC, Communauté européenne.
Ainsi, le poids des cotisations sociales dans le PIB est plus bas au
Royaume-Uni qu'en France d'environ 10 points, mais cet écart est
partiellement le résultat d'une structure de financement
différente. Les dépenses de santé (6 % du PIB) sont
presque entièrement financées par l'impôt au Royaume-Uni
(le budget du National Health Service), alors qu'elles le sont, pour une part
importante, par les cotisations sociales en France (54 %).
Toutefois, la différence entre le pois des cotisations ne s'explique
qu'en partie par cette différence dans les modalités de
financement, l'autre partie s'expliquant par des dépenses de
santé plus faibles au Royaume-Uni qu'en France (de 4 points de PIB).
Si, ainsi, on ne peut déduire des données relatives aux seules
cotisations sociales de conclusions sur le coût de la protection sociale,
il est, en revanche, possible d'y voir le poids exercé par les
dépenses de protection sociale sur les salaires.
C'est précisément ce poids que de nombreux pays européens
ont essayé de réduire afin de favoriser l'emploi.
C. ELÉMENTS D'ÉVALUATION
L'évaluation de l'efficacité des mesures de
baisse des charges sociales est une entreprise très
délicate. Même s'il convient de se féliciter des nets
progrès de méthode réalisés en ce domaine, qui est
désormais un classique des processus d'évaluation des politiques
publiques, le raffinement des méthodes n'est pas tel qu'elles puissent
être totalement conclusives.
L'examen d'une controverse récente, occasionnée par la parution
d'une évaluation relative aux allégements de charges sociales sur
les « bas salaires »10(*) a abondamment illustré les difficultés
de l'évaluation. On s'y réfère ici moins pour ce motif que
pour souligner quelques données fondamentales.
Quelques mots sur l'évaluation des politiques
d'allégements
de charges sociales
Les
évaluations de l'impact des mesures de réductions de charges
sociales sont confrontées à des difficultés de
méthode, qui peuvent être présentées comme suit.
Il faut d'abord isoler l'effet des allégements de
charges de l'effet sur l'emploi des autres facteurs susceptibles
d'intervenir (les « facteurs contextuels »).
Il faut également tenir compte des effets induits.
Le premier problème est particulièrement ardu à
résoudre dans la mesure où les politiques d'allégements de
charges, qu'elles soient ciblées ou générales,
s'appliquent souvent de façon indiscriminée.
Il n'existe donc pas le plus souvent de
« groupe-témoin » dont les comportements puissent
être comparés avec le « groupe-sujet »,
c'est-à-dire le groupe des bénéficiaires de la mesure. Au
demeurant, lorsque ce groupe existe, les différentes
« variables de contrôle » qui permettent de
distinguer les deux catégories utiles aux comparaisons doivent
être soigneusement sélectionnées.
Le recours à des méthodes alternatives, telles les enquêtes
d'opinion, est une voie envisageable mais dont les résultats appellent
une certaine prudence.
La question des effets induits est elle aussi épineuse. On peut
la décliner en trois sous-questions. Comment les allégements
sont-ils financés et avec quels effets ? Existe-t-il des effets de
destructions d'emplois à côté des effets de
créations d'emplois, du fait, par exemple, d'un changement des
conditions de concurrence ? Au-delà des résultats
immédiats en termes de créations d'emplois, l'impact des emplois
créés est-il entièrement favorable ou doit-on prendre en
compte des données complémentaires qui tendent à
atténuer l'utilité des emplois créés ? Par
exemple : des « trappes à bas salaires »
apparaissent-elles ? L'emploi évolue-t-il vers des emplois peu
qualifiés ?
La multiplicité et l'importance de ces difficultés ne doivent pas
être considérées comme des arguments contre
l'évaluation - sans évaluation, comment
décider ? - mais bien plutôt comme des défis
à relever.
La capacité des évaluations réalisées à
affronter ces difficultés est en tout cas un critère certain de
leur qualité.
Les évaluations empiriques de l'efficacité en termes
d'emploi des allègements de charges sociales sont assez peu concluantes,
du fait des difficultés de méthode (v. ci-dessus) que rencontrent
ces travaux, et les évaluations a priori, sur la base de
modèles microéconomiques ou macroéconomiques concluent
à des fourchettes d'estimations importantes (de 100.000 à 500.000
par exemple pour la France).
Dans ces conditions, la mise en évidence par l'étude
susmentionnée d'un très fort effet des mesures
d'allégements de charges sociales mises en oeuvre entre 1994 et 1997 a
provoqué une réelle controverse.
En un mot, alors que, selon une évaluation concomitante11(*), l'élasticité de
l'emploi non-qualifié à son coût avait été
estimée à 0,6, - une baisse du coût du travail non
qualifié de 1 point entraîne une augmentation de l'emploi
non-qualifié de 0,6 point -, les résultats de l'étude
en cause s'éloignaient beaucoup de cette évaluation avec une
élasticité supérieure à 2.
Sans entrer dans le détail technique de cette controverse, on peut
rappeler les éléments essentiels du débat. Ils contiennent
en effet les données fondamentales d'une politique dont le succès
apparaît conditionné à un contexte favorable.
Mais, il faut aller au-delà et s'interroger sur d'éventuels
effets pervers de certaines formes d'allégements de charges
sociales.
1. Les allégements de charges, quels effets sur l'emploi ?
Les enchaînements à l'oeuvre dans l'évaluation de Crépon et Desplatz, ainsi que les principales critiques qu'elle a suscitées, offrent une vision complète des conditions d'efficacité des politiques d'allégements de charges sociales.
DES ALLÈGEMENTS DES COTISATIONS EMPLOYEURS SUR LES BAS
SALAIRES,
POUR QUOI FAIRE ?
1°)
Réduire spécifiquement les cotisations employeurs sur les plus
bas salaires est justifié par trois arguments* :
-- Il existe actuellement un problème spécifique de chômage
pour les travailleurs non qualifiés : ceux-ci sont
particulièrement concurrencés par les productions des pays
à bas salaires ; ils sont les victimes du progrès technique et de
la substitution du capital au travail qui font disparaître leurs emplois
dans l'industrie et dans certains services. Au contraire, les salariés
qualifiés sont proches du plein emploi. Toute relance se heurterait au
manque de personnel qualifié avant qu'un niveau d'emploi satisfaisant ne
soit atteint pour l'ensemble des salariés.
-- Une cause essentielle du chômage en France est le niveau du SMIC (et
du RMI) qui empêcherait une baisse suffisante du salaire des non
qualifiés. De nombreux travailleurs non qualifiés ont une
productivité du travail inférieure au coût du SMIC, charges
comprises, et ne sont employables que si ce coût est diminué. La
baisse des cotisations sociales employeurs est socialement
préférable à la baisse du SMIC, puisque le niveau de vie
des travailleurs non qualifiés n'est pas affecté.
-- Une mesure ciblée est plus efficace en terme d'emplois gagnés
à coût budgétaire donné qu'une mesure globale. Il
coûte moins cher de réduire de 10 % le coût d'un
salarié au SMIC que le coût d'un cadre.
En sens inverse, les allègements bas salaires sont peu utiles si le
chômage est essentiellement dû à une demande insuffisante,
si les possibilités de substitution entre travail qualifié et
travail non qualifié sont faibles, si le chômage frappe toutes les
catégories de salariés, et que le taux de chômage plus fort
des non qualifiés s'explique par le fait qu'en situation de sous-emploi
généralisé, les actifs diplômés occupent des
postes pour lesquels ils sont surqualifiés.
La mesure fait courir deux risques. Si elle est peu efficace, elle doit
être financée : un financement par hausse des impôts portant
sur les ménages peut entraîner une baisse de la demande et
augmenter le « chômage keynésien ». Les
entreprises sont incitées à créer des emplois non
qualifiés (ce qui est nuisible si le degré de qualification de la
population active tend à augmenter) et à refuser toute hausse de
salaire et toute évolution de carrière pour les salariés
qui occupent ces emplois, puisque la hausse de leur salaire, qui fait perdre
les allègements de cotisations, est très coûteuse : c'est
la trappe à bas salaires.
2°) Les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires
jouent par deux canaux. Si la mesure n'est pas financée ex ante
par une hausse des autres charges portant sur les entreprises, jouent les
canaux macroéconomiques habituels : baisse des coûts des
entreprises, donc baisse des prix, donc hausse de la demande par gain de
compétitivité, hausse des investissements (du fait de
l'amélioration des profits des entreprises), hausse de la consommation
(grâce à la baisse des prix). Selon les modèles
macroéconomiques français, une réduction induisant
une baisse de 1 % du coût salarial des entreprises du secteur
marchand (soit un coût ex ante de 30 milliards de francs)
aboutirait à une hausse de l'emploi de l'ordre de 70 000 à 80 000
au bout de 5 ans. Par ailleurs, même si la mesure est financée
ex ante, jouent les effets de substitution, les entreprises sont
incitées à utiliser plus de travailleurs non qualifiés,
dont le coût relatif a diminué, en utilisant moins de travailleurs
qualifiés ou de capital. Globalement, la demande se déplace vers
les produits à fort contenu en main-d'oeuvre non qualifiée, au
détriment des produits à fort contenu en capital ou en
main-d'oeuvre qualifiée.
Supposons que les entreprises emploient 30 % de travailleurs non
qualifiés et 70 % de travailleurs qualifiés (dont le
coût du travail est le double). Introduisons un allègement de 10 %
du coût du travail des non qualifiés (soit ex ante une
baisse de 1,5 % du coût moyen du travail) financés par une
hausse de 1,8 % du coût du travail des qualifiés. Si
l'élasticité de substitution entre les deux catégories de
travailleurs est de 0,7, l'emploi des travailleurs non qualifiés
progresse de 7 % ; celui des travailleurs qualifiés diminue de
1,2 %. Globalement, l'emploi augmente de 1,3 %. Les coûts de
production des entreprises, donc a priori les prix, ne sont pas
affectés.
* Voir E. Malinvaud (1998), H. Sterdyniak et P.Villa (1998) ou J.-P. Fitoussi (2000).
a) Des allégements de charges permettent de réduire le chômage classique
Les
controverses suscitées par l'étude ici examinée ne doivent
pas éloigner de l'essentiel. Dès lors que, pour des
salariés donnés, leur coût du travail apparaît
supérieur à leur productivité, une réduction de ce
coût est favorable à l'emploi.
Dans les pays à prix du travail administré comme la France,
où le SMIC s'impose comme un plancher de rémunération
comparativement élevé, une solution alternative à une
baisse du SMIC consiste à réduire les charges sociales qui lui
sont attachées.
La totalité des exercices d'évaluation concluent à
l'efficacité de telles mesures et ils ne diffèrent que sur le
nombre d'emplois qu'elles créent.
Les créations d'emplois engendrées par les allégements de
charges sociales seraient le produit de deux enchaînements
complémentaires :
des effets de substitutions, entre salariés avec une
déformation de la structure de la main-d'oeuvre au profit des
populations bénéficiaires des allégements, ainsi
qu'entre facteurs de production, la baisse du coût relatif du
travail par rapport au capital engendrant per se un enrichissement de la
croissance en emplois ;
des effets de volume, la baisse des prix entraînant une
augmentation de la demande, du volume de la production et donc de l'emploi.
Un troisième effet théorique est souvent cité :
l'amélioration de la profitabilité qui résulte de la
baisse des coûts de production. L'étude sous revue le mentionne,
mais sans trop y insister. Les raisons de cette relative discrétion sont
probablement les suivantes :
- plus la profitabilité s'améliore à prix constants moins
instantanément les créations d'emplois sont fortes
puisqu'alors le redressement de la profitabilité résulte d'une
accélération des gains de productivité ;
- l'étude ne conclut pas, sur l'échantillon d'entreprises
observées, à une significative augmentation du taux de marge, ce
qui est par ailleurs nécessaire pour extérioriser à la
fois une forte progression de l'emploi et une forte augmentation de la
production ;
- enfin, l'étude met en évidence un effet rapide sur l'emploi des
mesures d'allégement alors que l'amélioration de la
profitabilité n'a pas d'effets très immédiats ;
Les créations d'emplois résulteront de la combinaison d'un
accroissement du rythme de croissance économique et d'effets de
substitution entre travail qualifié et travail non-qualifié
particulièrement marqués dans l'industrie.
|
Evaluation des taux de croissance imputables |
||
|
Variables |
Industrie |
Tertiaire |
|
Effectifs salariés |
2,62 |
3,44 |
|
Coût moyen du travail |
- 3,10 |
- 4,36 |
|
Part des non qualifiés 1) |
0,7 |
0,7 |
|
Part des jeunes 1) |
- 0,23 |
- 0,50 |
|
Part des jeunes non qualifiés 1) |
- 0,14 |
- 0,30 |
|
Intensité capitalistique |
- 1,41 |
- 1,61 |
|
Productivité du capital |
0,73 |
1,36 |
|
Productivité du travail |
- 0,69 |
- 0,25 |
|
Taux de marge |
- 0,34 |
0,16 |
|
Coût unitaire de production |
- 2,44 |
- 3,48 |
|
Valeur ajoutée |
1,94 |
3,19 |
1.
Augmentation en point de la part de la population sous revue dans le total de
la population active.
Source : Economie et Statistique n° 348, 2001-8
Selon l'étude, l'augmentation de la valeur ajoutée en volume
résultant des allégements de charges atteint 2 % dans
l'industrie et 3,2 % dans le tertiaire. Les effectifs salariés
totaux s'accroissent un peu plus vite (2,6 % dans l'industrie et 3,4% dans
le tertiaire). Il y a enrichissement de la croissance en emplois. Mais celui-ci
reste modéré. Si au total l'augmentation de la part des
non-qualifiés dans la population employée est
modérée (0,7 point), ce qui traduit des effets de
substitution assez modestes entre travail qualifié et travail
non-qualifié, la croissance de l'emploi non-qualifié est
cependant rapide.
Dans l'industrie, où le taux de croissance des effectifs est
estimé à 2,6%, la variation de la part des non-qualifiés
atteint 0,7 point. Compte tenu de la part initiale des
non-qualifiés qui est de 22%, on évalue à 5,8% le taux de
croissance de l'emploi non qualifié imputable au dispositif (2,6 +
0,7/0,2). Pour les qualifiés, le taux de croissance des effectifs est de
1,8 %. Leur part dans la main-d'oeuvre totale recule donc.
Dans le tertiaire, où la part des non-qualifiés est
initialement de 30%, les taux de croissance par qualification sont
estimés à 5,7% pour les non-qualifiés et à 2,5%
pour les qualifiés.
On en déduit des créations ou sauvegardes d'emplois
non-qualifiés de 70 000 dans l'industrie et de 150 000
dans le tertiaire. Les créations d'emplois qualifiés
s'élèveraient quant à eux à 80 000 dans
l'industrie et à 160 000 dans le tertiaire. Au total, il
résulterait des allégements sous revue
220 000 créations ou maintiens d'emplois
non-qualifiés, et 240 000 créations ou maintiens
d'emplois qualifiés, dans l'économie.
L'effet de substitution est important dans l'industrie et, même de second
ordre, non négligeable dans le tertiaire.
b) Des enchaînements dont l'efficacité est subordonnée à des données de contexte
Au-delà des aspects techniques des critiques suscitées par l'évaluation en cause - elles concernent la mesure de l'augmentation en volume de la production des entreprises bénéficiaires des allégements de charges ou encore la prise en compte du temps partiel -, il faut retenir deux enseignements essentiels des observations que cette évaluation a provoquées.
(1) Quel bouclage financier ?
Il
apparaît tout d'abord que l'efficacité des politiques
d'allégements de charges sociales dépend étroitement des
conditions de leur bouclage financier.
Si, dans l'étude mentionnée, la perte de recettes sociales ex
ante est plus que compensée ex post par les recettes
engendrées par les créations d'emplois et par les
économies réalisées sur les transferts sociaux, ce
résultat, très inhabituel est, pour tout dire, fragile. De
façon générale, les évaluations soulignent que le
besoin de financement ex post est inférieur au besoin de
financement ex ante mais n'en font pas moins apparaître un besoin
de financement ex post. Dans ces conditions, il apparaît essentiel
que celui-ci puisse être couvert sans que la logique d'allégement
des prélèvements obligatoires soit remise en cause.
A cet égard, les réductions de cotisations sociales,
entreprises en Europe dans la seconde partie des années 90, pourraient
n'être que très transitoires si les pays européens devaient
se montrer incapables de maîtriser la dynamique de leurs transferts
sociaux.
(2) De l'importance d'être cohérent
Un
second enseignement essentiel est que pour produire leur plein effet, les
allégements de charges sociales doivent améliorer la
compétitivité de leurs bénéficiaires.
On peut en tirer deux premières conclusions :
la première pour mettre en évidence que les effets nets
des allégements sont moins importants que les effets
appréhendés auprès de leurs bénéficiaires
directs puisque l'amélioration de compétitivité que
ceux-ci connaissent se produit au détriment de leurs concurrents ;
la deuxième pour rappeler que les politiques de
désinflation compétitive conduites de façon concomitante
par les Etats en Europe, dont les allégements de charges sociales
constituent l'une des facettes, se neutralisent partiellement les unes les
autres.
Mais il convient surtout de relever qu'il n'est pas cohérent ni
responsable de conduire une politique économique susceptible de grever
le coût du travail et de poursuivre un objectif de baisse de ce
coût.
Une telle combinaison qu'a illustrée la politique économique et
sociale du précédent gouvernement revient à tenter de
remplir le tonneau des Danaïdes sans gain pour l'emploi et en
épuisant les sources de financement de la protection sociale. Il
apparaît particulièrement dangereux de se placer en situation de
devoir compenser les hausses du coût de travail provoquées par des
mesures comme les 35 heures par des réductions de charges sociales.
Celles-ci, quoique insuffisantes pour contenir l'aggravation du coût du
travail provoquée par des décisions anti-économiques,
sapent l'assise financière de la protection sociale. C'est toute
l'histoire du FOREC.
2. Les « trappes à bas salaires », un effet pervers à surveiller
Les
allègements de charges sociales sur les bas salaires créent
potentiellement des « trappes à bas
salaires » : le taux de charges sociales est plus faible
pour les salaires les plus bas, ce qui peut inciter les entreprises à
maintenir des salaires bas et des structures de qualifications
privilégiant les postes à salaires peu élevés.
Ce risque ne doit pas être négligé. Il revêt deux
visages, tous deux susceptibles d'écorner la valeur du travail, qu'il
convient de restaurer dans notre pays :
d'une part, celui de la démotivation de salariés dont les
perspectives de progression de leurs revenus sont amoindries ;
d'autre part, celui de la démotivation de salariés qui, quoique
plus qualifiés, obtiennent une rémunération
indifférenciée.
Toutefois, ce risque est plus ou moins élevé selon les
modalités d'allégements. Les exonérations
dégressives de cotisations sociales ont pour effet de rendre
très coûteuses les hausses de salaire. Quand une
entreprise augmente le salaire d'un salarié au SMIC, une hausse
très forte des cotisations patronales intervient. Au niveau du SMIC, le
taux de cotisations patronales est de 26,2 % contre, environ, 45 %
hors ristourne dégressive. Une augmentation du salaire brut de 10 %
se traduit par une augmentation du coût du travail de 15,2 %. Le
taux marginal de cotisations varie selon les dispositifs une fois les seuils
d'allégements dépassés. Hors ristourne, une augmentation
du salaire mensuel brut (SB) de 113 euros coûte 165 euros à
l'entreprise. Avec la ristourne « Juppé »,
l'entreprise doit débourser 216 euros pour augmenter le SB de 113
euros ; le taux marginal de cotisation patronale est de 92 %. Pour
les entreprises bénéficiant de la ristourne
« Aubry », la trappe à bas salaire est plus
faible : le taux marginal de cotisations patronales est de 80 %. Pour
ces entreprises, l'effet de trappe à bas salaire joue jusqu'à 1,8
SMIC contre seulement 1,3 SMIC pour les entreprises ne
bénéficiant que de la ristourne
« Juppé ».
Ces effets pervers sont moins accusés lorsque la réduction de
charge est forfaitaire, c'est-à-dire lorsque le montant de
réduction est indépendant du salaire (c'est le cas du nouveau
système belge, ou d'une partie du système français pour
les 35 heures). Une autre solution consiste à définir des seuils
en deçà desquels le taux de cotisations est plus bas (ou nul),
à la condition que les marches soient nulles, c'est-à-dire que le
taux au-delà du seuil s'applique au salaire diminué du seuil,
comme dans le système anglais après les réformes
initiées en 1997. Dans les cas des réductions forfaitaires ou
à seuil, le taux marginal des cotisations sociales reste
modéré, au niveau du taux moyen de cotisations, au lieu
d'être très élevé (comme dans le système
français ou néerlandais où il est supérieur
à 100 % dans certains cas).
Dans ce contexte, une récente évaluation a posteriori sur
données microéconomiques réalisée par Crépon
et Desplatz a suscité une réelle controverse. Elle conclut
à un effet important et rapide des baisses de charges sur les bas
salaires mises en oeuvre entre 1994 et 1996 avec 460.000 emplois
créés entre 1994 et 1997.
CHAPITRE V :
INCITER
AU TRAVAIL,
UNE PRÉOCCUPATION COMMUNE, DES DISPOSITIFS PLUS OU MOINS
EFFICACES
L'une
des rares orientations communes qui semble traverser les réformes des
prélèvements obligatoires entreprises en Europe au cours des
années écoulées est celle qui a consisté à
développer l'incitation au travail en s'efforçant de lutter
contre les « trappes à inactivité ».
En effet, de nombreux pays européens ont adopté des mesures
visant à accroître le taux d'activité des personnes les
moins qualifiées. Les mesures les plus significatives ont
été prises au Royaume-Uni et en France, qui, à l'image de
l'Earned Income Tax Credit (EITC) américain adopté
dès 1975, ont mis en place un dispositif de crédit d'impôt.
Le contenu des dispositifs varie toutefois assez nettement avec un impact
également différencié selon certaines évaluations
externes récentes.
I. UN OBJECTIF COMMUN, INCITER AU TRAVAIL PEU QUALIFIÉ EN LUTTANT CONTRE LES TRAPPES À INACTIVITÉ
Un
objectif commun aux pays européens les a incités à
modifier leur régime fiscal afin de lutter contre les trappes à
inactivité des « peu qualifiés ».
Même si son exactitude est débattue, le diagnostic de la
responsabilité d'un phénomène de trappes à
inactivité dans l'importance du chômage en Europe s'est
imposé, étayé par l'existence de taux d'imposition
effectifs élevés en cas de reprise d'emploi par les
« peu qualifiés ».
A. UN DIAGNOSTIC À LA PERTINENCE RELATIVE...
La
notion de trappe à inactivité renvoie à la situation dans
laquelle un individu, chômeur ou inactif, n'est pas incité
financièrement à prendre un emploi, parce que la
rémunération à laquelle il pourrait prétendre
serait à peine supérieure, voire inférieure, aux revenus
de transferts qu'il perçoit en restant inoccupé.
Un certain nombre d'éléments arithmétiques viennent donner
quelque crédit à l'existence d'un tel phénomène.
Toutefois, plusieurs considérations doivent être gardées
à l'esprit, qui conduisent à conserver une attitude prudente
à l'égard de ce concept.
En premier lieu, on ne saurait passer du constat de l'existence de taux
d'emploi12(*) et taux
d'activité1 relativement faibles pour des « peu
qualifiés » à la conclusion de l'existence, pour les
populations concernées, d'un fort chômage volontaire.
C'est le cas pour le taux d'emploi dont la principale variable explicative est
la demande de travail. Les très fortes créations d'emplois
observées, en France, à la fin des années 90 ont
montré la vigueur des liens positifs entre demande d'emploi et taux
d'emploi des non qualifiés.
Mais c'est probablement aussi vrai du taux d'activité qui, mesurant la
participation au marché du travail (soit comme personne occupée,
soit comme personne à la recherche d'un emploi) est a priori un
indicateur plus pertinent pour mesurer l'impact dissuasif du système
fiscalo-social sur la volonté de trouver un travail. On observe en effet
que cet indicateur varie de façon indépendante par rapport aux
caractéristiques nationales des systèmes redistributifs. En
revanche, une corrélation assez robuste semble exister entre son niveau
et celui du taux d'emploi, qui pourrait attester l'existence de
phénomènes de découragement des populations en cause
devant la persistance du chômage.
Plus globalement, on ne peut que constater la thèse selon laquelle le
système redistributif entraîne l'apparition de trappes à
inactivité repose sur un modèle de rationalité
étroite où les choix ne seraient motivés que par la
comparaison entre les gains associés à l'emploi et les revenus
sociaux nets d'impôt. Or un tel modèle exclut, par
définition, une série de considérations qu'un
modèle de rationalité complète recommande de prendre en
compte. Ces considérations peuvent comprendre le fait que l'emploi n'est
pas seulement un moyen de subvenir à des besoins matériels
immédiats, que sont associés des avantages de long terme à
la prise d'un emploi (en termes de retraite future plus importante ou de
formation et d'expérience professionnelle pouvant sensiblement
améliorer sa situation professionnelle dans le futur), ou encore que les
structures sociales, l'existence de revenus occultes ou d'autres
phénomènes socio-économiques peuvent jouer.
En bref, sans rejeter le cadre théorique expliquant
l'éventualité de trappes à inactivité, un spectre
complet d'analyse conduit plutôt à s'interroger sur l'ampleur d'un
tel phénomène.
Une étude de Laroque et Salanié (2000) a proposé une
décomposition du non emploi. Ils estiment que pour 57 %, il s'agit
de non emploi volontaire. Cet ordre de grandeur reste toutefois incertain. Par
exemple, l'analyse qui le sous-tend exclut le temps partiel. Or, la plupart des
travailleurs à temps partiel (le plus souvent des femmes) n'auraient pas
intérêt à travailler étant donné les faibles
salaires qu'ils perçoivent relativement au RMI et autres allocations
associées à l'inactivité. De plus, ils sont souvent en
situation de sous-emploi involontaire (ils souhaiteraient travailler
davantage). Ainsi, les exclure de l'analyse sous-estime le chômage
involontaire et surestime le chômage volontaire. Du reste, le pouvoir
explicatif du modèle utilisé semble relatif dans la mesure
où la décision de rechercher un emploi telle qu'elle y est
représentée dépend en grande partie de facteurs
inexpliqués.
B. ... MAIS ÉTAYÉ PAR DES DONNÉES ARITHMÉTIQUES PEU CONTESTABLES
Malgré ces réserves, les données
arithmétiques viennent conforter l'idée que la prise d'un emploi
est souvent peu attrayante financièrement.
Dans le cas français, la comparaison entre les revenus tirés du
Revenu minimum d'insertion (RMI) et les revenus tirés d'un emploi
payé au niveau du SMIC présente la situation suivante pour
l'année 2000.
|
Gains mensuels à la reprise d'activité (en francs) |
||
|
du RMI à ½ SMIC |
du RMI à 1 SMIC |
|
|
Célibataire sans enfant |
- 149 |
1 782 |
|
Couple 2
enfants |
- 1 479 |
779 |
|
Couple 2
enfants |
2 097 |
4 088 |
|
Source : OFCE (2001) |
||
Ces données ne sont pas propres à la France comme le montrent les informations ci-après extraites de l'étude de l'OFCE figurant en annexe.
Taux effectifs d'imposition
de la reprise d'un emploi en 1997
(le travailleur principal a le niveau de salaire moyen 1)
|
Travailleur principal : |
Du
chômage2 |
Du chômage de longue durée4 à l'emploi à temps partiel5 |
|
Travailleur secondaire : |
Non emploi3 |
Non emploi |
|
Allemagne |
80 |
115 |
|
Autriche |
76 |
135 |
|
Belgique |
68 |
109 |
|
Danemark |
84 |
118 |
|
Espagne |
78 |
159 |
|
Finlande |
88 |
152 |
|
France |
76 |
133 |
|
Grèce |
54 |
104 |
|
Irlande |
68 |
60 |
|
Italie |
63 |
84 |
|
Luxembourg |
87 |
198 |
|
Pays-Bas |
89 |
134 |
|
Portugal |
79 |
174 |
|
Royaume-Uni |
72 |
93 |
|
Suède |
88 |
154 |
|
Eu15 |
77 |
128 |
|
Etats-Unis |
68 |
102 |
1.
SMO : Salaire moyen ouvrier, calculé comme le salaire moyen brut
d'un adulte travaillant à plein temps dans le secteur manufacturier.. En
Espagne, par exemple, le salaire minimum correspond à 50 % du SMO
alors qu'en France en 1998, le SMIC représente 60 % du SMO
(Joumard, 2001).
2. 1er mois de chômage du travailleur principal qui
était employé au niveau du SMO. Il reçoit le montant
d'allocation chômage de base plus éventuellement des aides
sociales pour personne à charge et pour le loyer.
3. Le travailleur secondaire ne perçoit aucune allocation chômage.
4. On suppose que le chômeur de longue durée reçoit une
aide sociale s'il est en fin de droit d'allocation chômage.
5. Le temps partiel est supposé correspondre à un salaire de
40 % du SMO.
Lecture du tableau : En France, 76 % du salaire du temps plein est
perdu en impôt et réduction de transferts sociaux. Un taux
effectif d'imposition supérieur à 100 % indique que le
ménage perd de l'argent lors du passage au temps partiel, ce qui est,
par exemple, le cas en France lorsque le travailleur principal passe du
chômage de longue durée au temps partiel.
Source : OCDE, Benefit systems and Work Incentives, (1999).
Le tableau évalue l'imposition effective qui pesait en 1997 sur la
transition emploi/non emploi au sein du couple. La première colonne du
tableau donne le montant de salaire retiré quand, dans un couple, une
personne est non employée et ne perçoit aucune aide
particulière et que le travailleur principal passe du chômage
(indemnisé) à l'emploi à temps plein (au salaire moyen).
En moyenne pour l'Europe des 15 en 1997, 77 % du salaire individuel est
retiré dans le cas de la prise d'un emploi à plein temps. Ceci
est le résultat de l'interaction entre l'impôt et le retrait des
allocations chômage. Les Pays-Bas (tout comme la Finlande et la
Suède) retirent un taux plus élevé, de 89 %, alors
qu'en France, il est de 76 %.
La deuxième colonne concerne l'imposition de la reprise d'un emploi
à temps partiel du travailleur principal qui était au
chômage de long terme. Dans ce cas, il n'existe pratiquement aucune
incitation financière à prendre un emploi à temps partiel
dans aucun pays (à l'exception de l'Irlande avec un taux de 60 %).
La moyenne européenne est de 128 %, cette transition est donc
fortement pénalisée. L'Italie et le Royaume-Uni ont un taux
élevé qui reste inférieur à 100 %, mais dans
tous les autres pays et en particulier en France, le taux est très
élevé, indiquant une forte désincitation des individus
dans des situations précaires à prendre un emploi à temps
partiel.
II. DES RÉFORMES DIFFÉRENTES PAR LEUR CONTENU ET PAR LEUR IMPACT
La
plupart des pays européens ont pris des mesures destinées
à accroître l'incitation au travail. Mais ces mesures
diffèrent nettement par leur contenu.
Dans de nombreux pays, les mesures fiscales d'incitation au travail des
personnes peu qualifiées, présentées en annexe de ce
rapport, ont simplement consisté à réduire les
prélèvements sur les revenus du travail les plus modestes :
les taux d'imposition marginaux minima ont été baissés,
des abattements ou des exonérations ont été mis en place.
Des mesures plus substantielles ont été adoptées dans
quelques pays dont la France et le Royaume-Uni, qui ont mis en oeuvre des
dispositifs inspirés de l'impôt négatif à l'image de
l'EITC américain.
Ces trois dispositifs apparaissent cependant très
différents.
A. PRÉSENTATION DES TROIS DISPOSITIFS
1. L'Earned Income Tax Credit
L'EITC figure dans le code des impôts des Etats-Unis
depuis 1975. Le dispositif a été progressivement élargi et
renforcé, et la dépense consentie au titre de l'EITC a
été d'environ 32 milliards de dollars en 2000.
Un foyer sur cinq, soit vingt millions de foyers, bénéficie de
l'EITC et 80 % des foyers éligibles touchent effectivement
cette prestation.
L'EITC n'est appliqué qu'aux foyers dans lesquels au moins une
personne travaille. Tout bénéficiaire de l'EITC doit, de
plus, satisfaire à certaines conditions de ressources, qui varient en
fonction de sa situation familiale. Le barème de la prestation
dépend aussi du nombre d'enfants à charge : en 1999, le
crédit maximum pour un foyer sans enfants s'élève à
347 dollars, tandis qu'il vaut 2 312 dollars pour un foyer avec
au moins deux enfants.
Le graphique ci-dessous retrace le profil de la prestation. Dans une
première phase, le montant de l'EITC augmente proportionnellement
avec le revenu ; il est ensuite constant jusqu'à un certain
seuil ; puis il décroît, jusqu'à s'annuler à
partir d'un certain niveau de revenu.
Le barème de l'EITC selon la structure du foyer en 1999
Montant du
crédit d'impôt
(en dollars)
Revenu annuel (en $)
Source : Bontout (2000)
En pratique, le montant de l'EITC est déduit du montant
d'impôt sur le revenu fédéral dû par son
bénéficiaire ; si l'EITC est supérieur au
montant de l'impôt, la différence fait l'objet d'un versement
direct au bénéficiaire. Actuellement, 80 % environ des
dépenses fédérales liées à l'EITC
correspondent à des versements directs aux ménages.
2. Le Working Families Tax Credit
Le
WFTC britannique est de création récente, puisqu'il a
été instauré en 1999. Il se substitue à un
dispositif beaucoup moins généreux, le Family
Credit, qui existait depuis 1992. La création du WFTC
répondait à une double préoccupation : relever le
niveau de vie des familles à faibles revenus et les inciter à
l'activité.
Le coût budgétaire du WFTC a été de l'ordre
de 5 milliards de livres en 2001, pour 1 269 000
bénéficiaires recensés au 31 mai 2001.
Le WFTC est un mécanisme de crédit d'impôt en faveur
des familles avec enfants. Ses règles d'attribution sont relativement
complexes, puisqu'il dépend à la fois du nombre d'heures
travaillées, des revenus et du patrimoine déclaré par le
ménage, et des caractéristiques de la famille (nombre d'enfants
à charge, âge des enfants et mode de garde). Deux conditions
principales d'éligibilité sont requises : d'une part, l'un
des adultes du foyer doit exercer une activité, salariée ou
indépendante, d'une durée d'au moins 16 heures par
semaine ; d'autre part, le foyer ne doit pas disposer d'un patrimoine
(hors logement principal) d'une valeur supérieure à
8 000 £.
Le graphique ci-dessous renseigne sur le barème du WFTC. Le cas
de figure retenu est celui d'un couple mono-actif,
rémunéré au salaire minimum, et ayant deux enfants de
moins de 11 ans. Aucune allocation n'est versée lorsque la durée
du travail hebdomadaire est inférieure à 16 heures. Elle est
constante pour une durée de travail comprise entre 16 et 25 heures.
Puis, l'allocation décroît.
Montant du WFTC (en livres sterling),
en fonction du revenu
net d'activité.
Source : Delarue, 2000
Chaque enfant à charge donne droit à une majoration, dont le
montant croît avec l'âge des enfants. Une majoration
éventuelle peut être versée pour compenser les frais de
garde d'enfants, dans la limité d'un plafond.
3. La Prime pour l'emploi
La Prime
pour l'emploi (PPE), instituée par une loi du 30 mai 2001, est
le dernier-né des trois dispositifs.
En 2001, 8 millions de foyers ont touché la PPE, pour un
coût total de 2,5 milliards d'euros. Puis, la prime a
été doublée par anticipation dès 2001 (pour sa
composante variable) et son régime a été modifié en
faveur des emplois à temps partiel en 2003.
La prime pour l'emploi ne concerne que les foyers fiscaux dans lesquels une
personne au moins exerce une activité, et dont le revenu
déclaré à l'impôt sur le revenu est inférieur
à un plafond, variable selon la taille du foyer. Son montant moyen
était de 288 € en 2001 et 255 € en 2002.
Le graphique ci-après présente le barème de la PPE
versée en 2001, selon quatre configurations familiales avant
aménagement du dispositif en faveur du temps partiel. On observe que la
prime est nulle jusqu'à un seuil de revenu de 0,3 SMIC.
Au-delà de ce seuil, la prime croît avec le revenu au rythme de
2,2 %. Elle atteint son maximum au niveau d'un SMIC à temps plein,
puis décroît au taux de 5,5 %. Pour un célibataire
sans enfant, la prime disparaît à partir d'un niveau de revenu de
1,4 SMIC.
Montant de la prime pour l'emploi versée en 2001
(en
euros)
Source : INSEE (2002)
B. DES DISPOSITIFS QUI DIFFÈRENT SENSIBLEMENT
En dépit d'une inspiration commune, les trois dispositifs étudiés présentent des différences sensibles.
1. Des efforts financiers très disparates, des niveaux de « prestation » très inégaux
En
premier lieu, les montants financiers en jeu sont très
différents. Les Etats-Unis consacrent 32 milliards de dollars
(à peu près autant d'euros) à l'EITC chaque
année. Le Royaume-Uni dépense 5 milliards de livres, soit
environ 8,1 milliards d'euros, au titre du WFTC. La PPE
représente un budget de 2,5 milliards d'euros (en 2001). Le
WFTC représente donc un effort financier trois fois plus
important que la PPE. Une comparaison avec les Etats-Unis suppose de tenir
compte de la différence de population : si l'on admet que le
rapport entre la population française et la population américaine
est approximativement de un à cinq, l'effort financier consenti au titre
de l'EITC reste environ deux fois et demi plus important que l'effort
financier consenti au titre de la PPE.
Les mécanismes de crédit d'impôt se distinguent
également par les populations ciblées. Le WFTC ne
concerne qu'un ménage britannique sur vingt. L'EITC est
perçu par un ménage américain sur cinq, et la PPE touche
un ménage français sur quatre. Le crédit d'impôt
britannique est donc celui qui, rapporté à la population,
représente la dépense budgétaire la plus importante, mais
aussi la plus concentrée. A l'opposé, le crédit
d'impôt français, qui représente déjà une
dépense moindre, exerce ses effets de manière très diffuse.
Conséquence logique des deux observations précédentes,
le gain financier d'un bénéficiaire du WFTC est beaucoup
plus significatif que celui d'un bénéficiaire de la PPE. P.
Cahuc (2002) calcule que, pour un foyer bi-actif au SMIC avec au moins un
enfant, la PPE versée en 2001 a représenté 4,4 % de
leur revenu déclaré. Par contraste, le montant maximal de l'aide
qui peut être perçue au titre du Working Families Tax
Crédit représente 160 % du revenu déclaré
du bénéficiaire. Toutefois, l'aide apportée par le
WFTC est, en pratique, amputée des deux tiers par la
réduction d'autres prestations sociales, ce qui n'est pas le cas pour la
PPE française. Mais, même en tenant compte de cet important
correctif, le système britannique reste nettement plus
généreux que celui adopté par la France (le gain net est
supérieur à 50 % du revenu déclaré).
L'EITC occupe une position intermédiaire, quoique plus proche du
niveau britannique que du niveau français : le montant maxima de
l'EITC peut représenter jusqu'à 40 % du revenu
déclaré de son bénéficiaire.
2. Un traitement différent du temps partiel
La PPE
française se distinguait des dispositifs étrangers par une
orientation très nette en faveur du travail à temps plein qui
demeure, même si elle a été un peu atténuée.
Avant l'aménagement de 2003, les deux tiers des foyers
bénéficiaires de la PPE travaillaient à temps plein, et le
montant de la PPE était maximum au niveau d'un SMIC à temps
plein. Au Royaume-Uni, le WFTC commence à décroître
à partir de la vingt-cinquième heure de travail hebdomadaire pour
les personnes percevant le salaire minimum. Aux Etats-Unis, le montant de
l'aide est généralement proportionnel à la durée du
travail, et on observe que les célibataires et les couples mariés
sans enfant, qui sont employés au salaire minimum à temps plein,
n'ont généralement pas droit à l'EITC.
Cette orientation de la PPE reflète le souci de conserver au travail
à temps plein son statut de norme sociale de référence.
Les systèmes français et britanniques partagent cependant un
objectif commun : ne pas encourager la création d'emplois à
temps très partiel. Cette préoccupation explique la
présence d'un seuil en deçà duquel aucune aide n'est
versée. Ce seuil correspond à 16 heures de travail
hebdomadaire au Royaume-Uni, pour un salarié percevant le salaire
minimum, et à environ 11,5 heures de travail hebdomadaire en
France.
3. Une prise en compte variable de la dimension familiale
Le
WFTC présente la particularité de n'être
octroyé qu'aux familles avec enfants, ce qui en fait un instrument de
politique de l'emploi, mais aussi de politique familiale. Aux Etats-Unis, le
champ de l'EITC a été progressivement élargi, de
sorte qu'il est, depuis 1994, versé à tous les travailleurs, sous
condition de revenus, y compris les célibataires sans enfant. Le montant
du crédit d'impôt est cependant beaucoup plus important pour les
familles avec enfants.
Par comparaison, la prise en compte des charges de famille au titre de la PPE
apparaît assez limitée. Mais il faut rappeler que le
système de prestations familiales est beaucoup plus
développé en France que dans les pays anglo-saxons. La PPE reste
donc, prioritairement, un outil de subvention à l'emploi, et non un
instrument de redistribution au profit des familles.
4. Des modalités d'administration différentes
L'une
des caractéristiques du WFTC tient à son mode de gestion
particulier. Alors que la PPE et l'EITC sont versés directement
par l'administration fiscale, le WFTC est versé au salarié
par son employeur, par le biais de la feuille de paie. L'administration fiscale
britannique examine les conditions d'éligibilité du loyer du
demandeur, et calcule les droits éventuels. Puis, elle communique
à l'employeur la somme qu'il doit verser au salarié, sous forme
de complément de rémunération, ou de baisse des
prélèvements au titre de l'impôt sur le revenu.
P. Cahuc (2002) considère que ce mode de gestion améliore la
lisibilité du dispositif, puisque les salariés perçoivent
immédiatement une amélioration de leur salaire net
résultant de l'application du crédit d'impôt. Dans la
mesure où la lisibilité du dispositif conditionne pour partie son
efficacité, la France aurait intérêt, selon cet auteur,
à s'inspirer du modèle britannique.
C. DES DISPOSITIFS AUX EFFETS TRÈS VARIABLES
En raison de son ancienneté, mais aussi du développement plus abouti des démarches d'évaluation des politiques publiques aux Etats-Unis, les effets de l'EITC sont bien mieux connus que ceux de ses équivalents britannique et français. Cependant, les évaluations externes, dont il faut saluer l'initiative, permettent d'établir des différences très sensibles d'impact entre les trois dispositifs aussi bien en termes d'incitation au travail que de redistribution des revenus.
1. Effets sur l'incitation au travail
Il importe au préalable de rappeler la distinction entre effet revenu et effet de substitution. Un accroissement du salaire net, qui peut résulter de l'instauration d'un crédit d'impôt, rend le travail plus attractif, dans la mesure où il augmente le pouvoir d'achat de chaque heure travaillée. Ceci incite à substituer du travail au temps libre afin de profiter du revenu obtenu grâce au travail (effet de substitution). Mais l'augmentation du salaire a aussi pour effet d'augmenter le revenu total à nombre d'heures travaillées donné. Cette augmentation du revenu total peut inciter à travailler moins (effet revenu). On observe qu'effet revenu et effet de substitution jouent en sens contraire, ce qui rend l'impact d'une hausse de salaire sur l'offre de travail a priori indéterminée.
a) Evaluation de l'EITC
Les
effets de l'EITC sur l'offre de travail dépendent beaucoup de la
situation de ses bénéficiaires et doivent être
distingués son effet sur le taux d'activité et son effet sur le
nombre d'heures travaillées par les personnes occupant
déjà un emploi.
Pour les personnes seules passant du non-emploi à l'emploi, la
perspective d'un revenu plus élevé du fait de l'EITC
fournit sans ambiguïté une incitation au travail. Cependant, pour
les couples bi-actifs, l'EITC peut induire une incitation opposée
pour le second salaire. En effet, l'augmentation de revenu du couple peut le
faire passer dans la phase de sortie de l'EITC. Dans la phase de sortie,
toute hausse des revenus salariaux est partiellement compensée par une
baisse du revenu tiré de l'EITC (qui équivaut à une
taxation du salaire au taux marginal de 60 %).
Pour les personnes déjà actives et dans la phase d'entrée
du dispositif, l'effet sur le nombre d'heures travaillées est
généralement positif, l'effet de substitution dominant l'effet
revenu. Pour les personnes dans la phase intermédiaire (plateau), seul
un effet revenu subsiste, produisant en théorie une incitation à
réduire le nombre d'heures travaillées. Dans la phase de sortie,
les effets revenu et substitution négatifs s'ajoutent, produisant
à nouveau une incitation à réduire le nombre d'heures
travaillées.
Au vu de ses propriétés incitatives, l'EITC devrait donc avoir
pour effet d'augmenter les taux d'activité des personnes seules, mais
éventuellement de les diminuer pour les seconds salaires des couples
bi-actifs, l'effet sur le nombre d'heures travaillées étant
positif dans la phase d'entrée puis négatif dans les phases de
plateau et de sortie du dispositif.
Cette analyse a priori des effets incitatifs de l'EITC est
confirmée par les évaluations empiriques réalisées
ex post.
Les résultats disponibles confirment l'important effet incitatif de
l'EITC à la reprise d'emploi pour les foyers mono-actifs avec
enfants. Une estimation de Scholz (1996) suggère que la
réforme de l'EITC de 1993 aurait induit, entre 1993 et 1996, une
hausse du taux d'activité des familles monoparentales de 65,5 %
à 72,1 % (146 millions d'heures).
En revanche, l'EITC a un effet désincitatif sur
l'activité des femmes mariées. SCHOLZ (1996) estime que la
réforme de 1993 aurait induit, pour les seconds salaires des familles
biparentales, une baisse de leur taux d'activité représentant une
perte de 8,9 millions d'heures travaillées.
L'EITC semble avoir un effet faiblement négatif sur le volume
d'heures travaillées par les personnes occupant déjà un
emploi, mais cet effet est plus que compensé par son impact sur le
passage de l'inactivité à l'emploi.
b) Evaluation du WFTC
Comme
pour l'EITC, les effets incitatifs du WFTC dépendent de la
position du bénéficiaire.
Le WFTC exerce un fort effet incitatif à la prise d'un emploi
d'une durée supérieure à 16 heures par semaine,
puisqu'il accroît sensiblement le gain financier qui y est
associé. De même, il incite les personnes dont la durée du
travail hebdomadaire est inférieure à 16 heures à
augmenter le nombre d'heures travaillées, afin d'entrer dans le
dispositif.
Pour les ménages qui se situent dans la partie forfaitaire du
WFTC (plateau), le versement d'un fort revenu de transfert devrait
exercer, en théorie, un effet désincitatif sur l'offre de travail
(effet revenu négatif).
Pour ceux qui se situent dans la partie dégressive du dispositif, chaque
gain supplémentaire au titre des revenus du travail est partiellement
compensé par la diminution de l'allocation perçue au titre du
WFTC. Ceci devrait, en principe, avoir un effet désincitatif sur
l'offre de travail. Toutefois, l'existence d'une majoration éventuelle
pour garde d'enfant peut inciter à l'activité des personnes qui,
en raison d'une contrainte de liquidité, n'avaient pas la
possibilité de faire garder leurs enfants, et renonçaient de ce
fait à exercer une activité, ou se contentaient d'une
activité réduite. L'effet total du WFTC apparaît
donc ici incertain.
Pour les couples bi-actifs, le WFTC devrait avoir un effet
désincitatif sur l'offre de travail. Le WFTC devrait, en
particulier, décourager l'activité des femmes dont le conjoint
travaille. En effet, l'augmentation par le WFTC du revenu disponible
de non-activité pour une personne dont le conjoint travaille ne l'incite
pas à l'activité (effet revenu négatif).
Rappelons enfin que le WFTC ne prétend pas régler à
lui seul la totalité du problème des trappes à
inactivité, puisqu'il n'est versé ni aux personnes seules ni aux
couples sans enfants.
Peu d'études ont été réalisées, à ce
jour, pour tenter d'évaluer les effets ex post du dispositif.
Une étude de Blundell et al. (2000) tente d'évaluer les
effets nets du WFTC, par rapport au dispositif antérieur du
Family Credit. Globalement, le nombre d'entrées sur le
marché du travail engendrées par le WFTC devrait
être de l'ordre de 44 000 selon cette étude. Rapporté
aux 28,2 millions de personnes employées au Royaume-Uni en 2001, cela
représente une variation de + 0,15%. Au vu du coût net du
WFTC par rapport au Family Credit qui est de 2,7 milliards
de livres, le coût de chaque entrée supplémentaire sur le
marché du travail est de 60 000 livres.
L'impact du WFTC sur l'emploi est donc modeste, et le rapport
coût/efficacité est peu favorable.
c) Evaluation de la PPE
Une
analyse a priori de la structure de la PPE montre qu'elle pourrait
avoir, comme l'EITC ou le WFTC, des effets incitatifs ou
désincitatifs sur l'offre de travail, selon la position du
bénéficiaire.
La PPE devrait accroître la participation au marché du travail des
individus sans emploi, puisqu'elle augmente le gain financier associé
à la reprise d'un emploi.
L'effet incitatif de la PPE est cependant indéterminé pour les
personnes qui perçoivent un revenu d'activité compris entre 0,3
et 1 SMIC. Effet revenu et effet de substitution jouent en sens contraire, ce
qui rend délicate toute appréciation de l'effet net de la mesure.
Pour les personnes dont le revenu est compris entre 1 et 1,4 SMIC (ou 2,1 SMIC
pour les couples monoactifs), la PPE exerce un effet désincitatif sur
l'offre de travail (effet revenu et de substitution jouent dans le même
sens).
La PPE devrait exercer un effet désincitatif sur le travail du second
conjoint dans les couples biactifs. L'activité du second conjoint peut
entraîner la perte d'une partie de la prime (fin de la majoration
forfaitaire pour conjoint inactif), voire de la totalité de la prime si
les revenus du conjoint sont assez importants.
Il est encore trop tôt pour que des évaluations ex post
complètes des effets de la prime pour l'emploi sur les taux
d'activité puissent être produites. Cependant, un certain nombre
d'évaluations externes sont disponibles.
Ainsi, Laroque et Salanié (2001) ont proposé une simulation des
effets de la PPE sur l'emploi des femmes (avec le barème initialement
prévu pour 2003 rétropolé pour l'année 1999). Ils
étudient un effectif de référence qui comprend
5 290 000 personnes, parmi lesquelles 2 732 000 occupent un
emploi. Les résultats restent modestes. Ils estiment que, pour
cette population, la PPE devrait entraîner l'entrée sur le
marché du travail de 9 000 personnes supplémentaires, dont
4 000 pour des emplois à temps partiel (le nombre de personnes
employées augmente ainsi de + 0,33 %). De manière plus
précise, la PPE ferait passer 16 000 femmes du non-emploi
à l'emploi, dont 6 000 à temps partiel, et 10 000
à temps plein ; dans le même temps, 2 000 femmes
travaillant à temps plein choisissent le temps partiel, et
5 000 autres arrêtent de travailler ; enfin,
2 000 femmes travaillant à mi-temps passent à temps
plein, et autant quittent la population active.
En appliquant le barème de 2003, le coût budgétaire de la
PPE, pour cette population, est environ de 1,2 milliard d'euros. Chaque
nouvelle entrée sur le marché du travail serait donc acquise au
prix d'une dépense de 140 000 euros, ce qui représente
une dépense pour le moins importante.
Une étude de Bassanini et al. (1999) suggère que
l'efficacité des mécanismes de crédit d'impôt
pourrait être moindre dans les pays, comme la France, qui se
caractérisent par un éventail de salaires resserré, des
salaires de réserve élevés13(*), et des prélèvements importants sur les
revenus du travail. Dans ces pays, en effet, le crédit d'impôt est
plus coûteux à financer pour atteindre un effet incitatif
donné. Le financement du crédit d'impôt suppose d'augmenter
les prélèvements pesant sur une partie de la population
déjà fortement taxée ; dès lors, l'effet
global pourrait être une diminution du nombre d'heures
travaillées, et une réduction du produit global.
Cahuc (2002) rappelle également qu'une mesure visant à
augmenter l'offre de travail, alors que la demande de travail reste
inchangée, risque d'avoir pour effet d'aggraver le
déséquilibre du marché du travail. On peut toutefois
supposer que l'introduction de la PPE, qui vient soutenir le pouvoir d'achat
des ménages, aura pour effet de modérer les revendications
salariales, à court et moyen terme. Une modération salariale
prolongée est susceptible d'augmenter la demande de travail
émanant des entreprises. Il n'existe cependant aucune
modélisation permettant d'estimer la portée d'un tel
effet.
2. Des effets redistributifs très différents
Si l'impact des mécanismes de crédit d'impôt sur le fonctionnement des marchés du travail apparaît relativement modeste, les effets redistributifs de ces dispositifs sont, en revanche, beaucoup plus significatifs et très différents.
a) L'EITC est un instrument efficace de réduction de la pauvreté aux Etats-Unis
Une
étude américaine de 199814(*) indique que, sans l'EITC, 34,5 millions
de personnes vivraient sous le seuil de pauvreté aux Etats-Unis, soit un
taux de pauvreté de 12,7 %. L'adjonction des revenus tirés
de l'EITC fait passer 4,3 millions au-dessus du seuil de
pauvreté, et ramène ainsi le taux de pauvreté à
11,1 %.
L'EITC a, d'autre part, permis de compenser, partiellement,
l'augmentation des écarts de salaire observée aux Etats-Unis au
cours des deux dernières décennies. Liebman (1997) calcule ainsi
que, entre 1976 et 1996, la part des revenus perçue par le
cinquième de la population le moins bien payé est tombée
de 4,4 à 3,7 %, tandis que celle perçue par les 5 % les
mieux payés est passée de 16,6 à 21,4 %. Dans le cas
des ménages avec enfants, l'EITC compense la baisse des revenus
à hauteur de 29 % pour le premier quintile de la population, et de
9% pour le deuxième quintile.
b) Le WFTC est un instrument de redistribution au profit des familles
Comme l'illustre le graphique suivant, le WFTC apporte un soutien significatif aux familles aux revenus les plus modestes. Les gains financiers les plus importants concernent les deux premiers déciles de la distribution des revenus. Le deuxième décile est le plus touché, car les ménages du premier décile sont souvent sans emploi, ou sans enfant, et ne bénéficient donc pas du WFTC.

c) Les effets de la PPE sont plus modestes et se diffusent assez largement dans l'échelle des revenus
Près de 80 % du montant global de la PPE
bénéficie à la moitié la moins aisée de la
population, mais les effets de la PPE se diffusent assez haut dans
l'échelle des revenus.
Cette diffusion vers le haut de la distribution des revenus s'explique par deux
raisons. En premier lieu, le plafond d'éligibilité, pour chaque
apporteur de revenu d'activité, est assez élevé. Le seuil
de 1,4 SMIC correspond, à peu près, au passage du sixième
au septième décile de niveau de vie. En second lieu, cet effet de
diffusion s'explique aussi par
l'hétérogénéité des revenus au sein des
couples. Pour un couple de concubins, dont la déclaration à
l'impôt sur le revenu est séparée, il se peut que l'un des
deux membres bénéficie de la prime, quand bien même le
revenu du partenaire est d'un niveau élevé.
Cela dit, comme l'illustre le graphique ci-après, la PPE
bénéficie principalement aux déciles deux à quatre
de la distribution du revenu.
Le premier décile de revenu est relativement tenu à l'écart du profit de la prime. Cela s'explique par la composition particulière de cette population, qui comprend beaucoup de chômeurs ou d'inactifs, non éligibles à la prime pour l'emploi.
CHAPITRE VI :
L'IMPOSITION DES REVENUS DU CAPITAL
Dans son rapport d'information de 1997 sur la fiscalité de l'épargne15(*), notre ancien collègue Alain Lambert, alors rapporteur général de la commission des finances, soulignait que la fiscalité de l'épargne était en France particulièrement lourde, quand on la comparait à celle des autres pays européens. Il en déduisait que le risque de sortie de capitaux était important, et proposait sept principes devant guider la fiscalité de l'épargne.
La doctrine de la commission des finances du Sénat en matière de fiscalité de l'épargne, selon le rapport Lambert de 1997
« Premier principe : l'épargne est
importante : sans épargne, pas d'investissement, sans investissement
pas de croissance durable.
« Deuxième principe : l'opposition capital / travail est
stérile ; si tant est qu'un rééquilibrage de la
fiscalité du capital par rapport à la fiscalité du travail
soit souhaitable, ce rééquilibrage doit se faire en diminuant les
prélèvements sur les revenus du travail et non pas en augmentant
ceux supportés par le capital.
« Troisième principe : une taxation supplémentaire
de l'épargne ne permet pas de relancer la consommation. Il ne sert
à rien d'invoquer des alibis économiques pour justifier des
mesures qui n'ont d'autre objet que de faire rentrer des recettes dans les
caisses de l'État. Seule la confiance permet de modifier le partage
épargne-consommation. Or, on ne rétablit pas la confiance en
augmentant les impôts.
« Quatrième principe : il vaut mieux essayer d'agir sur la
structure de l'épargne que sur son volume. La fiscalité est
impuissante à modifier le volume de l'épargne, en revanche elle
est très influente sur la structure de l'épargne, c'est à
dire sur l'orientation des placements.
« Cinquième principe : la fiscalité de l'épargne
doit assurer la neutralité entre actifs de même nature (par
exemple tous les titres de taux doivent être traités de la
même manière, quelque soit le support).
« Sixième principe : la fiscalité de l'épargne
doit prendre en compte la durée de l'engagement d'épargne,
et favoriser les titres de fonds propres plutôt que les titres de
dettes.
« Septième principe : le législateur doit assurer un
cadre fiscal stable et s'abstenir de prendre des mesures
rétroactives ».
Source : Alain Lambert, rapport d'information du Sénat n°82 sur la fiscalité de l'épargne (1997-1998)
Le
diagnostic d'une fiscalité de l'épargne particulièrement
lourde en France est malheureusement toujours d'actualité. Comme le
souligne l'OFCE, « la France est le seul pays à avoir
augmenté l'imposition des revenus de l'épargne »
durant la décennie 1990, le taux d'imposition sur les revenus de
l'épargne ayant alors « augmenté de près de
10 points. »
Non seulement la fiscalité de l'épargne en France est lourde,
mais en plus elle présente, plus que dans les autres pays, une
structure économiquement inappropriée : si la plupart
des pays européens taxent davantage les revenus d'actions que les
revenus d'intérêt, cette caractéristique est
particulièrement marquée en France.
I. UNE FISCALITÉ FRANÇAISE RELATIVEMENT FAVORABLE POUR LES REVENUS D'INTÉRÊT
La
fiscalité française est relativement peu élevée
dans le cas des revenus d'intérêt.
Selon l'OFCE, « seule l'Espagne applique un taux réellement
élevé. L'Allemagne et le Luxembourg sont des cas particuliers. En
effet, l'imposition à l'IR n'est réellement effective que si le
pays qui l'applique possède les moyens de la faire respecter, à
savoir une obligation de déclaration à l'administration fiscale
par les établissements payeurs. Dans ces deux pays, l'absence de
système d'information aboutit à l'application en pratique de la
retenue à la source. Celle-ci est en l'occurrence nulle pour le
Luxembourg. (...) Au total, le Luxembourg présente donc, devant la
Suisse, le régime le plus favorable. Pour les autres (à
l'exclusion de l'Espagne) les taux varient selon les pays entre 15 % et 25
%. »
Les principales caractéristiques de la fiscalité des revenus
d'intérêt indiquées par l'OFCE sont
synthétisées par le graphique ci-après.
L'imposition des intérêts sur les obligations d'Etat
en Europe, selon l'OFCE (2001)
Taux marginal de prélèvement, au taux supérieur de
l'impôt sur le revenu
(en %)
(1) Base d'imposition de 4 % de la valeur de marché des actifs (actions
ou obligations), taux d'imposition de 30 %
(2) Au Royaume-Uni existe un barème progressif : 20 % et 32,5 %.
(3) Le taux ici pris en compte pour l'impôt sur le revenu est le taux
maximal.
Source : d'après les données figurant dans le rapport de
l'OFCE
Reposant sur la notion de taux marginal de prélèvement
effectif (cf. encadré ci-après), ainsi que sur des
hypothèses différentes de celles de l'OFCE16(*), un récent rapport du
commissariat général du Plan17(*) confirme globalement cette analyse, comme l'indique
le graphique ci-après.
Le taux marginal de prélèvement effectif
Dans une étude18(*)
réalisée pour l'observatoire de l'épargne
européenne, dont un résumé figure en annexe du
récent rapport du commissariat général du Plan sur la
place des actions dans la patrimoine des ménages (2002) 19(*), MM. Thierry Laurent et
Yannick L'Horty comparent les régimes d'imposition de l'épargne
de douze Etats en recourant à la notion de taux marginal de
prélèvement effectif.
Cette notion se définit comme le taux de prélèvement
effectué sur les revenus réels de l'actif. Ainsi, elle
prend en compte le fait que, les revenus imposés étant les
revenus nominaux, selon les hypothèses d'un rendement nominal de 5 % et
d'un taux d'inflation de 2 %, un taux d'imposition marginal de 60
% correspond à un taux marginal de prélèvement
effectif de 100 %20(*).
L'imposition des revenus des obligations dans certains Etats
européens, selon le commissariat général du Plan (2001)
Taux marginal de prélèvement effectif, pour un revenu
moyen
(en % du rendement réel)
Selon les hypothèses d'un rendement nominal avant imposition de 5 %
et d'une inflation de 2 %.
(1) En Suède le taux dépasse 100 % du fait de l'importance
des taxes locales.
Source : Commissariat général du Plan, La place des
actions dans le patrimoine des ménages, mesure et comparaisons
internationales (contribution de Th. Laurent et Y. L'Horty), décembre
2002
II. UNE FISCALITÉ FRANÇAISE PARTICULIÈREMENT LOURDE POUR LES REVENUS DES ACTIONS
A. UNE SITUATION AMBIGUË DANS LE CAS DE L'IMPOSITION DES DIVIDENDES
Les différentes études comparatives sur l'imposition des dividendes en Europe conduisent à des conclusions ambiguës dans le cas de la France.
1. Une imposition des dividendes particulièrement lourde pour les personnes imposées au taux supérieur de l'impôt sur le revenu, selon l'OFCE
Selon
l'OFCE, qui considère des ménages imposés au taux
supérieur de l'impôt sur le revenu, les dividendes
seraient taxés en France de manière particulièrement
lourde.
Selon l'OFCE, « la charge fiscale supportée par
l'actionnaire dès lors que l'on considère l'IS comme un
pré-paiement est relativement proche dans les divers pays. Elle varie
entre 43 % et 53 % ».
Ainsi, « seule la France se distingue pour les contribuables dont
le taux marginal est celui de la dernière tranche du barème par
un taux d'imposition sur les dividendes de près de 63 %. »
Le graphique ci-après, élaboré à partir des
données figurant dans le rapport de l'OFCE, synthétise les
différentes modalités d'imposition des dividendes.
L'imposition des dividendes en Europe, selon l'OFCE (2001)
Taux marginal de prélèvement, au taux supérieur
de l'impôt sur le revenu
(en %)
(1) Base d'imposition de 4 % de la valeur de marché des actifs (actions
ou obligations), taux d'imposition de 30 %
(2) Sans tenir compte des systèmes d'abattements
(3) Participations non qualifiées
(4) 52,75 % + prélèvements sociaux de 10 %
Source : d'après les données figurant dans le rapport de
l'OFCE
Dans le cas de la France, l'OFCE souligne les effets néfastes de la
fiscalité sociale sur l'épargne.
Les effets néfastes de la fiscalité sociale sur l'épargne, selon l'OFCE
« Contrairement à l'impôt sur le revenu, la fiscalité sociale sur l'épargne connaît très peu de régimes dérogatoires puisque seules six catégories de produit d'épargne réglementée sont exonérées. Cette augmentation de la fiscalité sociale permet de réduire l'écart de taxation entre revenus d'épargne et revenus du travail, mais elle porte atteinte à la compétitivité des produits d'épargne français ».
2. Une analyse remise en cause par le commissariat général du Plan dans le cas des revenus moyens
Le
rapport précité du commissariat général du
Plan21(*) conduit
cependant à nuancer cette analyse.
Sur la base on l'a vu du taux marginal de prélèvement effectif
(cf. page
116 du présent rapport) et
d'hypothèses différentes de celles de l'OFCE22(*), ce rapport suggère que
l'imposition des dividendes en France serait proche de la moyenne
constatée en Europe, comme l'indique le graphique ci-après.
L'imposition des dividendes dans certains Etats européens,
selon le commissariat général du Plan (2001)
Taux marginal de prélèvement effectif, pour un revenu
moyen
(% du rendement réel)
Selon les hypothèses d'un rendement nominal avant imposition de 5 % et
d'une inflation de
2 %.
(1) Le fait qu'en Suède les taux dépassent 100 % provient de
l'importance des taxes locales dans ce pays.
Source : Commissariat général du Plan, La place des actions
dans le patrimoine des ménages, mesure et comparaisons
internationales (contribution de Th. Laurent et Y. L'Horty), décembre
2002
Cette divergence provient du fait que le Plan suppose que la taxation se fait
pour un revenu de niveau moyen, alors que l'OFCE l'envisage pour la
tranche supérieure de l'impôt sur le revenu. Elle permet de
mettre en évidence le rôle essentiel des hypothèses
retenues, quand il s'agit de comparer les prélèvements entre
pays.
B. POUR L'IMPOSITION DES PLUS-VALUES, LA SITUATION DE LA FRANCE EST COMPARATIVEMENT DÉFAVORABLE, TANT PAR SA STRUCTURE QUE PAR SON TAUX
En ce
qui concerne l'imposition des plus-values, il convient de
considérer, outre le taux généralement pratiqué, sa
structure générale et les choix économiques qui la
sous-tendent.
La France est dans une situation comparativement défavorable, par son
taux, mais aussi par sa structure.
Tout d'abord, parmi les pays étudiés par l'OFCE (qui il est vrai
ne comprennent pas ici la Suède), elle a le taux de taxation des
plus-values réalisées sur les participations non
substantielles23(*) de
long terme le plus élevé (26 % avec les
prélèvements sociaux), comme l'indique le graphique
ci-après.
La taxation des plus-values non substantielles de long terme en Europe (2001)
(en %)
Remarque : les données fournies par l'OFCE pour le Royaume-Uni ne
permettent pas de calculer un taux d'imposition significatif, dans la
mesure où ces plus-values sont soumises à l'impôt sur
le revenu (dont le taux maximal est de 40 %), mais avec de nombreux
abattements.
Source : d'après les données figurant dans le rapport de
l'OFCE
Ensuite, la France est également dans une situation défavorable
du fait de la structure de sa fiscalité des plus-values. De
nombreux Etats distinguent différents types de plus-values, selon deux
critères :
- le caractère spéculatif de la plus-value ;
- le montant de participation, les plus-values substantielles étant dans
certains cas davantage taxées.
La France est l'un des rares Etats à appliquer un taux uniforme,
comme l'indique le tableau ci-après, ce qui l'empêche d'orienter
le marché des actions dans un sens qu'elle jugerait optimal. On peut
rappeler à cet égard que, selon le sixième principe
défini par le rapport Lambert de 1997, « la
fiscalité de l'épargne doit prendre en compte la durée de
l'engagement d'épargne ».
Les différentes logiques de taxation des plus-values en Europe (2001)
|
Plus-values de court terme (« spéculatives ») davantage taxées que les plus-values de long terme |
|||
|
Oui |
Non |
||
|
Plus forte taxation des plus-values portant sur des cessions de participations importantes |
Oui |
Allemagne*, Luxembourg*, Belgique* (1) (plus-values de long terme exonérées) |
Pays-Bas, Italie |
|
Non |
Espagne, Royaume-Uni* (imposition décroissante en fonction de la durée de détention) |
Suisse (exonération totale)
|
|
*
Pays soumettant les plus-values au barème de l'impôt sur le
revenu
Pays fiscalement le plus intéressant selon l'OFCE
(phénomènes de fraude exceptés)
(1) En Belgique, choix entre IR et taux de 33 % pour les cessions
d'opérations « spéculatives »
(2) Imposition au taux de 16 %, soit 26 % avec les prélèvements
sociaux
Source : d'après les données figurant dans le rapport de
l'OFCE
Sur la base on l'a vu du taux marginal de prélèvement effectif
(cf. page
116 du présent rapport) et
d'hypothèses différentes de celles de l'OFCE de celles de
l'OFCE24(*), un
récent rapport du commissariat général du Plan25(*) confirme globalement cette
analyse26(*), comme
l'indique le graphique ci-après.
L'imposition des plus-values dans certains Etats
européens, selon le commissariat général du Plan (2001)
Taux marginal de prélèvement effectif, pour un revenu
moyen
(en % du rendement réel)
Plus-values de court terme
Plus-values de long terme
Selon
les hypothèses d'un rendement nominal avant imposition de 5 % et d'une
inflation de 2 %.
(la droite en pointillés correspond à l'égalité
des taux d'imposition)
(1) Le fait qu'en Suède les taux dépassent 100 % provient de
l'importance des taxes locales.
Source : Commissariat général du Plan, La place des
actions dans le patrimoine des ménages, mesure et comparaisons
internationales (contribution de Th. Laurent et Y. L'Horty), décembre
2002
Ainsi, selon l'OFCE, « la Suisse et les pays où la non
déclaration permet la fraude sont les pays les plus favorables en
ce qui concerne ce type d'imposition ». En revanche, la situation
de la France est défavorable pour les plus-values
réalisées sur les participations non substantielles de long terme.
L'imposition des plus-values selon la mission commune d'information du Sénat sur l'expatriation (2001) 27(*) : prendre en compte l'érosion monétaire ?
« La mission estime qu'il importe de tenir compte de
l'érosion monétaire qui affecte les titres des entreprises. En
effet, le code général des impôts prévoit un
abattement pour tenir compte de l'érosion monétaire en
matière de vente d'un immeuble. Il convient d'élargir ce
régime aux ventes de titres mobiliers. »
Ce point de vue est également celui de l'OFCE, qui estime que, d'une
manière générale, l'imposition des revenus de
l'épargne devrait porter sur le revenu réel et non sur le revenu
nominal. En effet, un taux d'inflation élevé peut rendre un taux
libératoire excessif : « avec un taux d'inflation de 6 %
et un taux d'intérêt nominal de 9 %, un prélèvement
de 25 % correspond à un taux d'imposition de 75 % ».
III. LA FRANCE FAIT PARTIE DES PAYS OÙ LES REVENUS D'INTÉRÊT SONT LES PLUS PRIVILÉGIÉS PAR RAPPORT AUX REVENUS DES ACTIONS
Si dans la plupart des pays de l'Union européenne les revenus d'intérêt sont moins taxés que les revenus des actions, cela est particulièrement net en France.
A. L'ÉTAT DES LIEUX
Comme le
résume l'OFCE, « se sont développées dans
tous les pays de l'UE des formules de taxation privilégiées des
revenus d'intérêt, à des taux libératoires,
inférieurs pour la quasi-totalité des épargnants à
leur taux d'imposition à l'impôt sur le revenu. Par contre, les
dividendes sont souvent taxés à l'IR, avec restitution de l'IS
versé par une formule d'avoir fiscal. Les plus-values, qui
représentent théoriquement la contrepartie des profits non
distribués, supportent généralement le seul taux de l'IS ;
elles sont parfois aussi taxées spécifiquement. Au total, la
taxation des revenus des actions est généralement nettement plus
forte que celle des revenus d'intérêt, alors même que les
pays européens souhaitaient développer l'épargne à
risque ».
Cet écart est « particulièrement important en
France », comme le graphique ci-après permet de le mettre
en évidence.
L'imposition des dividendes et des intérêts sur les
obligations d'Etat
dans certains Etats européens, selon l'OFCE
(2001)
Taux marginal de prélèvement, au taux supérieur de
l'impôt sur le revenu
(en %)
Taux
d'imposition
des dividendes
Taux
d'imposition des intérêts
sur obligations d'Etat
En
cas d'imposition à l'IR, on suppose que celle-ci se fait au taux maximal
(la droite en pointillés correspond à l'égalité
des taux d'imposition)
(1) Sans tenir compte du système d'abattements
Source : d'après les données figurant dans le rapport de
l'OFCE
Le rapport précité du commissariat général du
Plan28(*), qui repose sur
la notion de taux marginal de prélèvement effectif (cf.
page
116 du présent rapport), confirme globalement cette
analyse, comme l'indique le graphique ci-après. Selon ce rapport, la
France se situe parmi les pays qui surtaxent le plus les revenus des dividendes
par rapport à ceux des obligations (bien moins cependant que les
Etats-Unis).
L'imposition des dividendes et des intérêts sur les
obligations d'Etat
dans certains Etats européens, selon le
commissariat général du Plan (2001)
Taux marginal de prélèvement effectif, pour un revenu
moyen
(en % du rendement réel)
Taux
marginal effectif de
prélèvement des dividendes
Taux
marginal effectif de
prélèvement des obligations
Selon
les hypothèses d'un rendement nominal avant imposition de 5 % et d'une
inflation de 2 %.
(la droite en pointillés correspond à l'égalité
des taux d'imposition)
(1) Le fait qu'en Suède les taux dépassent 100 % provient de
l'importance des taxes locales.
Source : Commissariat général du Plan, La place des
actions dans le patrimoine des ménages, mesure et comparaisons
internationales (contribution de Th. Laurent et Y. L'Horty), décembre
2002
Comme le graphique ci-avant le montre dans le cas du Danemark, la surtaxation
des revenus des actions par rapport à ceux des obligations n'est pas
inévitable. Ainsi, l'OFCE indique que « les pays nordiques
et la Grèce ont évolué vers une imposition plus neutre des
revenus du capital mobilier. Ces pays appliquent ce que l'on appelle le
système dual : les dividendes, les intérêts et les
plus-values sont imposés à un taux unique, les revenus du travail
étant imposés selon un barème progressif. La Finlande par
exemple accorde un avoir fiscal qui supprime totalement la double imposition et
impose au même taux les profits des sociétés et les revenus
du capital (29 %). Les Pays-Bas ont opté pour une imposition sur la
richesse29(*). La
Grèce exonère totalement les dividendes au niveau de
l'actionnaire et impose un taux unique sur des deux formes de profit
(distribué ou non) de 35 % au niveau de la firme. »
La fiscalité des revenus financiers a donc, dans la plupart des pays
européens, des effets pervers, en infléchissant la structure de
détention de l'épargne dans un sens économiquement non
optimal. Ainsi, les entreprises sont incitées à se financer par
la dette plutôt que par l'émission d'actions. La France est, avec
l'Italie, le pays où ce déséquilibre de l'épargne
des ménages est le plus marqué, comme le montre le graphique
ci-après.
Affectation de l'épargne des ménages en 1999
Source : OFCE (V. Oheix, B. Séjourné « Les portefeuilles des ménages européens : des choix initiaux à l'affectation finale », Revue d'économie financière, n° 64)
B. INSTAURER UN PRÉLÈVEMENT LIBÉRATOIRE À TAUX UNIQUE ?
La structure inappropriée de l'épargne française a été critiquée par notre collègue Alain Lambert, dans son rapport d'information précité (1997) 30(*).
Fiscalité et structure de l'épargne en France, selon le rapport Lambert de 1997
1. Un
modèle franco-allemand japonais
« [La structure de l'épargne financière
française] correspond à un modèle de comportement des
placements des ménages caractéristique du "modèle
franco-allemand-japonais", dans lequel les ménages détiennent
directement très peu d'actions et d'obligations et partagent
essentiellement leurs richesses entre liquidités (bancaires) et
assurance-vie, celle-ci détenant surtout des obligations. Ce
modèle s'oppose au modèle anglo-saxon, dans lequel les
ménages ont assez peu de liquidités et peu d'obligations ; ils
détiennent directement de gros portefeuilles d'actions, et une partie
considérable de leur patrimoine dans les assurance-vie et les fonds de
pension ; ces derniers investissent essentiellement en actions ».
2. La nécessité de la neutralité fiscale et de la prise
en compte de la durée de l'engagement d'épargne
« Une fiscalité cohérente de l'épargne doit
normalement, s'assigner deux principes directeurs : la neutralité et la
prise en compte de la durée de l'engagement d'épargne.
« La théorie économique enseigne (...) que la
neutralité de la fiscalité conditionne l'allocation optimale du
capital en fonction des rendements déterminés par les
marchés, ces derniers prenant en compte les différences de risque
et de liquidité qui existent entre les différents types de
rendement. L'objectif de neutralité devrait donc conduire, d'une part,
à viser un traitement identique pour des mêmes classes d'actifs
(les titres de taux, les titres de capital, les liquidités...) et,
d'autre part, à ne pas perturber l'apparition d'une hiérarchie
normale des rendements, notamment en fonction du niveau de risque assumé
par l'épargnant.
« L'épargne stable, c'est à dire celle qui accepte de
s'engager ex ante pour une durée de moyen et long terme, permet aux
entreprises de constituer des fonds propres les mettant à l'abri des
fluctuations économiques et à l'État de disposer d'un
marché liquide et profond sur lequel s'appuyer pour financer ses
déficits. En regard, l'utilité économique de
l'épargne liquide est moindre puisqu'elle ne permet pas le financement
de crédits à l'économie, sauf à ce que le
système bancaire soit en mesure d'exercer pleinement sa fonction de
transformation des dépôts en crédits à long terme.
Dans le système français cette utilité est encore
amoindrie du fait de la gestion administrée des taux
d'intérêt des livrets défiscalisés qui, lorsqu'ils
se situent à un taux supérieur à celui du marché de
l'argent à court terme, renchérissent le financement des secteurs
auxquels ils sont pourtant censés bénéficier ».
Source : Alain Lambert, rapport d'information du Sénat n°82 sur la fiscalité de l'épargne (1997-1998)
La
neutralité fiscale et la prise en compte de la durée de
l'engagement d'épargne constituent deux des sept principes constituant
la doctrine de la commission des finances du Sénat en matière
d'épargne, telle qu'elle a été définie par le
rapport Lambert31(*).
Dans ces conditions, l'instauration pour tous les revenus de l'épargne
d'un prélèvement libératoire à taux unique,
inférieur à celui de l'impôt sur le revenu, mérite
d'être envisagée. Cette éventualité est
brièvement évoquée par l'OFCE dans son rapport.
Les autres inconvénients de la fiscalité de l'épargne en Europe, selon l'OFCE
I.
Les problèmes de coordination entre Etats européens
La diversité de la fiscalité des revenus du capital en Europe
peut inciter certains contribuables à déterminer les pays dans
lesquels ils investissent en fonction de considérations fiscales.
1. Le secret bancaire (qui concerne surtout les revenus
d'intérêts) : un problème en voie de
résolution ?
Tout d'abord, la majorité des pays de l'UE pratiquent le secret
bancaire32(*), ce qui
permet à certains contribuables de frauder afin de ne pas acquitter
l'impôt dans leur pays de résidence.
Ce système bénéficie surtout aux revenus
d'intérêt, qui sont exonérés pour les non
résidents (alors que les dividendes sont soumis à un
prélèvement à la source). Selon l'OFCE, « de
fait, un épargnant français qui achète des obligations en
Allemagne ou en Belgique et qui ne les déclare pas à
l'administration fiscale française est totalement exonéré
sur ces revenus ».
Cette situation a été dénoncée en 1997 par notre
collègue Alain Lambert33(*).
En 1998, la commission européenne a proposé de mettre en place un
« régime de coexistence », les Etats membres
pouvant choisir entre l'application d'une retenue à la source sur les
revenus des non résidents ou l'adhésion à un
système d'échange d'information avec les administrations fiscales
des pays de l'Union européenne. L'objectif à terme est que tous
les Etats adoptent la solution de l'échange d'informations. Au conseil
européen de Feira (juin 2000), les Etats membres se sont engagés
à adopter avant fin de 2002 une directive mettant en oeuvre ces
dispositions.
Après la conclusion d'un accord avec la Suisse, le conseil « Ecofin
» a adopté, le 3 juin 2003, une directive qui
prévoit d'instaurer un échange d'informations à partir du
1er janvier 2005 pour 12 des 15 pays de l'Union européenne34(*).
2. Le problème de la double imposition (dans le cas des
dividendes)
En outre, dans le cas des dividendes, un contribuable s'acquittant de ses
impôts dans son pays de résidence peut être doublement
imposé : une première fois dans le pays où il a
réalisé son investissement, une seconde fois dans son pays de
résidence.
La fraude fiscale tend à réduire ce
phénomène. L'OFCE cite à cet égard le cas d'un
épargnant français qui disposerait d'actions au
Luxembourg35(*).
En l'absence de fraude, les Etats s'efforcent de réduire la double
imposition grâce à des conventions. Cependant, comme la
France, l'Espagne et l'Italie sont les seuls pays à rembourser
l'avoir fiscal, dans la plupart des cas « l'impôt
effectivement remboursé est au mieux le taux de retenue à la
source ».
L'OFCE estime que « seule la généralisation du
système de l'avoir fiscal aux résidents et aux non
résidents pour l'ensemble des pays de l'UE peut permettre une
application totale du principe de résidence et supprimer les
inefficacités (traitements différentiés des
investissements selon leur origine) générés par
l'hétérogénéité des systèmes
actuels ».
II. Taxer les plus-values latentes ?
L'OFCE estime enfin que la taxation des plus-values devrait concerner les
plus-values latentes, et non seulement les plus-values
réalisées.
Il faut néanmoins souligner à cet égard que la taxation
des plus-values latentes pourrait être contraire au droit
communautaire quand elle s'applique aux sorties de capitaux. Ainsi, le
décret d'application de l' « exit tax »,
ou « herse fiscale », mise en place en France en 1998 pour
décourager le transfert à l'étranger du patrimoine de
contribuables voulant échapper à l'impôt de
solidarité sur la fortune, pourrait être annulée pour
excès de pouvoir par le Conseil d'Etat36(*).
CHAPITRE VII :
LES
RÉFORMES DE LA FISCALITÉ LOCALE EN EUROPE
Les collectivités locales européennes ont un poids financier et une autonomie financière très variables d'un pays à l'autre. Après la forte opposition suscitée en 1990 par l'instauration au Royaume-Uni de la Community charge (dite Poll tax)37(*), aucune réforme d'envergure de la fiscalité locale n'a été réalisée, même si des réformes significatives ont eu lieu dans certains pays, en particulier en Italie, en France et en Espagne.
I. DES FISCALITÉS LOCALES TRÈS DIFFÉRENTES D'UN PAYS À L'AUTRE
A. DES COLLECTIVITÉS LOCALES D'IMPORTANCE ET D'AUTONOMIE FINANCIÈRE VARIABLES
Le poids et l'autonomie fiscale des collectivités locales varient fortement en Europe, comme l'indique le graphique ci-après.
Poids
et autonomie fiscale des collectivités locales en Europe
(en %)
Autonomie
fiscale
(recettes fiscales propres locales/
recettes locales
totales)
(1999)
Poids
financier
(dépenses publiques locales/PIB)
(2000)
Remarques :
- Dans les Etats fédéraux - Allemagne, Belgique, Autriche -,
Dexia ne classe pas les Etats fédérés parmi les
collectivités locales.
- Sont ici considérés comme recettes fiscales propres les
impôts locaux et les taxes locales votées additionnellement
à un impôt national, mais pas les impôts répartis
entre collectivités sans que celles-ci puissent en fixer le taux.
Source : Dexia, Les finances locales dans les quinze pays de l'Union
européenne, 2002
En règle générale, plus le poids des collectivités
locales est important, plus leur autonomie fiscale l'est également,
comme l'indique le graphique ci-avant. Cette règle doit cependant
être fortement nuancée, dans la mesure où la
corrélation est nulle si l'on ne prend pas en compte les pays
scandinaves.
On peut, schématiquement, distinguer trois groupes de pays38(*).
1. Le modèle « européen » : des collectivités locales au faible poids financier et à faible autonomie fiscale
La
plupart des Etats européens - situés dans l'ellipse en bas
à gauche du graphique - ont des collectivités locales peu
autonomes fiscalement et au faible poids financier.
Ainsi, le taux d'autonomie fiscale des collectivité locales varie
d'environ 8 % des recettes pour les Pays-Bas à 27 % pour l'Espagne, et
le poids financier de 2,2 % du PIB pour la Grèce à 15,2 % pour
les Pays-Bas.
L'Allemagne appartient à ce groupe, si l'on considère que les
Länder, en tant qu'Etats fédérés, ne sont pas
des collectivités locales. Les dépenses des Länder
ont été de 13,8 points de PIB en 2000. Il convient cependant de
souligner que leur autonomie fiscale est très faible, ceux-ci n'ayant
pas de possibilité de fixer les taux des impôts qu'ils
perçoivent.
2. Les pays d'Europe du nord : des collectivités locales au fort poids financier et à forte autonomie fiscale
Les pays
scandinaves - situés dans l'ellipse en haut à droite du graphique
- ont des collectivités locales à la fois très autonomes
fiscalement (avec une autonomie fiscale de 50 % pour le Danemark et 57 % pour
la Suède) et au poids financier important (respectivement 30,6 % et
23,9 % du PIB pour ces deux pays).
Comme l'indique l'OFCE, cette double caractéristique des
collectivités locales scandinaves s'explique
« essentiellement parce qu'elles ont, dans ces pays, la charge de
l'éducation, y compris la rémunération des enseignants,
et, dans certains cas, de la santé ».
3. Le « modèle français » : des collectivités locales au faible poids financier et à forte autonomie fiscale
La
France, la Belgique et le Luxembourg - situés dans l'ellipse en haut
à gauche du graphique - se caractérisent à la fois par un
faible poids financier des collectivités locales (de 5,7 % du PIB pour
le Luxembourg à 9,8% du PIB pour la France), et par une forte autonomie
fiscale des collectivités locales (de 32 % des recettes dans le cas du
Luxembourg à 57 % dans celui de la France).
La forte autonomie fiscale des collectivités territoriales
françaises a récemment acquis une valeur constitutionnelle. En
effet, depuis la loi constitutionnelle du 28 mars 2003, le nouvel article 72-2
de la constitution prévoit que « les recettes fiscales et
les autres ressources propres des collectivités territoriales
représentent, pour chaque catégorie de collectivités, une
part déterminante de l'ensemble de leurs ressources ».
Il faut néanmoins souligner à cet égard que, comme
l'indique le tableau ci-après, le taux d'autonomie fiscale des
collectivités territoriales en France a eu tendance à se
réduire ces dernières années, suscitant une
rigidité accrue des budgets et une pénalisation des
collectivités territoriales disposant d'une économie
dynamique.
|
Taux d'autonomie fiscale* des collectivités territoriales en France |
||||||||
|
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
|||
|
Communes |
49,3% |
49,9% |
48,5% |
46,1% |
42,5% |
nd |
||
|
Départements |
58,0% |
59,6% |
56,5% |
55,9% |
52,3% |
51,3% (1) |
||
|
Régions |
57,8% |
57,6% |
48,7% |
50,2% |
41,7% |
37,3% (1) |
||
|
nd : non
disponible
|
||||||||
Source : direction générale des collectivités locales
Par ailleurs, si l'on prend en considération la faculté de fixation de l'assiette des impôts locaux, jusqu'à la révision constitutionnelle précitée, l'autonomie fiscale des régions françaises était moindre que celles de plusieurs de leurs homologues européennes, comme l'indique le tableau ci-après.
Source : Nicolas Painvin, in Jean Arthuis, Fiscalité locale : quelles pistes pour la réforme ?, rapport d'information du Sénat n°289 (2002-2003)
L'autonomie fiscale des régions en Europe, selon Fitch Ratings
La loi
constitutionnelle du 28 mars 2003 placera donc les régions
françaises au même niveau que leurs homologues italiennes et
espagnoles. En effet, selon l'article 72-2 de la Constitution, la loi peut
désormais autoriser les collectivités territoriales à
« fixer l'assiette et le taux » des impositions de toutes
natures, « dans les limites qu'elle détermine ».
La fiscalité propre est le mode de financement qui assure aux
collectivités locales la plus grande autonomie, comme l'indique le
tableau ci-après.
Comparaison des différents modes de financement des
collectivités territoriales :
synthèse des jugements
exprimés par les personnalités auditionnées par la
commission des finances à l'automne 2002
|
Mode de financement |
Exemples européens |
Principaux avantages |
Inconvénients |
|
Dotations |
Prévisibilité |
Tendance à l'augmentation |
|
|
Partage d'un impôt d'Etat |
Allemagne, Royaume-Uni |
Simplicité de la répartition, faibles coûts de gestion, absence de cercle vicieux entre taux élevés et sous-développement économique |
Absence de
véritable responsabilité fiscale locale, conduisant à une
faible légitimité politique
|
|
Fiscalité propre |
France |
Responsabilisation des collectivités territoriales
|
Risque de
cercle vicieux entre taux élevés et sous-développement
économique
|
Source : Jean Arthuis, Fiscalité locale : quelles pistes pour la réforme ?, rapport d'information du Sénat n°289 (2002-2003)
B. DES ASSIETTES VARIABLES
A
l'occasion de son audition par votre commission des finances à l'automne
2002, M. Hansjörg Blöchliger, administrateur principal à
l'OCDE, a communiqué des évaluations de la part des
différents types d'impôt dans les recettes fiscales des
collectivités locales.
Ces informations sont synthétisées, dans le cas des pays
européens, par le graphique ci-après.
La
part des différents types d'impôts locaux dans les recettes
fiscales des collectivités locales
Source : OCDE
1. Les taxes foncières, un impôt important en Europe latine et exclusif dans les îles britanniques
Tous les
pays européens disposent de taxes foncières, sauf la Suède
et la Grèce. Cependant celles-ci ne représentent une part
importante des recettes fiscales des collectivités locales que dans
certains pays : Europe latine (de 22 % pour l'Espagne à 52 % pour
la France), Pays-Bas (63 %) et, surtout, Royaume-Uni et Irlande (100 %).
Selon l'OFCE, « en dehors du Royaume-Uni qui recourt à la
valeur vénale, la plupart s'appuient sur une valeur locative, dont les
révisions sont, presque toujours, coûteuses, donc peu
fréquentes ».
Le Royaume-Uni a abandonné toute imposition locale des entreprises (tant
en ce qui concerne les impôts fonciers qu'en ce qui concerne l'imposition
de l'activité économique), afin de garantir la neutralité
de la fiscalité sur l'implantation des entreprises. En revanche, en
Irlande l'imposition foncière des entreprises est la principale
ressource fiscale des collectivités locales.
2. Les impôts sur les revenus et les bénéfices, presque exclusifs dans les pays scandinaves
La part
des impôts sur les revenus et les bénéfices dans les
recettes fiscales locales est particulièrement importante en
Suède (100 %) et dans les autres pays de la péninsule scandinave
(entre 91 % et 96 %).
Certains Etats imposent les revenus des personnes physiques. Selon l'OFCE, tel
est le cas de sept pays européens : l'Allemagne, la Belgique, le
Danemark, l'Espagne, la Finlande, le Portugal et la Suède.
3. Autres types d'impôts locaux
La part des impôts indirects est particulièrement élevée dans les pays d'Europe latine (de 11 % pour la France à 35 % pour l'Espagne), en Allemagne, en Autriche, en Belgique et dans les Pays-Bas (de 34 % à 38 %), ainsi qu'en Grèce, seul pays où ces impôts représentent une part majoritaire des recettes fiscales des collectivités locales (51 %), le reste provenant d'impôts sur les salaires.
II. LES RÉFORMES DE LA FISCALITÉ LOCALE EN EUROPE
A. UNE TENDANCE EN TROMPE-L'oeIL À LA RÉDUCTION DU POIDS FINANCIER DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
1. Une tendance générale à la réduction du poids financier des collectivités territoriales
Comme l'indique le graphique ci-après, la part des dépenses publiques locales dans le PIB a eu tendance à se réduire au cours des années récentes dans la plupart des pays européens, à l'exception de l'Irlande, de l'Espagne, du Portugal et, de manière moins importante, de la France.
L'évolution du poids financier des collectivités
locales en Europe de 1994 à 2000
(dépenses publiques
locales/PIB, évolution en points)
N.B.
Dans les Etats fédéraux - Allemagne, Autriche, Belgique -, ces
chiffres prennent en compte les Etats fédérés.
Source : rapport de l'OFCE (Dexia, 1997, 2002)
2. Les pays où le poids financier des collectivités locales est faible ont connu une évolution inverse
Les données fournies par l'OFCE suggèrent que les différences d'évolution s'expliquent en partie par celles du poids financier des collectivités locales, comme l'indique le graphique ci-après.
Le
poids financier des collectivités territoriales en 1994 et son
évolution de 1994 à 2000
(poids financier :
dépenses publiques locales/PIB, en %)
Evolution
en points,
1994-2000
Poids financier, 1994
N.B. Ces
chiffres prennent en compte les Etats fédérés (Allemagne,
Autriche, Belgique).
Source : d'après le rapport de l'OFCE (Dexia, 1997, 2002)
Ainsi, les pays où le poids financier des collectivités locales
était le plus élevé en 1994 (Finlande, Suède,
Danemark) l'ont depuis réduit.
Inversement, ceux où il était le plus faible (comme la France)
l'ont, en règle générale, augmenté depuis. Il
existe néanmoins quelques exceptions puisque le Royaume-Uni et, surtout,
le Luxembourg, ont réduit le poids financier de leurs
collectivités locales alors que celui-ci était déjà
parmi les plus faibles en 1994.
L' « acte II » de la décentralisation
actuellement en cours en France correspond donc à la tendance
européenne, les pays où le poids des collectivités
locales est faible s'efforçant d'accroître celui-ci, afin de
permettre une administration plus proche des citoyens.
B. L'ABSENCE DE RÉFORME FISCALE D'ENVERGURE
En revanche, aucune réforme fiscale d'envergure n'a été réalisée dans les années 1990.
1. La fiscalité locale des personnes physiques
Tel est
tout d'abord le cas en matière de fiscalité locale des personnes
physiques.
Comme le rappelle l'OFCE, « le seul bouleversement d'envergure --
l'introduction, au Royaume-Uni, de la Poll tax, ou Community charge,
impôt forfaitaire local sur toutes les personnes physiques majeures, par
le gouvernement Thatcher en 1990 --, s'était
révélé suffisamment désastreux sur le plan
politique pour calmer les ardeurs des plus fervents
réformateurs ».
On peut également rappeler qu'en France une loi votée en 1990 par
l'Assemblée nationale se proposait de remplacer la part
départementale de la taxe d'habitation par une taxe
départementale sur le revenu des personnes sur le mode des centimes
additionnels à l'impôt sur le revenu des personnes physiques.
Plusieurs réformes significatives méritent cependant d'être
évoquées :
- en France, l'allégement des impôts locaux sur les ménages
(1999-2001), avec notamment la réduction de la taxe d'habitation ;
- en Espagne, la cession aux communautés autonomes (qui,
désormais, assurent le financement des dépenses de santé)
d'une part plus importante d'impôts nationaux (impôt sur le revenu,
TVA) et l'instauration pour elles de la possibilité de créer
leurs propres taxes, et par conséquent d'en fixer l'assiette et le taux
(cf. encadré ci-après).
La réforme de la fiscalité locale en Espagne, selon Fitch
Ratings
« Les évolutions en matière de fiscalité locale
qui sont intervenues en Espagne ont été marquées par 4
étapes principales.
1982-1987 : Les communautés autonomes participent aux recettes de l'Etat
(Participaciones en Ingressos del Estado, PIE) en fonction du coût
effectif des compétences décentralisées.
1987-1995 : La PIE est révisée et évolue vers une
répartition selon des critères objectifs (démographie,
effort fiscal régional). Par ailleurs, en 1992, les communautés
obtiennent une part de 15% de l'IRPP collecté sur leur territoire.
1996-2001 : A partir de 1997 et progressivement jusqu'à 2001, les
régions reçoivent une tranche supplémentaire de 15% de
l'IRPP (avec autonomie sur le taux national de +/- 20%). L'impôt sur les
jeux leur est par ailleurs confié.
A partir de 2002 : Le cadre réglementaire applicable aux
communautés autonomes est régulièrement
renégocié et a été renouvelé le 27 juillet
2001 (modifications applicables en janvier 2002). Les nouveaux accords se
traduisent globalement par un accroissement de l'autonomie fiscale des
communautés en prévoyant :
- une hausse de la responsabilité fiscale régionale : les
recettes des collectivités locales vont devenir plus dépendantes
des taxes locales. Les régions recevront désormais :
- 33% du produit de l'impôt sur le revenu.
- 35% des recettes de TVA.
- 40% des taxes sur les carburants, le tabac et l'alcool ainsi que la
totalité de l'impôt sur le patrimoine et de la taxe sur les
immatriculations automobiles.
Les communautés autonomes disposent par ailleurs de la faculté de
créer leurs propres taxes et par conséquent d'en
déterminer l'assiette et d'en fixer le taux. A titre d'exemple,
l'Estrémadure a créé un impôt sur les
dépôts bancaires. La Catalogne a créé un impôt
sur les grandes surfaces et les Baléares envisagent la création
d'une taxe de séjour.
La modification de la structure des recettes de la plupart des régions
espagnoles : en juillet 2001, les impôts représentent environ 29%
des recettes courantes des régions espagnoles et cette part doit
croître à hauteur de 50% à partir de 2002.
Les régions qui sont le plus susceptibles de bénéficier de
cette autonomie fiscale accrue sont celles qui disposent de bases fiscales
dynamiques et importantes.
Selon Fitch, le système actuel présente les faiblesses suivantes :
- L'autonomie sur les taux des impôts d'état est faible bien que
les communautés puissent jouer sur les abattements et les
dégrèvements (ex: enfants à charge).
- La volatilité des impôts de flux pèsera sur les
communautés. En effet, l'IRPP est fortement lié au cycle
économique et la part des impôts indirects (sans autonomie)
augmente.
- Le remplacement des anciennes dotations par la quote-part d'impôts
d'état est calculé sur la seule base de 1999. On a mesuré
le produit (pro forma) des 33% de l'IRPP et des 35% de TVA sur l'assiette de
1999; soit X ce produit. On a compensé la différence entre X et
les dotations supprimées (base 1999) par une dotation nouvelle. Le
risque est que si 1999 était une année faste pour la
fiscalité, on minore la dotation de remplacement versée
dorénavant. Enfin, la collecte des impôts d'état reste
centralisée. »
Source : Nicolas Painvin (directeur du département Finances publiques
de l'Agence Fitch Rating)s, in Jean Arthuis, Fiscalité locale : quelles
pistes pour la réforme ?, rapport d'information du Sénat
n°289 (2002-2003)
2. L'imposition locale des entreprises
De
même, dans le cas de l'imposition locale des entreprises, plusieurs
réformes méritent d'être évoquées :
- en Allemagne, la « taxe professionnelle »,
précédemment assise sur les immobilisations et la masse
salariale, à l'instar de la taxe professionnelle française,
repose désormais sur les bénéfices ;
- en Italie, depuis 1998 les régions reçoivent les recettes d'une
taxe additionnelle à l'impôt sur le revenu, ainsi que l'IRAP
(impôt sur le revenu des activités productives), qui repose sur la
valeur ajoutée (cf. encadré ci-après).
La réforme de la fiscalité locale en Italie, selon Fitch
Ratings
« Jusqu'en 1997, 85% des revenus des régions italiennes
étaient constitués de transferts. A partir de 1998, cette
proportion a commencé à décroître rapidement au
profit des impôts dont la part dans les recettes totales est brusquement
passée de 12% à 45% ! Ce développement de la
fiscalité locale est la conséquence directe des lois «
Bassanini » et la loi sur le fédéralisme fiscal en 2000, qui
ont introduit des changements fiscaux majeurs pour les régions à
statut ordinaire.
Ces lois ont en effet créé, au profit des régions, une
taxe additionnelle à l'impôt sur le revenu (IRPEF : Imposta sul
Reditto delle Persone Fisiche) composée d'un taux fixe (0,9% en
2000) et d'un taux variable (dans la limite de 0,5% supplémentaire). Les
régions à statut ordinaire ont vu également leur part dans
la taxe sur les carburants augmenter et bénéficient de la
possibilité d'augmenter de 10% le tarif national de la taxe sur
l'équivalent de la carte grise.
Les régions reçoivent par ailleurs un impôt régional
sur l'activité productive (IRAP : Imposta Regionale sulle
Attività Produttive) qui a été créé en
1998. Son assiette est constituée de la valeur ajoutée nette hors
amortissement (salaires, charges financières et profits) sur les
entreprises, les commerces, les entreprises agricoles, les professions
libérales, l'Etat et les collectivités publiques. En 2001, les
régions avaient la possibilité d'augmenter le taux normal,
fixé à 4,25%, dans la limite de 1% (soit un taux maximum de 5,25%
) En 2001, le produit de l'IRAP était au total de EUR 25,6 milliards
soit environ un tiers des recettes réelles de fonctionnement des
régions. Celles-ci disposent par ailleurs de la faculté de fixer
des taux d'imposition différenciés selon les catégories
d'entreprises. A titre d'exemple, le Latium a choisi d'imposer plus lourdement
les grandes entreprises du secteur chimique.
Ce mouvement s'est poursuivi en 2001 avec la loi Amato qui a eu pour effet
d'accroître les pouvoirs fiscaux des régions, notamment celui de
créer et de percevoir leurs propres taxes. Cette loi a ouvert la voie
à une révision de la Constitution, confirmée par
referendum le 7 octobre 2001. Selon cette loi, les régions participent
dès lors au partage du produit fiscal perçu sur leur territoire
(pour l'instant à travers la TVA dont 38,5% va aux régions et qui
a remplacé en 2001 les transferts de l'état en matière de
santé). Avec la TVA, le gouvernement central institue un fonds de
péréquation pour les régions les plus démunies
(l'effet péréquatif est total en 2001 puis dégressif,
jusqu'à disparaître en 2013). Par ailleurs, la Commission
Régionale de Contrôle et le Commissaire, instances nommées
par le Premier ministre pour contrôler les activités des
régions, sont supprimées.
Aujourd'hui certaines incertitudes demeurent quant à l'application de
ces nouvelles règles. En effet, s'il semble que les régions aient
le droit d'augmenter sans limite la surtaxe sur le revenu des personnes
physiques, cette question ne fait pas l'unanimité. Par ailleurs, le
gouvernement Berlusconi, inquiet du non-respect de la promesse
électorale de baisse des impôts (l'état diminue ses
impôts mais les régions les augmentent) veut «congeler»
l'autonomie financière des régions. Enfin, la Constitution ne
détermine et ne garantit pas les ressources des régions, qui sont
déterminées par la Loi de Finances. L'Etat dispose donc en la
matière d'un pouvoir discrétionnaire (les régions
ordinaires ne sont pas représentées en tant que telles au
Parlement ou auprès du gouvernement).
En résumé, les régions italiennes ont
réalisé un véritable « bond en avant » en termes
d'autonomie fiscale et financière en passant d'un financement par le
biais de transferts à un financement majoritairement fiscal assorti de
la possibilité d'augmenter les taux et, depuis 2001, de créer
leurs propres taxes. La principale limite à l'autonomie
financière régionale qui tenait jusqu'en 2001 à l'absence
d'une véritable liberté en matière de dépenses --
très largement affectées au secteur de la santé -- a
désormais disparu. Mais les conditions d'acquisition de l'autonomie sont
loin d'être idéales car elles n'ont pas été
suffisamment programmées. Le transfert des compétences dans un
premier temps puis, dans un deuxième temps, des ressources a fait
apparaître des déséquilibres plus ou moins persistants.
Enfin, l'autonomie fiscale est obérée par une certaine «
incertitude du droit » illustrée par la surtaxe IRPEF qui n'a pas
été clairement interprétée et qui risque
aujourd'hui d'être « congelée » par l'Etat. Il est
également question d'abolir l'IRAP, jugé contre-productif
économiquement ; or l'IRAP est la principale ressource offrant une
autonomie. »
Source : Nicolas Painvin (directeur du département Finances publiques
de l'Agence Fitch Rating)s, in Jean Arthuis, Fiscalité locale : quelles
pistes pour la réforme ?, rapport d'information du Sénat
n°289 (2002-2003)
Comme le souligne l'OFCE, si ces assiettes (bénéfices ou valeur
ajoutée) apparaissent économiquement mieux fondées, elles
présentent cependant deux inconvénients : elles sont plus
difficilement localisables, et leurs recettes sont plus sensibles à la
conjoncture.
EXAMEN DU RAPPORT PAR LA COMMISSION DES FINANCES ET LA DÉLÉGATION POUR LA PLANIFICATION
A
l'occasion d'une réunion commune, la commission et la
délégation pour la planification ont entendu une
communication de M. Joël Bourdin, président de la
délégation pour la planification, et de M. Philippe
Marini, rapporteur général de la commission des finances, sur
les réformes fiscales intervenues dans les Etats européens au
cours des années 90.
M. Jean Arthuis, président, a souligné que, pour la
première fois, la commission des finances et la délégation
pour la planification se réunissaient de manière conjointe. Il a
précisé que la commission des finances avait déjà
publié deux rapports d'information sur la fiscalité en Europe,
respectivement en 1990 et en 1999, s'appuyant chacun sur une étude de
l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il a
ajouté que la présente étude, sur les réformes
fiscales intervenues dans les Etats européens au cours des années
90, que l'OFCE venait de remettre à la commission et à la
délégation pour la planification, était donc la
troisième réalisée sur ce thème pour le
Sénat, et s'est félicité de la qualité de cette
collaboration.
A titre liminaire, après avoir souligné l'imprécision de
la notion de prélèvements obligatoires, M. Joël Bourdin,
président de la délégation pour la planification, a
indiqué que ce taux s'était accru, en Europe, de 1,8 point de
PIB, seuls, deux Etats - l'Irlande et les Pays-Bas - l'ayant diminué. Il
a estimé que ce phénomène provenait du fait que certains
Etats du sud de l'Europe, en retard de développement, avaient
considérablement augmenté leur pression fiscale, et que les Etats
européens avaient dû réduire leurs déficits publics
afin de satisfaire aux critères de convergence fixés par le
traité sur l'Union européenne. Il a ajouté que la France
était, avec la Belgique, l'Etat dont le taux de
prélèvements obligatoires était le plus
élevé, à l'exception des Etats scandinaves.
M. Joël Bourdin, président de la délégation pour
la planification, a également considéré qu'aucun Etat
européen n'avait réalisé de réforme importante de
sa fiscalité, si l'on définissait l'expression
« réforme » comme recouvrant un ensemble de mesures
destinées à modifier sensiblement soit le niveau, soit
l'architecture des prélèvements obligatoires, dans le cadre de la
poursuite d'objectifs clairement énoncés.
Il a ajouté qu'un paradoxe était que l'augmentation du poids des
prélèvements obligatoires dans le PIB des Etats de l'Union
européenne s'était accompagnée d'une diminution des taux
légaux de prélèvement, aussi bien dans le cas de
l'impôt sur les sociétés que dans ceux de l'impôt sur
le revenu, voire de la taxe sur la valeur ajoutée, qui n'entrait pas
dans le champ de l'étude. Il a estimé que ce
phénomène provenait, d'une part, de la structure de la croissance
économique, et, d'autre part, de l'élargissement des bases
d'imposition.
Enfin, M. Joël Bourdin, président de la délégation
pour la planification, a estimé que les réductions de
cotisations sociales avaient, en France, pour objectif, moins de réduire
le coût du travail que de compenser la hausse de celui-ci,
suscitée par la réduction du temps de travail et les
augmentations du SMIC.
M. Philippe Marini, rapporteur général, a estimé
que la « globalisation » de l'économie rendait
d'autant plus nécessaire pour la France de pouvoir faire face, dans des
conditions favorables, à la concurrence fiscale de ses partenaires. Il a
jugé que le « benchmarking », ou
« étalonnage », réalisé par l'OFCE,
suggérait que la situation n'était pas favorable à la
France, que l'on considère le taux de prélèvements
obligatoires, la fiscalité du revenu, celle de l'épargne, celle
des entreprises ou celle du travail.
Il a indiqué que la France avait l'une des fiscalités les plus
lourdes de l'Union européenne, avec un taux de
prélèvements obligatoires de 45,5 % du PIB en 1999 et de 45 % du
PIB en 2001. Il a rappelé que, selon les simulations du Centre
d'observation économique (COE) de la chambre de commerce et d'industrie
de Paris réalisées pour la commission à l'occasion du
débat d'orientation budgétaire pour 2001, il avait
été établi qu'une diminution des
prélèvements obligatoires, compensée par une diminution
équivalente des dépenses publiques, pourrait être
bénéfique à la croissance, en particulier si cette
diminution concernait l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales.
Il a indiqué qu'une telle réforme avait été mise en
oeuvre aux Pays-Bas, où le taux de prélèvements
obligatoires avait baissé de 2,6 points de 1991 à 2001, revenant
de 41,8 % à 39,2 % du PIB, essentiellement du fait d'une baisse des
impôts directs sur les ménages (moins 4,8 points de PIB) et des
cotisations sociales (moins 0,8 point de PIB), la réduction
supérieure des dépenses publiques ayant permis, globalement, une
amélioration du solde public structurel.
M. Philippe Marini, rapporteur général, a
considéré que la fiscalité française était
également mal conçue. Il a affirmé que, sur la base du
critère du taux implicite de taxation des entreprises, la France
apparaissait comme le deuxième Etat le moins bien placé en
Europe. Il a également estimé que l'impôt sur le revenu
était, en France, à la fois parmi les moins productifs, et les
plus désincitatifs, son taux maximum figurant parmi les plus
élevés, et parmi ceux concernant la plus grande proportion de
ménages. Il a considéré que la fiscalité
française était également parmi les plus inadaptées
en ce qui concernait l'épargne, la surtaxation des revenus des actions
par rapport à ceux des obligations, qui existait dans la plupart des
Etats européens, étant, en France, particulièrement
marquée. Enfin, il a jugé qu'en France une part importante des
allégements spécifiques de cotisations sociales pouvait
être imputée, moins à un objectif de réduction du
coût du travail des actifs les moins qualifiés, qu'à la
nécessité de compenser le surcoût salarial
occasionné par la diminution de la durée du travail.
M. Philippe Marini, rapporteur général, a
considéré que l'harmonisation des fiscalités des Etats de
l'Union européenne était nécessaire, mais que, la
politique fiscale pouvant être considérée comme
l'expression de la souveraineté fiscale des Etats, la vitesse de cette
harmonisation en était nécessairement affectée. Il a
rappelé que, lors de son audition par la commission le 27 mai 2003, M.
Pedro Solbes, commissaire européen chargé des affaires
économiques et monétaires, avait indiqué que les mesures
en matière d'harmonisation fiscale ne devraient, selon lui, être
prises à la majorité qualifiée que dans le cas des
impositions indirectes affectant le marché intérieur. Il a
estimé que les aspects institutionnels de l'harmonisation fiscale
n'avaient pas été suffisamment abordés par la convention
sur l'avenir de l'Europe. Il a néanmoins salué l'adoption par le
Conseil « Ecofin », le 3 juin dernier, d'un
« paquet fiscal », comportant notamment une directive sur
la fiscalité de l'épargne, prévoyant d'instaurer un
échange d'informations entre administrations fiscales.
En conclusion, M. Philippe Marini, rapporteur général, a
souligné l'intérêt de travaux tel celui
réalisé par l'OFCE, et la nécessité, pour la
France, de réformer sa fiscalité afin que la concurrence fiscale
ne joue pas en sa défaveur.
Un large débat s'est alors engagé.
M. Jean Arthuis, président, a estimé que l'harmonisation
fiscale européenne était insuffisante. Il a en particulier
évoqué la récente suppression, par l'Italie, de ses droits
de mutation.
M. Jacques Oudin a considéré que la réduction du
taux de prélèvements obligatoires était difficile pour les
grands Etats, que certains prélèvements obligatoires
pourraient être utilement transformés en redevances, que
l'efficacité des administrations publiques devait être
améliorée, et que certaines dépenses publiques, comme
celles en matière d'infrastructures de transports, favorisaient le
développement économique.
M. Maurice Blin s'est interrogé sur la part de l'impôt sur
le revenu dans les ressources fiscales et s'est demandé si la
fiscalité française favorisait trop la demande par rapport
à l'offre. Il a considéré que l'importance des
dépenses relatives à la politique de l'emploi n'empêchait
pas la France d'avoir un taux de chômage élevé, et que la
fiscalité des Etats de l'Union européenne ne leur permettait pas
d'affronter la concurrence fiscale des Etats-Unis dans des conditions
favorables.
Evoquant le cas de distorsions économiques suscitées par les
différences entre les systèmes fiscaux français et
espagnol, M. Auguste Cazalet a fait état de son pessimisme quant
à la possibilité d'une réelle harmonisation fiscale entre
Etats européens.
M. Gérard Bailly, membre de la délégation pour la
planification, a estimé que les nouvelles charges des
collectivités territoriales, telles que l'allocation
personnalisée d'autonomie, allaient susciter une augmentation de leurs
prélèvements obligatoires, alors que le contexte
budgétaire incitait à une réduction des dotations et
subventions de l'Etat aux collectivités territoriales.
M. Jean Arthuis, président, a estimé que l'harmonisation
fiscale en Europe était très insuffisante. Il a
considéré que la France se caractérisait à la fois
par un taux de prélèvements obligatoires élevé et
par un solde public fortement déficitaire, et que la seule grande
réforme fiscale qu'elle avait réalisée ces
dernières années était l'instauration de la contribution
sociale généralisée (CSG). Il a en outre jugé que,
dans une économie globalisée, l'impôt permettant
d'affronter la concurrence fiscale dans les meilleures conditions était
celui sur la consommation, cette dernière n'étant pas
délocalisable.
En réponse aux différents intervenants, M. Joël Bourdin,
président de la délégation pour la planification, a
indiqué que quatre Etats avaient réduit leur taux de
prélèvements obligatoires de 1990 à 2000 (la Suède,
les Pays-Bas, l'Irlande et le Japon). Il a estimé que la proposition de
transformer certains prélèvements obligatoires en redevances
était intéressante, et que l'impact des différents types
d'investissement sur la croissance était difficile à
évaluer.
Continuant à répondre aux questions posées, M. Philippe
Marini, rapporteur général, a estimé que la
décentralisation était susceptible de réduire le taux de
prélèvements obligatoires. MM. Philippe Marini, rapporteur
général, Jean Arthuis, président, et Yann Gaillard,
ont déploré l'échec de la tentative de réforme
de l'administration fiscale menée par le précédent
gouvernement. M. Philippe Marini a indiqué que la part de
l'imposition du revenu dans le PIB était en France plus faible que dans
la plupart des autres Etats européens, et a estimé que la
fiscalité française était excessivement favorable à
la demande, et pas assez à l'offre. Dans le cas de l'impôt sur les
successions, il a renvoyé au récent rapport d'information
(n° 65, 2002-2003) réalisé par la commission sur
« la fiscalité des mutations à titre
gratuit ». Il a, enfin, estimé que l'éventualité
d'une augmentation du taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée ne
devait pas être écartée.
La commission et la délégation pour la planification ont
décidé de publier l'étude de l'OFCE,
précédée d'un texte de présentation, sous la
forme d'un rapport d'information commun à la commission et
à la délégation pour la planification.
ANNEXE :
ÉTUDE DE L'OFCE
« LES
RÉFORMES FISCALES EN EUROPE 1992-2001 »
Rapport pour le Sénat
Les réformes fiscales en Europe 1992-2001
Le 28 juin 2002
Les réformes fiscales en Europe 1992-2001
Introduction
par
Réjane Hugounenq, Jacques Le Cacheux et Henri Sterdyniak 157
Partie 1 : Fiscalité européenne, l'état des lieux
Chapitre
1 : Fiscalité européenne, l'état des lieux 175
par Réjane Hugounenq et Henri Sterdyniak
Partie 2 : Les objectifs des réformes fiscales
Chapitre 2. 1 : L'imposition des bénéfices 191
par Réjane Hugounenq
Chapitre 2. 2 : L'impôt sur le revenu 209
par Henri Sterdyniak et Paola Veroni
Chapitre 2. 3 : L'imposition des revenus du capital 237
par Réjane Hugounenq
Chapitre 2. 4 : Les mesures d'incitation au travail des personnes non
qualifiées 254
par Hélène Périvier
Chapitre 2. 5 : Les cotisations sociales 292
par Xavier Timbeau
Chapitre 2. 6 : La fiscalité locale 301
par Jacques Le Cacheux
Chapitre 2. 7 : La fiscalité écologique 311
par Jacques Le Cacheux
Partie 3 : Les réformes nationales
Chapitre 3.
1 : Les réformes fiscales en Allemagne 317
par Odile Chagny
Chapitre 3. 2 : Les réformes fiscales en France 334
par Gaël Dupont
Chapitre 3. 3 : Les réformes fiscales au Royaume-Uni 364
par Gaël Dupont et Catherine Mathieu
Chapitre 3. 4 : Les réformes fiscales en Italie 388
par Paola Veroni
Chapitre 3. 5 : Les réformes fiscales en Espagne 418
par Sabine Le Bayon
Chapitre 3. 6 : Les réformes fiscales aux Pays-Bas 436
par Odile Chagny
INTRODUCTION
Depuis
1992, la plupart des pays de l'Union européenne ont
procédé à de nombreuses modifications de leurs
législations fiscales, dont certaines, de par leur ampleur et leur
cohérence, méritent le nom de réformes fiscales.
Disparates, ces changements ont toutefois été influencés
par des situations macroéconomiques similaires ou des impératifs
communs : ainsi, de 1992 à 1997, la majorité des pays
européens ont-ils dû augmenter leurs impôts pour restaurer
la situation de leurs finances publiques et satisfaire aux critères
définis à Maastricht alors même que le ralentissement de
l'activité avait tendance à réduire les rentrées
fiscales ; de 1998 à 2001, au contraire, la croissance
retrouvée et la réduction des charges d'intérêt ont
permis des baisses sensibles de fiscalité39(*).
Les orientations des politiques économiques ont évolué :
dans de nombreux pays, la priorité est maintenant d'améliorer la
compétitivité et l'attractivité du site de production
national et de rétablir les incitations à travailler
plutôt que d'étendre la redistribution et les dépenses
publiques. Toutefois, la part des prélèvements obligatoires et
des dépenses publiques dans le PIB n'a, jusqu'à présent,
pas été sensiblement réduite et les principaux attributs
du « modèle social européen » n'ont, nulle
part, été sérieusement remis en cause. Aucun pays n'a
réalisé la Grande réforme, modifiant fortement le
niveau et la structure des prélèvements ; dans la plupart
des cas, les réformes sont restées ponctuelles, de sorte que leur
cohérence n'est guère visible.
Enfin, tous les pays sont confrontés à des défis
similaires : financer un niveau important de dépenses publiques
dans une situation de mondialisation croissante ; rendre la fiscalité
plus favorable à l'emploi et plus écologique ;
préparer l'alourdissement des dépenses de retraites. Toutefois,
des stratégies différentes apparaissent : certains pays
mettent l'accent sur la réduction des taux marginaux
élevés de prélèvements sur les hauts revenus ;
d'autres s'attachent à rendre rentable le travail pour les non
qualifiés ; certains réduisent les charges salariales pesant
sur les bas salaires. Des dispositifs originaux ont été mis en
place dans plusieurs pays, tels le Working Family Tax Credit au
Royaume-Uni, l'Imposition Régionale sur les Activités
Productives en Italie, la taxation cédulaire aux Pays-Bas, etc.
La réalisation du marché unique, au 1er janvier 1993
avait déjà été l'occasion d'une réflexion
sur les orientations fiscales dans l'UE et sur les possibilités de
l'harmonisation (Sterdyniak et alii, 1991). La préparation de
l'Union économique et monétaire, puis le passage à la
monnaie unique ont, à nouveau, obligé les pays à repenser
leur fiscalité. A priori, ils avaient le choix entre
l'harmonisation négociée et le libre jeu de la concurrence
fiscale. Faute d'accord et en raison des risques perçus comme plus
grands, l'attention a été portée sur les impôts
assis sur les facteurs les plus mobiles : impôts sur les
sociétés, impôts sur les revenus du capital des
ménages, impôts sur les contribuables les plus riches. Compte tenu
de la disparité des points de vue et des intérêts
nationaux, compte tenu de l'exigence d'unanimité en matière
fiscale pour des décisions communes à l'échelle
communautaire, l'harmonisation n'a pu aboutir à une situation
satisfaisante sur la plupart des dossiers. De grands choix n'ont pas
été faits au niveau européen : faut-il
généraliser ou supprimer l'avoir fiscal ? Quelle
fiscalité pour les groupes européens ? La plupart des
dossiers restent en chantier. Seul celui de la fiscalité des revenus du
capital semble progresser. Les réformes fiscales des années 1990
ont été conduites isolément par chaque pays, sans
stratégie européenne d'ensemble.
Ce rapport fait le point sur l'évolution des systèmes fiscaux des
principaux pays européens tout au long des années 1990 et sur la
situation actuelle, près de dix ans après la nouvelle
étape d'ouverture des frontières induite par le marché
unique. Il confronte les différentes expériences nationales
relatives aux domaines qui ont fait l'objet de préoccupations communes
tout au long de la décennie. Le premier est la lutte contre le
chômage et l'utilisation pour ce faire, de la fiscalité. De
nombreuses pistes ont été utilisées pour rendre les
systèmes fiscaux plus favorables à l'emploi : la
réduction des cotisations sociales, celles-ci étant
remplacées par un prélèvement sur l'ensemble des revenus
des ménages, par une taxe sur la valeur ajoutée ou par des taxes
écologiques ; la baisse des cotisations sociales concentrée
sur les bas salaires ; la mise en oeuvre de mécanismes proches de
l'impôt négatif pour réduire la désincitation au
travail des non qualifiés. Une deuxième préoccupation
concerne la taxation des entreprises multinationales dans un monde de plus en
plus globalisé. Faut-il appliquer la taxation à la source ou
à la résidence ? Comment rendre compatible l'autonomie
nationale en la matière et la nécessité d'une
cohérence européenne pour la taxation des entreprises
transnationales ? Des problèmes similaires se posent pour la
taxation des revenus du capital des ménages, la question de la taxation
des dividendes et de l'avoir fiscal faisant le pivot entre les deux
préoccupations. Une troisième préoccupation est celle de
la fiscalité écologique : les nouvelles contraintes
imposées par la nécessité de réduire les
consommations d'énergie, d'éviter les émissions de gaz
polluants peuvent-elles être prises en compte par une taxation
écologique ? Celle-ci fournit-elle un second dividende en
permettant de réduire la taxation portant sur le travail ou est-il vain
de prétendre courir deux lièvres à la fois ? Enfin,
à un niveau plus national, se pose la question de l'organisation de la
fiscalité locale. Peut-on concilier l'autonomie des collectivités
locales avec le souci de redistribution et d'égalité des citoyens
face aux services publics à l'échelle nationale ?
Le rapport évalue aussi les risques de concurrence fiscale et l'urgence
de l'harmonisation. Nous présenterons, sur ces points, les
récentes propositions de la Commission en matière d'harmonisation
fiscale. Mais, nous nous interrogerons également sur l'évolution
souhaitable du système fiscal européen. Comment créer un
cadre harmonisé permettant de préserver la liberté de
chaque pays de maîtriser le niveau de ses dépenses publiques et
son niveau de redistribution ?
L'évolution du taux de prélèvement obligatoire et des
structures fiscales
Les années 1990 ont été marquées par une succession
de réformes fiscales, plus ou moins ambitieuses, dans l'ensemble des
pays membres. Ceux-ci ont d'abord tous été confrontés
à la nécessité d'augmenter leur niveau de
prélèvements obligatoires (Partie 1 et tableau 1) pour faire face
à des situations financières relativement dégradées
et mettre un terme à la montée des déficits et des
endettements publics résultant de la faible croissance du début
des années 1980 et du début des années 1990. L'ouverture
des frontières en 1993 n'a pas affecté cette
évolution : contrairement aux effets attendus de l'ouverture des
frontières en l'absence d'harmonisation, non seulement les taux de
prélèvement n'ont pas diminué dans l'ensemble des pays
mais ont plutôt eu tendance à augmenter, même si le rythme
de croissance s'est infléchi au cours des années 1990 par rapport
à la décennie précédente : le montant des
recettes fiscales des pays de l'UE est ainsi passé de 38,9 % du PIB
en 1990 à 40,8 % en 2000 (graphique 1). Jusqu'à
présent donc, la concurrence fiscale n'a pas privé les pays
européens de ressources. Les pays du Sud en rattrapage (Grèce,
Portugal) ont augmenté massivement leur taux de
prélèvement obligatoire. Certains pays ont pu réduire le
leur grâce à une croissance vigoureuse (Irlande, Finlande) ou
à la réduction de leurs dépenses publiques (Danemark,
Pays-Bas, Suède).
Graphique 1 : Evolution des taux de prélèvement en pourcentage du PIB
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001
Globalement, les années 1990-2001 ont été une
période d'assainissement budgétaire, marquée par une
hausse des taux de prélèvement obligatoire, une
légère baisse du taux de dépense publique et une nette
amélioration des soldes publics courants, et un peu moindre des soldes
primaires (hors charges d'intérêt sur la dette publique) :
globalement, l'effort budgétaire (mesuré par l'évolution
du solde primaire) a représenté 2,5 points de PIB.
Les quinze pays membres peuvent être classés en trois
catégories : huit pays ont réussi à obtenir une nette
baisse du poids des dépenses publiques ; deux ont connu une forte
hausse des dépenses publiques, qui correspond en fait à un
rattrapage (Grèce, Portugal) ; la configuration moyenne --
stabilité ou légère hausse des dépenses, et nette
hausse des recettes -- se retrouve dans cinq pays, dont les plus grands
(Allemagne, France, Royaume-Uni, Belgique, Autriche). La tendance à la
convergence du niveau des dépenses persiste, mais reste lente.
Globalement, pour l'ensemble de l'UE 15, la croissance des dépenses
publiques a été de 1,6 % l'an de 1990 à 2001, en
terme réel (pour une croissance du PIB de 2 %).
Tableau 1 : Evolution des finances publiques de 1990 à 2001*
|
En points de PIB |
Recettes publiques |
Dépenses primaires |
Solde Primaire |
Intérêts |
Solde public |
|
Allemagne |
1,4 |
1,1 |
0,2 |
0,8 |
- 0,5 |
|
Autriche |
1,4 |
- 0,9 |
2,3 |
0,0 |
2,3 |
|
Belgique |
2,6 |
0,8 |
1,8 |
- 4,9 |
6,7 |
|
Danemark |
- 1,1 |
- 2,2 |
1,0 |
- 2,0 |
3,0 |
|
Espagne |
0,6 |
- 3,1 |
3,7 |
- 0,4 |
4,2 |
|
Finlande |
- 1,3 |
- 2,6 |
1,3 |
2,8 |
- 1,5 |
|
France |
1,9 |
0,8 |
1,1 |
0,5 |
0,6 |
|
Grèce |
19,7 |
6,2 |
13,5 |
- 2,2 |
15,7 |
|
Irlande |
- 3,9 |
- 4,1 |
0,2 |
- 5,8 |
6,0 |
|
Italie |
2,7 |
- 3,3 |
6,0 |
- 4,3 |
10,3 |
|
Luxembourg |
- 1,7 |
- 3,1 |
1,5 |
1,1 |
0,4 |
|
Pays-Bas |
- 1,3 |
- 6,5 |
5,1 |
2,6 |
2,5 |
|
Portugal |
4,3 |
6,0 |
- 1,6 |
- 4,9 |
3,3 |
|
Royaume-Uni |
2,0 |
- 0,2 |
2,1 |
- 0,5 |
2,6 |
|
Suède |
- 3,0 |
- 4,2 |
1,2 |
1,2 |
0,0 |
|
UE15 |
1,7 |
- 0,8 |
2,5 |
- 0,9 |
3,4 |
* Niveau
de 2001 moins niveau de 1990.
Source : OCDE, Perspectives économiques, décembre
2001.
La période d'assainissement budgétaire est-elle
achevée ? La réponse à cette question dépend
de l'appréciation que l'on peut porter sur la conjoncture
récente. L'Europe, avec un taux de chômage de 7,8 %
était-elle, en 2001, proche de son niveau de production potentielle,
comme l'écrivent l'OCDE et la Commission européenne, ou
disposait-elle encore de marges de croissance au-delà de son rythme
potentiel ? La réponse dépend aussi de l'objectif : un
solde public nul, ou même excédentaire pour préparer la
hausse des retraites ? Un solde primaire nul (ce qui correspond à
peu près à la stabilité de la dette publique par rapport
au PIB) ? En fait, douze pays avaient en 2001 un solde primaire positif de
plus de 2,5 points de PIB (dont sept dépassaient ou atteignaient un
excédent de 4 points) ; la France et le Portugal avaient des
excédents primaires de l'ordre de 1,5 point. Seule, l'Allemagne
était juste à l'équilibre primaire. Le solde primaire de
l'UE 15 est excédentaire de 2,3 points de PIB en 2001. Jugée
à l'aune de cet indicateur, la politique budgétaire a donc
largement retrouvé des marges de manoeuvre ; pourtant,
influencés par une interprétation rigoureuse du Pacte de
stabilité, la plupart des gouvernements européens, suivant la
Commission et la Banque centrale européenne, semblent
décidés à poursuivre dans la voie de la réduction
des dettes publiques.
Le maintien pendant les 5 années à venir d'une croissance
modérée des dépenses publiques (à 1,6 % l'an),
une croissance moyenne de l'ordre de 2,5 % l'an, une politique
monétaire prudente (égalisant le taux d'intérêt
réel au taux de croissance) permettraient d'avoir chaque année
une marge de manoeuvre supplémentaire de 0,45 point de PIB. Il serait
donc possible, soit de baisser le taux de prélèvement obligatoire
de 2,25 points en 5 ans, soit, en maintenant à son niveau le taux de
prélèvement obligatoire, d'aborder le début de la phase de
croissance des dépenses de retraites avec une marge d'environ 4,5
points.40(*)
La comparaison du poids moyen des différents impôts en 1990 et en
2000 ne montre guère de grands bouleversements durant la période
(tableau 2). Tous les impôts ont légèrement augmenté
en pourcentage du PIB, de façon pratiquement homothétique.
Toutefois, le poids des cotisations sociales a très
légèrement diminué (de 0,3 point de PIB), la baisse
provenant en grande partie de l'introduction de la CSG en France et de l'IRAP
en Italie. Cette évolution va dans le bon sens, celui d'alléger
la charge portant sur le travail, même si elle reste
modérée.
Tableau 2 : Poids des prélèvements obligatoires dans le PIB de l'UE (en %)
|
1990 |
2000 |
|
|
Impôts sur le revenu des ménages |
9,6 |
10,1 |
|
Impôts sur les sociétés |
2,7 |
3,0 |
|
Cotisations sociales |
12,8 |
12,5 |
|
Impôts sur le patrimoine |
1,8 |
2,4 |
|
Impôts sur les biens |
11,1 |
11,8 |
|
Total |
38,9 |
40,8 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Comparée aux Etats-Unis, l'UE se caractérise par le poids
important des cotisations sociales et des taxes portant sur les biens alors que
le poids de l'impôt sur le revenu des ménages y est moindre. Les
pays scandinaves font jouer un grand rôle à l'impôt sur le
revenu des ménages, alors qu'il reste peu important dans des pays du Sud
à structure fiscale relativement
« archaïque »41(*) (Portugal, Grèce, Espagne). Le poids de
l'impôt sur les sociétés est faible en Allemagne et en
Autriche ; il n'est particulièrement élevé qu'en
Finlande et au Luxembourg. Les cotisations sociales pèsent fortement sur
les salaires dans les pays bismarkiens (Autriche, France, Suède,
Pays-Bas) ; elles sont, en revanche, peu importantes au Danemark, en
Irlande, au Royaume-Uni. Les impôts sur les produits sont
particulièrement élevés au Danemark (où ils
compensent l'absence de cotisations employeurs). Globalement, deux facteurs
expliquent les diversités de structures fiscales : l'organisation
du système de protection sociale -- Bismarkien (dépenses
importantes financées par des cotisations assises sur les salaires),
scandinave (dépenses importantes financées par l'impôt) ou
anglo-saxon (dépenses publiques faibles) -- ; l'opposition entre
les systèmes modernes (fort poids de l'impôt sur le revenu) et les
systèmes archaïques (fort poids des impôts indirects).
En moyenne, un pays continental européen type se caractérise par
des dépenses publiques primaires représentant environ 45 %
du PIB, réparties entre 11 points pour les retraites ; 8 pour la
santé ; 3 pour le chômage ; 3 pour l'ensemble
famille-logement-pauvreté ; 6 pour le poste
éducation-culture ; 3 pour les subventions
économiques ; 8 pour les dépenses collectives ; 3
points de dépenses en capital. C'est l'importance des dépenses
publiques de retraite, santé, prestations de solidarité et
éducation qui différencie les pays continentaux du modèle
anglo-saxon. Aussi, toute baisse sensible du taux de prélèvement
obligatoire, qui suppose une baisse équivalente des dépenses
publiques, passe par une privatisation, sous une forme ou une autre, de
dépenses profitant directement aux ménages.
Dans les années à venir, le vieillissement de la population
devrait induire une nette hausse des dépenses de retraites et de
santé en Europe, alors que certaines économies pourront sans
doute être réalisées sur le poste chômage. Par
contre, la faiblesse de la fécondité dans la grande
majorité des pays européens ne rend ni souhaitable ni probable
des économies sur le poste famille. La plupart des pays devront donc
choisir entre une certaine hausse des taux de prélèvements
obligatoires et une certaine privatisation des systèmes de retraites et
de santé. La seconde stratégie pose cependant deux
problèmes : la stabilité des taux de
prélèvements obligatoires aurait comme contrepartie une hausse
des primes aux fonds de pensions, aux mutuelles et aux assurances
privées ; ces primes devraient être plus ou moins
obligatoires si l'on veut que toutes les personnes restent couvertes dans des
conditions satisfaisantes. Un système mixte -- assurance publique pour
les plus pauvres et assurances privées pour les couches moyennes et
supérieures -- permet certes de faire baisser comptablement le taux de
prélèvements obligatoires, mais ne résout pas le
problème puisque les couches moyennes devraient payer des impôts
pour les moins favorisés et des primes pour elles-mêmes. Par
ailleurs, la hausse des cotisations retraites pour financer celles des
prestations est plus acceptable pour les cotisants qu'une hausse de la
fiscalité générale dans la mesure où elle a une
contrepartie directe42(*).
Deux mesures devraient toutefois être mises en oeuvre pour éviter
l'alourdissement du coût du travail. D'une part, les hausses devraient
porter sur les cotisations salariés, de sorte que la
compétitivité des entreprises ne serait pas affectée
directement à court terme. D'autre part, l'assiette « masse
salariale » devrait être réservée aux seules
cotisations finançant des prestations contributives, liées au
salariat (retraite, chômage, accident du travail, prestations
maladie-maternité de remplacement), les autres prestations devant
être financées par l'impôt. C'est d'ailleurs ce genre de
réformes que l'Italie a mises en oeuvre par l'IRAP et la France par la
CSG.
Fondamentalement, l'Europe a le choix entre deux stratégies. La
première consiste à préserver le modèle social
européen, caractérisé par un niveau important de
transferts redistributifs et de dépenses publiques, en particulier de
protections sociales, et donc par un niveau important de
prélèvement obligatoire. Les revenus du travail et du capital
resteront soumis à des taux d'imposition élevés. En
contrepartie, les ménages bénéficieront de transferts
importants. Le système devra être préservé de la
concurrence fiscale par des mesures d'harmonisation interne en Europe et des
accords internationaux contre les pratiques déloyales de concurrence.
Surtout, il devra compter sur ses avantages comparatifs (éducation et
santé gratuites pour tous, infrastructures publiques, prestations
d'assurances). La seconde consiste, au contraire, à se diriger vers un
modèle plus libéral, où la privatisation des
dépenses sociales, permettra une baisse des taux d'imposition
censée inciter à l'emploi, à la formation, à
l'épargne, à l'investissement. La seconde stratégie
suppose que les Européens acceptent de vivre dans une
société plus inégalitaire.
Réduire les tranches supérieures du barème
Partant d'un haut niveau de taux de prélèvements obligatoires,
les Etats membres, confortés par le retour en force des thèses de
l'économie de l'offre et encouragés par les organismes
internationaux ont tenté de réformer leur système fiscal
pour en diminuer les effets désincitatifs qui, selon certains,
expliqueraient la différence de dynamisme entre l'économie
américaine et les économies européennes. De façon
générale, cela s'est traduit par une diminution des taux
marginaux d'imposition : les taux marginaux d'imposition sur le revenu
(ceux des tranches les plus élevées du barème) et le taux
de l'impôt sur les bénéfices des sociétés,
supposés désinciter, au travail et à
l'épargne pour le premier et à l'investissement
pour le second. De plus, les progrès de la mondialisation et la mise en
place du Marché unique sans harmonisation fiscale ont fait craindre que
des taux moyens élevés induisent l'évasion
des actifs à hauts revenus ou des individus à patrimoine
élevé et des grandes entreprises vers des pays plus
cléments fiscalement.
Selon la théorie microéconomique, la fiscalité est
désincitative dès lors qu'elle réduit la
rentabilité pour un individu de ses choix de comportement, notamment de
travail et d'épargne. La désincitation naissant de la baisse du
rendement marginal du travail ou de l'épargne, aucun impôt n'est
neutre, à l'exception de ceux assis sur les dotations initiales
(impôt forfaitaire, impôt assis sur des caractéristiques
innées, impôt sur les ressources naturelles). Les impôts les
plus redistributifs sont aussi les plus désincitatifs. Le
caractère désincitatif d'un impôt provient de son assiette
et de sa structure, c'est à dire de son taux marginal, et non de son
taux moyen. Les économistes qui insistent sur l'importance des effets
desincitatifs soulignent généralement l'impossibilité de
mettre en place des impôts neutres ; ils sont ainsi amenés
à préconiser la réduction des dépenses publiques et
des transferts redistributifs.
Les pays ont cependant essayé de compenser ces diminutions de taux par
l'élargissement de la base fiscale. Souvent, les tranches des
barèmes n'ont pas été indexées sur
l'évolution des revenus ; les possibilités
d'abattement ont été réduites ; les
possibilités de déduction des intérêts
versés, des primes d'assurance-vie ont été
supprimées. La taxation du revenu du capital des ménages a
été augmentée. Dans la mesure où ce sont les
contribuables les plus aisés qui bénéficiaient le plus de
possibilités des diverses formules d'abattement, l'élargissement
de la base a quelque peu compensé, du point de vue de la redistribution,
les effets de la baisse des taux marginaux les plus élevés.
Ces réformes auraient pu aboutir à une diminution des
impôts les plus à même de générer des
comportements de délocalisation. En fait, sur la décennie 1990,
la structure fiscale des différents pays a relativement peu
évolué. Les prélèvements sur assiette
d'activité (impôt sur le revenu, impôt sur les
sociétés) ont tous augmenté dans des proportions
similaires. Les compensations entre la baisse de taux et l'élargissement
de la base se sont effectuées dans la plupart des pays au sein de chaque
impôt.
Reste qu'à l'avenir, dans un monde de plus en plus globalisé, la
tension entre les objectifs d'incitation et de redistribution risque de
grandir. Les couches supérieures, les grandes gagnantes de la
mondialisation, auront plus de facilité pour choisir leur lieu de
travail et de taxation. Elles risquent de refuser de contribuer à l'aide
aux couches sociales frappées par ce processus. Les Etats risquent
d'être contraints de baisser fortement les taux marginaux
supérieurs, voire d'offrir aux plus riches des possibilités
d'évasion fiscale (comme les stock-options) alors même que
se creuserait l'écart entre leurs revenus et ceux de la masse de la
population. Il y aura de plus en plus une limite aux prélèvements
possibles sur les couches supérieures mondialisées de la
population. Les nations devront réduire leur ambition
social-démocrate ou la faire financer par les couches moyennes.
Aussi, est-il important que l'Europe maintienne une croissance vigoureuse pour
éradiquer le chômage de masse et éviter que persistent
durablement des zones de pauvreté de masse. Chaque pays devrait chercher
à réduire la fracture sociale le plus en amont possible (aide
à l'éducation dans les zones défavorisées,
incitation à la création d'emplois non qualifiés, lutte
contre les trappes à pauvreté). Pour que chaque
pays puisse gérer son arbitrage spécifique entre
redistribution et incitation, il serait souhaitable qu'aucune mesure ne
favorise spécifiquement le nomadisme fiscal43(*).
Taxer les revenus du capital
L'équité horizontale implique que les revenus du capital des
ménages soient taxés comme leurs revenus du travail. La
comparaison devrait porter sur des bases comparables : d'un
côté, la taxation des revenus réels (hors inflation) du
capital, de l'autre, la taxation des revenus du travail, hors cotisations
retraites et chômage qui ouvrent des droits et constituent donc des
salaires différés.
Toutefois, il est justifié que, pour des raisons de
justice sociale et pour inciter les contribuables à revenus modestes
à faire un certain effort d'épargne, l'épargne populaire
(un montant limité de capital placé dans des formules
spécifiques) bénéficie de la non imposition et que
l'épargne retraite (à sortie obligatoire en rente viagère)
ne soit pas soumise à la double taxation (et bénéficie
donc d'une exonération fiscale à l'entrée pour tous les
impôts ou cotisations auxquels les rentes seront soumises).
Malheureusement, se sont développées dans tous les pays de l'UE
des formules de taxation privilégiées des revenus
d'intérêt, à des taux libératoires,
inférieurs pour la quasi-totalité des épargnants
à leur taux d'imposition à l'impôt sur le revenu.
Par contre, les dividendes sont souvent taxés à
l'IR, avec restitution de l'IS versé par une formule d'avoir fiscal. Les
plus-values, qui représentent théoriquement la contrepartie des
profits non distribués, supportent généralement le seul
taux de l'IS ; elles sont parfois aussi taxées
spécifiquement. Au total, la taxation des revenus des actions
est généralement nettement plus forte que celle des
revenus d'intérêt, alors même que les pays européens
souhaitaient développer l'épargne à risque. Certaines
réformes récentes (en Allemagne, au Royaume-Uni)
créent une nouvelle incohérence : l'avoir fiscal est
supprimé, mais les dividendes sont imposés à l'IR
après réduction par un coefficient arbitraire. Les dividendes
sont moins imposés que naguère, mais restent plus imposés
que les revenus d'intérêt.
Enfin, certains pays ont développé des formules de placements non
imposés, qui favorisent certains intermédiaires financiers
(assurance-vie, placement à long terme), sans cohérence du point
de vue de l'équité fiscale.
Les Pays-Bas ont mis en place une réforme globale et ambitieuse :
le capital financier détenu est taxé à 1,2 % de sa
valeur, soit 30 % d'un taux de rentabilité fictif de 4 %.
Toute disparité entre les formes de placement est ainsi
éliminée (du moins si le système comporte un avoir fiscal
intégral). Il n'est pas nécessaire de distinguer la
rentabilité réelle et nominale ; les plus-values latentes et
réalisées. Par contre, la logique de l'impôt progressif est
perdue de vue : les revenus du travail et ceux du capital ne font pas
masse. L'impôt ne tient pas compte de la rentabilité effective des
placements. Les bénéficiaires de la réforme sont les
ménages les plus riches qui effectuent généralement des
placements plus risqués et plus rémunérateurs.
La situation actuelle de la fiscalité des revenus du capital en Europe
n'est guère satisfaisante. Il faudrait choisir clairement entre deux
structures. Le principe de soumission à l'impôt de tous les
revenus des ménages, y compris les revenus financiers, est le plus
satisfaisant du point de vue de l'équité, mais il est difficile
à mettre en oeuvre. La pratique d'un taux spécifique pour les
revenus du capital semble se généraliser. Si elle était
choisie, ce taux devrait être uniforme pour
tous les placements, s'appliquer aux plus-values et intégrer
l'impôt sur les bénéfices déjà payé
par les entreprises. Dans ce cas, le choix hollandais est une stratégie
intéressante.
Diminuer le coût du travail et inciter à l'emploi
Malgré de nombreux symptômes montrant l'insuffisance de la demande
en Europe de 1991 à 1996 (en particulier, la baisse de l'inflation), les
explications du chômage persistant en Europe se sont focalisées,
dans les milieux gouvernementaux et les organisations internationales, sur les
problèmes d'offre et en particulier sur le poids des charges sociales.
Les charges sociales ont été jugées responsables de
l'alourdissement général du coût du travail, donc d'un
manque de compétitivité ; couplées avec l'existence
de salaire minimum dans la plupart des pays européens, elles
seraient responsables d'un niveau trop élevé du
coût du travail non qualifié ; enfin, pesant sur les salaires
nets, elles les rabaisseraient à un niveau trop faible, ne les
écartant pas suffisamment des revenus de remplacement (prestations
chômage, revenu minimum), de sorte que les travailleurs non
qualifiés préféreraient bénéficier des
revenus de remplacement plutôt que de travailler et seraient donc
plongés dans une trappe à pauvreté.
Il convient cependant de relativiser ce discours. Le choix que font la
société ou les salariés pris collectivement entre salaires
directs et salaires différés n'a aucune raison a priori
d'augmenter le coût global du travail, du moins à moyen terme. Les
cotisations sociales financent des prestations, qui évitent aux
salariés d'avoir à supporter des dépenses d'assurances
maladie privées et des primes aux fonds de pensions.
L'élément redistributif, qui existe dans les systèmes
d'assurance universelle, bénéficie aux travailleurs les plus mal
payés et augmente donc leur salaire disponible à coût
salarial donné. Imaginons que dans un pays coexistent 100
travailleurs payés 100 et 100 travailleurs payés
200. Un système d'assurance privée où chacun doit
cotiser pour 15 est plus coûteux pour les plus mal
payés qu'un système d'assurance sociale où chacun verse
10 % de son salaire (10 pour les uns, 20 pour les autres).
Néanmoins, la stratégie d'allégement des
prélèvements sur les revenus salariaux mise en oeuvre a
comporté quatre éléments, d'importance variable selon les
pays.
La réduction de la croissance des dépenses de protection sociale
Les dépenses de protection sociale ont été gérées avec rigueur dans la plupart des pays de l'UE. Mais, globalement, elles sont passées de 25,5 % du PIB en 1990 à 27,6 % en 1999 ; soit une croissance moyenne de 2,4 % l'an, en terme réel par tête. Plusieurs pays (Suède, Italie, Royaume-Uni) ont adopté des dispositifs destinés à éviter la croissance des prestations publiques de retraites, mais ceux-ci ne jouent qu'à long terme. D'autres pays ont mis en oeuvre des politiques familiales ambitieuses pour enrayer leur déclin démographique. Enfin, les dépenses de santé ont progressé au taux de 2 % par an, en terme réel par tête. Les réformes drastiques sont apparues difficiles à mettre en oeuvre et peu populaires. Les perspectives démographiques en Europe ne permettront sans doute pas de ralentir substantiellement la croissance future de ces prestations.
La recherche de nouvelles ressources
A
prestations sociales données, il est possible de baisser les cotisations
sociales en dégageant d'autres sources de financement pour la
Sécurité sociale. Le financement par les cotisations
sociales se justifie pour les prestations retraites, chômage et les
autres prestations de remplacement, liées au salariat. Il ne se justifie
pas pour les prestations famille, solidarité et maladie (si leur
couverture est universelle). La part des cotisations dans le financement des
prestations est passée, pour l'ensemble de l'Union, de
67,1 % en 1990 à 60,6 % en 1999, soit 6,5 points de baisse
répartis entre 4,6 points de baisse pour les employeurs et 1,9 point
pour les salariés. Le mouvement a été
particulièrement sensible en Allemagne (baisse de 7 points, grâce
à la hausse de la fiscalité écologique), en France (baisse
de 13 points en raison de la CSG et des exonérations de cotisations
employeurs pour les bas salaires), en Italie (baisse de 12 points en raison de
la création de l'IRAP), au Portugal (baisse de 13 points).
Une telle politique a cependant ses limites. D'une part, il est souhaitable que
les cotisations réduites soient remplacées par une ressource
autonome, stable et pérenne et non par des subventions
discrétionnaires qui mettent en péril la fiabilité du
financement. D'autre part, remplacer des cotisations par un impôt sur les
revenus des ménages ne diminue la charge portant sur les actifs que si
ce nouvel impôt frappe les revenus non liés à
l'activité, c'est-à-dire les revenus du capital et
éventuellement les revenus sociaux des ménages. Or, il
devient difficile d'alourdir la charge portant sur les revenus du capital
financier (compte tenu du niveau atteint et du manque d'harmonisation fiscale
dans l'UEM) et les revenus sociaux (famille, chômage) sont souvent
déjà faibles ou gérés avec rigueur (retraite).
Pour un pays en situation de chômage de masse, changer l'assiette des
cotisations employeurs pour passer d'une assiette
« salaires » à une assiette « valeur
ajoutée » a l'avantage d'inciter les entreprises à
utiliser plus de main-d'oeuvre et moins de machines et de favoriser les
entreprises de main-d'oeuvre. Seule l'Italie a mis en oeuvre cette
réforme. La France l'a mise à l'étude, puis y a
renoncé de crainte qu'une telle mesure ne frappe trop les secteurs les
plus capitalistiques44(*).
Une baisse ciblée des cotisations employeurs
Réduire spécifiquement les cotisations employeurs sur
les plus bas salaires peut être justifié par trois arguments :
En sens inverse, les allègements bas salaires sont peu utiles si le
chômage est essentiellement dû à une demande insuffisante,
si les possibilités de substitution entre travail qualifié et
travail non qualifié sont faibles, si le chômage frappe toutes les
catégories de salariés, et si le taux de chômage plus fort
des non qualifiés s'explique par le fait qu'en situation de sous-emploi
généralisé, les actifs diplômés occupent des
postes pour lesquels ils sont surqualifiés.
Une cause essentielle du chômage en Europe est le niveau du salaire
minimum (et du revenu minimum) qui empêche une baisse suffisante du
salaire des non qualifiés. De nombreux travailleurs non qualifiés
ont une productivité du travail inférieure au coût du
salaire minimum charges comprises et ne seraient employables que si ce
coût était diminué. La baisse des cotisations sociales
employeurs est socialement préférable à la baisse du
salaire minimum, puisque le niveau de vie des travailleurs non qualifiés
n'est pas affecté.
Une mesure ciblée est plus efficace en termes d'emplois gagnés
à coût budgétaire donné qu'une mesure globale. Il
coûte moins cher de réduire de 10 % le coût d'un
salarié à bas salaire que le coût d'un cadre.
Durant la décennie 1990, ce type de mesures a été mis en
oeuvre de façon importante pour les travailleurs à bas salaires
en Belgique, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Elle aurait
réussi à y stopper la baisse continuelle du nombre d'emplois non
qualifiés, mais semble avoir aussi encouragé l'extension des
emplois à temps partiel.
Elle fait courir deux risques. Si elle est peu efficace, elle crée peu
d'emplois et doit être financée : un financement par hausse
des impôts portant sur les ménages peut entraîner une baisse
de la demande et augmenter le chômage keynésien. Les entreprises
sont incitées à créer des emplois non qualifiés (ce
qui est nuisible si le degré de qualification de la population active
tend à augmenter) et à refuser toute hausse de salaire et toute
évolution de carrière pour les salariés qui occupent ces
emplois, puisque la hausse de leur salaire, qui fait perdre les
allègements de cotisations, est très coûteuse : c'est
la trappe à bas salaires.
En tout état de cause, cette mesure est théoriquement plus
efficace pour créer des emplois non qualifiés, que la
baisse de la TVA sur certains services à forte intensité
en main-d'oeuvre, qui a été autorisée par le Conseil
européen et mise en oeuvre par la plupart des pays européens,
mesure qui a le défaut de ne s'appliquer qu'à certains secteurs
et de favoriser toutes les entreprises de ces secteurs
indépendamment de leur choix de techniques de production.
Une hausse ciblée des revenus des travailleurs non qualifiés
Dans les
années 1990, suivant l'exemple américain, l'accent a
été mis sur les problèmes d'incitation au travail des
travailleurs non qualifiés. Le développement du chômage de
masse et de la pauvreté a fait que de nombreux travailleurs n'ont
trouvé d'autre solution que d'accepter des emplois à mi-temps
rémunérés au salaire minimum. Ce genre d'emploi ne leur
permettait pas d'obtenir un niveau de vie supérieur à celui que
la société jugeait nécessaire d'offrir aux personnes sans
emploi, tout particulièrement s'agissant de personnes avec charge
d'enfants. Alors que le plus souvent, c'est le manque d'emplois disponibles qui
les empêche de travailler ; alors que l'urgence aurait dû
être de leur offrir des emplois à temps plein avec un salaire leur
permettant d'éviter la pauvreté (et d'ailleurs la
stratégie de baisse des cotisations employeurs allait dans ce sens et
elle aurait été d'autant plus efficace qu'elle aurait
été combinée avec une politique de croissance, qui aurait
aspiré vers le haut des travailleurs qualifiés qui avaient
dû se résigner à accepter des emplois peu
qualifiés), un certain consensus s'est fait pour mettre en cause la
générosité du système de protection sociale, qui
serait responsable du manque d'incitation de ces personnes à travailler.
Pourtant, il n'y a guère de preuves empiriques qu'il existe un vaste
stock d'emplois vacants disponibles pour des travailleurs non qualifiés
qui préféreraient vivre de ressources d'assistance.
Ce diagnostic aurait pu induire des stratégies de diminution des minima
sociaux. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Certes, les minima sociaux ont
été gérés avec rigueur, mais les réformes
principales ont surtout consisté à offrir des prestations
supplémentaires aux travailleurs non qualifiés pour creuser
l'écart de leur niveau de vie avec celui des bénéficiaires
des prestations d'assistances. La plupart des pays ont réformé
leur barème de l'impôt en augmentant le seuil d'imposition et en
réduisant le taux le plus bas. Certains ont instauré des
crédits d'impôt remboursables aux travailleurs à faibles
ressources dont la logique se rapproche de celle de l'impôt
négatif. Le Royaume-Uni a montré la voie à
l'utilisation de ce principe déjà largement pratiqué aux
Etats-Unis. La France, la Belgique et les Pays-Bas ont suivi le mouvement. La
France a également modifié les règles d'attribution de
certaines prestations pour éviter les effets de seuil. Néanmoins,
l'ampleur et l'ambition de ces réformes sont restées modestes au
regard des mécanismes mis en place dans les pays anglo-saxons,
l'efficacité de ce type de mécanisme dépendant
largement de la situation et des modes de régulation du
marché du travail, sensiblement différents en France et en
Belgique (en situation de chômage de masse) et dans les pays anglo-saxons
(plus proches du plein emploi).
Même si le diagnostic est contestable, ces mesures ont l'avantage
d'augmenter quelque peu le revenu disponible des familles de travailleurs
pauvres. Elles ont par contre le défaut de compliquer encore le
système fiscal, la plupart des pays n'ayant pas choisi une mesure simple
(une baisse des cotisations sociales pour les salariés mal
rémunérés), mais une mesure fiscale (qui tient compte de
la situation familiale) de sorte que la mesure est à la fois une mesure
d'incitation à l'emploi et une mesure de lutte contre la
pauvreté. Dans ce dernier rôle, elle est bizarrement conçue
puisque la prestation augmente d'abord d'un revenu d'activité nul
à un revenu d'activité correspondant à un plein emploi au
salaire minimum (pour inciter à l'emploi) puis décroît pour
des salaires plus élevés.
Une mesure plus large et plus simple, comme une Allocation compensatrice de
revenu, aurait sans doute permis de mieux jouer les deux rôles
simultanément. Elle aurait été maximale pour un revenu
d'activité nul, puis aurait décrû linéairement de
sorte que sur 100 euros de revenus supplémentaires 50 seraient
restés au travailleur. Aucun pays ne s'est vraiment engagé dans
cette voie. Le point délicat est qu'une telle allocation subventionne,
et donc rend acceptable, des situations d'emplois à temps partiel. En
sens inverse, on peut penser que le développement des emplois à
mi-temps doit être enrayé, que ceux-ci doivent être
réservés à des cas particuliers (étudiants,
travailleurs seniors, parents d'enfants en bas âge) et que l'objectif
doit être de permettre à chacun de trouver un emploi à
temps plein45(*).
La coexistence dans de nombreux pays d'un mécanisme de salaire minimum,
d'exonération de cotisations employeurs et de crédit
d'impôt pour les bas salaires permet aux pouvoirs publics de gérer
à la fois, et de manière quasi indépendante, le coût
du travail et le niveau de vie des travailleurs non qualifiés. En sens
inverse, le risque existe de créer une catégorie
particulière d'emplois coupés du reste des salariés,
victimes de la trappe à bas salaires, à temps de travail
réduit et flexible, et sans perspective de carrière.
La fiscalité écologique
Bien que
les préoccupations environnementales aient considérablement
progressé dans les opinions publiques européennes, l'instauration
puis la montée en puissance des taxes écologiques ou
écotaxes, ont été relativement tardives et leur poids
demeurent modestes. Certes tous les pays prélèvent depuis
longtemps des taxes spécifiques sur les consommations de certains
produits à l'origine d'émissions polluantes, au premier rang
desquels figurent les carburants à base d'hydrocarbures fossiles. Ces
droits d'accise ont été sensiblement alourdis au cours de la
décennie passée dans tous les pays européens pour inciter
aux économies d'énergie et limiter l'augmentation des
émissions polluantes. Mais, face à la hausse des cours du
pétrole en 1999-2000, le souci d'en limiter les conséquences
inflationnistes et, dans de nombreux pays, de répondre au
mécontentement populaire et des professions directement
concernées par l'augmentation des prix des carburants a incité
certains gouvernements européens à alléger un peu la
pression fiscale sur ces assiettes et, dans le cas de la France, à
mettre en place un dispositif de lissage.
Les écotaxes proprement dites, c'est-à-dire les taxes
générales sur les activités polluantes, n'ont
commencé à jouer un rôle notable que très
récemment, et dans un nombre limité de pays européens,
à commencer par les Pays-Bas. Ce type d'instruments répond
à la logique du « double dividende » : d'une
part, la taxation de l'usage de produits à l'origine d'émissions
polluantes -- et notamment de gaz à effets de serre, pour la
réduction desquels l'UE s'est engagée, en signant le Protocole de
Kyoto, et de polluants des nappes phréatiques, comme les nitrates et les
pesticides d'origine agricole -- incite leurs utilisateurs à en
réduire les quantités, selon le principe pigouvien de taxation du
pollueur ; d'autre part le surcroît de recettes ainsi procuré
permet de réduire, en compensation, d'autres prélèvements,
notamment d'alléger les charges sociales pesant sur les salaires. C'est
ainsi que plusieurs pays, dont l'Allemagne, ont entrepris de substituer des
écotaxes, dont le taux et le champ d'application font l'objet d'une
montée en puissance progressive et programmée, à des
cotisations sociales.
En dépit des avantages de ces prélèvements, leur
généralisation se heurte à de nombreuses
résistances et à des obstacles indéniables. Les
prélèvements sur les carburants sont, dans la plupart des pays,
déjà à des niveaux élevés et impopulaires,
ce qui rend les alourdissements plus difficiles politiquement. En outre, les
activités productives directement affectées par les taxes
générales sur les activités polluantes cherchent -- et
parviennent généralement -- à obtenir des
exonérations ou des allégements, de sorte que l'efficacité
du dispositif et son rendement sont faibles et souvent au prix d'une
complexité élevée. Enfin, ces écotaxes
pèsent sur les coûts moyens de production des activités les
plus polluantes, ce qui nuit à leur compétitivité et
risque d'entraîner leur délocalisation. Ces difficultés
peuvent être en partie résolues, ou du moins
atténuées, par des mécanismes de compensation, puisque
c'est l'alourdissement du coût marginal de l'usage des produits
visés qui doit inciter à en limiter la demande. Mais ces
compensations ne peuvent être complètes, sauf à introduire
des procédures lourdes et complexes d'évaluation des
coûts ; et les compensations globales, comme celles auxquelles
aboutissent les allégements de charges sociales par exemple, engendrent
inévitablement une redistribution du poids des
prélèvements entre les producteurs. Dans ces conditions, des
progrès ultérieurs dans la généralisation des
écotaxes sont peu probables aussi longtemps que la stratégie de
lutte contre les pollutions n'aura pas fait l'objet de choix clairs et que la
l'harmonisation européenne n'aura pas permis d'en limiter les effets en
termes de compétitivité.
La fiscalité locale
Presque
tous les pays européens ont, au cours de la décennie
passée, élargi les compétences de leurs
collectivités territoriales en matière de dépenses. Ce
mouvement de décentralisation, plus ou moins marqué selon les
pays, n'a toutefois pas été reflété partout dans un
accroissement du poids de la fiscalité locale au sens strict, ce qui
montre que les réponses apportées aux exigences d'autonomie
financière des collectivités locales varient
considérablement selon les pays46(*).
L'une des difficultés majeures en matière de fiscalité
locale provient du conflit inévitable qui existe entre l'autonomie
locale, qui engendre nécessairement la diversité, et les
objectifs nationaux de la politique fiscale, qu'il s'agisse de justice sociale
et de redistribution ou de choix de politique économique, tel que
l'allégement des prélèvements sur les salaires. A cela
s'ajoutent les problèmes spécifiques que posent la
mobilité des assiettes fiscales à l'échelle de
découpages territoriaux qui, dans certains pays, dont la France, peuvent
être très fins : la concurrence fiscale est sans doute plus
vive entre collectivités locales d'une même agglomération
ou bassin d'emploi qu'entre pays.
Dans la plupart des pays européens où des responsabilités
importantes sont confiées aux collectivités locales, aux
communautés autonomes (Espagne) ou aux Etats
fédérés (Allemagne, Autriche, Belgique) en matière
de dépenses publiques, notamment d'investissement, de santé et
d'éducation, la modalité dominante de financement est le partage,
selon des clés prédéfinies, des recettes d'impôts
nationaux à fort rendement, tels que la TVA ou l'impôt sur le
revenu des personnes. Cependant, dans la presque totalité des pays
européens, les collectivités locales prélèvent
également des impôts sur les assiettes peu mobiles, notamment des
impôts fonciers. L'imposition locale des entreprises continue
d'être pratiquée dans une minorité de pays membres,
même si son assiette a été, presque partout, sensiblement
remaniée pour éviter les problèmes de concurrence fiscale
ou des conflits avec les objectifs nationaux de la politique fiscale -- comme
c'est le cas avec la suppression de la part salariale de l'assiette de taxe
professionnelle en France ou des réformes de l'impôt local sur les
entreprises en Allemagne et en Italie. Le mouvement de regroupement communal
lancé en France depuis les lois Voynet et Chevènement, la
généralisation de la taxe professionnelle de zone qui
l'accompagne, n'ont pas d'équivalent ailleurs en Europe, où les
problèmes de structures et d'empilement sont généralement
moindres et ont souvent été réglés depuis longtemps.
Les transferts en provenance du budget central représentent, dans de
nombreux pays, une source importante de financement des dépenses
publiques locales. Ils ont l'avantage de permettre une
péréquation des ressources entre collectivités. Celle-ci
est le préalable indispensable à une décentralisation
audacieuse des compétences et à l'autonomie des
collectivités locales en matière de taux de
prélèvement sur les assiettes qui leur sont octroyées.
Faute d'une péréquation financière suffisante, en effet,
les disparités de prélèvements sur les ménages ou
les écarts de services publics locaux qui leur sont offerts apparaissent
particulièrement injustes, tandis que les écarts de
prélèvements sur les activités productives engendrent des
phénomènes cumulatifs de concentration spatiale et de
désertification. Si les transferts compensent la quasi-totalité
des disparités de potentiel fiscal ex ante des
collectivités locales, une décentralisation poussée peut
être compatible avec le maintien de l'équité sur l'ensemble
du territoire national..
Un modèle fiscal européen ?
Dans chaque pays, la structure et le poids du système fiscal
reflètent des choix économiques, sociaux et politiques
effectués par la collectivité nationale ; ce sont les
résultats des circonstances historiques ayant prévalu lors de sa
construction et à chaque étape de son évolution. Chaque
Etat membre de l'UE présente des spécificités ; c'est
en ordre fiscal dispersé que les pays se sont présentés au
début des années 1990, au départ de la construction du
Marché unique et de l'UEM. Une plus grande ouverture des
frontières dans une situation caractérisée par un
assemblage non organisé de systèmes fiscaux différents est
susceptible de générer des mouvements de personnes et de capitaux
physiques et financiers motivés par des considérations fiscales.
Ces mouvements peuvent réduire la capacité des Etats membres
à organiser la redistribution et à financer leurs dépenses
publiques. Ils peuvent générer aussi une ré-allocation non
efficace des ressources. Sont concernés principalement le comportement
migratoire des entreprises et des actifs hautement
rémunérés et la circulation du capital physique ou
financier. Certes, la Commission et le Conseil ont avant même l'ouverture
de 1993, et tout au long de la décennie, élaboré un
certain nombre de directives (par exemple les directives TVA) visant à
éviter les cas les plus flagrants de non-neutralité fiscale.
Malgré cela, la construction fiscale européenne reste encore
largement en chantier. Les décisions qui seront prises dans la prochaine
décennie auront de fait une influence considérable sur le devenir
de l'Europe fiscale.
En la matière, le principe de subsidiarité continue à
prévaloir. Il ne s'agit pas, dans l'état actuel des choses, et
tant que les citoyens n'auront pas décidé de passer à une
Europe fédérale, d'organiser une fiscalité unifiée
à l'échelle européenne. Chaque pays reste libre de son
niveau de dépenses publiques, donc de recettes fiscales ; de son
degré de redistribution entre ses résidents ; de l'organisation
de son système de protection sociale. Cependant, certaines
décisions seront plus efficaces si elles sont prises à
l'échelle européenne ; par ailleurs, la liberté doit
être organisée. Ce doit être l'objectif de l'harmonisation
fiscale que de permettre aux pays de pouvoir jouir des degrés de
liberté nécessaire. Reste que l'Europe fiscale devra vivre
longtemps dans une tension entre le désir d'autonomie de chaque pays,
son souci de maintenir son droit à décider de sa politique
fiscale, de garder sa liberté d'innover et la nécessité de
l'harmonisation47(*).
Le projet de directive sur la taxation des revenus de l'épargne va dans
le bon sens. Reconnaissant le principe de résidence, il permet à
chaque pays d'appliquer la fiscalité de son choix sur les revenus de ses
résidents en organisant les circuits d'information nécessaire.
La taxation des revenus des ménages peut pour le reste demeurer purement
nationale. Restent deux points délicats. Il faut éviter des
pratiques de concurrence fiscale dommageables et contraire au principe de
résidence, par exemple que certains pays accordent des régimes
dérogatoires aux résidents de fraîche date, ayant des
revenus d'origine étrangère. L'exode fiscal demeurera certes
possible pour les individus à patrimoines élevés ou les
actifs à très forts revenus, mais devrait rester limité,
compte tenu des coûts induits par l'obligation de changer durablement de
pays de résidence. Toutefois, sa possibilité obligera sans doute
les pays à limiter quelque peu la taxation des plus hauts revenus et
patrimoines. L'instauration d'un taux supérieur minimal est, de toute
évidence, impossible en Europe actuellement, mais les pays devraient
s'accorder sur la nécessité de lutter contre les paradis fiscaux
extra-communautaires.
La protection sociale doit, elle aussi, rester purement nationale, tant que la
vie sociale, les organisations syndicales et les négociations sociales
restent organisées à l'échelon national. La
disparité des systèmes est aujourd'hui extrême en
matière de retraite, de prestations chômage, d'assurance-maladie.
Le risque est que, sous prétexte de liberté de concurrence et
d'établissement, les assurances privées n'obtiennent le droit de
concurrencer les systèmes publics à composante redistributive.
Aussi, les pays concernés devraient-ils clairement déclarer que
les régimes d'assurance sociale qui ont des objectifs sociaux ou de
redistribution sont obligatoires et échappent au principe de la libre
concurrence. En même temps, chaque pays a la responsabilité propre
de mettre en place un système suffisamment attractif pour être
compétitif à l'échelle européenne tout en restant
suffisamment redistributif. Bien sûr, la tâche sera
facilitée si des normes sociales sont définies à
l'échelle européenne : revenu minimal, minimum vieillesse,
retraite minimale, prestations familiales (tous quatre en pourcentage du revenu
moyen dans chaque pays), couverture maladie de base universelle. Mais c'est un
choix politique que de décider si ces exigences font partie du
modèle européen48(*).
Théoriquement, chaque pays peut décider de sa propre
fiscalité écologique et utiliser les fonds ainsi
dégagés pour réduire la charge portant sur le travail.
Mais une stratégie purement nationale trouve vite ses limites : il
est difficile d'augmenter la charge portant sur un secteur industriel
donné si ses concurrents ne subissent pas les mêmes contraintes.
De plus, les effets favorables sont diffus. Aussi, peut-on penser que c'est un
domaine où la stratégie doit rapidement devenir communautaire. En
sens inverse, ceci ne favorise pas la prise de conscience nationale de la
nécessité d'agir. La fiscalité écologique
apparaît comme une contrainte bruxelloise, que les gouvernements
abandonnent vite face aux lobbies sectoriels.
Le cas le plus délicat est celui de l'impôt sur les
sociétés. Une assiette commune serait nécessaire, mais les
pays veulent garder le droit de mettre en oeuvre des mesures spécifiques
(aide à l'investissement, à la recherche-développement,
à l'innovation, etc.). La Commission a pris le parti de ne juger comme
réellement préjudiciable que les régimes fiscaux ayant un
caractère dérogatoire. Elle s'est refusée à imposer
un taux minimal49(*). Le
démantèlement complet des régimes dérogatoires
serait déjà un progrès important. Le refus d'uniformiser
les taux d'imposition ne laisse comme stratégie d'harmonisation
disponible que le principe de l'imposition à la source50(*). Chaque entreprise doit payer
l'impôt sur les sociétés sur les profits
réalisés dans chacun des pays où elle exerce son
activité. Sinon, le principe d'imposition à la résidence
induirait une concurrence fiscale destructrice, chaque entreprise pouvant
déplacer son siège social dans le pays le moins taxant. De plus,
un accord entre les pays membres est nécessaire sur les principes de
taxation des dividendes, en particulier sur l'avoir fiscal. Sinon,
l'unification du marché financier européen serait
entravée, les ménages des pays membres devant faire leurs choix
d'investissements en Bourse en fonction de considérations fiscales.
L'accord pourrait comporter la généralisation du système
de l'avoir fiscal, chaque pays pourrait alors choisir librement la taxation des
dividendes reçus par ses résidents selon le principe de
subsidiarité et la neutralité de l'imposition vis-à-vis du
choix du pays d'investissement serait assurée. En sens inverse, il
pourrait comporter la suppression de l'avoir fiscal, mais la neutralité
vis-à-vis du pays d'investissement ne serait pas assurée.
Malheureusement, il n'existe pas de solutions simples, ni dans le domaine de la
réforme fiscale, ni dans celui de l'harmonisation. Il n'y a pas de
grande réforme fiscale, mais des retouches qui cherchent à
améliorer l'équité et le fonctionnement de
l'économie, qui souvent compliquent au lieu de simplifier.
Jusqu'à présent, les pays européens semblent avoir
réussi à préserver le niveau de redistribution et de
dépenses publiques qu'ils souhaitaient. Par ailleurs, l'Europe fiscale
devra vivre longtemps dans cette contradiction entre des marchés du
capital et des biens qui s'unifient rapidement, des fiscalités (et plus
généralement des structures budgétaires, sociales et
politiques) qui restent nationales. Ceci rend difficiles les grands
progrès.
Références bibliographiques
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réformes des systèmes de retraite en Europe », Revue
de l'OFCE, n° 78, juillet.
COMMISSION EUROPÉENNE, 2002 : Company Taxation in the Internal
Market, Luxembourg, Journaux officiels des CE.
DAFFLON B., éd., 2002 : Local Public Finance in Europe.
Balancing the Budget and Controlling Debt, « Studies in Fiscal
Federalism and State-Local Finance », collection dirigée par
Wallace Oates, Edward Elgar.
DEXIA-CREDIT LOCAL DE FRANCE, 2002 : Les finances locales dans les
quinze pays de l'Union européenne, 2° édition, Paris,
Bruxelles, Dexia.
DUPONT G., J. LE CACHEUX, H. STERDYNIAK et V. TOUZÉ, 2000 :
« La réforme fiscale en France. Bilan et
perspectives », Revue de l'OFCE, n° 75, octobre.
DUPONT G. et H. STERDYNIAK, 2000 : Quel avenir pour nos
retraites ?, Collection Repères, La Découverte.
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l'emploi : un instrument ambigu », Lettre de l'OFCE,
n° 203, février.
HUGOUNENQ R., J. LE CACHEUX et T. MADIÈS, 1999 :
« Diversité des fiscalités européennes et
risques de concurrence fiscale en Europe », Revue de l'OFCE,
n° 70, juillet.
FITOUSSI J. et J. LE CACHEUX, éds., 2002 : Rapport sur
l'état de l'Union européenne 2002, Fayard et Presses de
Sciences Po.
LE CACHEUX J., 1997 : « Les réformes fiscales dans
les pays de l'OCDE : Une décennie d'expériences »,
Revue française de finances publiques, octobre.
LE CACHEUX J., 2000 : « Les dangers de la concurrence
fiscale et sociale en Europe », Les Rapports du Conseil d'analyse
économique, n° 27, octobre, La Documentation française.
MARINI P.,(Rapporteur général), 1999 : « La
concurrence fiscale en Europe: une contribution au débat »,
Les Rapports du Sénat, n° 483, juillet.
STERDYNIAK H., M.-H. BLONDE, G. CORNILLEAU, J. LE CACHEUX et J. LE DEM,
1991 : Vers une fiscalité européenne, Paris :
Economica.
STERDYNIAK H. et P. VILLA, 1998 « Pour une réforme du
financement de la Sécurité sociale», Revue de l'OFCE,
n° 67, octobre.
Chapitre
I : Fiscalité européenne, l'état des lieux
Réjane Hugounenq et Henri Sterdyniak
Les pays
de l'Union européenne sont caractérisés par des taux de
prélèvement obligatoire élevés, 40,8 % en
moyenne, supérieurs de plus de 10 points aux niveaux japonais et
américain. La mondialisation n'a jusqu'à présent pas
privé les pays européens de ressources. Au sein de l'UE, les pays
dont le TPO est le plus élevé sont la Suède, le Danemark,
la Finlande, la Belgique et la France. A l'autre extrémité du
spectre se trouvent le Royaume-Uni, l'Irlande et les pays du Sud (Espagne,
Grèce, Portugal). Les différences de TPO reflètent
essentiellement les choix du montant des dépenses collectives
(éducation, santé) et des prestations sociales. Comparée
aux Etats-Unis, l'UE se caractérise par le poids important des
cotisations sociales et des taxes sur les produits (TVA). Par contre, le poids
de l'impôt sur le revenu des ménages est plus faible. Les pays
européens s'étagent entre les pays très centralisés
où le gouvernement central prélève plus des 2/3 des
recettes (Irlande, Royaume-Uni, Grèce, Portugal, Luxembourg, Danemark)
et des pays peu centralisés : Allemagne, en raison du poids des
Länder, Belgique en raison de sa division linguistique, France en raison
du poids de la Sécurité sociale, Suède en raison du poids
des communes.
Ce chapitre présente les niveaux d'imposition et leur évolution
depuis le début des années 1990 pour les pays membres de l'Union
européenne (UE) auxquels nous avons ajouté les Etats-Unis et le
Japon à titre de comparaison. Il analyse aussi des indicateurs de la
structure de la fiscalité comme l'assiette des
prélèvements et l'administration perceptrice.
Le niveau d'imposition est appréhendé par le taux de
prélèvement obligatoire (TPO) tel qu'il est mesuré par
l'OCDE, soit les impôts et les cotisations sociales obligatoires en
pourcentage du PIB (Notes de méthode).
Dans chaque pays, le taux de prélèvement obligatoire
reflète fondamentalement le poids des dépenses publiques, compte
tenu cependant des recettes non fiscales, des charges d'intérêt,
du déficit public. Aussi, fournissons-nous plusieurs indicateurs du
poids des dépenses publiques, qui permettent d'expliquer les
différences de taux de prélèvement obligatoire.
Notes de méthodes
Les
données présentées ici sont essentiellement issues des
Statistiques des recettes publiques de l'OCDE. Sous le terme de
« prélèvements obligatoires », l'OCDE
regroupe en principe l'ensemble des versements obligatoires (y compris
cotisations sociales) effectués sans contrepartie au profit des
administrations publiques.
Les administrations publiques comprennent les autorités supranationales
(institutions de l'Union européenne), les administrations centrales,
régionales et locales, les entités publiques autonomes
(églises dans certains pays), à l'exception des entreprises
publiques, et les organismes de Sécurité sociale. Un certain flou
existe quant à l'appartenance aux secteurs des administrations publiques
de certains organismes d'assurance maladie ou d'assurance retraite. Les
mutuelles ne font pas partie des administrations publiques (dans la mesure
où l'adhésion y est facultative). Les fonds de pension par
capitalisation n'y figurent pas, sauf dans certains pays où ils sont
obligatoires et socialement contrôlés (Finlande, par exemple). Les
régimes obligatoires y figurent, même s'ils sont juridiquement
gérés par le secteur privé (pour la France, Unedic, Arrco,
Agirc).
L'expression de « sans contrepartie » exclut en principe
les versements qui ouvrent des droits à des prestations proportionnelles
aux versements. C'est ainsi que ne sont pas considérées comme
prélèvement obligatoire certaines taxes qui sont le paiement d'un
services rendu (passeports, redevance radio-télévision, amendes,
etc.). Par contre, en dérogation à ce principe, sont
comptabilisées dans les prélèvements obligatoires toutes
les cotisations obligatoires, même si elles donnent droit à des
prestations plus ou moins directement liées aux cotisations
versées (en matière de retraite ou de chômage).
Les cotisations volontaires sont exclues des prélèvements
obligatoires de même que les cotisations obligatoires mais versées
à des organismes extérieurs au secteur des administrations
publiques (dans les pays où les salariés sont obligés de
s'assurer, mais peuvent le faire auprès de leurs entreprises ou d'une
assurance privée). Enfin, les cotisations fictives ne sont pas
comptabilisées dans les prélèvements obligatoires :
la création d'une caisse de retraite pour les fonctionnaires augmente
donc le taux de prélèvement obligatoire.
Les données de l'OCDE sont comptabilisées sur la base des
versements effectivement reçus par les administrations. Elles tiennent
donc compte des dispositions fiscales particulières : crédit
d'impôts, avoir fiscal, par exemple. De façon
générale, les recettes sont nettes des dépenses fiscales.
Le taux de prélèvement obligatoire est donc plus faible pour les
pays qui offrent des ristournes de cotisations sociales au lieu de subventions
à l'emploi, des crédits d'impôt aux familles plutôt
que des prestations familiales, des primes à l'emploi plutôt des
subventions aux travailleurs peu qualifiés, des ristournes à
l'impôt sur les sociétés plutôt que des subventions
à l'investissement, etc. De même, ce taux est fictivement plus
faible dans les pays qui exonèrent les retraites et les chômeurs
de cotisations ou d'impôt, mais qui tiennent compte de cette
exonération dans le calcul des prestations.
Enfin, pour ce qui est de la structure d'imposition, l'OCDE classe les recettes
fiscales en fonction de leur assiette : revenus, salaires, patrimoine,
biens et services etc., et non en fonction de leurs répercussions
économiques.
I. Les taux de prélèvement obligatoire des pays de l'UE
En 2000, les pays de l'UE restent caractérisés par des taux de
prélèvement obligatoire élevés, 40,8 % en
moyenne, supérieurs de plus de 10 points aux niveaux japonais et
américain (tableau 1). Globalement, les taux de
prélèvement obligatoire ont légèrement
augmenté (de 1,8 point en moyenne). La mondialisation n'a jusqu'à
présent pas obligé les pays européens à se priver
de ressources. En dépit d'un certain rapprochement, les divergences
entre pays de l'UE restent fortes.
Au sein de l'UE, les pays dont le ratio recettes fiscales sur PIB est le plus
élevé sont la Suède, le Danemark, la Finlande, la Belgique
et la France. A l'autre extrémité du spectre se trouvent le
Royaume-Uni et l'Irlande ainsi que les pays du Sud (Espagne, Grèce,
Portugal). Pour l'année 2000, l'écart entre le pays dont le taux
est le plus élevé et celui dont le taux est le plus bas est de
près de 22 points de PIB. Les cinq pays où le taux de
prélèvement obligatoire est le plus élevé avaient
un TPO de 46,3 % en 1990 ; il est passé à 47,9 %
en 2000 ; les cinq pays où le TPO est le plus faible avaient un TPO
de 32,2 % en 1990 ; il est monté à 35,4 % en 2000.
La mise en application du traité de Maastricht et du Pacte de
stabilité a généré, de la part des gouvernements
européens, des efforts pour réduire le déficit public.
Ceux-ci sont passés par la baisse relative des dépenses publiques
(investissement public, effectifs du secteur public, gestion rigoureuse des
prestations sociales, etc.) mais aussi par une certaine hausse de la
fiscalité. De 1990 à 2000, les taux de prélèvement
ont augmenté en Europe, de 1,8 point en moyenne 51(*). Seuls, l'Irlande et les
Pays-Bas ont vu leur taux de prélèvement diminuer respectivement
de 2 et 1 points. Par contre, la hausse du taux de prélèvement
obligatoire a été particulièrement forte pour la
Grèce (8,7 points), l'Italie (3,4 points) et le Portugal (5,3 points).
Les dix années ont été marquées par un certain
rapprochement des taux de prélèvement, en raison du rattrapage
des pays du Sud. L'Irlande n'a pas participé à ce
rattrapage : ayant bénéficié sur la décennie
1990 d'une croissance exceptionnelle (qui a culminé à 9 % en
moyenne entre 1994 et 2000), elle a mis en place des programmes
d'allègements fiscaux, notamment sur le revenu, destinés à
compenser la faible évolution des salaires avant impôts.
Graphique 1 :Taux de prélèvement obligatoire
En % du
PIB
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Graphique 2 : Taux de prélèvement obligatoire
En %
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Tableau 1 : Les prélèvements obligatoires en pourcentage du produit intérieur brut
|
Pays |
1990 |
2000 |
|
Suède |
53,6 |
53,3 |
|
Danemark |
47,1 |
48,4 |
|
Finlande |
44,7 |
46,5 |
|
Belgique |
43,2 |
46,0 |
|
France |
43,0 |
45,5 |
|
Pays-Bas |
42,8 |
41,8 |
|
Luxembourg |
40,5 |
42,0 |
|
Autriche |
40,5 |
43,3 |
|
Italie |
38,9 |
42,3 |
|
Allemagne |
36,8 (1) |
37,8 |
|
Royaume-Uni |
35,9 |
37,7 |
|
Irlande |
33,5 |
31,5 |
|
Espagne |
33,0 |
35,3 |
|
Portugal |
29,4 |
34,7 |
|
Grèce |
29,3 |
38,0 |
|
UE pondérée |
39,0 |
40,8 |
|
Japon |
30,7 |
27,1 |
|
Etats-Unis |
26,7 |
28,9 (2) |
(1) 1991
; (2) 1999.
Source : OCDE, Statistiques des Recettes publiques, 2001.
Un classement qui diffère selon les sources mais des écarts qui subsistent
Les recettes fiscales évaluées par l'OCDE dans son document Statistiques des recettes publiques différent de celles que l'on peut calculer dans les Comptes nationaux. Ces divergences ont trois causes : les Comptes nationaux incluent les cotisations sociales volontaires aux administrations privées (mais, cette divergence est corrigeable, tableau 2) ; le document de l'OCDE utilise parfois des chiffres périmés (tant en ce qui concerne l'évaluation du PIB que celle de certaines recettes) ; enfin, les comptables nationaux peuvent reclasser certaines dépenses fiscales en impôts. L'écart est particulièrement marqué pour l'Allemagne, et à un moindre degré pour le Portugal et le Royaume-Uni.
Tableau 2 : Comparaison des taux de prélèvement obligatoire selon les Statistiques des recettes publiques et Comptes nationaux des pays de l'OCDE
|
1999, en point de PIB |
Taux de prélèvement obligatoire |
Cotisations volontaires |
Ecarts non expliqués |
|
|
SRP (1) |
CN (2) |
(3) |
(2)-(1)-(3) |
|
|
Allemagne |
37,7 |
42,7 |
1,18 |
3,8 |
|
Autriche |
43,9 |
44,3 |
0,10 |
0,3 |
|
Belgique |
45,7 |
46,3 |
0,00 |
0,6 |
|
Danemark |
50,4 |
50,8 |
0,04 |
0,3 |
|
Espagne |
35,1 |
35,2 |
0,1 |
|
|
Finlande |
46,3 |
46,3 |
0,29 |
- 0,3 |
|
France |
45,9 |
45,8 |
- 0,1 |
|
|
Royaume-Uni |
36,3 |
38,1 |
0,00 |
1,8 |
|
Grèce |
37,1 |
37,6 |
0,5 |
|
|
Irlande |
32,3 |
32,6 |
0,3 |
|
|
Italie |
43,3 |
43,3 |
0,0 |
|
|
Luxembourg |
41,8 |
42,6 |
0,8 |
|
|
Pays-bas |
42,1 |
42,3 |
0,2 |
|
|
Portugal |
34,3 |
36,8 |
2,3 |
|
|
Suède |
52,2 |
53,0 |
0,8 |
|
Sources : OCDE, Statistiques des recettes publiques et Comptes nationaux des pays de l'OCDE, tableaux détaillés, volume II - 1988-1999, 2001.
Royaume-Uni : une analyse plus fine
Il
existe trois sources pour le taux de prélèvement
obligatoire : les Statistiques des recettes publiques de l'OCDE
(SRP), 2001 (qui donnent 36,3 % pour 1999) ; les Comptes nationaux
des pays de l'OCDE, tableaux détaillés, volume II, 2001 (qui
donnent 38,1 %) ; enfin, les Comptes nationaux de source britannique,
The Blue Book, 2001 (qui donnent 37,2 %).
Ces différences ont deux causes (tableau 3) :
Aucune des trois sources n'intègre les 8,8 milliards de contributions
obligatoires à des organismes privés.
2) Des différences de mesures. : la publication SRP a fait
une erreur de 4 milliards en recopiant le chiffre « taxe sur le
tabac ». De façon générale, ses chiffres sont un
peu plus anciens et n'intègrent pas les dernières
révisions des Comptes nationaux. La Comptabilité nationale
britannique a augmenté le PIB de 1,1 % dans sa dernière
évaluation, ce qui diminue le TPO.
Conclusion : Le bon chiffre est celui de la
comptabilité nationale britannique soit 37,2 % selon les concepts
de l'OCDE. Il monte à 38,7 % si on ajoute les contributions
volontaires aux administrations publiques et les contributions obligatoires aux
organismes privés.
Tableau 3 : Comparaison de trois sources sur les impôts au Royaume-Uni
|
En
milliards de livres |
SRP - OCDE |
Comptes nationaux - OCDE |
Comptes nationaux - ONS |
|
Impôts sur les produits |
123,5 |
130,3 |
131,0 |
|
Impôts sur les revenus |
142,9 |
145,5 |
145,3 |
|
Cotisations sociales |
55,2 |
56,6 |
56,6 |
|
Cotisations volontaires |
5,0 |
||
|
Impôts sur le capital |
2,0 |
2,0 |
2,0 |
|
Total |
323,6 |
339,4 |
334,9 |
|
PIB |
891 |
891 |
901 |
|
Taux de PO |
36,3 |
38,1 |
37,2 |
Sources : OCDE, Statistiques des recettes publiques et
Comptes nationaux des pays de l'OCDE, tableaux détaillés,
volume II - 1988-1999, 2001 ; ONS, United Kingdom National
Accounts, The Blue Book, édition 2001.
II. Les recettes et les dépenses
Comment expliquer les écarts de prélèvements entre les
différents pays ? Quels choix reflètent-ils et peut-on en
inférer un modèle européen ? Le tableau 4
détaille les comptes des administrations publiques ce qui permet
d'obtenir une vision globale de l'utilisation des prélèvements
obligatoires pour chaque pays. Les dépenses publiques sont
financées par les prélèvements obligatoires mais aussi par
les recettes non fiscales et les déficits.
Ici aussi, l'enregistrement des dépenses publiques effectué par
la Comptabilité nationale ne reflète pas
l'intégralité des interventions économiques et sociales de
l'Etat et plus généralement de la Nation. Si les TPO ne prennent
pas en compte les dépenses fiscales, les dépenses publiques n'en
tiennent elles non plus pas compte.
Certains avantages fiscaux se substituent directement à des
dépenses sociales ; par exemple, le Royaume-Uni accorde une
réduction d'impôts pour les frais médicaux privés
des personnes de plus de 60 ans. De même, les réductions
d'impôt au titre des systèmes contractuels de substitution au
régime national d'assurance y représentaient 3,1 % du PIB en
1993. D'autres avantages fiscaux sont accordés pour encourager l'achat
de prestations privées sociales se substituant aux dépenses
publiques. C'est notamment le cas aux Etats-Unis, où des avantages
fiscaux sont accordés aux employeurs qui contribuent aux programmes
d'assurance maladie.
Il faut aussi tenir compte des dépenses privées obligatoires
à caractère social. Par exemple, en Allemagne, au Danemark et en
Suède, les employeurs versent pour une durée
déterminée des indemnités maladie en cas d'arrêt
maladie, non remboursées par l'Etat. Au Royaume-Uni, 20 % de ces
mêmes dépenses ne sont pas remboursées.
Nous ne disposons pas des données nécessaires pour corriger les
chiffres de la CN. Cependant, une étude de l'OCDE (1997) 52(*) montre que les écarts,
pour ce qui est des montants des seules dépenses sociales, passent de
15,5 à 8 points de PIB entre la Suède et le Royaume-Uni
après prise en compte des éléments énoncés
plus haut. Pour les même raisons, la situation relative des Pays-Bas et
de l'Allemagne est inversée après prise en compte des avantages
fiscaux, particulièrement élevés en Allemagne.
Ces réserves faites, les recettes fiscales s'étagent de 53 %
en Suède et 51,2 % au Danemark, à 36,9 % au Portugal et
35,4 % en Espagne. Les différentiels de taux de pression fiscale
restent donc importants.
Les recettes non fiscales comportent les intérêts reçus,
parfois importants pour des pays où des caisses de retraites ont
accumulé des actifs importants (Suède, Danemark, Finlande,
Espagne).
Les soldes ont subi de fortes variations tout au long de la décennie
1990. Pour l'année 1999, les bons élèves sont le Danemark,
le Royaume-Uni et la Finlande et les Pays-Bas. Quand le taux
d'intérêt est peu éloigné du taux de croissance du
PIB en valeur, la contrainte de stabilité de la dette est la
nullité du solde primaire. Tous les pays de l'UE avait en 1999 un solde
primaire positif. Ceci signifie qu'ils étaient en phase de
réduction de dette, que leurs recettes fiscales étaient
supérieures au niveau impliqué par leurs dépenses
primaires. L'écart est de l'ordre de 6 points pour la Belgique et le
Luxembourg ; de 5 points pour la Grèce et le Danemark ; de 4
points pour le Royaume-Uni, l'Italie et les Pays-Bas ; de 3 points pour
l'Irlande et la Suède ; de 2 points pour la Finlande ; de 1
point pour l'Allemagne, la France et l'Espagne. Il est pratiquement nul pour
l'Autriche et le Portugal. Les pays auront donc une marge à l'avenir
pour réduire leur taux de prélèvement obligatoire.
Les dépenses publiques primaires vont de 31 % du PIB en Irlande et
36 % au Royaume-Uni et en Espagne à 49 % au Danemark et
52 % en Suède. De 1990 à 1999, la part des dépenses
publiques primaires a augmenté de 2 points au Portugal et en France. Par
contre, elle a baissé de 2 points en Italie et en Espagne, de 8 points
aux Pays-Bas, de 11 points en Suède.
Les dépenses collectives (il s'agit des dépenses liées
à l'administration générale, la sécurité, la
défense nationale, la recherche et développement, la protection
de l'environnement etc.) sont relativement proches, de l'ordre de 8 % du
PIB avec 9,5 % en France et en Grèce, 11 % aux Pays-Bas et
seulement 5 % en Irlande.
Les dépenses individualisables (enseignement, santé,
sécurité sociale, culture, fourniture de logement etc.) et la
protection sociale représentent de 30 à 34 % du PIB. Deux
groupes de pays s'écartent de la moyenne, vers le haut pour les pays
scandinaves, le Danemark (35 %) et la Suède (38 %) ; vers
le bas pour l'Irlande (19 %), la Grèce (21 %), l'Espagne
(22 %) et le Royaume-Uni (25 %). Les Pays-bas, où la
protection sociale est assurée en partie par des organismes
privés, sont aussi à 25 %.
Les dépenses en investissement public sont de l'ordre de 1,8 % du
PIB de l'UE, mais de 1 % seulement au Royaume-Uni, tandis qu'elles
dépassent 3 % dans les pays du Sud.
Les différences de prélèvement obligatoire entre les pays
reflètent essentiellement les choix du montant des dépenses
individualisables et du montant des prestations sociales. Elles
représentent un choix de société entre les dépenses
que chaque ménage doit assurer lui-même et celles qui sont
collectivement fournies, en matière de santé, retraite,
protection contre le chômage, dépenses pour les enfants...
Globalement, un pays continental européen type se caractérise par
des dépenses publiques primaires représentant environ 45 %
du PIB, réparties ainsi : 11 points pour les retraites, 8 pour la
santé, 3 pour le chômage, 3 pour le poste
famille-logement-pauvreté, 6 pour le poste éducation-culture, 3
pour les subventions économiques, 8 pour les dépenses
collectives, 3 points de dépenses en capital. La privatisation partielle
de la retraite et de la santé (à 5 % du PIB chacun), la
réduction des prestations de solidarité (à 3 % du PIB
pour le total chômage-famille), une certaine privatisation de
l'éducation (limitant le financement public 4 % du PIB), un peu
moins de subventions et de dépenses collectives (1 point de moins au
total) permettent de passer à 30 points de PIB, soit au modèle
américain.
Tableau 4 : Comptes des administrations, en % du PIB
|
Recettes fiscales |
Recettes non fiscales (1) |
Solde |
Dépenses courantes (2) |
Intérêt de la dette |
Prestations sociales |
FBCF |
Dépenses publiques |
Dépenses primaires (3) |
||||||
|
Total |
Dont : |
Total |
Dont : |
Y compris : |
||||||||||
|
Intérêts |
Dépenses individ. |
Dépenses collectives |
Rémunération des salariés |
|||||||||||
|
Allemagne |
1991 |
39,7 |
2,8 |
1,1 |
- 3,1 |
22,3 |
10,5 |
8,7 |
9,0 |
2,8 |
15,7 |
2,8 |
43,8 |
41,0 |
|
1999 |
43,2 |
2,3 |
0,8 |
- 1,4 |
22,7 |
11,1 |
7,9 |
8,3 |
3,5 |
18,9 |
1,8 |
46,9 |
43,4 |
|
|
Autriche |
1990 |
42,8 |
4,3 |
2,1 |
- 2,4 |
25,5 |
11,4 |
7,6 |
11,9 |
4,1 |
18,7 |
3,0 |
49,5 |
45,4 |
|
1999 |
45,8 |
1,7 |
1,2 |
- 2,1 |
24,6 |
11,9 |
7,7 |
11,4 |
3,5 |
17,8 |
1,8 |
49,5 |
46,0 |
|
|
Belgique |
1990 |
43,9 |
3,3 |
1,3 |
- 6,7 |
24,1 |
12,8 |
7,5 |
11,2 |
11,9 |
16,2 |
1,7 |
53,9 |
42,0 |
|
1999 |
47,5 |
2,4 |
0,8 |
- 0,7 |
25,9 |
13,7 |
7,7 |
11,6 |
7,2 |
15,7 |
1,8 |
50,6 |
42,4 |
|
|
Danemark |
1990 |
47,6 |
7,0 |
4,6 |
- 1,0 |
28,9 |
17,4 |
8,2 |
17,7 |
7,3 |
17,9 |
1,6 |
55,6 |
48,3 |
|
1999 |
51,2 |
5,3 |
3,2 |
3,1 |
29,6 |
17,5 |
8,0 |
17,1 |
4,6 |
17,5 |
1,7 |
53,4 |
48,8 |
|
|
Espagne |
1995 |
33,6 |
3,1 |
1,6 |
- 6,6 |
20,6 |
10,1 |
8,0 |
11,3 |
5,2 |
13,9 |
3,7 |
43,3 |
38,1 |
|
1999 |
35,4 |
2,7 |
1,2 |
- 1,2 |
19,9 |
9,8 |
7,5 |
10,5 |
3,6 |
12,4 |
3,3 |
39,3 |
35,7 |
|
|
Finlande |
1990 |
45,8 |
6,1 |
3,8 |
5,3 |
26,5 |
14,2 |
7,4 |
15,1 |
1,4 |
14,9 |
3,8 |
46,6 |
45,2 |
|
1999 |
45,8 |
5,1 |
2,6 |
1,8 |
25,3 |
13,5 |
8,1 |
13,6 |
3,1 |
17,9 |
2,8 |
49,2 |
46,0 |
|
|
France |
1990 |
44,0 |
3,2 |
1,2 |
- 2,1 |
25,9 |
12,9 |
9,4 |
12,5 |
2,9 |
16,9 |
3,6 |
49,3 |
46,4 |
|
1999 |
47,1 |
2,8 |
0,6 |
- 1,6 |
26,7 |
14,0 |
9,4 |
13,6 |
3,3 |
18,3 |
3,0 |
51,5 |
48,2 |
|
|
Grèce |
1995 |
33,9 |
2,7 |
2,5 |
- 10,2 |
15,7 |
5,9 |
9,4 |
11,3 |
12,7 |
15,1 |
3,2 |
46,8 |
34,1 |
|
1999 |
39,2 |
2,7 |
2,3 |
- 1,8 |
14,5 |
5,9 |
9,3 |
11,5 |
8,8 |
14,5 |
4,1 |
43,7 |
34,9 |
|
|
Irlande |
1990 |
34,8 |
2,6 |
1,7 |
- 2,8 |
18,2 |
9,8 |
6,6 |
10,4 |
7,9 |
11,9 |
2,1 |
40,2 |
32,3 |
|
1999 |
33,2 |
1,8 |
1,1 |
1,9 |
17,6 |
8,9 |
5,0 |
8,2 |
2,5 |
10,2 |
2,6 |
33,1 |
30,6 |
|
|
Italie |
1990 |
39,4 |
1,7 |
0,6 |
- 11,8 |
23,6 |
12,3 |
7,9 |
12,6 |
10,5 |
15,4 |
3,3 |
52,9 |
42,4 |
|
1999 |
43,2 |
1,8 |
0,6 |
- 1,8 |
20,2 |
10,8 |
7,2 |
10,7 |
6,7 |
17,2 |
2,5 |
46,8 |
40,1 |
|
|
Lux. |
1990 |
40,8 |
7,2 |
4,1 |
4,7 |
23,6 |
9,1 |
8,4 |
10,0 |
0,4 |
14,8 |
4,5 |
43,3 |
42,9 |
|
1999 |
43,1 |
4,7 |
1,8 |
4,7 |
23,4 |
9,9 |
7,4 |
8,7 |
0,3 |
15,1 |
4,3 |
43,1 |
42,8 |
|
|
Pays-Bas |
1995 |
40,6 |
5,6 |
2,9 |
- 9,1 |
31,2 |
12,5 |
11,6 |
10,8 |
5,9 |
15,3 |
3,0 |
55,3 |
49,4 |
|
1999 |
42,4 |
4,4 |
1,8 |
1,0 |
25,6 |
12,1 |
11,0 |
10,3 |
4,5 |
12,6 |
3,1 |
46,0 |
41,5 |
|
|
Portugal |
1995 |
34,6 |
2,9 |
1,1 |
- 4,6 |
20,3 |
10,7 |
8,0 |
13,7 |
6,2 |
11,8 |
3,7 |
42,1 |
35,9 |
|
1999 |
36,9 |
2,5 |
0,6 |
- 2,1 |
20,7 |
11,7 |
8,1 |
14,4 |
3,2 |
13,5 |
4,1 |
41,5 |
38,3 |
|
|
R-U |
1990 |
36,7 |
2,5 |
1,6 |
- 1,5 |
23,2 |
10,7 |
9,2 |
12,0 |
3,8 |
11,9 |
2,6 |
41,7 |
37,9 |
|
1999 |
38,1 |
2,2 |
0,8 |
1,3 |
21,5 |
10,9 |
7,6 |
7,5 |
3,0 |
13,5 |
1,1 |
39,0 |
36,0 |
|
|
Suède |
1993 |
48,8 |
8,9 |
2,4 |
- 11,9 |
36,8 |
20,2 |
8,2 |
19,1 |
6,0 |
23,3 |
3,3 |
69,6 |
63,6 |
|
1999 |
53,0 |
5,8 |
2,2 |
1,7 |
30,4 |
19,2 |
7,7 |
16,5 |
5,0 |
18,9 |
2,7 |
57,1 |
52,1 |
|
|
Japon |
1990 |
30,0 |
3,6 |
0,6 |
2,8 |
11,1 |
8,8 |
6,8 |
3,8 |
11,0 |
4,9 |
30,8 |
27,0 |
|
|
1998 |
27,9 |
3,3 |
0,7 |
10,1 |
17,8 |
9,9 |
7,4 |
3,7 |
14,2 |
5,6 |
41,3 |
37,6 |
||
Interprétation : Recettes fiscales + recettes non
fiscales - solde public - intérêts nets = prestations sociales +
dépenses courantes + dépenses en capital.
(1) Les recettes non fiscales incluent l'excédent d'exploitation et les
revenus de la propriété.
(2) Ces dépenses comprennent aussi les subventions, les transferts nets
et les acquisitions d'actifs non financiers non produits.
(3) Les dépenses publiques primaires sont les dépenses publiques
hors les intérêts de la dette.
Sources : OCDE, Comptes nationaux des pays de l'OCDE, tableaux détaillés, volume II - 1988-1999, 2001 ; calculs des auteurs.
III.
Structure fiscale et incidence des impôts
Il est d'abord possible de classer les impôts selon leur assiette
(tableaux 5 et 6). L'importance des différentes assiettes varie
fortement selon les pays :
Comparée aux Etats-Unis, l'UE se caractérise par le poids
important des cotisations sociales et des taxes portant sur le prix des
produits. Par contre, le poids de l'impôt sur le revenu des
ménages est plus important aux Etats-Unis.
Les pays scandinaves font jouer un grand rôle à l'impôt sur
le revenu des ménages. Celui-ci reste peu important dans des pays du Sud
(Portugal, Grèce, Espagne) ainsi qu'aux Pays-Bas.
Le poids de l'impôt sur les sociétés est faible en
Allemagne et en Autriche ; il n'est particulièrement fort qu'en
Finlande et au Luxembourg.
L'impôt sur le patrimoine est important au Luxembourg et au Royaume-Uni,
à un degré moindre en France.
Les cotisations sociales pèsent fortement sur les salaires dans les pays
Bismarkiens (Autriche, France, Suède, Pays-Bas). Ils sont peu importants
au Danemark, en Irlande, au Royaume-Uni.
Les impôts sur les produits sont particulièrement
élevés au Danemark et au Portugal.
La comparaison du poids des différents impôts en 1990 et en 2000
ne montre guère de grands bouleversements. Pratiquement, tous les
impôts ont légèrement augmenté en pourcentage du
PIB, de façon homothétique. Toutefois, le poids des cotisations
sociales a très légèrement diminué de 0,3 point de
PIB (la baisse provient en fait de l'introduction de la CSG) en France.
Une autre décomposition consiste à classer les impôts en
fonction de leur répercussion économique (tableaux 7 et 8), soit
en cinq catégories, selon qu'ils pèsent sur :
Globalement, on retrouve l'importance des taxes portant sur le travail et le
prix des produits. Les impôts sur les ménages sont importants dans
les pays scandinaves, en Belgique et aux Pays-Bas ; faibles dans les pays
du Sud (Portugal, Grèce, Espagne) ainsi qu'en Irlande. Les impôts
sur le revenu des entreprises sont faibles en Allemagne et en Autriche et plus
particulièrement au Luxembourg. Les taxes sur le travail sont fortes
dans les pays Bismarkiens (Autriche, France, Suède). Elles sont peu
importantes au Danemark, aux Pays-bas, en Irlande et au Royaume-Uni. Les
impôts sur les produits sont particulièrement élevés
au Danemark et au Portugal.
Les entreprises : (IS).
Le coût du travail (cotisations sociales employeurs et taxes sur les
salaires).
Les autres coûts de production (impôts sur l'actif des
sociétés, etc.).
Le prix des produits (impôts sur la production).
Tableau 5 : Structure des recettes fiscales selon l'assiette des taxes, en % des recettes (2000, sauf (1))
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
JAP |
EU |
|
|
Impôts sur le revenu
|
30,1 |
28,5 |
39,3 |
59,0 |
28,0 |
44,1 |
25,0 |
27,4 |
42,2 |
33,6 |
35,7 |
25,2 |
28,8 |
42,1 |
38,4 |
32,3 |
33,7 |
49,1 |
|
25,3 |
22,2 |
31,1 |
52,4 |
18,7 |
32,5 |
18,3 |
13,1 |
30,1 |
23,9 |
18,1 |
15,1 |
16,9 |
35,2 |
28,6 |
24,8 |
20,9 |
40,7 |
|
|
4,8 |
4,7 |
8,1 |
4,8 |
8,6 |
11,7 |
6,7 |
11,7 |
12,1 |
6,0 |
17,5 |
10,1 |
11,7 |
6,9 |
9,8 |
7,3 |
12,8 |
8,3 |
|
|
Prélèvement sur les salaires |
39,1 |
40,5 |
30,8 |
4,9 |
35,1 |
23,9 |
38,2 |
30,8 |
13,3 |
28,3 |
25,4 |
39,4 |
25,4 |
32,8 |
16,8 |
31,5 |
37,0 |
23,9 |
|
39,1 |
34,3 |
30,8 |
4,6 |
35,1 |
23,9 |
36,2 |
30,3 |
12,9 |
28,3 |
25,4 |
39,4 |
25,4 |
28,4 |
16,8 |
30,6 |
37,0 |
23,9 |
|
|
0,0 |
6,2 |
0,0 |
0,3 |
0,0 |
0,0 |
2,0 |
0,5 |
0,3 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
4,4 |
0,0 |
0,9 |
0,0 |
0,0 |
|
|
Impôt sur le patrimoine |
2,3 |
1,4 |
3,3 |
3,3 |
6,2 |
2,5 |
6,7 |
5,2 |
5,5 |
4,3 |
10,5 |
5,4 |
3,3 |
3,6 |
11,8 |
5,9 |
10,2 |
10,7 |
|
Impôts sur les Biens et services |
28,1 |
28,4 |
25,4 |
32,4 |
29,7 |
29,2 |
26,1 |
36,2 |
38,4 |
28,1 |
28,0 |
28,4 |
41,3 |
21,2 |
32,5 |
28,9 |
18,9 |
16,4 |
|
18,3 |
19,1 |
16,1 |
19,6 |
17,6 |
17,4 |
16,6 |
22,1 |
22,0 |
15,6 |
14,0 |
17,4 |
23,7 |
13,6 |
18,5 |
17,9 |
8,9 |
0,0 |
|
|
7,5 |
5,9 |
5,0 |
10,5 |
7,7 |
9,2 |
6,3 |
10,6 |
13,8 |
6,3 |
12,1 |
8,3 |
13,5 |
6,5 |
10,6 |
8,2 |
7,1 |
5,1 |
|
|
Autres |
0,4 |
1,2 |
1,1 |
0,4 |
1,0 |
0,3 |
4,0 |
0,5 |
0,6 |
5,7 |
0,5 |
1,7 |
1,3 |
0,4 |
0,5 |
1,4 |
0,2 |
0,0 |
(1)
Année 1999 pour l'Irlande, le Portugal et les Etats-Unis.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Tableau 6 : Structure des recettes fiscales selon l'assiette des taxes en % du PIB (2000, sauf (1))
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
JAP |
EU |
|
|
Impôts sur le revenu
|
11,4 |
12,3 |
18,1 |
28,5 |
9,9 |
20,5 |
11,4 |
10,4 |
13,6 |
14,2 |
15,0 |
10,5 |
9,9 |
22,5 |
14,5 |
13,2 |
9,1 |
14,2 |
|
9,6 |
9,6 |
14,3 |
25,3 |
6,6 |
15,1 |
8,3 |
5,0 |
9,7 |
10,1 |
7,6 |
6,3 |
5,8 |
18,8 |
10,8 |
10,1 |
5,7 |
11,8 |
|
|
1,8 |
2,0 |
3,7 |
2,3 |
3,0 |
5,4 |
3,1 |
4,4 |
3,9 |
2,5 |
7,4 |
4,2 |
4,0 |
3,7 |
3,7 |
3,0 |
3,5 |
2,4 |
|
|
Prélèvement sur les salaires |
14,8 |
17,5 |
14,2 |
2,4 |
12,4 |
11,1 |
17,4 |
11,7 |
4,3 |
12,0 |
10,7 |
16,4 |
8,7 |
17,5 |
6,3 |
12,8 |
10,0 |
6,9 |
|
14,8 |
14,8 |
14,2 |
2,2 |
12,4 |
11,1 |
16,5 |
11,5 |
4,2 |
12,0 |
10,7 |
16,4 |
8,7 |
15,2 |
6,3 |
12,5 |
10,0 |
6,9 |
|
|
0,0 |
2,7 |
0,0 |
0,2 |
0,0 |
0,0 |
0,9 |
0,2 |
0,1 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
2,3 |
0,0 |
0,4 |
0,0 |
0,0 |
|
|
Impôt sur le patrimoine |
0,9 |
0,6 |
1,5 |
1,6 |
2,2 |
1,1 |
3,0 |
2,0 |
1,8 |
1,8 |
4,4 |
2,2 |
1,1 |
1,9 |
4,4 |
2,4 |
2,8 |
3,1 |
|
Impôts sur les Biens et services |
10,6 |
12,3 |
11,7 |
15,7 |
10,5 |
13,6 |
11,9 |
13,7 |
12,4 |
11,9 |
11,8 |
11,8 |
14,2 |
11,3 |
12,2 |
11,8 |
5,1 |
4,7 |
|
6,9 |
8,3 |
7,4 |
9,5 |
6,2 |
8,1 |
7,5 |
8,4 |
7,1 |
6,6 |
5,9 |
7,3 |
8,1 |
7,3 |
7,0 |
7,3 |
2,4 |
0,0 |
|
|
2,8 |
2,5 |
2,3 |
5,1 |
2,7 |
4,3 |
2,9 |
4,0 |
4,5 |
2,7 |
5,1 |
3,5 |
4,6 |
3,5 |
4,0 |
3,3 |
1,9 |
1,5 |
|
|
Autres |
0,2 |
0,5 |
0,5 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
1,8 |
0,2 |
0,2 |
2,4 |
0,2 |
0,7 |
0,4 |
0,2 |
0,2 |
0,6 |
0,1 |
0,0 |
|
Total |
37,8 |
43,3 |
46,0 |
48,4 |
35,3 |
46,5 |
45,5 |
38,0 |
32,3 |
42,3 |
42,0 |
41,7 |
34,3 |
53,3 |
37,7 |
40,8 |
27,1 |
28,9 |
(1)
Année 1999 pour l'Irlande, le Portugal et les Etats-Unis.
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Tableau 6 bis : Structure des recettes fiscales selon l'assiette des taxes en % du PIB (1990)
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
EU |
|
|
Impôts sur le revenu
|
11,5 |
10,3 |
16,2 |
27,6 |
10,2 |
19,3 |
6,9 |
5,8 |
12,4 |
14,2 |
16,0 |
13,8 |
7,6 |
22,3 |
14,1 |
12,4 |
11,9 |
|
9,8 |
8,5 |
13,9 |
24,8 |
7,2 |
17,2 |
4,6 |
4,1 |
10,7 |
10,2 |
9,6 |
10,6 |
4,7 |
20,6 |
10,0 |
9,6 |
9,9 |
|
|
1,7 |
1,4 |
2,4 |
1,5 |
2,9 |
2,0 |
2,3 |
1,6 |
1,7 |
3,9 |
6,4 |
3,2 |
2,3 |
1,7 |
4,2 |
2,7 |
2,0 |
|
|
Prélèvement sur les salaires |
13,3 |
15,7 |
14,3 |
1,7 |
11,8 |
9,7 |
19,7 |
9,1 |
5,4 |
12,9 |
11,1 |
16,0 |
8,0 |
15,9 |
6,1 |
13,1 |
6,8 |
|
13,3 |
13,3 |
14,3 |
1,4 |
11,8 |
9,7 |
18,9 |
8,9 |
5,0 |
12,8 |
11,1 |
16,0 |
8,0 |
14,6 |
6,1 |
12,8 |
6,8 |
|
|
0,0 |
2,4 |
0,0 |
0,3 |
0,0 |
0,0 |
0,8 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
1,3 |
0,0 |
0,3 |
0,0 |
|
|
Impôt sur le patrimoine |
1,2 |
1,1 |
1,2 |
2,0 |
1,8 |
1,1 |
2,7 |
1,4 |
1,6 |
0,9 |
3,4 |
1,6 |
0,8 |
1,9 |
2,9 |
1,8 |
3,0 |
|
Impôts sur les Biens et services |
9,5 |
12,7 |
11,4 |
15,8 |
9,4 |
14,6 |
12,2 |
13,1 |
14,2 |
10,9 |
10,3 |
11,3 |
12,9 |
13,4 |
11,1 |
11,1 |
4,5 |
|
5,9 |
8,4 |
7,1 |
8,7 |
5,2 |
8,7 |
7,9 |
7,2 |
6,9 |
5,7 |
4,8 |
7,1 |
5,8 |
8,0 |
6,1 |
6,6 |
0,0 |
|
|
2,4 |
2,5 |
2,1 |
4,7 |
1,9 |
4,3 |
2,7 |
3,5 |
5,7 |
3,0 |
4,1 |
2,5 |
4,1 |
3,9 |
3,5 |
2,9 |
1,3 |
|
|
Autres |
0,0 |
0,5 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
1,4 |
0,0 |
0,0 |
0,0 |
0,1 |
0,1 |
0,2 |
0,1 |
1,5 |
0,5 |
0,0 |
|
Total |
35,6 |
40,5 |
43,2 |
47,1 |
33,2 |
44,7 |
42,9 |
29,3 |
33,5 |
38,9 |
40,9 |
42,8 |
29,4 |
53,6 |
35,8 |
38,9 |
26,2 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Tableau 7 : Structure des recettes fiscales selon leur répercussion économique immédiate en % des recettes (1999)
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE. |
RU |
UE |
JAP |
EU |
|
|
Revenu des ménages |
46,3 |
41,3 |
43,9 |
54,9 |
33,2 |
38,0 |
32,4 |
32,7 |
35,8 |
34,9 |
35,9 |
51,0 |
28,0 |
44,2 |
41,7 |
39,3 |
36,6 |
56,6 |
|
Revenu des entreprises |
4,8 |
4,1 |
7,9 |
5,9 |
8,0 |
9,1 |
6,4 |
8,7 |
12,1 |
7,7 |
17,6 |
10,1 |
11,7 |
6,0 |
10,4 |
7,2 |
12,9 |
8,3 |
|
Coût du travail |
19,3 |
23,0 |
19,3 |
1,3 |
24,1 |
20,1 |
27,1 |
14,5 |
8,5 |
20,1 |
11,1 |
6,0 |
14,5 |
26,7 |
9,7 |
18,3 |
19,1 |
12,2 |
|
Autres coûts de production |
0,2 |
0,5 |
0,8 |
0,2 |
0,7 |
0,3 |
4,1 |
0,2 |
0,7 |
4,5 |
4,7 |
0,6 |
0,1 |
0,3 |
0,4 |
1,3 |
0,3 |
0,9 |
|
Prix des produits |
27,1 |
26,9 |
23,3 |
30,9 |
27,7 |
30,2 |
25,9 |
35,1 |
36,6 |
25,0 |
27,5 |
25,6 |
40,8 |
20,8 |
30,6 |
27,8 |
17,9 |
14,4 |
|
Divers |
2,4 |
4,2 |
4,9 |
6,8 |
6,3 |
2,3 |
4,2 |
8,8 |
6,3 |
7,9 |
3,3 |
6,7 |
4,9 |
2,0 |
7,2 |
6,2 |
13,3 |
7,5 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001 ; calculs des auteurs.
Tableau 8 : Structure des recettes fiscales selon leur répercussion économique immédiate en % du PIB (1999)
|
ALL |
AUT |
BEL |
DAN |
ESP |
FIN |
FRA |
GRC |
IRL |
ITA |
LUX |
PB. |
PRT |
SUE |
RU |
UE |
JAP |
EU |
|
|
Revenu des ménages |
17,4 |
18,2 |
20,0 |
27,6 |
11,7 |
17,6 |
14,9 |
12,1 |
11,6 |
15,1 |
15,0 |
21,5 |
9,6 |
23,1 |
15,1 |
15,9 |
9,6 |
16,3 |
|
Revenu des entreprises |
1,8 |
1,8 |
3,6 |
3,0 |
2,8 |
4,2 |
2,9 |
3,2 |
3,9 |
3,3 |
7,3 |
4,2 |
4,0 |
3,2 |
3,8 |
2,9 |
3,4 |
2,4 |
|
Coût du travail |
7,3 |
10,1 |
8,8 |
0,7 |
8,4 |
9,3 |
12,4 |
5,4 |
2,7 |
8,7 |
4,7 |
2,5 |
5,0 |
13,9 |
3,5 |
7,4 |
5,0 |
3,5 |
|
Autres coûts de production |
0,1 |
0,2 |
0,4 |
0,1 |
0,3 |
0,2 |
1,9 |
0,1 |
0,2 |
1,9 |
2,0 |
0,3 |
0,0 |
0,1 |
0,2 |
0,5 |
0,1 |
0,3 |
|
Prix des produits |
10,2 |
11,8 |
10,6 |
15,6 |
9,7 |
14,0 |
11,9 |
13,0 |
11,8 |
10,8 |
11,5 |
10,8 |
14,0 |
10,9 |
11,1 |
11,2 |
4,7 |
4,2 |
|
Divers |
0,9 |
1,8 |
2,2 |
3,4 |
2,2 |
1,1 |
1,9 |
3,3 |
2,0 |
3,4 |
1,4 |
2,8 |
1,7 |
1,0 |
2,6 |
2,5 |
3,5 |
2,2 |
|
Total |
37,7 |
43,9 |
45,7 |
50,4 |
35,1 |
46,3 |
45,8 |
37,1 |
32,3 |
43,3 |
41,8 |
42,1 |
34,3 |
52,2 |
36,3 |
40,5 |
26,2 |
28,9 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001 ; calculs des auteurs..
IV. La
centralisation des prélèvements
La répartition des prélèvements entre les types
d'administration est très différenciée selon les
pays :
Les pays européens s'étagent entre les pays très
centralisés où le gouvernement central prélève plus
des 2/3 du total des recettes (Irlande, Royaume-Uni, Grèce, Portugal,
Luxembourg, Danemark) et des pays peu centralisés pour des raisons
diverses : Allemagne, en raison du poids des Länder, Belgique
en raison de sa division linguistique, France en raison du poids des recettes
de la Sécurité sociale, Suède en raison du poids des
communes.
Dans les pays scandinaves, la fiscalité locale est très
importante (de 10 à 15 % du PIB). Dans certains petits pays, elle
est en dessous de 1 % (Belgique, Grèce, Irlande).
Le poids des impôts perçus par les administrations centrales va
de 11 % du PIB en Allemagne à plus de 25 % (Danemark, Irlande,
Royaume-Uni, Suède).
Les recettes propres de la Sécurité sociale sont très
faibles dans certains pays où elle est financée par le budget de
l'Etat, totalement (Danemark, Suède) ou partiellement (Royaume-Uni,
Irlande). Au contraire, elles sont très fortes dans les modèles
bismarkiens (France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne).
Tableau 9 : Répartition des
prélèvements selon l'administration perceptrice,
en % du total
des recettes
|
En 1997 |
CE |
Adm. Centrales. |
Etats fédérés |
Adm. locales |
Séc. Sociale |
|
Allemagne |
1,5 |
29,2 |
22,0 |
7,9 |
39,3 |
|
Autriche |
1,4 |
51,2 |
9,4 |
10,1 |
27,9 |
|
Belgique |
1,9 |
34,9 |
23,6 |
4,4 |
35,0 |
|
Danemark |
1,1 |
62,4 |
-- |
31,5 |
4,1 |
|
Espagne |
1,9 |
46,7 |
-- |
16,9 |
34,5 |
|
Finlande |
1,2 |
54,8 |
-- |
22,7 |
26,6 |
|
France |
1,2 |
42,5 |
-- |
10,0 |
45,1 |
|
Grèce |
1,8 |
67,6 |
-- |
1,1 |
29,5 |
|
Irlande |
2,2 |
85,0 |
-- |
1,8 |
11,1 |
|
Italie |
1,1 |
61,0 |
-- |
9,4 |
26,6 |
|
Luxembourg |
1,2 |
67,0 |
-- |
5,7 |
25,3 |
|
Pays-Bas |
2,3 |
54,7 |
-- |
2,7 |
40,0 |
|
Portugal |
1,8 |
65,0 |
-- |
6,6 |
26,5 |
|
Royaume-Uni |
1,7 |
76,9 |
-- |
4,1 |
17,3 |
|
Suède |
1,0 |
61,8 |
-- |
30,3 |
8,8 |
|
Etats-Unis |
-- |
45,0 |
19,1 |
12,0 |
23,9 |
|
Japon |
-- |
36,7 |
-- |
26,1 |
37,2 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Tableau 10 : Répartition des prélèvements
selon l'administration perceptrice,
en % du PIB
|
En 1999 |
CE |
Adm. Centrales |
Etats fédérés |
Adm. locales |
Sécu. Sociale |
|
Allemagne |
0,6 |
11,0 |
8,3 |
3,0 |
14,8 |
|
Autriche |
0,6 |
22,5 |
4,1 |
4,4 |
12,2 |
|
Belgique |
0,9 |
16,0 |
10,8 |
0,2 |
16,0 |
|
Danemark |
0,6 |
31,5 |
-- |
15,9 |
2,1 |
|
Espagne |
0,7 |
16,4 |
-- |
5,9 |
12, 1 |
|
Finlande |
0,6 |
25,3 |
-- |
10,5 |
12,3 |
|
France |
0,6 |
19,5 |
-- |
4,6 |
20,7 |
|
Grèce |
0,7 |
25,1 |
-- |
0,4 |
10,9 |
|
Irlande |
0,7 |
27,4 |
-- |
0,6 |
3,6 |
|
Italie |
0,5 |
26,4 |
-- |
4,1 |
11,5 |
|
Luxembourg |
0,5 |
28,0 |
-- |
2,4 |
10,6 |
|
Pays-Bas |
1,0 |
23,0 |
-- |
1,3 |
16,9 |
|
Portugal |
0,6 |
22,3 |
-- |
2,3 |
9,1 |
|
Royaume-Uni |
0,6 |
27,9 |
-- |
1,5 |
6,3 |
|
Suède |
0,5 |
30,8 |
-- |
15,8 |
4,6 |
|
Etats-Unis |
-- |
13,0 |
5,5 |
3,5 |
6,9 |
|
Japon |
-- |
9,8 |
-- |
6,8 |
9,7 |
Source : OCDE, Statistiques des recettes publiques, 2001.
Chapitre 2. 1 : L'imposition des bénéfices
Réjane Hugounenq
L'organisation de la fiscalité des entreprises en Europe, dix
ans après l'ouverture des frontières, est encore à
construire. Les taux effectifs d'imposition, ainsi que les législations
auxquelles sont soumises les entreprises sont relativement disparates, ce qui,
en l'absence d'organisation génère des distorsions. Elles
concernent principalement les entreprises qui opèrent sur l'ensemble du
territoire européen : renchérissement des coûts du
fait de la coexistence de quinze régimes mais aussi, et surtout, des
possibilités d'optimisation fiscale (délocalisation de
sociétés-mères, prix de transferts etc.). Les
délocalisations pures sont, par contre, rares. Les Etats, de leur
côté, par la mise en place de régimes dérogatoires
tentent d'attirer des entreprises sur leur territoire. L'enjeu de la
construction fiscale européenne est clair : soit chaque pays tente
de tirer partie de l'absence de coordination avec des conséquences
dangereuses (concurrence fiscale, baisse de recettes et son corollaire
réduction du rôle de l'Etat), soit la fiscalité des
sociétés est organisée sous l'égide de la
Commission. Cette dernière a déjà mis en place un certain
nombre de directives visant à assurer la neutralité de la
fiscalité vis-à-vis des investissements transnationaux, de
même qu'elle a engagé des procédures de lutte contre la
concurrence fiscale. Mais les avancées sont laborieuses et
insuffisantes. Les dernières propositions concernent la base
d'imposition des sociétés multinationales afin de lutter contre
certaines discriminations et de limiter l'optimisation fiscale. En dépit
de leur intérêt, ces propositions sont insuffisantes pour
permettre aux Etats, de conserver leur autonomie fiscale et les recettes
nécessaires à la pérennité de leurs choix sociaux.
L'adoption d'un taux minimal à l'instar de ce qui s'est fait pour la TVA
devrait compléter ces propositions.
Une entreprise multinationale qui envisage d'investir aujourd'hui dans les pays
de l'UE a fort à faire pour analyser ce que sera sa situation fiscale.
Quinze régimes nationaux d'imposition des bénéfices (IS)
régis par tout un réseau de conventions bilatérales et par
trois directives de la Commission forment l'architecture du système
fiscal européen. Cette complexité est, pour les entreprises,
à la fois une aubaine et une source de coûts. Une aubaine pour les
plus grandes d'entre elles, qui utilisent les divergences fiscales pour
minimiser leurs charges d'imposition (optimisation fiscale). Une source de
coûts pour les petites et moyennes entreprises susceptibles
d'opérer en Europe.
Les Etats, de leur côté, sous l'effet de la pression des
entreprises et des autres Etats tentent d'attirer des entreprises sur leur
territoire (concurrence fiscale). Les entreprises courtisées sont
principalement les grandes entreprises et c'est à leur intention qu'ont
été mis en place par certains Etats membres, des régimes
dérogatoires aux droits communs (la Commission qui les combat en a
recensé plus de 200). Le comportement concurrentiel ne se limite
cependant pas à l'utilisation de ces régimes. Subventions
diverses et fourniture publique d'infrastructures sont autant d'instruments
permettant d'attirer les entreprises. Par ailleurs, comme nous le verrons, les
Etats membres se sont quasiment tous engagés dans un processus de baisse
des taux de l'IS accompagné par l'élargissement de la base
imposable. De sorte que si concurrence il y a, elle se signale certainement
plus par la présence de régimes dérogatoires que par la
baisse des taux.
La Commission, quant à elle, conformément à son engagement
de réalisation du grand marché européen, vise par ses
propositions et directives en matière d'imposition des
bénéfices à assurer la neutralité de la
fiscalité vis-à-vis des investissements transnationaux53(*) : les entreprises doivent
pouvoir investir sur l'ensemble du territoire européen sans que la
fiscalité soit une source de coût ou de distorsion
économique54(*).
Des directives ont donc été mises en oeuvre pour éviter
par exemple, les doubles impositions ou encore pour limiter certaines pratiques
d'optimisation fiscale. De même, la Commission a engagé des
procédures de luttes contre la concurrence fiscale à laquelle se
livrent subrepticement les Etats. Mais, les avancées sont laborieuses et
pour certaines d'entre elles, insuffisantes. Les groupes transnationaux
continuent d'optimiser et le système dans son ensemble reste complexe et
non neutre. Telle est aujourd'hui la situation en Europe en matière de
fiscalité des sociétés.
La question urgente, qu'il s'agit de traiter aujourd'hui, en matière de
fiscalité des entreprises n'est pas celle de la comparaison du niveau
des taux d'imposition selon les pays ou encore celle de la
délocalisation des entreprises afin de désigner les bons ou les
mauvais élèves, mais celle de la nécessité de
l'organisation de l'IS au niveau européen. Et ce
précisément pour que les entreprises ne soient pas
incitées à se délocaliser pour des raisons uniquement
fiscales. La non neutralité du système, de même que la
concurrence fiscale (qui contribue aussi à cette non neutralité)
sont coûteuses, en termes d'efficacité économique55(*) et de recettes fiscales pour
les Etats.
L'organisation fiscale qui est du ressort de la Commission se heurte, comme
d'ailleurs celle des autres impôts, à l'autonomie fiscale des
Etats membres et au principe de subsidiarité. Cela explique que le choix
de l'harmonisation des bases et des taux qui supprimerait l'ensemble des
problèmes est aujourd'hui inenvisageable. Les Etats la refuseraient au
motif qu'elle nuit à leur souveraineté fiscale. On voit bien
qu'en matière de TVA par exemple, c'est un ensemble de principes
généraux minimal et non l'harmonisation qui a été
choisi.
Quelle organisation mettre en place ? Est-il possible d'instituer un
système d'IS neutre en Europe tout en préservant la
diversité des régimes et sans mettre en péril les recettes
fiscales des Etats membres ? La Commission a récemment émis
un certain nombre de propositions visant à faire avancer le processus de
coordination. Suffiront-elles à enrayer les pratiques de concurrence
fiscale et les menaces de délocalisation des entreprises ? En clair, ces
propositions permettront-elles à chaque Etat, de conserver son autonomie
fiscale et les recettes nécessaires à la pérennité
de leurs choix sociaux ? Ce sont les questions que nous traiterons dans ce
chapitre. Dans un premier temps, cependant, nous présenterons les
régimes nationaux d'IS en Europe et leur évolution ces dix
dernières années et discuterons des problèmes de
délocalisations des entreprises ainsi que des solutions à
apporter. Sachant que le point d'achoppement le plus aigu concerne l'imposition
des entreprises transnationales, nous ferons dans une seconde partie, le point
sur le fonctionnement du système d'imposition tel qu'il s'applique aux
sociétés dont les activités s'étendent sur
l'ensemble du territoire européen. L'évolution des positions de
la Commission en matière de coordination, des comportements
d'optimisation et de concurrence fiscale seront alors évoqués.
I. L'IS en Europe, son poids, son évolution
1. Le poids de l'IS en Europe
Le poids de l'IS (tableau 1) dans les budgets nationaux est relativement proche. Seuls se distinguent, l'Autriche et l'Allemagne (avec des recettes nettement inférieures à la moyenne), le Luxembourg et dans une moindre mesure le Royaume-Uni (avec des recettes d'IS légèrement supérieures à l'ensemble des autres pays). Au cours de la décennie 1990, le poids de l'IS a légèrement progressé dans l'ensemble des pays de l'UE (sauf pour le RU). Cette progression est en grande partie due aux évolutions conjoncturelles (les entreprises ont des profits plus élevés), les modifications structurelles opérées dans les pays membres au cours des dernières années s'étant compensées.
Tableau 1 : Impôt sur les sociétés en % du PIB
|
1980 |
1990 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001* |
2002* |
|
|
Autriche |
1,4 |
1,3 |
1,8 |
1,8 |
1,8 |
1,7 |
1,7 |
1,8 |
1,8 |
|
Allemagne |
1,8 |
1,8 |
1,7 |
1,9 |
1,9 |
2,0 |
2,1 |
1,9 |
1,9 |
|
Belgique |
2,2 |
2,4 |
3,1 |
3,5 |
3,6 |
3,5 |
3,5 |
3,5 |
3,4 |
|
Danemark |
1,5 |
2,6 |
3,4 |
3,7 |
3,6 |
3,6 |
3,5 |
3,5 |
3,5 |
|
Espagne |
1,2 |
3,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
2,1 |
|
Finlande |
1,2 |
2,0 |
3,0 |
3,7 |
3,7 |
3,7 |
3,8 |
3,6 |
3,5 |
|
France |
2,1 |
2,4 |
1,9 |
2,2 |
2,7 |
2,9 |
2,9 |
2,8 |
2,8 |
|
Grèce |
0,5 |
1,7 |
2,2 |
2,4 |
2,9 |
3,2 |
3,3 |
3,3 |
3,2 |
|
Irlande |
1,5 |
2,2 |
3,6 |
3,7 |
3,7 |
3,7 |
3,5 |
3,4 |
3,3 |
|
Italie |
2,4 |
3,7 |
4,2 |
4,3 |
3,9 |
4,1 |
4,1 |
3,9 |
3,9 |
|
Luxembourg |
7,6 |
6,6 |
6,9 |
8,3 |
8,3 |
8,2 |
8,2 |
8,0 |
7,6 |
|
Pays-Bas |
3,0 |
3,4 |
4,1 |
4,6 |
4,5 |
4,5 |
4,4 |
4,2 |
4,2 |
|
Portugal |
0,9 |
2,5 |
2,7 |
2,8 |
2,8 |
2,9 |
3,0 |
3,1 |
3,1 |
|
RU |
2,9 |
4,1 |
3,8 |
4,3 |
4,7 |
4,7 |
4,8 |
4,7 |
4,7 |
|
Suède |
1,2 |
2,0 |
3,1 |
2,8 |
2,9 |
2,9 |
2,8 |
2,7 |
2,6 |
|
Europe |
2,2 |
2,9 |
2,7 |
3,0 |
3,1 |
3,2 |
3,2 |
3,2 |
3,1 |
*
Estimations/Prévisions.
Sources : Commission européenne/Eurostat.
2. Les modifications structurelles de la décennie 1990
Les
réformes fiscales mises en oeuvre tout au long de la décennie
1990 ont toutes été façonnées par l'idée
selon laquelle, tout prélèvement autre que forfaitaire
étant source de distorsions56(*), il est préférable que l'impôt,
pour un montant de recette donné, soit prélevé à un
taux relativement faible quitte à ce que la base d'imposition soit la
plus large possible.
De fait, pour la raison évoquée ci-dessus, mais aussi pour des
effets d'affichages en termes d'attractivité fiscale, les pays de l'UE
n'ont cessé tout au long des années 1990 de diminuer les taux
d'imposition sur les bénéfices (tableau 2). L'Allemagne avait
deux taux d'imposition sur les sociétés : 30 et 40 %
(respectivement pour les bénéfices distribués et non
distribués) qui ont été ramenés par la
réforme 2000 au taux unique de 25 %. La Grande-Bretagne a un
barème progressif qui commence à 10 et se termine à 30. En
Suède, le taux est unique, fixé à 28 %. L'Italie a
introduit la DIT (Dual Income Tax), ce qui revient à pratiquer un
barème progressif (en fonction de la rentabilité de l'entreprise)
à deux taux : 19 (pour la rentabilité normale) et 36 %
(pour la rentabilité exceptionnelle). Le taux français, a lui
aussi subi par rapport à son niveau des années 1980 une forte
baisse mais reste, compte tenu des majorations qui subsistent, aux alentours de
35 % soit avec les Pays-Bas dans le haut de la fourchette dans l'Union
européenne. L'Irlande a un double système : un taux normal
d'imposition sur les sociétés comparable à celui de la
Grande-Bretagne -- c'est à dire un taux progressif dont la fourchette se
situe entre 22 et 34 % -- et un taux de 10 % pour des
activités manufacturières localisées dans des zones
préférentielles. Ce mouvement de baisse des taux engagé
depuis une décennie perdure. Les Irlandais, par exemple, en
prévision d'une éventuelle condamnation pour compétition
fiscale déloyale, envisagent de fusionner en 2003 tous leurs
régimes sur la base d'un taux unique de 12,5 %.
On remarque qu'aujourd'hui, hormis le cas particulier de l'Irlande, le taux
nominal d'IS est en moyenne en Europe de 30 %.
Tableau 2 : Evolution des taux nominaux de l'IS
|
Taux normal hors surcharge (1) |
|
|
Autriche |
34 % |
|
Allemagne |
Avant
2000 : Taux sur les bénéfices réinvestis :
40 % |
|
Belgique |
39 % |
|
Danemark |
1999 :
32 % |
|
Espagne |
35 % |
|
Finlande |
1999 :
28 % |
|
France |
50 %
fin de la décennie 1980 |
|
Grande-Bretagne |
33 %
début des années 1990 |
|
Grèce |
1999 :
40 % |
|
Irlande |
10 %(3) |
|
Italie |
37 %
avant 1998 |
|
Luxembourg |
30 % |
|
Portugal |
1999 :
34 % |
|
Pays-Bas |
35 % tout au long de la décennies 90 |
|
Suède |
28 % |
(1) Taux
maximal hors surcharges. Il existe par ailleurs dans tous les pays des
taux réduits pour les PME ou pour les entreprises dont le chiffre
d'affaires est en deçà d'un certain montant.(voir annexes pour
plus de précisions sur les pays).
(2) Le taux normal de l'IS a été l'objet de nombreuses surcharges
tout au long des années 1990 pour atteindre près de 42 % en
1997 avant de redescendre en 2002 à 35,43 %. Le taux sera de 34,43%
en 2003 (voir annexes sur la France pour plus de précisions).
(3) L'Irlande a un double système : un taux normal d'imposition sur les
sociétés -- soit un taux progressif dont la fourchette se situe
entre 22 et 34 % -- et un taux de 10 % pour des activités
manufacturières localisées dans diverses zones
préférentielles. On peut considérer que le taux normal est
de 10 % dans la mesure ou les entreprises qui se délocalisent en
Irlande pour des raisons fiscales s'installent précisément dans
ces zones préférentielles.
(4) L'application de l'un ou de l'autre taux dépend de la
rentabilité du capital. Le barème est progressif, le taux moyen
comme le taux marginal croissent avec la rentabilité du capital.
Sources: Rapport Commission européenne 2001(935), Eurostat.
Les pays membres étant confrontés tout au long des années
1990 à des impératifs budgétaires, les modifications de
taux se sont quasiment toutes traduites par un élargissement de la base
d'imposition. L'Allemagne a par exemple durci sa position en matière de
règles d'amortissement. La Grande-Bretagne a réduit certains
avantages comme l'exonération des dividendes reçus de
sociétés résidentes pour certains types d'actionnaires,
etc.
Il est à priori difficile, à partir de la seule analyse
qualitative de l'évolution des taux et des éléments
constitutifs de la base imposable, de se prononcer sur l'évolution de la
charge fiscale supportée par les entreprises dans chaque pays. La
baisse du taux nominal de l'IS ne signifie pas nécessairement
réduction de la charge fiscale pour les entreprises, ni même
diminution des recettes fiscales pour l'Etat. En effet, des compensations
peuvent s'effectuer entre taux et bases et entre les éléments de
la base elle-même, et ce à la fois au niveau de l'entreprise mais
aussi au niveau global. Par exemple, un pays qui impose des restrictions sur
les pratiques d'évaluation des biens immatériels pourra les
compenser par un régime d'amortissement favorable sur les biens
tangibles. Où en est-on aujourd'hui des charges d'IS pesant sur les
entreprises des différents Etats membres, autrement dit qu'en est-il du
taux effectif d'imposition ?
3. Taux moyens effectifs d'imposition dans les pays de l'UE
Dans son
dernier rapport sur l'imposition des entreprises en Europe57(*), la Commission mesure
quantitativement l'ampleur des divergences entre les régimes fiscaux.
Elle calcule pour cela un taux moyen d'imposition effectif,
c'est-à-dire, le taux d'imposition que supporte un investissement type
qui rapporterait avant impôt une rentabilité de 20 %
(tableaux 3 et 4).
Ces taux doivent être interprétés avec précaution.
Ils tiennent compte non seulement de l'IS (base et taux nominal d'imposition y
compris les surcharges), mais aussi de la fiscalité locale. Autrement
dit, des éléments fiscaux comme par exemple la taxe
professionnelle ou les impôts fonciers pour la France entrent en ligne de
compte. Ces derniers impôts n'ont pas forcément comme base
d'imposition le bénéfice. Les différences ne sont donc pas
seulement dues à l'IS. Par ailleurs, pour ce qui est de l'IS, si une
bonne partie des éléments constitutifs de ces impôts sont
considérés (taux, provisions, crédit d'impôts,
etc.), d'autres comme le traitement des pertes ou le report des déficits
sont ignorés. Enfin, il s'agit d'investissements type portant sur un
actif composite (combinaison de machines, de biens intangibles, etc.) avec un
mode de financement qui combine dans des proportions fixées
l'autofinancement, l'endettement et l'émission d'actions. Leur
représentativité est donc soumise à questionnement.
Quoiqu'il en soit des modalités de calculs, il ressort des analyses de
la Commission que les charges fiscales auxquelles sont soumises les entreprises
dans le cadre des investissements domestiques sont relativement disparates
(tableaux 3 et 4). Trois groupes de pays peuvent être distingués.
L'Irlande et les pays du Nord de l'Europe (Suède, Finlande) avec des
taux inférieurs à 25 %. Un groupe de pays (Italie,
Grande-Bretagne, Danemark, Autriche, etc.) avec un taux proche de 30 %. Et
enfin, la France et l'Allemagne avec des taux compris entre 35 % et
40 %. L'Allemagne en dépit de sa récente réforme est
toujours en première position, juste devant la France. L'Allemagne a
certes diminué son taux nominal d'imposition mais a élargi sa
base. Si la réforme a effectivement réduit le poids de l'IS, elle
n'a pas modifié la position de ce pays vis-à-vis de ses
partenaires européens. La raison est que l'Allemagne a réduit le
poids d'un impôt initialement très élevé. Quant
à la France, sa position est en partie due à la prise en compte
dans le calcul de l'imposition locale. Celle-ci est d'autant plus importante
qu'elle est un coût fixe pour les entreprises (indépendant de leur
résultat).
Tableau 3 : Taux moyen effectif d'imposition dans les pays membres de l'UE
|
En 1999 |
Taux légal d'imposition |
Taux nominal utilisé pour le calcul du taux effectif (1) |
Taux moyen effectif d'imposition(2) |
|
Autriche |
34.00 |
34.00 |
29.8 |
|
Allemagne |
40.00 |
52.35 |
39.1 |
|
Belgique |
39.00 |
40.17 |
34.5 |
|
Danemark |
32.00 |
32.00 |
28.8 |
|
Espagne |
35.00 |
35.00 |
31.0 |
|
Finlande |
28.00 |
28.00 |
25.5 |
|
France |
33.33 |
40.00 |
37.5 |
|
Grande-Bretagne |
30.00 |
30.00 |
28.2 |
|
Grèce |
40.00 |
40.00 |
29.6 |
|
Irlande |
10.00 |
10.00 |
10.5 |
|
Italie |
37.00 |
41.25 |
29.8 |
|
Luxembourg |
30.00 |
37.45 |
32.2 |
|
Pays-Bas |
35.00 |
35.00 |
31.0 |
|
Portugal |
34.00 |
37.40 |
32.6 |
|
Suède |
28.00 |
28.00 |
22.9 |
|
En 2001 |
Taux nominal d'imposition |
Taux nominal utilisé pour le calcul du taux effectif (1) |
Taux moyen effectif d'imposition(2) |
|
Autriche |
34 |
34 |
27.9 |
|
Allemagne |
25 |
39,35 |
34.9 |
|
Belgique |
39 |
40,17 |
34.5 |
|
Danemark |
30 |
30 |
27.3 |
|
Espagne |
35 |
35 |
31.0 |
|
Finlande |
29 |
29 |
26.6 |
|
France |
33,33 |
36,43 |
34.7 |
|
Grande-Bretagne |
30 |
30 |
28.3 |
|
Grèce |
37,5 |
37,50 |
28.0 |
|
Irlande |
10 |
10 |
10.5 |
|
Italie |
36 |
40,25 |
27.6 |
|
Luxembourg |
30 |
37,45 |
32.2 |
|
Pays-Bas |
35 |
35 |
31.0 |
|
Portugal |
32 |
35,20 |
30.7 |
|
Suède |
28 |
28 |
22.9 |
(1) Il
comprend le taux nominal de l'IS normal, les surcharges et l'impôt sur le
bénéfice local.
(2) Ce calcul prend en compte le taux d'imposition global sur les
bénéfices tel que défini en (1) et des impôts locaux
ne portant pas sur le bénéfice, tel que la taxe professionnelle
(pour la France par exemple).
Source : Rapport Commission européenne 2001(935).
Lecture : Le taux moyen effectif d'imposition pour un investissement
type (biens et mode de financement composite) qui rapporte avant impôt
20 % est de 34,7 % en France et de 34,9 % en Allemagne.
Que conclure de ces résultats et de la position relativement
défavorable de la France ?
On peut craindre que ce différentiel ne génère des
délocalisations d'entreprises. Or, il n'y pas eu en Europe de
délocalisations massives d'entreprises dues à la seule imposition
des sociétés. La raison en est simple, l'IS est un
déterminant relativement mineur des choix de localisation des
entreprises. Celles-ci sont sensibles à la qualité et au
coût de la main-d'oeuvre, à la qualité des infrastructures,
à la plus ou moins grande flexibilité des procédures
administratives, etc. Les choix de localisations peuvent aussi répondre
à des impératifs économiques (parts de marché,
conditions de production, etc.)58(*). Les délocalisations pures (délocaliser
la production pour l'exporter dans le pays d'origine) sont relativement rares.
L'effet du différentiel d'IS n'est pas pour autant nul. Même si
les délocalisations pures ne sont aujourd'hui pas massives, on ne peut
ignorer leur éventualité. Par ailleurs, les grandes entreprises,
qui opèrent sur l'ensemble du territoire européen utilisent ce
différentiel pour optimiser fiscalement (voir section II.2) sans pour
autant délocaliser la production.
Que faire ? Bien sûr un IS nul supprimerait les problèmes
mais nuirait aux pays qui souhaitent conserver des recettes fiscales sauf
à alourdir la fiscalité des autres facteurs de production. La
course à la baisse de l'IS n'est pas de ce point de vue une solution
viable et ce d'autant que l'issue du processus est une imposition nulle sur les
entreprises. Il coûterait certainement plus cher à un pays de
baisser le poids de l'IS qui porte sur l'ensemble de ses entreprises pour
conserver les quelques entreprises qui pourraient se délocaliser et
tenter d'attirer des entreprises étrangères (ce qui est peu
probable, si l'ensemble des pays se comporte de la sorte) que de laisser se
délocaliser les quelques cas existants. Il en est de même en ce
qui concerne l'effet d'une baisse du poids de l'IS sur les pratiques
d'optimisation.
Le problème doit être résolu au niveau de l'Union
européenne par la mise en place, par exemple, d'un taux minimal en
dessous duquel les pays ne pourraient pas descendre, à l'instar de ce
qui est fait pour la TVA. Comme nous le verrons plus bas, aucune proposition ne
va dans cette direction.
II. L'imposition des opérations transnationales
Comment sont imposés les groupes dont les opérations
s'étendent à l'ensemble de la Communauté et quels sont les
défauts de ce système ?
1. La situation de fait
Tout
résident est imposable dans son pays de résidence. Le statut de
résident dépend cependant de la forme juridique de la
société. Une filiale, dotée d'une personnalité
juridique et fiscale, sera considérée du point de vue du pays
d'accueil comme une société résidente et du point de vue
du pays d'origine de la société mère comme un contribuable
étranger. En revanche, les établissements non dotés d'une
personnalité juridique (succursales ou branches) sont des non
résidents.
L'imposition des bénéfices des sociétés peut
reposer sur deux principes : le principe de la source (ou du
territoire) et celui de la résidence (ou du
bénéfice mondial). Selon le premier, un pays impose tous
les revenus engendrés sur son territoire, qu'ils aient été
réalisés par des résidents ou des non résidents.
Ainsi, dans un pays qui applique le principe de la source, les
bénéfices des entités de groupes étrangers sont
imposés et les sociétés nationales doivent exclure de
leurs résultats imposables les bénéfices de leurs
entités étrangères. En contrepartie, les déficits
subis à l'étranger ne sont pas imputables dans le pays d'origine.
Un pays qui applique le principe de résidence doit imposer tous
les revenus perçus par les résidents nationaux, qu'ils aient
été réalisés sur le territoire national ou à
l'étranger. Les pertes subies à l'étranger peuvent
être imputées de leurs bénéfices.
La France applique dans la majeure partie des cas le principe de la source,
mais autorise sous certaines conditions les groupes internationaux à
utiliser le régime du bénéfice consolidé59(*), autrement dit, le principe de
résidence. Les autres pays membres appliquent le principe de
résidence, mais se réservent le droit d'imposer les entreprises
non résidentes. De fait, dans la majorité des cas,
étant donné la définition du statut de résident, le
bénéfice des entreprises est imposé dans le pays de la
source de production. Les sociétés mères
localisées dans un pays qui appliquent le principe de résidence
sont autorisées60(*) à imputer sur l'impôt exigible les
impôts payés par leurs succursales à
l'étranger. Elles ne peuvent pas en revanche intégrer dans leur
résultat les bénéfices (pertes) de leurs filiales.
Ce système est insatisfaisant à plusieurs égards et est
critiqué par la Commission et par les entreprises. Il subsiste des
discriminations en fonction de la nationalité et certains revenus
subissent une double imposition.
Autre source d'insatisfaction, le système actuel est
potentiellement générateur de doubles impositions pour les flux
de revenus (dividendes, revenus d'intérêts, etc.), qui circulent
entre une filiale et sa société mère (voir annexe 1).
Certes les directives de la Commission et tout un ensemble de convention
bilatérales ont partiellement résolu le problème de la
double imposition des dividendes, mais le système reste complexe
et le problème demeure entier pour les autres catégories de
revenus.
Les dividendes
La
directive 90/435 (mère-filiale) stipule que la double imposition
des dividendes doit être évitée lors de leur rapatriement.
D'une part, le taux de prélèvement à la source sur les
dividendes distribués doit être nul dans le pays de la source. Ces
dividendes ne doivent en principe supporter que le taux de l'IS du pays
d'accueil. D'autre part, ces revenus sont, soit exonérés lors de
leur rapatriement (système de l'exemption), soit
réintégrés dans le bénéfice de la
société mère donc soumis à l'IS avec en
contrepartie un crédit d'impôt égal à l'impôt
sur les sociétés supporté à l'étranger.
Cependant, ce crédit est plafonné dans la limite de l'impôt
sur les sociétés, payé dans le pays de résidence de
la société mère. Les pays dans leur grande majorité
utilisent le système de l'exemption. Seuls trois pays en Europe, la
Grande Bretagne, l'Irlande et la Grèce appliquent le crédit
d'impôt. La double imposition des dividendes n'est cependant pas
totalement corrigée car elle ne s'applique qu'aux dividendes
payés aux sociétés mères qui détiennent au
moins 25 % de leur filiale63(*). La Commission a émis en 1993 une proposition
de directive visant à élargir le champ d'application de la
directive de 1990. Mais cette proposition est restée sans suite. Le
système des conventions bilatérales a pris, dans une certaine
mesure, le relais pour le traitement fiscal de la circulation des dividendes
entre entreprises ne bénéficiant pas de la directive
européenne64(*).
Cependant, en l'absence de convention, l'investissement est clairement
pénalisé. Par exemple, une société résidente
dans un pays n'ayant pas signé de convention avec la France devra payer
sur les dividendes d'origine française rapatriés l'IS
français plus une retenue à la source de 25 %.
Enfin, les doubles impositions sont en partie supprimées pour les
entreprises, les asymétries de traitement sont en revanche beaucoup plus
marquées lors de la distribution des dividendes aux actionnaires
personnes physiques. La non généralisation de l'avoir fiscal et
la présence du système de l'exonération des dividendes au
niveau des entreprises (pour les plus importantes) créent des
inégalités de traitement très fortes entre les
actionnaires en fonction de leur nationalité (voir chapitre sur
l'imposition du capital).
Paiements d'intérêts, redevance etc.
Les dividendes ne constituent pas les seuls revenus qui transitent entre une société mère et sa filiale. Les paiements d'intérêts et autres redevances sont aussi concernés. Or ces derniers font souvent l'objet d'une retenue à la source et de doubles impositions. La Commission a présenté en 1998 une proposition, COM(1998/67), visant à supprimer cette source d'inefficacité à l'instar de ce qui a été fait pour les dividendes. Là encore, la proposition reste pour le moment sans suite.
2. Optimisation fiscale, localisation des sièges sociaux et régimes dérogatoires
L'application de fait du principe de la source associé à une correction imparfaite des doubles impositions et à la coexistence d'une pluralité de régimes d'imposition dans l'UE permet aux grandes entreprises de minimiser leurs charges d'imposition. Elles sont, de plus, aidées en cela par les régimes dérogatoires mis en place par les Etats membres. Ces pratiques ainsi que les régimes dérogatoires sont nombreux. Il ne s'agit pas ici de les recenser ici (la Commission en a dénombré plus de 200) mais plutôt à l'aide de quelques exemples d'expliquer les mécanismes à l'oeuvre.
Holding financière et système de correction de la double imposition
Une
holding financière est une structure qui détient des
actions d'autres sociétés. Le motif de création d'une
holding qui nous intéresse ici est celui d'utiliser en toute
légalité les divergences fiscales des pays. Certaines filiales
doivent être localisées pour des raisons économiques dans
des pays non attractifs fiscalement. La création d'une holding
judicieusement localisée permettra alors de réorienter la
distribution de dividendes ou d'intérêts et de minimiser ainsi la
charge fiscale. Par exemple, les entreprises peuvent chercher à
exploiter le fait que les pays appliquent différentes méthodes
d'imputation pour la correction des doubles impositions pour les dividendes.
Les systèmes de l'exemption et crédit d'impôt sont
équivalents pour une entreprise multinationale lorsque le pays de
résidence de la société mère a un taux nominal
d'imposition plus faible que celui du pays d'accueil de la filiale.
L'exonération est un système plus avantageux pour les entreprises
que ne l'est le crédit d'impôt si le taux du pays de la
société mère est le plus élevé. A partir de
là, il est possible de mettre en place un montage financier qui
exploitera avantageusement la divergence des systèmes employés.
Le principe général du montage financier est
celui-ci : la société mère est installée dans
le pays A, la holding dans le pays B et la filiale dans le pays C. La
société mère peut financer la holding qui en fait de
même pour la filiale, soit par émission d'actions, soit par
prêts. La société mère et la holding
reçoivent donc en retour des dividendes ou des intérêts.
Le financement de la filiale (par exemple, émission d'action) en passant
par la holding financière peut être avantageux si les conventions
entre les pays A et C éliminent la double imposition en utilisant le
système du crédit d'impôt alors que les conventions entre
les pays C et B et entre les pays B et A utilisent le système de
l'exonération. Imaginons que le taux d'imposition dans le pays C soit de
15 % et celui de la société mère de 30 %.
Sans holding, le taux que supporte l'entreprise sur les dividendes sera de
30 %. Si cette société passe par la holding, elle
supportera in fine le taux de 15 %.
Les cas de figure sont aussi nombreux que les combinaisons de choix possibles
de financement. De façon générale, le choix de
localisation des holdings est sensible au traitement fiscal des dividendes, des
intérêts, à l'éventuelle exonération des
plus-values de cessions ; aux règles d'imposition des groupes (mise
en commun des bénéfices et des pertes par exemple), à
l'importance des réseaux de conventions fiscales (ce qui multiplie les
possibilités d'optimisation), aux règles relatives aux ratios
endettement/fonds propres (qui préviennent la sous-capitalisation), etc.
Ces pratiques d'optimisation reposent sur les régimes
dérogatoires mis en place par les Etats membres. Les pays d'accueil des
holdings en Europe sont : Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, France,
Allemagne, Espagne. Aucun pays cités ne constitue dans l'absolu
le lieu d'accueil idéal, mais chacun en fonction des objectifs de la
holding présente (plus ou moins) des avantages comparatifs. Le tableau
5, issu d'une étude du ministère des Finances, donne quelques cas
de figure.
Tableau 4 : Les pays d'accueil des holdings en fonction de leurs priorités
|
Objectifs |
Pays recommandés |
Pays à éviter |
|
Echapper à l'impôt sur les plus-values résultant de la cession des participations |
Pays-Bas |
France |
|
Bénéficier d'un réseau de convention fiscale important |
France |
-- |
|
Conquérir des participations en déduisant des intérêts au titre d'emprunt |
France |
Pays-Bas |
|
Bénéficier de l'imposition des retenues à la source |
France |
-- |
|
Préparer la succession d'une personne physique |
-- |
France |
Source : Rapport Bollé, n° 82, Sénat.
Encadré 1 : Exemples d'utilisation des régimes des holdings
L'optimisation fiscale
Comment fonctionnent les régimes spéciaux des compagnies
financières aux Pays-Bas ? L'avantage du régime des
compagnies financières hollandaises repose non pas sur un taux d'IS
particulièrement favorable mais sur l'existence d'un réseau de
conventions bilatérales relativement important et sur la
possibilité de négocier directement avec les autorités
hollandaises le montant de la base imposable. Par un accord avec
l'administration et un mécanisme de prix de transfert, les
holdings néerlandaises peuvent échapper à
l'impôt. En effet, les compagnies financières sont
autorisées à constituer des réserves pour risques
financiers, réserves pouvant atteindre 80 % du revenu imposable de
ces sociétés et déductibles de ce même revenu ;
les revenus d'intérêts d'origine étrangère
bénéficient d'un crédit d'impôt et la distribution
des dividendes vers de nombreux pays (Allemagne, France, etc.) n'est pas
soumise à une retenue à la source et exonéré
à l'arrivée (Allemagne, ...).
L'utilisation optimale du crédit d'impôt au
Royaume-Uni. Le Royaume-Uni utilise comme méthode
d'élimination de la double imposition (cadre de la directive
mère-filiale) pour la distribution des dividendes de source
étrangère, le crédit d'impôt. Autrement dit, les
dividendes que reçoit une société installée au RU,
de la part de sa filiale (installée hors du RU) sont imposés aux
taux de 30 % mais la société bénéficie en
retour d'un crédit d'impôt égal au montant d'impôt
sur les sociétés versé à l'étranger.
Dès lors que le taux de l'IS du pays dans lequel est
localisée la filiale est supérieur à celui qui
prévaut au RU, une partie du crédit d'impôt est en quelque
sorte gaspillé. En revanche, s'il est inférieur, la
société mère est redevable d'un supplément
d'impôt. La situation optimale est celle où les deux taux sont
exactement égaux. Les filiales des grands groupes sont situées
dans de nombreux pays aux taux divergents. La législation au Royaume-Uni
ne permet pas à la société mère de
bénéficier de compensation entre les différentes sources.
L'utilisation d'une holding en centralisant l'ensemble des dividendes
quel qu'en soit l'origine permet à la société mère
d'optimiser.
Les techniques de transferts des bénéfices : la question des prix de transferts65(*)
Le
transfert des bénéfices peut s'effectuer selon plusieurs
méthodes. Mais le principe est toujours le même. Il s'agit de
modifier le bénéfice des filiales de façon à
obtenir la répartition entre les entités du groupe la plus
judicieuse.
Les prix de transferts sont des transactions marchandes dont le prix est
volontairement faussé. Ils permettent de transférer une partie
des bénéfices d'une filiale située dans un pays à
forte imposition vers un pays à faible imposition en vendant à un
prix délibérément minoré les produits d'une filiale
A située dans un pays X à fort taux d'imposition, à une
autre filiale B localisée dans un pays Y à taux d'imposition
moins élevé. Le bénéfice que A aurait dû
retirer de la vente de ses produits à un prix normal est ainsi
transféré à B et supportera une taxation moins forte du
fait de l'existence d'un différentiel de taux d'imposition sur les
bénéfices entre X et Y. La modification de la répartition
des bénéfices entre A et B aboutit pour le groupe à une
économie d'impôt globale mais a des conséquences
divergentes sur les recettes fiscales de X, qui sont affaiblies, et celles de
Y, qui se trouvent au contraire augmentées.
La question des prix de transferts est délicate. Pour les Etats, ces
prix de transactions internes sont une source d'évasion fiscale. Pour
les entreprises, les dispositifs de lutte contre les prix de transferts mis en
place par les différents Etats66(*) ne permettent pas de calculer à son juste
coût la valeur de certaines transactions et induisent des coûts de
gestion supplémentaires. Suivant les recommandations de l'OCDE, les
administrations utilisent diverses techniques de correction, dont la
méthode des prix comparables sur un marché de pleine concurrence
(comparable uncontrolled price method). Mais de telles comparaisons
n'existent pas toujours, ce qui est le cas de la valorisation des biens
immatériels. Par ailleurs, les procédures permettant de calculer
les prix de transferts fiscalement acceptables seraient lourdes et fortement
différenciées entre les Etats et constitueraient de fait une
source supplémentaire de double imposition.
Devant la divergence des intérêts soulevée par de telles
pratiques, la Commission a émis la directive 90/436 (prix de
transferts) visant à régler les litiges entre les Etats et
les entreprises. Un pays peut, par exemple, revaloriser pour des questions
fiscales une transaction effectuée entre deux sociétés
d'un même groupe mais localisées dans deux pays différents.
Si le pays de l'origine de la transaction ne corrige pas la valorisation de
cette transaction à la baisse, la société est doublement
imposée. D'où des réclamations et des litiges qui opposent
entreprises et Etats membres. Aussi la Commission souhaite-t-elle organiser
un cadre juridique.
La délocalisation des sièges sociaux
La
localisation des sièges sociaux fait partie des pratiques d'optimisation
fiscales. Les cas observés sont moins une délocalisation de
siège que le choix géographique d'un siège social nouveau
à la suite d'une fusion, exemple DEXIA (Belgique), EADS (PB), EURONEX
(PB)67(*)..
La localisation des sièges sociaux dépend de nombreux
paramètres mais deux d'entre eux sont apparus au cours des
dernières années comme primordiaux. Les vagues successives de
fusions-acquisitions, les opérations de concentration, qu'a connu
l'Europe ont mis au premier plan le traitement fiscal des opérations de
restructuration. Parmi elles se trouvent l'imposition des plus-values de
cessions d'actifs et les systèmes de compensation de la double
imposition pour les actionnaires personnes physiques (voir chapitre sur
l'imposition du capital).
Les plus-values de cessions d'actifs
L'imposition des plus-values est un élément de premier
plan pour le choix du siège social des entreprises qui fusionnent. La
valeur des actions de la société issue d'une opération de
fusion est supérieure à la valeur des actions des
sociétés fusionnées. Cette plus-value est passible
d'imposition. La Commission a émis une directive (90/434) dont
l'objectif est le report de l'imposition des plus-values dégagées
par les opérations de fusions/acquisitions jusqu'à la cession
effective des titres.
L'exonération est le système appliqué ou en voie de
l'être (Allemagne, Royaume-Uni, Italie) par la plupart de nos partenaires
de l'Union européenne. La France est quasiment le seul pays à ne
pas respecter dans son intégralité cette directive. Les
opérations de fusions, d'apport partiel d'actifs ou encore les
opérations de scissions ne bénéficient de
l'exonération que sous des conditions restrictives68(*). Dans tous les autres cas,
l'imposition s'effectue soit au taux normal de l'impôt sur les
sociétés, soit au taux de 19 %.
III. Les propositions de la Commission
La création d'un marché intérieur sans obstacles fiscaux
se heurte à une contrainte de poids, le principe de subsidiarité
en matière fiscale. La mission que s'est fixée la Commission est,
à l'image de ce qui est fait dans les systèmes fiscaux des
fédérations (Etats-Unis notamment), de faire subsister les quinze
régimes fiscaux tout en minimisant les obstacles fiscaux qui à la
fois créent des coûts pour les entreprises transnationales mais
aussi et surtout distordent leurs comportements. La Commission, nous l'avons
vu, a dans l'optique du marché unique déjà mis en place
des directives, au début des années 1990, visant (certes
imparfaitement) à supprimer les doubles impositions. Plus
récemment, en 1997, face au comportement des Etats membres (la
concurrence fiscale étant nuisible à la neutralité) elle a
initié la lutte contre la concurrence fiscale déloyale, autrement
dit, la lutte contre les non impositions. Aujourd'hui, de nouvelles
propositions relatives aux principes d'imposition des bénéfices
ont vu le jour en 2002. Elles sont présentées comme un moyen de
simplifier pour les multinationales les procédures fiscales (ces
derniers n'ayant plus à faire face à quinze régimes et aux
multiples conventions) ; comme un moyen de supprimer les discriminations
entre résidents et non résidents et entre filiales et
succursales ; et enfin comme un moyen de limiter l'optimisation fiscale,
notamment les problèmes de transferts de bénéfices.
La lutte contre la concurrence déloyale
Le
1er décembre 1997, le conseil Ecofin a adopté une
série de mesures destinée à lutter contre la concurrence
fiscale dommageable, ainsi que le principe de l'élaboration d'un code de
bonne conduite. La première phase consistait à identifier les
régimes susceptibles de générer une concurrence
déloyale, c'est-à-dire les régimes qui ont une incidence
sur la localisation des activités au sein de l'Union européenne.
Environ 230 régimes de compétition fiscale ont été
répertoriés et répartis en 5 catégories :
L'accord entre les pays porte non pas sur la concurrence fiscale
elle-même mais uniquement sur les formes déloyales de celles-ci.
Plus précisément, est considéré comme contraire au
code de bonne conduite, le fait que subsiste dans un Etat membre des
traitements fiscaux préférentiels, c'est-à-dire favorisant
une catégorie d'entreprise (par exemple résidentes) au
détriment des autres (par exemple, les non résidentes). Par
contre, le fait qu'un État membre pratique une imposition très
basse, mais généralisée, n'est pas considéré
comme relevant du domaine de la lutte contre la concurrence fiscale
déloyale, mais comme le signe d'une gestion saine des finances
publiques. L'Irlande par exemple, qui dispose d'un taux de 10 % pour
certaines industries et régions (les Dublin's Docks), s'est
engagée à supprimer ces régimes et à diminuer son
taux d'imposition normal à un niveau très bas (12 %) et ce
pour l'ensemble des entreprises. Le code de bonne conduite, qui n'est pas
contraignant juridiquement, doit aboutir, à l'horizon de cinq ans,
à démanteler les régimes fiscaux
préférentiels. Pour l'heure, aucune proposition ne vise
à fixer un taux minimum au-dessous duquel aucun pays ne serait
autorisé à baisser sa fiscalité sur les entreprises.
Les régimes dits financiers (réassurance,
sociétés de financement intra groupe) ;
Les régimes dits sectoriels (régimes fiscaux spécifiques
à certains secteurs économiques, financement de l'audiovisuel,
etc.) ;
Les régimes dits régionaux, avec les différents types
d'incitations fiscales en faveur de l'aménagement du territoire ;
Enfin, les régimes divers.
Les propositions relatives à la base d'imposition pour les sociétés transnationales
La
Commission a, dans une communication récente69(*), proposé
toute une série d'alternatives concernant la base d'imposition des
sociétés multinationales. La principale alternative consiste,
soit à imposer les groupes sur une base communautaire (Common
Consolidated Tax Base : CCBT), soit à les imposer sur la base
d'un régime consolidé de la société mère
(Home State Taxation : HST). Dans le premier cas (CCBT), il s'agit
de répartir le bénéfice d'un groupe entre les divers Etats
membres dans lesquels celui-ci est présent, selon des clefs de
répartition qui restent à définir (valeur ajoutée,
masse salariale, etc.), chaque Etat imposant alors la part du
bénéfice qui lui revient. La deuxième solution
préconise la généralisation du régime de la
consolidation (quel que soit le statut juridique des entités
rattachées au groupe) au niveau de la société
mère, le bénéfice étant alors imposé
au taux du pays d'accueil de la société mère.
Ces deux régimes s'inscrivent dans des logiques opposées entre
lesquelles la Commission n'a pas tranché. L'HST réhabiliterait le
principe de la résidence, ce qui avec le régime du
bénéfice consolidé permettrait de supprimer les
comportements de transferts de bénéfice des entreprises. Le
revers de cette proposition est que sans harmonisation ou tout au moins sans un
fort rapprochement des taux nominaux d'imposition, une telle proposition laisse
la porte ouverte à la délocalisation massive des sièges
sociaux dans les pays à bas taux d'imposition. Son adoption aboutirait
à la suppression totale des recettes pour les pays d'accueil des
filiales.
La CCBT préserve le principe de l'imposition à la source. Le
principe de la répartition du bénéfice, selon des clefs
qui diffèrent des résultats affichés, vise à
limiter, voire à supprimer les pratiques de transferts des
bénéfices des entreprises. Ce principe est celui qui est
utilisé aux Etats-Unis et au Canada ; deux
fédérations dans lesquelles les régimes d'impositions des
Etats diffèrent. Il s'agit dans leur cas de la méthode du
fractionnement qui permet de répartir le bénéfice
imposable entre les Etats sur la base de la part des immobilisations, des
ventes et des salaires versés par les filiales dans chaque Etat.
L'application d'un tel principe est d'autant plus simple que les bases
imposables sont harmonisées. Ce qui est le cas aux Etats-Unis mais qui
ne n'est pas encore dans l'UE. En l'absence de rapprochement des taux, ce type
de proposition ne supprime pas les possibilités de
délocalisation. Mais sous l'hypothèse raisonnable que seule la
délocalisation des sociétés mères présente
réellement un risque, l'application de la CCBT serait
certainement moins onéreuse en termes de pertes de recettes fiscales des
Etats et de risque de concurrence fiscale que celui de HST.
Ces deux propositions présentent la particularité d'être
facultatives. Les entreprises auraient la possibilité d'opter ou non
pour ces régimes. Leur refus impliquerait pour elles l'application du
système actuel.
Quelle imposition européenne des bénéfices ?
Les récentes propositions de la Commission quant à l'imposition
du bénéfice des sociétés laissent tout le champ des
possibles ouvert, le meilleur comme le pire. Le point commun des propositions
actuelles est de ne permettre de lutter ni contre la concurrence fiscale par
les taux, ni contre les problèmes de localisations des sièges
sociaux. Elles divergent fortement cependant, quant aux effets qu'auraient la
concurrence fiscale et les délocalisations sur les recettes des Etats
membres.
La proposition de consolidation de la base imposable au niveau de la
société mère remet en cause la situation actuelle. A
savoir, en pratique, l'application du principe de la source avec des directives
visant à limiter les doubles impositions. Certes cette situation est
loin d'être satisfaisante. Les Etats se livrent à la concurrence
fiscale et les grandes entreprises utilisent les différentiels fiscaux
pour minimiser leur imposition. L'application du principe de résidence
sans rapprochement des taux nominaux d'imposition ou sans fixation d'un taux
minimum, aurait des conséquences néfastes. Certes, elle
supprimerait les pratiques de transferts de bénéfices. Mais ce
principe suppose que ce soit le pays de la société mère
qui, du fait de la consolidation, reçoive l'intégralité
des recettes du groupe (à moins qu'une réallocation des recettes
entre les Etats membres ne soit organisée). D'autre part, l'absence de
convergence des taux70(*)
va exacerber la concurrence entre les Etats, les enjeux en termes de
recettes (délocalisation des sièges sociaux) étant
considérables. Cette concurrence par les taux est d'autant plus probable
que la Commission n'a déclaré comme déloyale que la
concurrence qui porte sur les régimes dérogatoires.
La proposition de répartition des bénéfices entre les pays
est plus satisfaisante. Elle s'inscrit dans la construction de l'Europe fiscale
déjà entreprise depuis dix ans. Elle permettrait, elle aussi, de
limiter les pratiques de transferts de bénéfices. Même si
elle ne supprime pas tous les gains à la délocalisation, elle
permettrait par l'application du principe de la source de limiter les
transferts de recettes fiscales entre les pays, même en présence
d'un écart d'imposition. Elle gagnerait à être
accompagnée de la fixation d'un taux d'imposition minimum sur les
bénéfices au sein de l'UE.
Que deux propositions aux conséquences si divergentes soient
simultanément émises peut paraître surprenant. Il ne faut
pas oublier que les décisions du Conseil en matière fiscale ne
sont que celles que prennent les Etats membres à
l'unanimité et que les Etats membres n'ont pas tous les mêmes
objectifs et la même volonté de construire une Europe
homogène. De ce point de vue, la première proposition
(régime consolidé de la société mère) est
celle qui permet de résoudre de façon techniquement simple la
question de l'optimisation fiscale des entreprises mais au prix d'un
renforcement de la concurrence fiscale des Etats membres. Son adoption
renforcerait la position des Etats membres qui souhaitent le
démantèlement du modèle social européen actuel. La
proposition relative à l'imposition d'une base européenne est
certes beaucoup plus satisfaisante, s'il s'agit de respecter les choix de
société de chaque Etat. Mais, dans la mesure où pour
être menée à terme, elle nécessite
l'unanimité sur de nombreux points, sa mise en oeuvre est plus complexe.
Il faudrait en effet, régler les questions de l'harmonisation des bases,
de l'extension des directives visant la suppression des doubles impositions
(dividendes, intérêts), du système de l'avoir fiscal
à mettre en place au niveau européen. Il serait aussi
nécessaire que les pays se mettent d'accord sur l'application effective
des directives déjà en place, s'interrogent sur le système
des conventions fiscales bilatérales, etc. Autant de questions à
régler qui du fait du principe de l'unanimité, laissent aux
adversaires de l'Europe fiscale, la possibilité de saper son
processus de construction.
Annexe 1: Les sources de double imposition
Le schéma 1 retrace les flux de revenus qui circulent entre une
société mère et sa filiale ou succursale, les
méthodes d'imposition de ces flux et les sources possibles de double
imposition.
Toute entreprise résidente (une succursale ou une branche ne sont pas
considérées comme des résidents, mais elles peuvent
être, dans certains cas, traitées comme telles) est imposée
à l'IS sur son lieu d'implantation. L'imposition des
bénéfices non distribués ou conservés dans le pays
d'accueil de la filiale est différée. En revanche, tout profit
rapatrié (sous forme de dividendes, intérêts royalties,
etc.) peut donner lieu dans le pays d'accueil à un
prélèvement à la source. Une fois rapatriés dans le
pays d'implantation de la société mère, ces flux, en
fonction du système d'imputation choisi par le pays pour éviter
la double imposition, sont soit exonérés soit soumis à
l'IS avec un système de crédit d'impôt. Le second tour de
redistribution, celle qui échoie aux actionnaires, donne encore lieu
à de nouveaux prélèvements (le précompte en France
par exemple).
Schéma 1
LES SOCIÉTÉS TRANSFRONTALIÈRES (SOCIÉTÉ MÈRE RÉSIDENTE EN FRANCE) : SOURCES D'IMPOSITION
Pays étranger France
Filiale
Société Mère
Bénéfices
Intégration dans les bénéfices
1
Distribution à l'actionnaire
Distribution de dividendes
IS
I. IS
III. IR
4
3
2
1. Retenue à la source
Analyser les différents systèmes d'intégration
· Directives mère-filiale (1990-1992) pour les
sociétés dont la participation dans le Capital de la filiale est
au minimum de 25 % : pas de retenue à la source
· Sinon application des conventions bilatérales ou droit interne
(notamment s'il s'agit d'une succursale)
· Sinon imposition à l'IS et mécanisme d'imputation
de l'IS et de l'IR
Intérêts, Royalties
3
Imposition et possibilité de crédit d'impôt si retenue
à la source.
2
2. Retenue à la source selon
3. Convention bilatérale
Chapitre 2. 2 : L'impôt sur le revenu
Henri Sterdyniak et Paola Veroni
L'impôt sur le revenu est le plus important sur le plan
redistributif comme sur le plan psychologique. Il représente globalement
10 % du PIB et le quart des recettes fiscales des pays de l'UE. Dans la
période récente, la volonté d'utiliser l'impôt sur
le revenu pour réduire les inégalités de revenu s'est
émoussée. Les réformes mises en oeuvre en Europe durant
les dix dernières années ont visé à réduire
les taux d'imposition marginaux, censés décourager le travail ou
l'épargne. Cette baisse s'est souvent accompagnée de mesures
d'élargissement de la base imposable, par la suppression de certains
abattements ou crédits d'impôt. Souvent, les réformes ont
visé à améliorer la situation des familles avec enfants,
compte tenu des problèmes de natalité en Allemagne et dans les
pays d'Europe du Sud et des problèmes de pauvreté au Royaume-Uni.
Les Pays-Bas ont introduit une réforme originale de taxation
cédulaire. Beaucoup de pays envisagent d'introduire des formules
d'impôts négatifs. Aucune tendance à l'harmonisation ou
à la convergence ne s'est manifestée en Europe Les
réformes, même si elles répondaient à des
préoccupations communes, ont été conduites sur des bases
purement nationales. Il serait cependant nécessaire d'harmoniser les
règles de taxation des dividendes et d'adopter des
« règles de bonne conduite » quant à la
taxation des non résidents.
L'impôt sur le revenu représente globalement 10 % du PIB et
le quart des recettes fiscales des pays de l'UE. C'est l'impôt le plus
important psychologiquement puisque c'est le plus transparent : le
contribuable ressent directement le prélèvement sur ses
revenus ; il voit combien lui coûtent les dépenses publiques.
L'impôt sur le revenu est ainsi celui qui symbolise le plus nettement le
lien citoyen. C'est aussi le seul qui tient compte de la situation d'ensemble
du contribuable et de sa capacité contributive. C'est
généralement le seul impôt progressif, donc celui qui joue
le rôle le plus important en matière de redistribution.
Théoriquement, la structure de l'impôt progressif sur le revenu
devrait être relativement uniforme entre les pays. Chaque contribuable
devrait être imposé en fonction de son revenu selon un
barème, où les tranches successives de revenu sont soumises
à des taux marginaux croissants. Les systèmes nationaux ne
différeraient alors que par le barème, qui reflèterait les
choix de chaque pays en matière de redistribution fiscale. En fait,
d'autres différences existent : l'unité d'imposition peut
être l'individu ou la famille ; les conjoints sans ressources et les
enfants peuvent être pris en compte par le quotient familial, un
crédit d'impôt ou un abattement ; l'ensemble des revenus peut
faire masse ou certains types de revenus (en particulier les revenus
financiers) peuvent être traités de façon
différenciée ; certains revenus peuvent être ou non
taxés (revenus sociaux, loyers fictifs, plus-values
réalisées ou latentes) ; les abattements et les
crédits d'impôt peuvent être plus ou moins importants,
chaque pays pouvant choisir d'essayer ou non d'infléchir tel ou tel
comportement, et ce choix fait, d'agir par des subventions directes ou pas des
incitations fiscales.
Dans la période récente, la volonté d'utiliser
l'impôt, et en particulier l'impôt sur le revenu, pour
réduire les inégalités de revenu, s'est
émoussée dans la plupart des pays européens. Durant la
décennie 1990, ceux-ci ont réduit les taux marginaux de
l'impôt sur le revenu, en particulier le taux supérieur, ceux-ci
étant accusés de nuire au travail et à l'épargne.
La globalisation du marché des cadres a fait naître la crainte que
les pays à fort taux d'imposition soient désertés par les
actifs les plus dynamiques. Aussi, certains pays européens ont-ils
accepté de réduire la redistribution assurée par le
système fiscal. Par ailleurs, le fort taux de chômage des
travailleurs peu qualifiés a conduit plusieurs pays (Grande Bretagne,
France, Pays-Bas...) à réduire la taxation portant sur les actifs
à bas revenus, sans toutefois aller jusqu'à introduire un
système d'impôt négatif. Enfin, le souci d'élargir
la base imposable, pour pouvoir réduire les taux d'imposition sans trop
perdre en recettes fiscales, a conduit à réduire les diverses
possibilités d'abattement ou de crédit d'impôt mis en place
jadis pour favoriser tel ou tel comportement (épargne, achat de
logement, investissements spécifiques). Ainsi, la fiscalité
devrait-elle devenir plus neutre. Cependant, la plupart des pays ont
procédé par des retouches progressives, et non par une grande
réforme.
Aucune tendance à l'harmonisation ou à la convergence ne se
manifeste en Europe, quant à l'impôt sur le revenu. Les
réformes, même si elles répondaient à des
préoccupations communes, ont été conduites sur des bases
purement nationales.
1. Le principe de résidence
Selon le
principe de résidence, chaque pays taxe l'ensemble de ses
résidents sur la totalité de leur revenu mondial. Un individu
peut choisir de s'expatrier pour des motifs fiscaux, mais il doit alors changer
de résidence et il est soumis, dans son pays d'accueil, aux mêmes
impôts que les résidents. Pour que ce principe puisse être
mis en oeuvre, un pays ne doit pas avoir le droit d'offrir une fiscalité
privilégiée à ces résidents de fraîche date.
Cependant, certains pays ont des législations dérogatoires.
Le Royaume-Uni et l'Irlande ne taxent pas les revenus de source
étrangère des personnes physiques étrangères non
transférés dans le pays, pendant les quinze premières
années suivant l'installation (remittance basis system). Ceci
permet à un étranger de s'installer au Royaume-Uni en
étant exonéré d'impôt sur ses revenus issus de son
pays d'origine et transférés dans un pays tiers. Ce
système peut permettre d'attirer des individus avec un fort patrimoine
financier, mais il ne permet guère d'attirer des cadres étrangers
(sauf cas particuliers).
Le Danemark et la Finlande offrent aux cadres et chercheurs étrangers
résidents un régime fiscal dérogatoire, comportant un taux
d'imposition nettement allégé par rapport à celui des
résidents nationaux. La généralisation de telles pratiques
de concurrence fiscale déloyale permettrait à cette
catégorie de la population d'être exonérée de la
charge des dépenses publiques, en changeant de pays de résidence,
alors qu'elle jouit de revenus élevés et a
bénéficié généralement de la gratuité
des dépenses d'éducation dans son pays d'origine.
L'ouverture du marché du travail ne doit pas être utilisée
pour permettre aux actifs les mieux rémunérés
d'échapper à l'impôt. La seule mesure acceptable est la
déduction fiscale des frais spécifiques induits par
l'expatriation.
Selon le principe de subsidiarité, chaque pays doit conserver la
maîtrise de son niveau de dépenses publiques et de son
degré de redistribution. Ceci nécessite qu'il conserve la
maîtrise d'une partie de ses recettes fiscales. Or l'impôt sur le
revenu est un des impôts qui est le moins susceptible de concurrence
fiscale, une fois admis le principe que chaque pays taxe la totalité des
revenus de ses résidents, dans la mesure où la mobilité
des personnes est plus faible que celle des capitaux, des entreprises et des
biens. Toutefois, la concurrence fiscale peut jouer pour l'imposition des
revenus du capital financier ; celle-ci pose donc des questions
spécifiques d'harmonisation (voir chapitre II.3). Elle joue aussi, et de
plus en plus, pour les revenus les plus élevés, ceux des cadres
mobiles internationalement ou des individus à fort patrimoine, qui
peuvent s'expatrier pour des motifs fiscaux. Certains pays, en particulier, la
Grande-Bretagne, leur accordent des privilèges spécifiques, qui
induisent une concurrence fiscale déloyale (encadré 1). Les pays
membres devraient réaffirmer le droit de chaque pays à taxer ses
résidents. Celui-ci suppose que les dispositifs dérogatoires
à l'égalité devant l'impôt entre les
résidents permanents, les résidents temporaires (ou de
fraîche date) et les non résidents soient
démantelésLa convergence des systèmes fiscaux
européens n'est pas à l'ordre du jour. Il serait cependant
souhaitable que soient mises en place des « règles de bonne
conduite » en ce qui concerne les non résidents et une
certaine harmonisation pour la fiscalité des revenus du capital. Reste
qu'il est difficile d'harmoniser certaines parties de la fiscalité au
niveau européen sans remettre en cause la cohérence de chaque
système national. Il doit exister une certaine cohérence entre la
taxation des revenus d'obligations et celle des dividendes (puisque les
épargnants peuvent choisir entre actions et obligations) ; une
certaine cohérence entre taxation des dividendes et taxation des revenus
des entrepreneurs individuels (puisque certaines entreprises peuvent choisir
leur régime fiscal) ; une certaine cohérence entre taxation
des salariés et des entrepreneurs individuels.
La première partie présente le poids de l'impôt sur le
revenu dans les pays de l'UE et son évolution au cours des dix
dernières années. La deuxième présente, pays par
pays, la structure de l'impôt et les réformes qui ont
été mises en oeuvre durant cette période. Enfin, la
troisième partie présente la situation en 2001, en examinant le
poids de l'impôt selon les niveaux de revenu et les configurations
familiales.
I. L'IR en Europe, son poids, son évolution
En 2000, le poids de l'IR (tableau 1) allait de 5 % du PIB en Grèce
à 25,3 % au Danemark ; soit, de 13 % des recettes
fiscales en Grèce à 52 % au Danemark. En moyenne, il
représente 10 % du PIB et 24 % des recettes fiscales. Deux
types de pays s'écartent fortement de la moyenne :
Depuis 1970, la part de l'impôt sur le revenu dans le PIB a nettement
augmenté. Ceci provient essentiellement du rattrapage
effectué par les pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce, Portugal).
La forte hausse du poids de l'impôt sur le revenu en France s'explique
par la substitution de la CSG-CRDS (compté comme impôt sur le
revenu) à des cotisations sociales salariés. Deux pays font
exception à cette évolution : le Luxembourg où
l'importance des recettes de l'impôt sur les sociétés a
permis une baisse de l'impôt sur le revenu et les Pays-Bas
où au début des années 1990 certaines prestations sociales
sont passées d'un financement par l'impôt à un financement
par des cotisations sociales. Globalement, malgré la volonté
proclamée de réduire les taux d'imposition, il n'y a pas eu de
fortes baisses de l'impôt sur le revenu.
Les pays du Sud (Espagne, Grèce, Portugal) marqués par des
structures fiscales relativement archaïques où les impôts
indirects sont très importants et que l'impôt sur le revenu ne
joue qu'un rôle mineur.
Tableau 1 : Impôt sur le revenu en Europe
|
En % du PIB |
(1) |
||||
|
1970 |
1980 |
1990 |
2000 |
2000 |
|
|
Autriche |
7,2 |
9,2 |
8,5 |
9,6 |
22,2 |
|
Allemagne |
8,8 |
9,8 |
9,0 |
9,6 |
25,3 |
|
Belgique |
8,7 |
15,4 |
13,9 |
14,3 |
31,1 |
|
Danemark |
19,6 |
22,9 |
24,8 |
25,3 |
52,4 |
|
Espagne |
1,9 |
4,7 |
7,2 |
7,2 |
19,5 |
|
Finlande |
12,8 |
14,0 |
17,2 |
15,1 |
32,5 |
|
France |
3,8 |
4,7 |
4,6 |
8,3 |
18,3 |
|
Grèce |
2,0 |
3,6 |
4,1 |
5,0 |
13,1 |
|
Irlande |
5,5 |
10,0 |
10,7 |
9,9 |
31,5 |
|
Italie |
2,8 |
7,0 |
10,2 |
10,1 |
23,9 |
|
Luxembourg |
6,7 |
10,9 |
9,5 |
7,6 |
18,1 |
|
Pays-Bas |
9,9 |
11,4 |
10,6 |
6,3 |
15,1 |
|
Portugal |
n.d. |
n.d. |
4,7 |
6,0 |
17,4 |
|
Royaume-Uni |
11,7 |
10,4 |
10,0 |
10,8 |
28,6 |
|
Suède |
19,8 |
19,5 |
20,6 |
18,8 |
35,2 |
|
UE15 |
7,1 |
8,7 |
9,2 |
9,9 |
24,1 |
|
Etats-Unis |
10,1 |
10,5 |
10,1 |
11,8(2) |
40,7(2) |
|
Japon |
4,2 |
6,2 |
8,2 |
5,7 |
20,9 |
(1) En %
des recettes fiscales ; (2) En 1999.
Source : OCDE, Statistiques des Recettes publiques, 2001.
Cependant, la comparaison du poids de l'impôt sur le revenu
soulève plusieurs difficultés :
II. Quel impôt sur le revenu ?
Il existe trois types de prestations sociales : les prestations de
solidarité réservées aux plus pauvres, les prestations
universelles que touchent tous les ménages, les prestations d'assurances
(retraites, chômage) réservées aux personnes cotisantes et
dépendantes des cotisations versées. Logiquement, les deux
premières (qui n'ont plus de lien avec l'activité) devraient
être financées par l'impôt, les troisièmes (qui sont
des salaires différés) par les cotisations sociales. Ce n'est pas
toujours le cas : en France, par exemple, les prestations famille et
maladie sont financées par des cotisations, ce qui réduit le
poids de l'impôt sur le revenu. L'impôt sur le revenu est
particulièrement élevé dans les pays Beveridgiens,
où il finance les prestations maladie, famille et des prestations
retraites universelles. Il est plus bas dans les pays bismarckiens, où
les retraites sont financées par des cotisations, surtout si, de
plus, les cotisations financent aussi des prestations universelles ou de
solidarité.
La frontière entre l'impôt sur le revenu et les cotisations
sociales n'est pas toujours claire. Où faut-il classer la CSG ?
Dans certains pays, il existe des impôts locaux assis sur le
revenu ; dans d'autres, ceux-ci sont forfaitaires ; dans d'autres,
encore assis sur le logement (avec éventuellement une correction pour
tenir compte du revenu). L'importance des impôts locaux varie
énormément selon les pays. Dans les pays où il est
important, ils sont assis sur le revenu et donc inclus dans le tableau 1.
Un impôt sur le revenu peut être fortement progressif et
incitatif tout en rapportant relativement peu (s'il exonère beaucoup de
ménages du bas de l'échelle et comporte beaucoup de
mécanismes de dépenses fiscales). Il peut être
proportionnel et rapporter beaucoup. Il n'y a pas de lien direct entre le poids
de l'impôt et son impact en termes d'incitation et de redistribution.
1. La base
En
principe, l'impôt sur le revenu devrait porter uniformément sur le
revenu global de l'individu, c'est-à-dire la somme de ses
différentes catégories de revenus : salaires, prestations,
revenus des entrepreneurs individuels, revenus du capital. Ce modèle
théorique n'est jamais mis en oeuvre parfaitement.
Une tradition sociale-démocrate pourrait amener à sous-taxer les
revenus du travail, fruit de l'effort, relativement à ceux du capital.
En sens inverse, l'argument de la double taxation amènerait à
détaxer les revenus du capital puisque le capital dont ils sont issus a
déjà été taxé au moment de sa constitution.
Si le taux d'imposition est de 40 %, une personne qui gagne 100 paye 40
d'impôt ; si elle épargne 60, l'année suivante elle
aura 3 de revenus du capital (pour un taux d'intérêt de 5 %),
donc 1,8 après impôt. Sans impôt, elle aurait eu 5. Le taux
d'imposition effectif est alors de 64 %. Cependant, cet argument
peut aussi s'appliquer au travail qualifié, qui suppose une
période d'éducation financée par des revenus (ceux des
parents) qui ont eux aussi été soumis à l'impôt sur
le revenu. Le principe d'équité horizontale amène à
considérer qu'il faut taxer chaque revenu l'année où il
est gagné et donc à refuser l'argument de double taxation.
La volonté d'inciter à l'épargne, puis, dans les
années 1980, les risques d'évasion fiscale par des placements
à l'étranger ont conduit à de nombreuses mesures
d'allègement de l'impôt sur les revenus du capital financier. Dans
les années 1990, un certain retour de balancier est intervenu. Reste
que, dans la plupart des pays, les revenus d'intérêt sont
taxés à un taux spécifique plus bas. L'harmonisation
fiscale, elle-même, pourrait conduire à la
généralisation d'une taxation spécifique à un taux
de 20 ou 25 %. Ceci est contraire au principe de l'équité
horizontale et nuit à la progressivité de l'impôt, mais est
difficilement évitable : une taxation plus forte pourrait inciter
des contribuables les plus riches à placer leurs fonds hors de l'UE et
à ne pas déclarer leurs revenus financiers.
En toute logique, l'imposition devrait porter sur le revenu réel et non
sur le revenu nominal. Quand le taux d'intérêt nominal est de
5 % et le taux d'inflation de 2 %, un prélèvement
libératoire au taux de 25 %, équivaut à un
prélèvement de 41,7 % sur la rentabilité
réelle. L'idéal serait un prélèvement sur les taux
réels, mais celui-ci est généralement jugé trop
compliqué à mettre en oeuvre. Reste que si l'inflation devient
plus forte, le prélèvement peut devenir excessif : avec un
taux d'inflation de 6 % et un taux d'intérêt nominal de
9 %, un prélèvement de 25 % correspond à un taux
d'imposition de 75 %.
Au sens économique, le revenu inclut les plus-values réelles sur
les actifs financiers. Ce devrait être les plus-values latentes qui sont
taxées (et non seulement les plus-values réalisées) de
façon à rendre homogène le traitement de tous les revenus
du capital. Ce n'est généralement pas le cas. Les plus-values ne
sont taxées qu'au moment de leur réalisation et à un taux
relativement faible ; les moins-values ne sont généralement
fiscalement déductibles que des plus-values. Compte tenu de la forte
volatilité des plus-values, ceci évite de trop faire
dépendre les rentrées fiscales de la situation boursière.
La valeur ajoutée des entreprises se repartit en salaires, revenus des
entrepreneurs individuels, intérêts, dividendes et profits non
distribués. L'équité horizontale voudrait que ces cinq
types de revenus soient traités de la même façon. Ceci
supposerait qu'ils soient tous soumis à l'impôt sur le
revenu : les actionnaires devraient payer un impôt sur la
totalité des profits, distribués ou non, tout en
bénéficiant d'un avoir fiscal intégral. En fait, les
intérêts bénéficient généralement d'un
traitement privilégié. Les dividendes n'ont pas toujours droit
à l'avoir fiscal. De plus en plus, se développe un système
où l'impôt sur les sociétés n'est pas
remboursé aux actionnaires tandis les dividendes sont
intégrés à l'impôt sur le revenu pour un certain
pourcentage réduit. Si t est le taux marginal de l'IR, s le taux
de l'IS et x le pourcentage des dividendes imposés, l'imposition totale
est de s + (1 - s)xt au lieu d'être de t. Ce système est d'autant
plus désavantageux pour le contribuable que t est faible. Par exemple,
si s = 33 %, x = 0,5, un ménage taxé à 50 % sera
taxé à 49,75 % sur ses dividendes ; un ménage
taxé à 30 % à 43 %. Les profits non
distribués sont taxés à l'impôt sur les
sociétés et subissent parfois une taxation des plus values au
moment de la vente des actions. Pour un taux d'IS de 33 % et une taxation
spécifique des plus-values de 25 %, la taxation totale des profits
non distribués peut être de 49,75 %. Ce système
favorise l'endettement au détriment des fonds propres. Mais aligner la
fiscalité des dividendes sur celle des intérêts serait
inéquitable par rapport au revenu du travail et créerait
une forte distorsion au détriment des entrepreneurs individuels.
La France traite différemment les salaires et les pensions (qui
bénéficient d'un allègement de 20 %) et les autres
revenus afin de compenser les possibilités de fraude plus grande
des revenus non salariaux. C'est le seul pays qui a cette pratique. Notons que
les dividendes et les revenus d'intérêt, pourtant
déclarés par un tiers, ne bénéficient pas de la
déduction de 20 %.
Dans la plupart des pays, les loyers fictifs (le revenu dont
bénéficie le contribuable qui occupe le logement dont il est
propriétaire) ne sont pas taxés. Ceci n'est pas conforme au
principe de l'équité horizontale, mais incite à
l'accession à la propriété.
Dans la plupart des pays, les prestations vieillesse et chômage sont
normalement taxées tandis que les cotisations ne figurent pas dans la
base imposable. L'Allemagne fait exception, qui n'impose qu'une fraction des
retraites (32 % si la personne a pris sa retraite à 60 ans). Ceci
est contraire à l'équité. Par contre, les prestations
famille sont généralement exonérées.
2. Allègements et crédit d'impôt
Le
revenu imposable peut être diminué par cinq types
d'abattements :
Parmi les abattements les plus importants, on peut citer les 20 %
d'abattements en France pour les salariés et retraités,
l'abattement grec pour les dépenses de la famille, les abattements pour
certains types d'investissement (France, Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni).
Des abattements pour les frais encourus pour l'acquisition du revenu
(les frais professionnels).
Des abattements pour prendre en compte certaines charges (pensions
alimentaires...).
Des abattements spécifiques pour certaines catégories de
contribuables (abattements pour les salariés).
Des abattements pour certaines dépenses (intérêts des
emprunts immobiliers...).
Autant les abattements sont justifiés quand ils visent à mieux
cerner le revenu disponible du ménage, autant ils sont contestables
quand ils sont des subventions déguisées : ils profitent
surtout aux plus riches, aux mieux informés ; ils sont contraires
aux principes de l'équité horizontale ; réduisant la
base fiscale, ils obligent à augmenter les taux
d'imposition ; leur coût n'apparaît pas directement.
Les crédits d'impôt sont généralement des formes de
prestations ou de subventions. On peut citer :
Relativement aux abattements, les crédits d'impôt ont l'avantage
d'être uniforme pour tous les contribuables. Par contre, ils ne
bénéficient pas aux ménages non imposés. Aussi,
existe-t-il des crédits d'impôt remboursables, qui ne se
distinguent en rien de subventions ou de prestations. La France et le
Royaume-Uni ont ainsi des crédits d'impôt pour les actifs
à bas revenus.
Les crédits d'impôt pour inciter à certaines
activités (emploi).
Les crédits d'impôt pour inciter à certains
dépenses ou investissements (intérêts des emprunts
immobiliers...).
Tableau 2 : Principaux abattements spécifiques et crédits d'impôt
|
Abattements |
Crédits d'impôt |
|
|
Allemagne |
Frais
professionnels forfaitaires (3,2 % du SMO)
|
|
|
Autriche |
Frais
professionnels forfaitaires (0,8 % du SMO)
|
Crédit pour les salariés (1,7 % du SMO) |
|
Belgique |
Frais
professionnels dégressifs (6,4 % au niveau du SMO)
|
Achat
d'actions de son entreprise
|
|
Danemark |
Frais
professionnels (plafonnés à 1,6 % du SMO)
|
|
|
Espagne |
Frais
professionnels dégressifs (15 % au niveau du SMO)
|
Dons aux oeuvres |
|
Finlande |
Frais
professionnels (plafonnés à 1,6 % du SMO)
|
|
|
France |
Frais
professionnels (10 % du salaire)
|
Dons aux
oeuvres
|
|
Grèce |
Frais
professionnels (8,4 % du SMO)
|
|
|
Irlande |
Frais
professionnels (5,8 % du SMO)
|
|
|
Italie |
Dépenses pour la résidence principale |
Crédit dégressif pour les salariés et
retraités (2,4 % du salaire au niveau du SMO)
|
|
Luxembourg |
Frais
professionnels (3,1 % du SMO)
|
|
|
Pays-Bas |
Frais
professionnels (5,7 % du SMO)
|
|
|
Portugal |
Dépenses de santé, d'éducation
|
|
|
Royaume-Uni |
Intérêts versés
|
Crédit pour les familles de travailleurs (WFTC) |
|
Suède |
Intérêts versés
|
Note : SMO : Salaire moyen ouvrier.
Source : European Tax Handbook, 2001.
3. L'individu ou la famille
Les pays peuvent imposer les individus ou les familles. Dans le premier cas, chaque adulte paie un impôt correspondant à ses revenus propres ; dans le second, les familles sont imposées globalement sur l'ensemble de leurs revenus. Des quinze pays de l'Union européenne, cinq pays pratiquent le quotient conjugal : le couple paie deux fois l'impôt que paie un célibataire qui aurait leur revenu moyen. Trois pratiquent l'imposition séparée pure. Sept pays pratiquent l'imposition séparée, mais le conjoint d'une personne sans revenu bénéficie d'un abattement ou d'un crédit d'impôt. L'importance de la réduction dépend du montant du crédit ou de l'abattement tandis que dans le quotient conjugal, elle dépend de la progressivité de l'impôt.
Tableau 3 : Traitement fiscal des couples mariés
|
Système |
Aide au conjoint sans revenu* |
|
|
Allemagne |
Quotient conjugal |
13,3 |
|
Autriche |
Imposition séparée avec crédit d'impôt |
2,3 |
|
Belgique |
Imposition séparée après partage du revenu |
13,1 |
|
Danemark |
Imposition séparée avec crédit d'impôt |
12,3 |
|
Espagne |
Imposition séparée avec abattement |
6,6 |
|
Finlande |
Imposition séparée pure |
0 |
|
France |
Quotient conjugal |
7,1 |
|
Grèce |
Imposition séparée pure |
0 |
|
Irlande |
Quotient conjugal |
12,2 |
|
Italie |
Imposition séparée avec crédit d'impôt |
8,3 |
|
Luxembourg |
Quotient conjugal |
10,9 |
|
Pays-Bas |
Imposition séparée avec abattement |
7,3 |
|
Portugal |
Quotient conjugal |
5,0 |
|
Royaume-Uni |
Imposition séparée avec crédit d'impôt |
1,5 |
|
Suède |
Imposition séparée pure |
0 |
|
Japon |
Imposition séparée avec abattement |
1,8 |
|
Etats-Unis |
Imposition séparée avec abattement, ou imposition conjointe |
4,4 |
*
Réduction d'impôt d'un couple où l'un des conjoints gagne
le salaire moyen et l'autre est sans revenu par rapport à l'impôt
d'une personne qui gagne le salaire moyen, en pourcentage du revenu disponible
de cette personne.
Source : European Tax Handbook, 2001, calcul des auteurs.
Le quotient conjugal est le système le plus équitable si
effectivement les deux membres du couple mettent leurs revenus en commun. On
peut lui faire deux reproches : la collectivité subventionne en
somme la non activité d'un des conjoints ; ceci est justifié
si cette inactivité s'explique par le chômage, la maladie,
un handicap ou l'éducation d'enfants, moins s'il s'agit d'une pure
oisiveté ; mais il serait difficile de distinguer la non
activité justifiée de l'oisiveté. La personne du couple
dont le salaire potentiel est le plus faible (la femme le plus souvent) subit
un taux marginal plus élevé que si elle vivait seule. Le
système est souvent accusé de nuire au travail des femmes
mariées. Toutefois, la hausse induite du taux marginal d'imposition est
faible comparée à celle dont souffre une femme seule, qui perd
les avantages des minima sociaux, en retrouvant un emploi.
Dans les deux systèmes, imposition conjointe ou séparée,
les vrais célibataires, ceux qui vivent seuls, sont
désavantagés par rapport aux couples puisque l'impôt ne
tient pas compte des économies d'échelle permises par la vie en
couple. Ceci est pratiquement inévitable pour ne pas favoriser le
concubinage par rapport au mariage.
4. Le traitement des enfants
Le traitement fiscal des enfants est très divers selon les pays de l'UE. Seule la France pratique le quotient familial. Dans 6 pays, les enfants ne sont pas pris en compte fiscalement. L'Espagne est la seule à pratiquer un système d'abattement des revenus. Enfin, sept pays pratiquent un crédit d'impôt, dont l'importance va de 1 % du salaire moyen à plus de 3 % (au Luxembourg et en Allemagne).
Tableau 4 : Traitement fiscal des enfants
|
Système |
Montant
par enfant
|
Aide fournie pour 2 enfants * |
|
|
Allemagne |
Crédit d'impôt |
3,9 |
12,7 |
|
Autriche |
Crédit d'impôt |
2,6 |
18,7 |
|
Belgique |
Crédit d'impôt |
1,3 |
15,4 |
|
Danemark |
Pas pris en compte |
0 |
8,5 |
|
Espagne |
Abattement |
9,0 |
1,9 |
|
Finlande |
Pas pris en compte |
0 |
10,0 |
|
France |
Quotient familial |
- |
8,6 |
|
Grèce |
Crédit d'impôt |
1,0 |
7,8 |
|
Irlande |
Pas pris en compte |
0 |
4,2 |
|
Italie |
Crédit d'impôt |
1,0 |
4,9 |
|
Luxembourg |
Crédit d'impôt |
3,1 |
18,9 |
|
Pays-Bas |
Pas pris en compte |
0 |
6,9 |
|
Portugal |
Crédit d'impôt |
1,3 |
6,8 |
|
Royaume-Uni |
Pas pris en compte |
0 |
6,6 |
|
Suède |
Pas pris en compte |
0 |
9,7 |
|
Japon |
Abattement |
8,8 |
2,0 |
|
Etats-Unis |
Abattement et crédit d'impôt |
9,1/1,6 |
6,8 |
*
Supplément de revenu disponible avec impôt et allocations
familiales d'une famille avec deux enfants (l'homme gagnant le SMO ; la
femme 33 % du SMO) relativement à un couple de même revenu
primaire.
Source : Calculs des auteurs d'après OCDE, Les impôts sur
les salaires, 2000-2001, 2002.
Globalement, en tenant compte de la fiscalité et des allocations
familiales, l'aide fournie aux familles avec enfants est très variable
selon le pays, de 18 % en Autriche et au Luxembourg à moins de
5 % en Espagne, en Irlande, en Italie.
Dans la période récente, de nombreux pays ont pris des mesures
pour augmenter les avantages fiscaux des familles avec enfants. Au Royaume-Uni,
ceci provient de la prise de conscience que beaucoup d'enfants vivaient dans
des familles pauvres ; dans d'autres pays (Allemagne, Espagne, Italie), de
la nécessité de lutter contre le déclin
démographique.
5. Les taux d'imposition
La
plupart des pays ont un barème d'imposition à plusieurs tranches.
L'Allemagne fait exception avec un taux marginal croissant de façon
continue. Le nombre de tranches va de 2 en Suède à 17 au
Luxembourg.
Si la plupart des pays font payer l'impôt à la plupart des
ménages, d'autres ont un seuil d'imposition élevé :
Grèce, France et Suède. En France, toutefois, la CSG frappe la
totalité des revenus.
Le taux maximum est généralement de l'ordre de 50 %.
Toutefois, il n'est que de 40 % au Portugal et au Royaume-Uni ; il
est proche de 60 % au Danemark, en Belgique et aux Pays-Bas. Toutefois, ce
taux est parfois atteint très vite (Irlande, Danemark) ; parfois
pour des revenus élevés (Italie, Portugal, Espagne,
Grèce).
Tableau 5 : Caractéristiques de l'impôt sur le revenu en 2001.
|
Seuil de paiement* |
Nombre de tranches |
Taux maximum |
Atteint pour*... |
|
|
Allemagne |
0,31 |
Infinité |
48,5 |
1,93 |
|
Autriche |
0,57 |
5 |
50 |
2,78 |
|
Belgique |
0,47 |
7 |
60,6 |
2,84 |
|
Danemark |
0,16 |
3 |
59 |
1,06 |
|
Espagne |
0,50 |
6 |
48 |
5,04 |
|
Finlande |
0,35 |
6 |
55,2 |
2,20 |
|
France |
0,67 |
6 |
53,25 |
2,74 |
|
Grèce |
0,67 |
5 |
45 |
5,43 |
|
Irlande |
0,27 |
2 |
44 |
0,98 |
|
Italie |
0,16 |
5 |
46,4 |
3,69 |
|
Luxembourg |
0,43 |
17 |
47,2 |
2,68 |
|
Pays-Bas |
0,21 |
4 |
60 |
1,93 |
|
Portugal |
0,53 |
5 |
40 |
4,66 |
|
Royaume-Uni |
0,32 |
3 |
40 |
1,78 |
|
Suède |
1,11 |
2 |
55,4 |
1,79 |
|
Japon |
0,27 |
4 |
37 |
5,27 |
|
Etats-Unis |
0,23 |
5 |
39,6 |
9,56 |
* En
salaire moyen ouvrier, cas du célibataire.
Sources : OCDE, Les impôts sur les salaires, 2000-2001, 2002;
European Tax Handbook, 2001, calculs des auteurs.
III. Quelles réformes fiscales ?
De façon générale, les réformes mises en oeuvre en
Europe durant les dix dernières années ont visé à
réduire les taux d'imposition marginaux, censés décourager
le travail ou l'épargne. Cette baisse s'est souvent accompagnée
de mesures d'élargissement de la base imposable, par la suppression de
certains abattements ou crédits d'impôt. Souvent, les
réformes ont visé à améliorer la situation des
familles avec enfants, compte tenu des problèmes de natalité en
Allemagne et dans les pays d'Europe du Sud et des problèmes de
pauvreté au Royaume-Uni.
1. Allemagne
La
réforme fiscale engagée par le gouvernement Schröder vise
élargir la base imposable afin de permettre une baisse des taux
d'imposition. Le taux le plus bas a été ramené de
25,9 % en 1998 à 19,9 % en 2002 ; il devrait baisser
à 15 % en 2005. Le taux maximum, déjà passé de
53 % à 48,5 %, doit baisser à 42 %. Des mesures
ont été prises en faveur des familles, à la suite d'une
décision de la Cour constitutionnelle de 1998. Toutefois, les
présentations officielles de la réforme tendent à majorer
les allègements d'impôts à venir : ceux-ci seront
réduits par la traditionnelle non indexation des tranches du
barème sur l'inflation.
C'est le salaire brut qui est imposé. Les salariés ont droit
à une déduction fiscale de 1 000 euros pour leurs frais
professionnels et de 1 957 euros pour leurs cotisations (qui sont en fait
nettement plus fortes). En contrepartie, les retraites sont soumises à
un traitement fiscal particulier : 40 % de la retraite (avec un
plafond de 1 534 euros) ne sont pas soumises à l'IR. Ceci n'est
guère justifiable du point de vue de l'équité.
L'Allemagne disposait d'un système d'avoir fiscal qu'elle a
remplacé par un système de double taxation des dividendes,
compensé par le fait que les dividendes ne sont pris en compte que pour
la moitié de leur valeur. Ce système n'a guère de
logique : il augmente la taxation des actionnaires à bas taux
d'imposition marginal.
Tableau 6 : Taxation des dividendes en Allemagne
|
Ancien système |
Nouveau système |
|
|
Profit |
100 |
100 |
|
IS |
30 |
30 |
|
Profit distribué |
70 |
70 |
|
IR (au taux marginal de 50 %/30 %) |
50/30 |
18,5/10,5 |
|
Moins crédit d'impôt |
30 |
|
|
Impôt total |
50/30 |
48,5/40,5 |
Source : Calculs des auteurs.
Les couples peuvent choisir entre une imposition séparée et une
imposition conjointe selon la méthode du quotient conjugal. En raison de
la progressivité de l'impôt, l'imposition conjointe est toujours
plus avantageuse.
Les allocations en faveur des familles ont été
améliorées à la suite d'un arrêt de la Cour
constitutionnelle du 10 novembre 1998, qui considérait que la
fiscalité, en accordant aux parents célibataires un abattement
pour les frais de prise en charge des enfants, défavorisait les couples
mariés. Les ménages peuvent opter entre des allocations
familiales (en 2001 de 138 euros par mois pour les premier et deuxième
enfants, de 150 euros pour le troisième, de 179 euros pour les enfants
suivants) et des abattements fiscaux (1 767 euros par an et par enfant,
3 534 euros pour un couple). En 2001, un abattement supplémentaire
pour prise en charge a été introduit, d'un montant de 773 euros
par an, 1 546 euros pour un couple). Suite à la décision de
la Cour constitutionnelle, le montant des allocations familiales a
été relevé, de 22,7 % entre le premier janvier 1998
et le premier janvier 2000. Une seconde étape entrera en vigueur en
2002. Elle prévoit un nouveau relèvement du montant des
allocations familiales (de 138 à 154 euros pour les deux premiers
enfants, soit une augmentation de 11,6 %), un relèvement de
l'abattement de 3 534 euros à 3 648 euros pour un couple.
L'abattement supplémentaire sera fondu dans un nouvel abattement pour
éducation et formation, d'un montant de 2 160 euros pour un couple.
En échange, certaines déductions seront supprimées.
La formule de calcul de l'impôt a été modifiée en
moyenne tous les trois ans et demi entre 1958 et 2000. Depuis l'année
fiscale 1990, le taux marginal de l'impôt sur le revenu est
linéaire avant d'être stable au-delà d'un certain revenu,
alors qu'il était calculé dans les années 1980 par une
équation du quatrième degré avant la tranche d'imposition
au taux marginal supérieur. Depuis l'année fiscale 1996, deux
tranches linéaires sont distinguées pour le taux marginal avant
la dernière tranche maximum de 53 %, avec progressivité
entre les deux tranches.
Tableau 7 : Les principales mesures de la réforme de l'IRPP en Allemagne
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
Cumul |
|
|
Taux maximum |
53 |
51 |
48.5 |
48,5 |
47 |
47 |
42 |
- 11 points |
|
Taux minimum |
23,9 |
22,9 |
19,9 |
19,9 |
17 |
17 |
15 |
- 8,9 points |
|
Min. non
imposable |
6681 |
6902 |
7206 |
7235 |
7426 |
7426 |
7664 |
+ 11 % |
Source :
Ministère des finances.
En 2001, le montant de l'impôt T est calculé en fonction du revenu
imposable X selon les formules :
T = 0 si X < 7235 euros
T = (768,85 Y+1990) Y avec Y = (X - 7200)/10 000 si 7235 < X < 9251
T = (278,65Z+2300)Z + 432 avec Z = (X - 9216)/10 000 si 9252 < X < 55007
T =0,485X + 872 si 55007< X
Le salaire net moyen est de 25 000 euros.
Le taux marginal d'imposition augmente de façon progressive de 19,9
à 23 % ; puis de 23 % à 48,5 %. Le seuil de
paiement est relativement bas et le taux de 48,5 % est atteint rapidement.
La réforme prévoit de faire passer ce taux à 42 %.
Par contre, la hausse du minimum non imposable sera sans doute
inférieure à la hausse du salaire moyen sur la période.
2. Autriche
L'unité d'imposition est l'individu ; un conjoint sans
ressource donne droit à un crédit d'impôt (mais celui-ci
est très faible, 1,6 % du SMO). Les enfants donnent droit à
un crédit d'impôt (2,6 % du SMO), qui s'ajoute à des
allocations familiales généreuses.
Les intérêts sont soumis à un prélèvement
libératoire au taux de 25 %. Les dividendes ne
bénéficient pas d'avoir fiscal ; ils sont
intégrés dans le revenu pour la moitié de leur
montant ; comme le taux de l'IS est de 34 %, la taxation globale
des profits distribués (y compris IS) est de 50,5 % pour les
ménages dont le taux marginal de taxation est de 50 % ; de
47,5 % pour ceux au taux de 41 % ; de 44,2 % pour ceux au
taux de 31 %.
Une particularité du système est que les primes de fin
d'année ou les primes de départ (qui ne dépassent pas deux
mois de salaires) sont taxées à un taux
privilégié : 0 % si elles ne dépassent pas
7,2 % du SMO ; 6 % si elles dépassent ce montant.
Tableau 8 : Taux d'imposition en Autriche
|
Tranches d'imposition, en euros* |
Taux, en % |
|
Jusqu'à 3 634 |
0 |
|
De 3634 à 7267 |
21 |
|
De 7267 à 21 202 |
31 |
|
De 21 202 à 50 872 |
41 |
|
Au-delà de 50872 |
50 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 17 685 euros.
Source : European Tax Handbook, 2001.
Les barèmes (crédit d'impôt, tranches des barèmes)
ne sont pas indexés sur l'inflation, ce qui tend à augmenter
tendanciellement le poids de l'impôt. Le taux maximum est 50 %. Les
contribuables bénéficient d'un crédit d'impôt de
5,5 % du SMO, qui disparaît si le contribuable est taxé
marginalement à 50 %. Les crédits d'impôt sont en
partie remboursables.
La réforme de 1988 avait fait baisser le taux maximum de 62 %
à 50 %. Au début des années 1990, un
prélèvement libératoire sur les revenus
d'intérêt a été introduit pour lutter contre les non
déclarations. En 1994, l'abattement général a
été nettement augmenté. En 1996, les possibilités
de déductions (primes d'assurance-vie) ont été
réduites pour les contribuables taxés au taux marginal de
50 %. La réforme de 1998 a surtout augmenté les
crédits d'impôt pour enfants (en même temps que les
prestations familiales). Celle de 1999 a augmenté le crédit
d'impôt général et l'a rendu dégressif. Les taux
n'ont pas été modifiés.
3. Belgique
L'imposition sur le revenu porte sur le salaire net. La
déduction pour frais professionnel est dégressive (de 20 %
à 3 % par tranches de salaires) et plafonnée.
La taxation est individuelle pour les revenus salariaux et les pensions, mais
un conjoint actif peut attribuer 30 % de ses revenus à son conjoint
sans revenu salarial (avec un plafond de 25 % du SMO). Les autres revenus
du ménage sont attribués au conjoint de revenu le plus
élevé.
Plusieurs catégories de revenus bénéficient de taux
libératoires : 33 %, 15,5 % ou 15 % pour les
plus-values selon la durée de détention ; 25 % pour les
dividendes. Les intérêts sont soumis à un
prélèvement non libératoire de 15 %.
Il existe une tranche exonérée (14 % du SMO) et des
abattements pour enfants à charge (10 % du SMO pour 2 enfants). Ces
tranches s'imputent par le bas (soit à un taux de 25 %).
Tableau 9 : Taux d'imposition en Belgique
|
Tranches d'imposition, en euros * |
Taux, en% |
|
De 0 à 6100 |
25 |
|
De 6100 à 8000 |
30 |
|
De 8000 à 11 450 |
40 |
|
De 11 450 à 26 300 |
45 |
|
De 26 300 à 39 500 |
50 |
|
De 39 500 à 65 600 |
52,5 |
|
Au-delà de 65 600 |
55 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 21 508 euros.
Source : European Tax Handbook, 2001.
Une contribution supplémentaire de crise de 3 % est en cours de
démantèlement. Il existe une surcharge municipale, qui est en
moyenne de 7 % de l'impôt. L'indexation du barème sur
l'inflation a été rétablie en 1999. En 2001, le bas de la
tranche à 55 % a été fortement relevé. Le
gouvernement veut aboutir à une baisse importante de l'impôt sur
le revenu à partir de 2002. Les mesures envisagées sont :
une hausse forfaitaire des frais professionnels déductibles ;
l'élargissement des tranches du barème ; la suppression des
taux d'imposition à 52,5 et 55 % ; l'alignement du
régime des concubins sur celui des couples mariés ; la
hausse des crédits d'impôt pour enfants (qui deviendraient
remboursables) ; la création d'un crédit d'impôt
remboursable pour les salariés à bas salaires.
4. Danemark
L'unité d'imposition est l'individu. Le revenu imposable est
la somme du revenu personnel (revenus d'activités nets et pensions) et
du revenu du capital (intérêts, dividendes, plus values, loyers,
nets des intérêts versés).
Chaque personne de plus de 18 ans bénéficie d'un crédit
d'impôt remboursable (4,7 % du SMO). Un époux sans ressource
peut le transférer à son conjoint. Les enfants ne donnent droit
à aucun allègement.
La fiscalité comporte un impôt national progressif et surtout des
impôts locaux proportionnels, au taux moyen de 32,8 %, de sorte que
la progressivité globale du système est faible. Le taux marginal
supérieur de 59 % est atteint rapidement.
Tableau 10 : Taux d'imposition au Danemark
|
Tranches d'imposition en euros* |
Taux** |
|
De 0 à 20 334 |
39,5 % |
|
De 20334 à 33045 |
45,5 % |
|
Au-delà de 33 045 |
59 % |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 30 880 euros. ; **
Impôt national+impôts locaux (au taux moyen).
Source : European Tax Handbook, 2001.
Les socio-démocrates au pouvoir depuis le début de la
décennie ont lancé en 1994 un programme quinquennal de baisse
d'impôt pour soutenir l'activité. L'objectif était de
réduire les taux marginaux élevés portant sur les revenus
du travail en élargissant la base d'imposition.
En juin 1998, la réforme fiscale, votée, pour la période
1998-2002, réduit les possibilités de déduction des
revenus négatifs du capital et les taux de déduction des primes
aux fonds de pensions, ce qui permet de financer une nouvelle baisse des taux
d'imposition. Depuis 1994, le taux maximal de l'impôt national a
baissé de 36,5 % à 27,25 %, le taux minimal de
14,5 % à 6,25 %. Toutefois, la part des individus soumis
à la tranche supérieure d'imposition est passée de 20
à 27,5 %. Cette réforme a été financée
par la hausse des taux de cotisations salariés de 5 à 8 % et
par des écotaxes. Depuis 2000, les loyers fictifs ne sont plus
imposés, mais la valeur du logement est soumise à une taxe
locale.
Le système a plusieurs défauts. Le taux d'imposition marginal
s'applique à une grande proportion des actifs, ce qui encourage le
travail à temps réduit. Les enfants ne sont pas pris en compte.
La fiscalité favorise fortement l'endettement (en particulier pour
acheter un logement) et les fonds de pensions au détriment de
l'épargne financière libre.
En novembre 2001, le nouveau gouvernement de centre droit a
décidé le gel des taux, des barèmes et des bases de tous
les impôts.
5. Espagne
L'unité de taxation est l'individu, mais, depuis 1990, un
couple marié peut choisir l'imposition conjointe. La déclaration
conjointe n'est rentable que pour les couples ne disposant que d'un revenu. Le
revenu imposable comprend le salaire net, les revenus des entrepreneurs, les
revenus du capital, les plus-values, les revenus imputés. Les
salariés ont droit à un abattement qui vaut 22 % du SMO pour
les bas salaires (en dessous de 50 % du SMO) et 15 % du SMO (pour les
salaires supérieurs à 80 % du SMO). Cet abattement diminue
nettement les impôts des salariés à bas salaires. Les
revenus imputés sont constitués des loyers fictifs des seules
résidences secondaires (évalués à 1,1 % de
leur valeur cadastrale).
Les dividendes sont soumis à une double taxation ; mais, leur taux
d'imposition est de 1,4t - 0,4, si t est le taux d'imposition marginal du
bénéficiaire (soit 27 % pour un taux de 48 %) ;
compte tenu d'un taux de l'IS de 35 %, l'imposition totale est de :
0,91 t + 9 % ; soit légèrement supérieure à t.
Chaque contribuable a droit à un abattement de 25 % du SMO (qu'un
époux oisif transfère à son conjoint en cas de
déclaration commune). Chaque enfant donne droit à un abattement
de l'ordre de 10 % du SMO.
L'achat d'une résidence donne droit à un crédit
d'impôt plafonné, qui diminue de 25 % (les 2 premières
années) à 15 % les années suivantes, du service de
l'endettement (intérêt et principal).
L'impôt comporte une part nationale et une part régionale qui ont
la même assiette. La part régionale peut être
modifiée par la région.
Tableau 11 : Taux d'imposition en Espagne
|
Tranches d'imposition, en euros* |
Taux, en %** |
|
De 0 à 3700 |
18 |
|
De 3700 à 13 000 |
24 |
|
De 13 000 à 25 200 |
25,3 |
|
De 15 200 à 40 600 |
37,2 |
|
De 40 600 à 68 000 |
45 |
|
Au-delà de 68 000 |
48 |
* Le
salaire imposable d'une personne touchant le SMO est de 11 820 euros (avant
abattement de 3 350 euros). ; ** Taux moyen.
Source : European Tax Handbook, 2001.
La réforme menée en 1992 par le gouvernement socialiste avait
pour but un élargissement de l'assiette fiscale et une incitation
à l'épargne de long terme. Pour financer la réforme, de
nouvelles sources de revenus, comme les avantages en nature, ont
été intégrées dans la base imposable. La
fiscalité des plus-values et des OPCVM a été
allégée.
En 1997, la droite a réduit de 16 à 10 le nombre de tranches de
l'IRPP. La réforme de l'impôt sur le revenu des personnes
physiques mise en oeuvre en 1999 avait plusieurs objectifs :
réduire la charge fiscale et élargir les mesures encourageant le
travail ; accroître la neutralité envers les divers types de
revenus et placements ; remplacer un ensemble d'exonérations par un
revenu minimal exonéré ; abaisser le coût de
perception de l'impôt, libérer des ressources pour lutter contre
la fraude fiscale.
Les taux marginaux ont été réduits de 56 à
48 % pour la tranche supérieure et de 20 à 18 % pour la
tranche inférieure, tandis que le nombre de tranches a diminué de
10 à 6.
Les revenus du capital et du travail sont désormais traités plus
équitablement. La majorité des exonérations sur les
revenus de l'épargne financière furent supprimée. A
l'exception des plus-values à long terme, les revenus du capital sont
intégrés dans le revenu avec compensation entre pertes et gains.
Un revenu exonéré assurant un niveau de vie minimal (minimo
exento), prenant en compte les caractéristiques de l'unité
fiscale, a remplacé la plupart des allègements fiscaux,
accusés d'être sources d'inégalités horizontales et
d'offrir de larges possibilités d'évasion fiscale
(dépenses de santé ou d'éducation, loyers, prise en charge
des personnes handicapées, frais de garde d'enfants...).
Le seuil à partir duquel il faut remplir une déclaration a
été relevé à 21 000 euros (au lieu de 7 200 euros
en 1998). Ceci devrait réduire de 5 millions le nombre de
déclarations (soit d'environ un tiers du total des déclarations).
Le revenu imputé des logements occupés par leurs
propriétaires n'est plus imposable, au nom de la simplification.
Selon les estimations officielles, ces réformes ont
entraîné une baisse de la pression fiscale totale de 11 %
(tableau 12). Les contribuables auraient ainsi bénéficié
d'une réduction d'impôts de 4,85 milliards d'euros en 1999.
Tableau 12 : Effets de la réforme de 1999 de l'IRPP
|
Revenu |
Contribuables concernés |
Réduction de la charge fiscale au titre de l'IRPP (en %) |
|
< 12 020 |
60,3 |
29,7 |
|
12 020-18 030 |
19,8 |
15,0 |
|
18 030-30 051 |
14,3 |
8,3 |
|
> 30 051 |
5,6 |
6,2 |
|
Total |
100,0 |
11,1 |
Source : Ministerio de economia y hacienda.
Le gouvernement a annoncé une baisse de l'IRPP en 2003 pour stimuler
l'épargne, l'investissement et l'offre de travail. Elle
bénéficierait principalement aux familles, avec un traitement
particulier pour les femmes seules avec un enfant de moins de 3 ans à
charge, des aides aux familles nombreuses (compensation additionnelle à
partir du troisième enfant) et aux familles ayant à charge des
personnes âgées ou des handicapés. Les taux d'imposition
marginaux maximum et minimum pourraient diminuer pour atteindre respectivement
46 % et 15 %, au lieu de 48 % et 18 % actuellement. Selon
les estimations du gouvernement, cette baisse d'impôt
représenterait un montant de 21 milliards d'euros sur les quatre
prochaines années. Par ailleurs, l'introduction d'une allocation pour
rendre financièrement intéressant le travail pour les
salariés à bas revenus est envisagée.
6. France
L'unité d'imposition est la famille. Ceci est assuré par le quotient conjugal et le quotient familial, que la France est le seul pays à en Europe, à pratiquer. L'autre particularité française est de combiner un IRPP fortement progressif, mais de faible rapport avec un impôt proportionnel, le CSG-CRDS, au taux de 8 %, qui frappe l'ensemble des revenus.
Tableau 13 : Taux d'imposition en France
|
Tranches d'imposition, en euros* |
Taux, en % |
|
De 0 à 4 050 |
0 |
|
De 4 050 à 8000 |
8,25 |
|
De 8 000 à 14 000 |
21,75 |
|
De 14 000 à 22 730 |
31,75 |
|
De 22 730 à 37 000 |
41,75 |
|
De 37 000 à 45 610 |
47,25 |
|
Au-delà de 45 610 |
43,25 |
* Le
salaire imposable d'une personne touchant le SMO est de 9 200 euros.
Source : Ministère de l'économie, des finances et de
l'industrie, 2002.
Le revenu imposable comporte les salaires, les pensions, les revenus des
entrepreneurs individuels, les revenus du capital logement et financier. Les
salariés ont droit à une déduction pour frais
professionnel de 10 %. S'y ajoutent pour les salaires et les pensions, une
déduction de 20 % (destinée à récompenser la
moindre fraude fiscale). Aussi, le salaire imposable n'est que de 72 % du
salaire net. Les loyers fictifs ne sont pas imposables. Les revenus
d'intérêt sont, soit non imposables pour certains placements
sociaux ou soumis à des contraintes de durée de détention,
soit soumis à un prélèvement libératoire de
25 %. Les dividendes sont soumis à l'impôt sur le revenu,
avec un avoir fiscal intégral.
L'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), progressif, a
été complété par la création de la
Contribution sociale généralisée (CSG) en 1991 et de la
Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) en 1996,
impôts proportionnels, affectés respectivement à la
Sécurité sociale et au remboursement de la dette de celle-ci. La
CSG avait pour objectif d'élargir la base de financement de la
Sécurité sociale et s'est traduite par un alourdissement sensible
de la taxation de l'épargne. La CSG et la CRDS étant
considérées comme des impôts sur le revenu (IR), la part de
l'IR dans le PIB a très fortement augmenté au cours des
années 1990, passant de 4,8 % en 1990 à 8,5 % en 2001.
L'IRPP stricto sensu n'a pas augmenté : il
représentait 3,8 % du PIB en 1990 et 3,7 % en 2001.
Pour le reste, les grandes modifications de la taxation des revenus depuis le
début des années 1990 sont :
L'impôt sur le revenu français se caractérise par la
complexité de ses règles de calcul et par leur
instabilité. Presque la moitié des foyers fiscaux ne paie pas
l'IRPP du fait de l'étroitesse de l'assiette de
prélèvement. L'IRPP est très fortement concentré
sur les hauts revenus.
Des baisses de taux à la fin de la décennie.
Une forte diminution des avantages familiaux pour les foyers aisés en
1999.
Une très grande instabilité des nombreux mécanismes
d'allègement d'IRPP (dont le nombre a augmenté pendant la
première moitié de la décennie et s'est
légèrement réduit depuis 1995).
Une réduction des avantages dont bénéficie
l'assurance-vie ; des mesures en faveur de l'épargne longue ou
risquée (PEP, PEA).
La création de la Prime pour l'emploi en 2001, impôt
négatif conditionnel à l'exercice d'une activité
professionnelle (et très fortement individualisé).
Tableau 14 : Répartition de l'impôt sur le revenu (y compris Prime pour l'emploi) par déciles en 2002
|
Déciles |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
Total |
|
En % de l'IRPP total |
- 0,1 |
- 1,1 |
- 1,5 |
- 1,1 |
1,0 |
2,7 |
4,5 |
7,7 |
14,6 |
73,2 |
100 |
Source : Rapport économique, social et financier du
gouvernement 2002.
La principale modification de l'IRPP a été la réforme de
1994 (applicable aux revenus de 1993) : le nombre de tranches a
été réduit de 12 à 6 et le système des
minorations applicables à l'impôt résultant du
barème a été -- fort heureusement -- supprimé.
Cette réforme a provoqué une baisse de 19 milliards de francs
selon le gouvernement de l'époque, soit d'un peu plus de 6 % du
rendement de l'IRPP. En 1997, le gouvernement Juppé a mis en oeuvre un
plan de réduction de l'ensemble des taux de l'IRPP 71(*), qui devait aboutir au bout de
5 ans à une baisse d'un quart de l'IRPP. Seule la première phase
de ce plan a été effectuée (sur les revenus de 1996) car
la nouvelle majorité parlementaire a suspendu son application.
Après une stabilisation des taux pendant trois ans, qui ont abouti en
1999 à des recettes d'IRPP record compte tenu du dynamisme des revenus
en 1998, le gouvernement Jospin a engagé à partir de 2000 un plan
de baisse de l'ensemble du barème sur quatre ans. Ce plan prévoit
que le barème d'imposition des revenus de l'année 2002 sera
{7 ; 20,5 ; 30,5 ; 40,5 ; 46,5 ; 52,5}, alors que les
revenus des années 1996 à 1998 étaient imposés au
barème {10,5 ; 24 ; 33 ; 43 ; 48 ; 54}.
Compte tenu de la progression des revenus réels, ces baisses n'ont pas
porté atteinte au rendement de l'impôt. Ceci s'explique par
l'indexation des tranches, en principe sur la seule inflation. Toutefois, de
1993 à 2001, le premier seuil du barème a été
nettement plus augmenté que l'inflation (+ 2,5 % par an en moyenne
pour une inflation moyenne de 1,4 %), en raison de la forte hausse de 1997
(+ 11,3 %). Les cinq autres seuils, au contraire, ont été
légèrement sous indexés (+ 1,1 % en moyenne entre
1993 et 2001). Ceci a été favorable aux foyers imposés
dans les tranches les plus basses et défavorable aux foyers
imposés dans les tranches les plus hautes.
Le principe du quotient familial (QF), qui est une particularité
française, n'a pas été remis en cause par les
différentes majorités. Cependant, le plafond du QF, en
général indexé, comme les tranches du barème, sur
les prix, a été très fortement réduit en 1999 (d'un
tiers : il est passé de 16 380 francs par demi-part pour les
revenus de 1997 à 11 000 francs pour les revenus 1998 ; il est
remonté à 12 500 francs pour les revenus 2001). Cela a eu pour
conséquence une augmentation sensible de la taxation des familles
aisées.
Les dispositifs donnant lieu à des allègements d'impôt sur
le revenu sont nombreux et très instables. Selon le Conseil des
impôts, il y avait, en 1991, 24 dispositifs de réduction de l'IRPP
alors qu'il n'y en avait que 10 en 1982. En 1995, le nombre
d'allègements a plafonné à 32 et s'est
légèrement réduit depuis. Les divers abattements,
réductions et crédits d'impôt sont théoriquement
justifiés par des objectifs de justice sociale, de stimulation des
secteurs créateurs d'emplois ou d'incitation : favoriser la prise
de risque ou protéger l'environnement. Pourtant, ils provoquent un
sentiment d'injustice.
7. Italie
L'imposition est individuelle. Un époux sans ressource donne
droit à un crédit d'impôt de l'ordre de 2,4 %
SMO ; un enfant donne droit à un crédit d'impôt de
l'ordre de 1 % du SMO. La taxation porte sur le salaire net. Les
intérêts sont soumis à un prélèvement
libératoire de 27 % réduit à 12,5 % pour les
bons du Trésor ou les obligations. Les dividendes sont soumis à
l'impôt sur le revenu avec avoir fiscal intégral.
Les salariés bénéficient d'un crédit
d'impôt : 5,5 % du SMO tant que le salaire ne dépasse
pas 30 % du SMO ; 2,4 % du SMO pour un salaire de 50 % du
SMO ; 2 % du SMO au SMO. Il s'annule pour 5 fois le SMO. Il existe
des crédits d'impôts, non remboursables, au taux de 19 % pour
les dépenses médicales, les intérêts payés
pour l'acquisition de la résidence principale, les primes d'assurances.
Tableau 15 : Taux d'imposition en Italie
|
Tranches d'imposition, en euros* |
Taux, en %** |
|
De 0 à 10 000 |
18,5 |
|
De 10 000 à 15 000 |
25,5 |
|
De 15 000 à 30 000 |
33,5 |
|
De 30 000 à 67 500 |
39,5 |
|
Au-delà de 67 500 |
45,5 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 18 693 euros.
** Hors impôts locaux (la surtaxe locale est en moyenne de 1,4 %).
Source : European Tax Handbook, 2001.
L'IRPP est passé de 8,3 % du PIB en 1990 à 10,1 % en
2000. Cette hausse provient de mesures de révision des tranches et de
suppression de crédits d'impôt entre 1990 et 1993. La suppression
de l'indexation totale des tranches à l'inflation, introduite vers la
fin des années 1980, y a aussi contribué.
La réforme de l'IRPP a été graduelle compte tenu des
marges de manoeuvre permises par la politique de stabilisation
budgétaire.
En 1998 la redéfinition du barème de l'IRPP a permis le maintien
du taux moyen d'imposition malgré la suppression des cotisations maladie
à la charge du travailleur, qui étaient
précédemment déductibles de l'impôt sur le revenu.
Le nombre de tranches a été réduit de 7 à 5. Si
l'abolition de la première et de la dernière tranche a
diminué la progressivité de l'impôt (le taux maximal a
été réduit de 51 % à 46 %),
l'augmentation du seuil d'exemption ainsi que du crédit d'impôt
pour enfants à charge a été favorable aux personnes
à faible revenu. Plusieurs types de revenus du capital
(intérêts et plus-values) ont été soustraits
à l'IRPP et soumis à une retenue à la source à un
taux proportionnel.
La loi de finance pour 2000 comportait une réduction d'un point du taux
appliqué à la deuxième tranche (qui profitait surtout aux
plus hauts revenus). Ceci était contrebalancé par l'instauration
d'un crédit d'impôt pour les salaires inférieurs au seuil
de la deuxième tranche. Par ailleurs, les familles
bénéficiaient de la hausse du crédit d'impôt pour
enfant à charge et de l'introduction d'un crédit d'impôt
pour tout enfant d'âge inférieur à trois ans.
Le supplément de recettes fiscales non prévues (appelé
« bonus fiscal ») considéré comme structurel
a été restitué par la loi de finances pour 2001 sous forme
d'une baisse généralisée de la charge fiscale plus
accentuée pour les plus faibles revenus, grâce à la hausse
du seuil d'exonération et à celle du crédit d'impôt
pour les salaires inférieurs au seuil de la deuxième tranche.
La hausse du crédit d'impôt décroissante en fonction du
revenu individuel augmente le caractère redistributif de l'imposition
mais pose le problème de la neutralité par rapport au nombre de
membres contribuables dans la famille. Cette mesure favorise les couples
mono-actifs appartenant aux tranches intermédiaires de revenu.
Tableau 16 : Barème de l'IRPP 1999-2003 prévu dans la loi de finances pour 2001
|
Tranches de revenu |
Taux, en % |
|||||
|
En euros |
En % du salaire moyen |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
|
0-10 329 |
0-50 |
18,5 |
18,5 |
18,0 |
18,0 |
18,0 |
|
10 329-15 494 |
50-74 |
26,5 |
25,5 |
24,0 |
23,0 |
22,0 |
|
15 494-30 987 |
74-149 |
33,5 |
33,5 |
32,0 |
32,0 |
32,0 |
|
30 987-69 722 |
149-335 |
39,5 |
39,5 |
39,0 |
38,5 |
38,0 |
|
> 69722 |
> 335 |
45,5 |
45,5 |
45,0 |
44,5 |
44,0 |
Source : Ministère du Trésor.
La loi de finances pour 2002 poursuit les mêmes objectifs redistributifs
que les précédentes. Elle accentue la redistribution verticale,
par une augmentation des crédits d'impôt pour enfant à
charge différenciés selon le revenu, ce qui renforce le
problème de neutralité face au nombre d'actifs dans le
ménage. L'effet redistributif de cette hausse, concentrée sur les
revenus moyens et bas, est renforcé par la suspension de la
réduction du taux de l'IRPP.
Toutefois l'effet progressif trouve ses limites dans la modalité de
baisse du prélèvement par hausse des crédits non
remboursables. La baisse de l'IRPP de 2001 avait déjà fait
ressortir le problème des ménages, qui n'ayant pas un revenu et
donc un impôt dû suffisamment élevé pour
bénéficier de la hausse des crédits, ne profitaient pas de
la réforme. En 2002 environ un tiers de l'augmentation formelle du
crédit d'impôt n'a pas été utilisée. Ce
phénomène concerne un cinquième des ménages et
75 % des plus pauvres.
Le gouvernement actuel envisage un nouveau barème comportant une
exemption pour les revenus inférieurs à 7 750 euros (11 390 euros
avec enfants à charge); une première tranche jusqu'à 103
800 euros imposée à 23 % ; un taux de 33 %
au-delà. La substitution d'abattement aux crédits d'impôt
permettrait de mieux réaliser la progressivité, mais l'absence de
transfert en cas de revenu imposable nul ne résout pas le
problème présent dans la législation actuelle. D'autre
part l'extension d'une exemption si élevée à tous les
contribuables induirait la perte d'un tiers des recettes. Sa limitation aux
revenus les plus faibles comporterait une perte pour les classes moyennes, avec
un effet de seuil provoquant une forte hausse du taux marginal.
8. Pays-Bas
Le
système d'imposition est individuel : les conjoints choisissent
librement qui déclare les revenus (et les charges) communs. Le
système a été fortement réformé en janvier
2001, date à partir de laquelle il est devenu cédulaire. Les
revenus sont partagés en trois catégories (en trois
boîtes) :
La première comporte les revenus du travail, les pensions et les loyers
fictifs. Cependant, ceux-ci sont fortement sous-évalués
(0,8 % de la valeur de l'appartement, plafonné à 7 813
euros en 2001). Les intérêts payés pour l'acquisition du
logement sont déductibles.
Chaque contribuable a droit à un crédit d'impôt de
1 576 euros (une personne sans revenu peut en faire
bénéficier son conjoint). Les actifs ont droit à un
crédit d'impôt supplémentaire, qui atteint 129 euros pour
50 % du salaire minimum et 920 euros pour le salaire minimum à
temps plein. Ce crédit d'impôt est censé encouragé
à l'emploi à temps plein. Les enfants donnent droit à un
crédit d'impôt (138 euros par enfant). Ces crédits
d'impôt ne sont pas remboursables. L'impôt sur le revenu inclut les
contributions à la Sécurité sociale pour la retraite et la
maladie (29,4 % sur les deux premières tranches).
Tableau 17 : Taux d'imposition aux Pays-Bas
|
Tranches d'imposition, en euros* |
Taux, en % |
|
De 0 à 14 870 |
32,35 |
|
De 14 870 à 26 750 |
37,60 |
|
De 26 750 à 42 532 |
42 |
|
Au-delà de 42 532 |
52 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 23 152 euros
Source : European Tax Handbook, 2001.
La deuxième boîte comporte les revenus nets du capital provenant
d'une participation substantielle au capital d'une entreprise (plus de
5 %). Ceux-ci sont taxés à 25 %.
La troisième boîte comporte les revenus du patrimoine (autres que
ceux figurant dans la boîte 2 et le loyer fictif). Le patrimoine moyen de
l'année (demi-somme du patrimoine initial et du patrimoine final) est
censé rapporté 4 %, taxé à 30 %. Sa
valeur est donc taxée à 1,2 %. Certains investissements
éthiques bénéficient d'une déduction de 47 000
euros. Il existe de plus un abattement général de 17 600
euros par adulte, majoré de 2 350 euros par enfant. Ce
système assure la neutralité entre les différents types de
placement. L'équité horizontale n'est pas assurée puisque
les revenus du capital sont soustaxés par rapport à ceux du
travail et que les deux catégories de revenus ne font pas masse ;
mais c'est une caractéristique générale des
systèmes fiscaux.
La réforme de 2001 a permis de faire baisser de 60 à 52 % le
taux maximum d'imposition.
9. Suède
L'imposition est individuelle. Les enfants ne donnent droit à
aucune réduction d'impôt. Le revenu imposable est divisé
entre revenu d'activité (les salaires nets des cotisations, revenus des
entrepreneurs) et les revenus du capital (les intérêts nets du
capital, les plus-values, les dividendes).
Les revenus d'activité subissent une taxation nationale progressive et
une taxation locale proportionnelle (au taux moyen de 31 %). Ils
bénéficient d'un abattement, qui décroît avec le
revenu (3,8 % du SMO, à ce niveau). Il existe un crédit
d'impôt remboursable pour les actifs (2 % du SMO, à ce
niveau). Les revenus du capital sont taxés à un taux national
uniforme de 30 %.
Tableau 18 : Taux d'imposition en Suède
|
Tranches d'imposition, en couronnes* |
Taux, en %** |
|
De 0 à 252 000 |
31 |
|
De 252 000 à 390 400 |
51 |
|
Au-delà de 390 400 |
56 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 209 420 couronnes
. ; ** Impôt national+impôts locaux (au taux moyen).
Source : European Tax Handbook, 2001.
La réforme de 1991 visait à réduire le taux d'imposition
marginal des revenus du travail. Le taux supérieur du barème
national était de 41 % (soit 72 % en y ajoutant les 31 %
de fiscalité locale) ; il est passé à 34 % en
1990 ; puis à 20 % en 1991 (soit 51 % y compris la
fiscalité locale).
Jusqu'en 1991, les revenus du capital étaient imposés comme les
revenus du travail. La déductibilité des intérêts
versés était une forte incitation à l'endettement
immobilier. Les revenus nets du capital étaient négatifs. Depuis
1991, le taux d'imposition des revenus du capital est réduit, ce qui
rend moins intéressant l'endettement. Mais les dividendes restent soumis
à une double imposition, ce qui décourage à
l'investissement en actions des entreprises nationales.
La réforme de 1991 a été financée en grande partie
par l'extension de la TVA. Mais les besoins de financement des administrations
ont obligé en 1994 à engager une politique d'assainissement
budgétaire financée à moitié par la hausse des
cotisations maladie des salariés (de 0,95 % en 1993 à
6,95 % en 1999) et par la hausse du taux maximal de l'IRPP (de 20 %
à 25 %). Les limites des tranches n'ont pas été
indexées de 1995 à 1998.
Le programme pluriannuel annoncé en 2000 vise à augmenter le
seuil de non imposition à l'impôt national et à faire
passer de 20 à 15 % le premier taux de l'impôt national. Les
autorités souhaitent baisser l'imposition pesant sur les plus bas
salaires et le taux marginal supérieur, grâce à la hausse
des écotaxes, mais elles doivent compenser la baisse des taxes sur
l'alcool et le tabac imposée par l'UE.
10. Royaume-Uni
L'impôt sur le revenu est individualisé. Le revenu
imposable comprend le salaire brut (y compris cotisations employés). Les
revenus du capital sont taxés, sauf les comptes destinés à
l'épargne retraite. Les dividendes ne bénéficient que d'un
avoir fiscal de 1/9 et sont taxés aux taux de 32,5 % : au
total, leur imposition est de 55,65 %.
de la simplification de la fiscalité des revenus d'épargne,
l'individualisation de l'impôt, et la modification des abattements et des
crédits d'impôt qui ont eu pour effet de défavoriser les
couples sans enfant et de favoriser les retraités ayant cotisé et
les ménages qui travaillent et/ou ont des enfants. Ces derniers sont
pris en compte via un crédit d'impôt appliqué
à un des deux parents (ou partagé entre eux). De façon
générale, les crédits d'impôt jouent un rôle
important dans le système britannique et ont été nettement
développés depuis 1997. L'impôt est collecté par les
entreprises qui versent au fisc les sommes que celui-ci a calculées en
prenant en compte les caractéristiques du contribuable (nombre
d'enfants...) et les autres revenus. Le barème ne contient que 3
tranches (contre 6 en France) et les contribuables bénéficient
d'un abattement forfaitaire de 4 535 livres (soit 17,8 % du revenu
moyen ; l'abattement est supérieur pour les personnes ayant plus de
65 ans).
Tableau 19 : Imposition des dividendes au Royaume-Uni
|
Profit |
100 |
|
Impôt sur les sociétés |
31 |
|
Dividendes |
69 |
|
Crédit d'impôt |
69/9=7,67 |
|
Impôt à payer |
(69+7,67)*32,5 %-7,67=24,65 |
|
Impôt total |
55,65 |
Source : Calculs des auteurs.
Tableau 20 : Taux d'imposition au Royaume-Uni
|
Tranches d'imposition, en livres* |
Taux, en % |
|
De 0 à 1 520 |
10 |
|
De 1 520 à 28 400 |
22 |
|
Au-delà de 28 400 |
40 |
* Le
revenu imposable d'une personne touchant le SMO est de 14 500 livres Sterling.
Source : European Tax Handbook, 2001.
Les principales mesures prises dans les années 1990 sont la poursuite de
la diminution des taux et Les taux d'imposition ont diminué
continûment depuis la fin des années 1970. Sous les conservateurs
(1979-1996), la baisse des taux a été très forte : le
taux marginal supérieur est passé de 98 % dans certains cas
à 60 % puis 40 %. Le passage de 60 à 40 % du taux
marginal en 1988, s'est accompagné d'une très forte diminution du
nombre de tranches. Les Tories ont supprimé le taux le plus bas
(lower rate) un an après leur arrivée au pouvoir et ont
diminué progressivement le taux intermédiaire (basic
rate). Ils ont aussi réintroduit un taux réduit dans le
budget pré-électoral de 1992. Après 1992, les abattements
à l'IRPP ont été gelés. Les Travaillistes n'ont pas
remis en cause la baisse des taux marginaux les plus élevés. Ils
ont abaissé le taux réduit à 10 % à partir
d'avril 1999 (au lieu de 20 %) et ont réduit le taux moyen de 1
point à 22 % en avril 2000. La baisse du taux réduit n'a
concerné que les très petits contribuables, puisqu'elle s'est
accompagnée d'une très forte diminution du seuil au-delà
duquel le revenu est imposé au basic rate.
Sur 45 millions d'adultes, environ 27,6 sont aujourd'hui soumis à
l'impôt sur le revenu (61 %). Les réformes de l'IRPP se sont
traduites par une augmentation du nombre de contribuables payant les taux les
plus élevés (10 % aujourd'hui, contre 3 % en
1979-1980) : l'indexation des tranches n'a pas toujours suivi
l'inflation, les revenus ont en moyenne progressé plus vite que les prix
et la dispersion des revenus s'est accrue sur la période. Aussi,
malgré la forte baisse des taux, la part de l'IRPP dans le PIB n'a que
très peu varié en presque un quart de siècle. Depuis
1979-1980, soit en 22 ans, le seuil au-delà duquel le taux
supérieur est dû a diminué de 7,8 % en terme
réel. Au contraire, l'abattement (seuil en deçà duquel le
contribuable ne paye pas d'IRPP) a augmenté de 44,4 % à prix
constant.
Dans les années 1990, la prise en compte de la situation familiale a
été fortement modifiée. Avant 1990, les couples
mariés étaient soumis à une imposition conjointe (les
textes stipulaient que d'un point de vue fiscal, le revenu de l'épouse
était considéré comme le revenu de son mari...).
L'imposition conjointe a été supprimée en 1990, mais le
statut marital restait pris en compte par le biais d'un abattement fiscal
accordé aux couples mariés (married couple's allowance,
MCA). Cet abattement a été progressivement réduit à
partir de 1993, et supprimé en avril 2000. Jusqu'en 2001, les enfants
n'étaient pas pris en compte dans le calcul de l'imposition
excepté par le biais d'un crédit d'impôt en faveur des
familles à faible revenu avec enfant et dont un des parents au moins
travaillait : le Family Income Supplement créé en
1971, remplacé en 1988 par le Family Credit, lui-même
remplacé par le Working Families' Tax Credit (WFTC) en 1999. La
diminution du MCA a dégagé des ressources qui ont permis, dans un
premier temps, d'augmenter les allocations familiales.
A partir d'avril 2001, a été mis en place un Children's Tax
Credit (CTC) en faveur de toutes les familles ayant au moins un enfant de
moins de 16 ans. Il s'agit d'une réduction d'impôt non
remboursable, indépendante du nombre d'enfants, versée aussi bien
aux couples mariés qu'aux couples non mariés et aux
célibataires. Lorsqu'aucun des membres du foyer n'est imposé au
taux marginal supérieur, le CTC est forfaitaire et les couples
décident de la répartition du crédit entre chacun des deux
adultes. Lorsque l'un des deux est imposé à la tranche marginale
supérieure, celui qui gagne le plus doit recevoir le crédit
d'impôt qui est réduit de 1/15e de livre pour chaque
livre de revenu au-dessus du seuil de la tranche supérieure Pour les
hauts revenus, le CTC est donc nul. En 2001-2002, le CTC plein vaut
520 livres. L'abattement pour le calcul du revenu imposable vaut 4 535
livres et le seuil de la tranche supérieure vaut 29 400. Si le plus
haut des deux revenus d'un couple est supérieur à 33 935
livres (4 535+29 400), la réduction d'impôt est
inférieure à 520 livres. Si le plus haut revenu est de
38 000 livres (soit grosso modo, 1,5 fois le revenu moyen), le CTC est de
249 livres (= 520 - (38 000 - 33 935)*(1/15) ). Le CTC devient nul
pour un revenu supérieur à 41 735 livres, soit 1,6 fois le
revenu moyen.
La prise en compte des enfants par le CTC a donc des effets très
différents de ceux du quotient familial. En France, chaque enfant permet
une réduction d'impôt d'autant plus forte que le revenu est
élevé (jusqu'à un certain plafond). Au Royaume-Uni, la
réduction d'impôt est forfaitaire puis dégressive (dans le
cas du WFTC, l'aide pour chaque enfant est forfaitaire, mais elle est
supprimée au-delà d'un certain revenu). En France, chaque enfant
induit une diminution de l'IRPP, qui est plus forte à partir du
troisième enfant, alors que le second enfant (et les suivants) ne
rapporte rien dans le cas du CTC (et une somme identique dans le cas du WFTC).
Deux célibataires à deux enfants qui se marient perdent un CTC.
Le gouvernement unifiera, à partir de 2003, la prise en compte des
enfants dans l'impôt sur le revenu par la création d'un nouveau
crédit d'impôt. Il s'agira d'une prestation globalement
dégressive, avec deux paliers. Le WFTC sera remplacé par un
crédit d'impôt destiné aux plus de 25 ans ayant un emploi,
avec ou sans enfants (Working Tax Credit).
Depuis 20 ans, la fiscalité de l'épargne a été
simplifiée, rationalisée et rendue plus neutre72(*). Aujourd'hui, l'épargne
des ménages britanniques se fait essentiellement à travers trois
types de produits qui permettent de ne pas payer d'impôt sur les revenus
d'épargne : l'épargne retraite, l'épargne logement,
et les Individual Savings Accounts (ISA). L'ISA, créé en
avril 1999 en remplacement de deux dispositifs proches, permet
d'épargner jusqu'à 7 000 livres par an. Comme dans le cas de
l'épargne logement, les revenus d'épargne et les retraits sont
exonérés. A l'inverse, l'épargne retraite est
exonérée à l'entrée, mais les rentes sont
imposées. Une part du capital accumulé peut même être
sortie en capital, en franchise d'impôt. Finalement, seuls les
très gros épargnants sont concernés par la taxation des
plus-values. Celles-ci sont imposées au barème de l'IRPP. Mais
depuis le budget de mars 1998, un système de dégressivité
temporelle a été mis en place : seul un certain pourcentage
de la plus-value est imposé et ce pourcentage est d'autant plus faible
que la détention est longue. Par contre, l'inflation n'est plus prise en
compte dans le calcul de la plus-value.
11. Irlande
L'unité d'imposition est le couple, mais chaque conjoint peut
choisir l'imposition séparée. Le revenu imposable est la somme du
revenu personnel (revenus d'activité nets et pensions) et des
dividendes. Les intérêts et les plus-values sont soumis à
un prélèvement libératoire respectivement de 22 % et
20 %. Une exonération est prévue pour le revenu
inférieur à 5 205 euros (le double si la déclaration
est commune). La déduction des intérêts pour le financement
de l'activité est prévue ainsi que les primes de l'assurance
santé et les frais médicaux non remboursables. Il existe un
crédit d'impôt au taux standard de l'IRPP (22 %) pour les
intérêts pour l'achat ou la rénovation de la
résidence principale et pour le loyer effectif. D'autres crédits
d'impôt, anciennement des abattements, sont prévus au même
taux : pour un célibataire ou un parent isolé (5 967 euros),
pour un couple marié (le double), pour une personne âgée de
plus de 65 ans (1 000). La progressivité du système est faible.
Le barème comportait en 2001 deux tranches, la première
jusqu'à 17 800 euros à un taux de 22 %, la deuxième
à un taux de 44 %.
Le gouvernement de droite a mis en place une importante baisse
d'impôt : de 1998 à 2002 le taux des deux tranches de l'IRPP
a baissé de 4 points (de 24 % à 20 % pour la
première et de 46 % à 42 % pour la deuxième) et
le seuil d'imposition a été relevé. Tous les contribuables
ont eu droit à des réductions significatives, les revenus bas et
moyens ayant profité le plus de la réforme. La conversion des
abattements individuels en crédit d'impôt a amélioré
la situation des contribuables dans la première tranche de revenu. La
forte réduction de la base imposable a permis d'exonérer
37 % des salariés de l'impôt. La charge fiscale sur le
salaire moyen (IRPP et cotisations incluses) a baissé globalement de
11,4 %, de 8,2 % pour un travailleur gagnant trois fois le salaire
moyen. L'individualisation de l'impôt a profité principalement aux
couples bi-actifs de revenu moyen. Le gouvernement s'est engagé sur une
baisse du taux maximal de l'IRPP de 42 % à 40 % au cours de la
nouvelle législature.
Un bilan
Le tableau 21 permet de comparer les taux d'imposition moyens dans les
différents pays européens d'une famille de deux salariés,
ayant deux enfants. Le premier chiffre rapporte le seul impôt sur le
revenu au revenu disponible : c'est un indicateur du poids ressenti de
l'IRPP ; le second rapporte le total des prélèvements nets
des prestations familiales au coût salarial total ; c'est un
indicateur plus économique (en particulier, il ne dépend pas du
partage du prélèvement entre cotisations sociales et impôt,
entre prestations sociales et impôt).
Le premier indicateur apparaît plus dispersé que le second. Pour
un couple au niveau du salaire moyen, le premier s'étage de 7,9 %
en Espagne à 32,5 % en Suède, alors que le second va de
25,2 % au Royaume-Uni à 46,4 % en Belgique. On peut distinguer
les pays à faible impôt sur le revenu (Espagne, France, Italie,
Royaume-Uni) et les pays à impôt sur le revenu important
(Danemark, Suède, Belgique).
En ce qui concerne le poids global des prélèvements, la France et
le Royaume-Uni taxent relativement peu les bas salaires. Les hauts revenus sont
peu taxés en Espagne et au Royaume-Uni. Au contraire, ils sont fortement
taxés en Belgique, au Danemark et en Suède. Globalement, le
Royaume-Uni se distingue par un faible poids des prélèvements,
mais les retraites publiques y sont faibles. Au contraire, les
prélèvements sont élevés en Belgique, Suède,
Italie, Danemark, France. Les prélèvements sont
particulièrement progressifs en France et en Belgique ; ils le sont
relativement peu en Espagne et en Italie.
Tableau 21 : Taux moyen d'imposition en 2001, couple marié, deux enfants, deux revenus salariaux, la femme travaille et gagne 70 % du salaire du mari
|
Niveau du salaire/SMO |
0,7 |
1 |
2 |
3 |
5 |
|||||
|
a |
b |
a |
b |
a |
b |
a |
b |
a |
b |
|
|
Allemagne* |
0 |
33,2 |
9,5 |
40,2 |
27,1 |
48,0 |
34,6 |
48,7 |
40,3 |
48,6 |
|
Autriche* |
1,6 |
25,1 |
13,8 |
35,7 |
27,7 |
43,8 |
35,6 |
45,4 |
41,4 |
46,9 |
|
Belgique* |
20,8 |
39,9 |
28,2 |
46,4 |
39,1 |
56,4 |
49,9 |
62,2 |
48,9 |
66,0 |
|
Danemark** |
28,5 |
33,1 |
32,5 |
37,2 |
43,9 |
48,0 |
49,1 |
52,9 |
53,0 |
56,8 |
|
Espagne* |
3,3 |
30,6 |
7,9 |
33,9 |
16,9 |
40,3 |
21,0 |
40,2 |
29,2 |
40,7 |
|
France* |
6,6 |
23,5 |
11,2 |
40,0 |
16,9 |
47,9 |
21,5 |
51,0 |
27,5 |
54,9 |
|
Italie* |
13,4 |
38,0 |
16,9 |
42,8 |
25,8 |
49,8 |
30,3 |
53,0 |
34,5 |
56,0 |
|
Pays-Bas** |
12,4 |
27,1 |
15,5 |
32,0 |
30,1 |
41,1 |
37,9 |
43,6 |
43,6 |
46,7 |
|
Royaume-Uni** |
12,8 |
19,0 |
16,1 |
25,2 |
21,5 |
32,2 |
26,8 |
36,1 |
32,2 |
40,3 |
|
Suède** |
26,2 |
42,8 |
29,0 |
46,1 |
37,0 |
53,1 |
41,4 |
57,4 |
48,4 |
63,4 |
a)
IR/salaire net ; b) (IR+cotisations sociales-prestations familiales)/
salaire super brut. Dans le cas français, la CSG/CRDS figure dans
l'impôt sur le revenu.
* Donne droit à une retraite proportionnelle ; ** Donne droit
à une retraite forfaitaire.
Source : Calculs des auteurs d'après OCDE, Les impôts sur
les salaires, 2000-2001, 2002.
Le tableau 22 permet de comparer les taux moyens d'imposition à 12 ans
d'intervalle. C'est la permanence qui frappe. Les taux n'ont globalement pas
varié en Belgique et en Espagne. Le Danemark a baissé d'environ 7
points ces taux d'imposition ; la baisse est encore plus nette aux
Pays-Bas (de 14 à 10 points). Le Royaume-Uni les a baissés de 10
à 0 points. L'Italie les a augmentés de 3 à 6 points.
L'Allemagne et, plus encore, la France ont réduit nettement les
prélèvements sur les bas salaires. Globalement, les
prélèvements apparaissent légèrement plus
redistributifs qu'il y a 12 ans.
Tableau 22 : Taux moyen d'imposition, couple marié, deux enfants, deux revenus salariaux, la femme travaille et gagne 70 % du salaire du mari
|
Niveau du salaire/SMO |
0,7 |
1 |
2 |
3 |
5 |
|||||
|
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
1989 |
2001 |
|
|
Allemagne |
39 |
33,2 |
41 |
40,2 |
46 |
48,0 |
47 |
48,7 |
50 |
48,6 |
|
Belgique |
40 |
39,9 |
46 |
46,4 |
56 |
56,4 |
61 |
62,2 |
67 |
66,0 |
|
Danemark |
41 |
33,1 |
44 |
37,2 |
55 |
48,0 |
59 |
52,9 |
62 |
56,8 |
|
Espagne |
29 |
30,6 |
34 |
33,9 |
41 |
40,3 |
41 |
40,2 |
41 |
40,7 |
|
France |
40 |
23,5 |
42 |
40,0 |
46 |
47,9 |
49 |
51,0 |
53 |
54,9 |
|
Italie |
35 |
38,0 |
37 |
42,8 |
43 |
49,8 |
46 |
53,0 |
50 |
56,0 |
|
Pays-Bas |
41 |
27,1 |
46 |
32,0 |
51 |
41,1 |
53 |
43,6 |
57 |
46,7 |
|
Royaume-Uni |
29 |
19,0 |
33 |
25,2 |
36 |
32,2 |
38 |
36,1 |
40 |
40,3 |
Source : Calculs des auteurs d'après OCDE, Les
impôts sur les salaires, 2000-2001, 2002.
Pourtant, une tendance commune vers l'atténuation de la
progressivité de l'impôt se dessine maintenant au sein des pays
européens. En France le taux marginal supérieur est redescendu
à 54 % en 1996 et a ensuite été réduit
à 52,5 %, l'Espagne et l'Allemagne se sont engagés
à une baisse progressive du taux supérieur de 11 points
respectivement sur la période de 1997 à 2003 et de 2000 à
2005. L'Italie est la pointe du processus d'affaiblissement de la
progressivité par une réforme, qui met en place un barème
à deux tranches avec un taux supérieur à 33 %.
Cette évolution suit l'abaissement massif des taux supérieurs de
l'impôt sur le revenu mis en place depuis le début des
années 1980 aux Etats-Unis. Ce taux, relevé par l'administration
Clinton, a été ultérieurement baissé par
l'administration Bush. L'évolution fut similaire au Royaume-Uni de 1979
à 1988 avec une baisse du taux marginal supérieur de
98 % à 40 %, non remise en cause par les
Travaillistes.
S'il n'est pas encore clair que cette évolution en Europe corresponde
à la volonté d'un abandon de la progressivité, un
débat théorique et des propositions concrètes d'un
impôt proportionnel couplé avec un transfert universel forfaitaire
apparaissent dans plusieurs pays. Cette réforme radicale de l'imposition
permettrait une forte baisse des taux marginaux pour le haut de la distribution
des revenus. Elle prétend maintenir le principe de la
progressivité grâce à au transfert forfaitaire. Le
problème d'une réforme si radicale est qu'il est difficile
d'assurer à la fois un transfert universel garantissant le minimum vital
et un taux d'imposition non confiscatoire. Dans de nombreux projets, le
financement du transfert universel se ferait par la suppression des actuels
transferts (minimum vieillesse, allocation chômage, etc.) de sorte que
les plus pauvres verraient leur situation se détériorer. La
baisse du taux marginal pour les hauts revenus s'accompagnerait d'une hausse
pour la grande masse des contribuables de revenu moyen.
Compte tenu des exigences de maintien du niveau des recettes, le souci dominant
à l'heure actuelle d'éviter de trop imposer les plus riches
risque d'amener en Europe à une évolution vers moins de
progressivité qui renoncerait à freiner l'accumulation des
grandes fortunes et à favoriser le renouvellement des élites
économiques.
Chapitre 2. 3 : L'imposition des revenus du capital
Réjane Hugounenq
Actuellement, les revenus de l'épargne placés à
l'étranger sont au mieux soumis à une retenue à la source,
au pire totalement exonérés. La raison en est simple. Le principe
de résidence qui constitue aujourd'hui la règle légale
d'imposition et qui lorsqu'il est strictement appliqué supprime l'effet
du différentiel d'imposition sur l'incitation à
délocaliser, n'est en pratique pas appliqué. Il ne peut
l'être que si les détenteurs de capital placé à
l'étranger les déclarent. Dès lors que dans un pays, les
intermédiaires financiers ne sont légalement pas tenus de
coopérer avec les administrations fiscales étrangères, les
possibilités de fraudes sont ouvertes pour les non résidents et
ce indépendamment du niveau des taux d'imposition. La résolution
de ce problème pour ce qui est de l'imposition des intérêts
passe par la mise en place d'un système généralisé
d'échange d'informations. Les Etats membres étaient parvenus en
juin 2000 à un accord sur ce choix, accord cependant soumis à la
mise en oeuvre de négociations avec les pays tels que les Etats-Unis, la
Suisse, le Liechtenstein, Monaco, Andorre et Saint Marin afin que ces pays
adoptent des mesures équivalentes. Cette proposition qui devait
être transformée en directive fin 2002 a été
abandonnée à cette même date suite à l'opposition de
la Suisse. Pour les dividendes, la question de l'échange d'information
se double de celle de l'intégration dans le pays de la source de
l'imposition sur les bénéfices et de l'imposition personnelle.
Seule la généralisation du système de l'avoir fiscal aux
résidents et aux non résidents pour l'ensemble des pays de l'UE
peut permettre une application totale du principe de résidence et
supprimer les inefficacités générées par
l'hétérogénéité des systèmes actuels.
Selon l'approche en termes de capacité contributive73(*) les revenus du capital des
ménages devraient être traités fiscalement comme leurs
autres catégories de revenu. Or tel n'est pas le cas. Comme les pays
souhaitent favoriser l'épargne, comme ils craignent la fuite des
capitaux, les revenus du capital font l'objet de nombreuses dérogations
et sont en général moins imposés que les revenus du
travail. De même, tous les produits d'épargne ne supportent pas
les mêmes charges fiscales, l'Etat désirant orienter leur
allocation (vers de l'épargne longue ou risquée). Le traitement
préférentiel des revenus du capital est commun à tous les
pays membres. Par contre, chaque pays se distingue par la gamme des produits
financiers proposés et par leur modalité d'imposition. Dès
lors que les produits d'épargne présentent des
caractéristiques spécifiques de risque, de rendement et de
liquidité, il est difficile de construire un indicateur
synthétique du poids de la fiscalité dans chaque pays. Dans une
perspective de comparaison européenne, il est par contre possible de
donner une indication de la charge fiscale pesant sur l'épargnant le
plus à même de délocaliser son épargne. C'est ce que
nous ferons dans une première partie, en comparant la fiscalité
des pays membres pesant sur les dividendes, les obligations et les plus-values,
en ignorant les régimes dérogatoires, l'épargne
immobilière et l'épargne retraite.
L'épargne mobilière étant très mobile, le
différentiel d'imposition entre les divers pays membres peut être
une cause de délocalisation74(*) du capital. Cette dernière nuit à
l'organisation de la compétition entre les places financières en
Europe. Si les résidents du pays A exportent leur capital vers le pays B
en raison d'une imposition avantageuse dans le pays B, les conditions de la
compétition entre les places financières des deux pays sont
faussées. Dans ce cas de figure, les revenus du capital sont
imposés selon le principe de la source. C'est, de fait, le cas
aujourd'hui en Europe en dépit des règles légales qui
stipulent que le principe de résidence doit s'appliquer. La
résolution de ce problème est, au moins techniquement, plus
simple que celui auquel se heurte la Commission pour les entreprises. Elle peut
être circonscrite aux mesures réglementaires à prendre en
Europe pour que soit respecté le principe de résidence. En effet,
si les sièges des grandes sociétés se déplacent
comme nous l'avons vu dans le chapitre sur l'IS, tel n'est pas le cas des
ménages. Ces derniers migrent éventuellement pour échapper
à la fiscalité du stock de capital mais non pour celle portant
sur les revenus du capital. De fait, une application stricte du principe de
résidence suffit à supprimer les effets néfastes des
différentiels de taux. Mais pour qu'un individu paie des impôts
sur les revenus de son capital placé à l'étranger, il faut
que celui-ci les déclare. Dès lors que dans un pays, les
intermédiaires financiers ne sont légalement pas tenus de
coopérer avec les administrations fiscales étrangères, les
possibilités de fraude sont ouvertes pour les non
résidents ; indépendamment du niveau des taux d'imposition,
ce capital est alors quasi défiscalisé. La deuxième partie
traite donc de la question de l'imposition des non résidents ainsi que
des récentes propositions de la Commission qui concernent les revenus
des obligations. L'imposition des revenus des dividendes se heurte à une
difficulté supplémentaire, liée cette fois-ci à la
non prise en compte par certains pays de la double imposition de ces revenus.
Il en résulte un traitement fiscal différencié entre les
investissements nationaux et étrangers en actions. Cette question ainsi
que la possibilité de la généralisation du système
de l'avoir fiscal seront traitées dans la troisième partie.
I. L'imposition des revenus de l'épargne en Europe
Les pays européens ont mis en oeuvre de nombreuses réformes
fiscales sur les revenus de l'épargne tout au long de la décennie
1990. Les taux d'imposition notamment sur les revenus d'intérêts
ont diminué dans l'ensemble des pays tout au long de cette
décennie. L'imposition des dividendes par contre n'a que très peu
évolué. Le gouvernement Blair a augmenté l'imposition des
dividendes mais a réduit le taux de l'IS de sorte qu'au total le poids
de l'imposition n'a été que peu affecté. La France est le
seul pays à avoir augmenté l'imposition des revenus de
l'épargne : durant la décennie 1990, les réformes ont
rééquilibré les contributions aux dépenses
publiques des revenus du travail et du capital (ces dernières
étant très faibles au début des années 1990). Ce
rééquilibrage s'est effectué par le basculement des
cotisations sociales vers la CSG et la mise en place de la CRDS et des
prélèvements additionnels (dont le niveau est aujourd'hui
respectivement de 7,5 %, 0,5 % et 2 %). Le taux d'imposition sur
les revenus de l'épargne a ainsi augmenté de près de 10
points.
Les tableaux 1 à 3 donnent un panorama de l'imposition des grandes
catégories de revenus des capitaux mobiliers (dividendes,
intérêts) et des plus-values pour dix pays européens. Nous
laissons de côté la fiscalité immobilière et celles
des plans de retraite. Dans l'ensemble de l'UE, ces produits
bénéficient tous pour des raisons sociales (accession à la
propriété)75(*) ou économiques (inciter à la
constitution de fonds de pensions) d'avantages fiscaux qui tendent à
croître (l'Espagne et l'Allemagne ont récemment augmenté
les avantages fiscaux pour l'épargne retraite). Mais ces formes de
placements ne sont pas mobiles. Nous n'en parlerons donc pas ici.
Les comparaisons effectuées, même limitées aux revenus des
capitaux mobiliers, ne donnent qu'une image partielle de ce qu'est la
fiscalité de cette catégorie de revenu dans chaque pays. Les
régimes dérogatoires sont ignorés. Pour ce qui est de la
France par exemple, les dividendes peuvent être imposés au
Régime général (barème de l'IR) ou
bénéficier d'une fiscalité avantageuse s'ils sont acquis
dans le cadre de plan d'épargne longue (PEA). Par ailleurs, les revenus
considérés ici bénéficient d'abattements
généralement non pris en compte dans les calculs. Or ceux-ci
réduisent considérablement le taux d'imposition auquel est soumis
l'épargnant76(*).
D'une certaine façon, la fiscalité des revenus des capitaux
mobiliers et des plus-values présentée ici est celle à
laquelle fait face un individu qui a une préférence pour le court
terme et le risque ou encore pour l'épargnant qui a épuisé
les possibilités fiscales des régimes dérogatoires. Ce
profil n'est pas celui de la majorité des épargnants et
certainement pas celui de l'épargnant modeste. En témoignent les
structures de l'épargne financière des pays membres (tableau 4).
Par exemple, la France se caractérise par une proportion importante de
l'épargne totale placée sous forme de dépôts plus ou
moins liquides (du CODEVI au plan épargne-logement) et peu
risqués. La détention d'actions y est relativement faible. Quoi
qu'il en soit, la catégorie des épargnants à la recherche
du rendement immédiat maximal est celle la plus susceptible de
délocaliser son épargne.
Tableau 1 : Imposition des dividendes
|
Législation 2001 |
Résidents |
Taux
d'imposition effectif |
Non résidentsB |
|
IS + IR corrigé par un système d'imputation (AF) |
|||
|
France |
IR (52,75 %) plus avoir fiscal (AF) de 50 % restituable (double imposition quasi corrigée) |
52,75 % + prélèvements sociaux de 10 % |
Retenue à la source et remboursement de l'AF si convention (encadré : exemple la convention franco-italienne) |
|
Italie |
Sur
participations non qualifiées : retenue à la
source de 12,5 % ou IR avec AF (58,73)
|
44 % ou 45 % (pour les participations non qualifiées) ou 53 % sur participations qualifiéesC. |
Si pas
de convention : retenue de 27 %. Restitution d'une partie de
cette retenue sur justification de l'impôt dans le pays de
résidence
|
|
Espagne |
Retenue
à la source restituable (non libératoire) de 18 %
|
53,7 % sans tenir compte des éventuels abattements |
Si pas
de convention : Retenue à la source libératoire :
25 % Pas d'AF
|
|
Royaume-Uni |
IR (barème progressif ; taux de 10 % ou de 32,5 % ) et crédit d'impôt au taux de 1/9 du montant de dividendes distribué. (Double imposition partiellement corrigée) |
47,5 %D |
Si pas
de convention: retenue à la source
|
|
IS + IR à taux préférentiel ou retenue à la source libératoire. Pas d'avoir fiscal |
|||
|
Belgique |
Retenue à la source de 25 %E libératoire ou imposition à l'IR si la globalisation des revenus dans le cadre de l'IR est plus favorable |
54 % |
Si pas
de convention : Retenue à la source libératoire :
25 % E.
|
|
Allemagne |
Retenue
à la source de 25 % ou 20 % E non
libératoire et restituable.
|
43,2 % sans tenir compte des systèmes d'abattements |
Si pas
de convention : retenue à la source libératoire de
25 % et 20 % (pour les dividendes issus de profit
réalisés à partir de 2001.
|
|
Luxembourg |
Retenue
à la source de 25 % non libératoire et restituable.
|
44,7 % sans tenir compte des systèmes d'abattements |
Si pas
de convention
|
|
Double imposition |
|||
|
Irlande |
IR (taux max : 42 %) |
48 % |
Exemption des dividendes issus d'actions de sociétés irlandaises. |
|
Suisse |
Retenue
à la source non libératoire de 35 %
|
Les taux d'imposition d'IR sont dépendants des communes et cantons. |
Si pas
de convention : retenue à la source de 35 %.
|
|
Cas particulier |
|||
|
Pays-Bas |
Base
d'imposition : 4 % de la valeur de marché des actifs (actions
ou obligations)
|
Si pas
de convention : même régime que les résidents.
|
|
A. Ces
calculs sont effectués en supposant que l'actionnaire est imposé
sur ses dividendes au tau maximal du barème et en incluant le montant de
l'IS déjà payé par l'entreprise pour le compte des
actionnaires. Les taux d'IS sont les taux nominaux (hors surcharges voir
chapitre 2.1) : France (33,33 %), Italie (36 %), Espagne
(35 %), RU (30 %), Belgique (39 %), Allemagne (25 %),
Luxembourg (30 %), Irlande (10 %), Suisse (8,5 %), Pays-Bas
(35 %).
B. Il s'agira pour l'ensemble des pays membres des non résidents
français. La France a signé des conventions quasi identiques avec
la totalité des pays membres. Nous donnerons un exemple de l'application
de la convention franco-Italienne dans l'encadré.
C. Le taux effectif est égal pour le cas de la retenue à la
source de 12,5 % à IS(0,36) + (1 - IS)0,125.
D. On suppose pour ce calcul que le taux marginal de l'actionnaire est de
32,5 %. En réalité, seule une partie des dividendes est
imposée à ce taux puisque, les revenus de l'épargne ne
sont pas additionnés avec les revenus du travail mais subissent seuls
l'application du barème progressif. Le taux final de 47,5 est donc
surévalué.
E. Il existe un taux réduit de 15 % dans certains cas de figures
(actions émises avant le 1er janvier 1994, etc.).
F. Ces taux sont actuellement augmentés d'une surcharge de 5,5 %
(soit 26,38 % et 21,1 %).
G. Les non résidents reçoivent un crédit d'impôt
égal à 1/9 du montant du dividende après IS et sont alors
soumis à un prélèvement à la source de 10 %,
ce qui en pratique annule toute imposition sur les dividendes après IS
mais ne rembourse pas l'IS.
Sources : European Tax Handbook, 2001, La fiscalité des revenus de
l'épargne Conseil des impôts 1999, Rapport Bollé, Taxation
de l'épargne et risques de délocalisation.
Les dividendes sont imposés au niveau de l'entreprise (IS) et au niveau
de l'actionnaire. L'évaluation de la charge fiscale qui porte in
fine sur les actionnaires, ne saurait se limiter à la prise en
compte de la seule imposition personnelle. En effet, l'entreprise s'apparente
à un actif qui procure à ses détenteurs des revenus
différés et non différés, les dividendes et les
profits réinvestis. L'imposition des bénéfices de
l'entreprise constitue dans cette optique une avance au Trésor
acquittée par l'entreprise pour le compte de son actionnaire à la
fois sur l'impôt final dû sur les dividendes et sur les montants
des profits non distribués77(*). L'évaluation de la charge fiscale finale sur
les dividendes doit donc tenir compte de l'imposition prise en charge en son
nom par l'entreprise.
Certains pays restituent à l'actionnaire, par un mécanisme
d'imputation (avoir fiscal), tout ou partie de l'IS acquitté par
l'entreprise. Si ces revenus sont soumis à l'IR, le taux effectif
supporté sur les dividendes est alors celui de l'impôt sur le
revenu. C'est le cas en France et en Italie (pour les participations non
substantielles).
L'Espagne et le Royaume-Uni appliquent ce système mais sans que la
correction de la double imposition soit totale. Le Royaume-Uni a au cours des
années 1990 réduit le taux de l'avoir fiscal qui est aujourd'hui
très faible. Dans ces deux pays, le taux effectif d'imposition des
dividendes est supérieur au taux marginal du barème.
L'Allemagne et l'Irlande ont tout récemment supprimé le
système de l'avoir fiscal pour s'inscrire dans la liste des pays qui
utilisent le système dit « classique »,
c'est-à-dire qui ne corrigent pas la double imposition.
Généralement, la non prise en compte de l'avance payée par
l'entreprise donne lieu à une compensation au niveau de l'actionnaire.
Elle peut prendre la forme soit d'un taux préférentiel (la
moitié du taux du barème de l'IR pour l'Allemagne et le
Luxembourg), soit d'une retenue à la source libératoire dont le
taux est inférieur à celui du barème de l'IR (Belgique et
Italie pour les participations substantielles). L'Irlande et la Suisse
compensent la double imposition en réduisant le taux d'IS. Les Pays-Bas
ont exonéré les dividendes en créant une taxe sur la
richesse mobilière.
La tendance est donc à l'abolition du système de l'avoir fiscal
et à l'application d'un système mixte, IS et imposition
personnelle préférentielle. Le système de l'avoir fiscal a
une logique claire qui consiste à imposer les bénéfices de
l'entreprise uniquement au niveau de leurs détenteurs. Les
systèmes hybrides n'ont qu'une logique de court terme qui consiste
à compenser les effets de la baisse des taux de l'IS (pour des raisons
de concurrence fiscale en Europe) par une hausse de l'imposition directe sur
les actionnaires tout en ne diminuant que très légèrement
les taux des barèmes d'IR.
Le tableau 1 montre qu'en dépit de la diversité des
systèmes appliqués, la charge fiscale supportée par
l'actionnaire dès lors que l'on considère l'IS comme un
pré-paiement est relativement proche dans les divers pays. Elle varie
entre 43 % et 53 %. Seule la France se distingue pour les
contribuables dont le taux marginal est celui de la dernière tranche du
barème par un taux d'imposition sur les dividendes de près de
63 %.
Tableau 2 : Imposition des intérêts sur les obligations d'EtatA
|
Législation 2001 |
Actionnaires résidents |
Actionnaires non résidentsB |
|
Les intérêts sont inclus dans le revenu imposable et taxés au taux marginal du barème (sauf RU) . Une retenue à la source non libératoire peut être appliquée. Il existe des abattements dont les montants peuvent dépendre de la taille familiale |
||
|
Allemagne |
IR (taux
max : 48,5 %)
|
Exonération |
|
Luxembourg |
IR (taux
max : 42 %)
|
Exonération |
|
Espagne |
IR (taux
max : 48 %
|
Exonération |
|
Royaume-Uni |
IR
(application du barème progressif : 20 % et 32,5 %)
|
Exonération |
|
Suisse |
IR
(impôt fédéral de 11,5 %)
|
35 %
si pas de convention
|
|
Le détenteur a le choix entre l'application de la retenue à la source libératoire ou l'application de l'IR |
||
|
Belgique |
Taux de
retenue à la source : 25 ou 15 %B
|
Exonération |
|
France |
Taux de retenue à la source : 15 % (plus prélèvements sociaux) ou IR |
Exonération |
|
Les intérêts font l'objet d'une retenue à la source libératoire |
||
|
Italie |
Taux de retenue à la source libératoire: 12,5 % |
Exonération |
|
Cas particulier |
||
|
Pays-Bas |
Base
d'imposition : 4 % de la valeur de marché des actifs (actions
ou obligations)
|
Exonération |
A. La
législation applicable aux intérêts dépend dans
chaque pays de type de produit considéré. Par exemple, si les
intérêts d'un compte courant au Luxembourg sont
exonérés pour les résidents comme les non
résidents, ceux issus d'obligations d'entreprises subissent une retenue
à la source de 25 % réduite à 10 % dans le cadre
des conventions avec la France.
B. Il s'agit des non résidents français. Les taux applicables
sont ceux des conventions passées entre les pays membres et la France.
En général (sauf pour la Suisse) pour ce qui est des revenus
d'obligation, les non résidents qu'il y ait ou non des conventions sont
exonérés.
C. Il existe un taux réduit de 15 % dans certains cas de figures
(actions émises avant le 1er janvier 1994, etc.).
D. Un certain nombre de placements produisant des intérêts sont
cependant totalement exonérés ou sont imposés au-dessus
d'un certain montant d'intérêts produits. C'est le cas des
Certificats nationaux d'épargne en GB et de l'épargne
réglementés en France.
Sources : European Tax Handbook, 2001, La fiscalité des
revenus de l'épargne Conseil des impôts 1999, Rapport
Bollé, Taxation de l'épargne et risques de
délocalisation.
Trois régimes d'imposition des revenus d'obligations se rencontrent dans
les pays européens : l'application du barème d'imposition
d'IR, le choix entre un prélèvement libératoire et l'IR ou
le seul prélèvement libératoire. Le tableau 2
présente les régimes d'imposition pour les obligations d'Etat.
L'Espagne, le Royaume-Uni et la Suisse pratiquent l'imposition à l'IR,
avec un taux faible pour la Suisse, et dans une moindre mesure pour le
Royaume-Uni qui applique un barème progressif sur ces seuls revenus
(sans cumul avec les revenus du travail). Seule l'Espagne applique un taux
réellement élevé. L'Allemagne et le Luxembourg sont des
cas particuliers. En effet, l'imposition à l'IR n'est réellement
effective que si le pays qui l'applique possède les moyens de la faire
respecter, à savoir une obligation de déclaration à
l'administration fiscale par les établissements payeurs. Dans ces deux
pays, l'absence de système d'information aboutit à l'application
en pratique de la retenue à la source. Celle-ci est en l'occurrence
nulle pour le Luxembourg. La France et la Belgique proposent un régime
optionnel de prélèvement obligatoire et l'Italie à un taux
libératoire. Au total, le Luxembourg présente donc, devant la
Suisse, le régime le plus favorable. Pour les autres (à
l'exclusion de l'Espagne) les taux varient selon les pays entre 15 % et
25 %.
Tableau 3 : Plus-values de cessions de titres
|
Législation 2001 |
Actionnaires résidents |
Actionnaires non résidents |
|
Imposition au barème de l'IR des opérations spéculatives, taux préférentiel pour les cessions de participations substantielles et exonérations |
||
|
Allemagne |
Imposition
au barème de l'IR des cessions d'opérations spéculatives
(détentions inférieures à 12 mois)
|
Si pas
de convention : même système que pour les
résidents et imposition en France avec remboursement des impôts
payés en Allemagne
|
|
Belgique |
Choix entre
IR et taux de 33 % pour les cessions d'opérations
spéculatives
|
Si pas
de convention : même système que pour les
résidents et imposition en France. avec remboursement des impôts
payés en Allemagne
|
|
Luxembourg |
Imposition
à l'IR en cas d'opérations spéculatives (détentions
inférieures à 6 mois) ou
|
Si pas
de convention : même système que pour les
résidents avec des cas particuliers pour des contribuables qui changent
de statut (de résidents à non résidents) et imposition en
France. avec remboursement des impôts payés au Luxembourg
|
|
Royaume-Uni |
Imposition
au barème progressif de l'IR avec abattements dont le montant est
croissant avec la durée de détention.
|
Si pas
de convention : Exonération des plus-values et
Imposition en France
|
|
Autres cas |
||
|
Espagne |
Détention inférieure à deux ans :
barème progressif
|
Si pas
de convention : Exonération des plus-values
réalisées par les résidents de l'UE. taux de retenue
à la source de 35 % si de participation substantielle au cours des
12 mois précédents
|
|
Pays-Bas |
Imposition
au taux de 25 % des plus-values réalisées au cours de
cessions de participations importantes (5 % du capital détenu)
|
Si pas
de convention : même système que pour les
résidents
|
|
Suisse |
Exonération |
Exonération en Suisse et imposition en France |
|
Italie |
Taux de
12,5 % pour la cession de participation non qualifiée.
|
Si pas
de convention :
|
|
France |
Existence d'un seuil de cession (certains produits sont imposés dès le 1er euro, ex : OPCVM) et application d'un taux de 16 % (plus prélèvements sociaux). Absence du seuil si participations substantielles (25 %) |
Exonération des non résidents (sauf participations substantielles) |
Sources : European Tax Handbook, 2001, La
fiscalité des revenus de l'épargne, Conseil des impôts
1999, Rapport Bollé, Taxation de l'épargne et risques de
délocalisation, 1997.
Concernant les plus-values, deux types de distinctions sont
opérés entre les plus-values à court terme et à
long terme et entre les plus-values portant sur des cessions de participations
importantes ou non. Les plus-values à court terme sont celles
réalisées sur des titres dont la durée de détention
est inférieure à une certaine durée (entre six et douze
mois). Elles sont considérées comme des opérations
spéculatives et à ce titre la plupart des pays les imposent.
L'Allemagne, le Luxembourg les soumettent (sous réserve de leur
déclaration) au barème d'IR. La Belgique laisse au contribuable
le choix entre le barème de l'IR et un taux de 33 %. Ces trois pays
exonèrent en revanche les plus-values de long terme.
L'Espagne et le Royaume-Uni imposent à la fois les plus-values de court
et celles de long terme. Le Royaume-Uni applique le barème de l'IR et
l'Espagne des taux fixes. Pour ces deux pays, l'imposition est
décroissante avec la durée de détention, et toute une
série de titres sont exonérés.
Les Pays-Bas et l'Italie ignorent la distinction entre le court terme et le
long terme mais différencient les plus-values en fonction du montant de
participation. Les taux appliqués sont respectivement de 25 % et
27 % pour les participations substantielles et de zéro à
12,5 % pour les autres. Il en est de même à des taux
privilégiés pour l'Allemagne, la Belgique et le Luxembourg.
Enfin, la Suisse exonère toutes les plus-values.
Alors que dans la plupart des autres pays, le système d'imposition des
plus-values présente des zones d'exonération, la France impose
systématiquement toutes les plus-values au taux de 16 % (soit
26 % avec les prélèvements sociaux) avec un seuil de
cession. Au total, l'imposition des plus-values en Europe présente un
paysage bigarré. La Suisse et les pays où la non
déclaration permettent la fraude sont les pays les plus favorables en ce
qui concerne ce type d'imposition. La situation de la France n'est
réellement comparativement défavorable que pour les plus-values
réalisées sur les participations non substantielles de long
terme.
La neutralité de l'imposition des revenus de l'épargne
L'imposition des différentes catégories de revenus du
capital n'est généralement pas neutre en termes d'allocation de
ressources. Les revenus d'intérêt sont moins imposés que
les dividendes (et les plus values)78(*). Par contre, les pays nordiques et la Grèce
ont évolué vers une imposition plus neutre des revenus du capital
mobilier. Ces pays appliquent ce que l'on appelle le système dual :
les dividendes, les intérêts et les plus-values sont
imposés à un taux unique, les revenus du travail étant
imposés selon un barème progressif. La Finlande par exemple
accorde un avoir fiscal qui supprime totalement la double imposition et impose
au même taux les profits des sociétés et les revenus du
capital (29 %). Les Pays-Bas ont opté pour une imposition sur la
richesse. La Grèce exonère totalement les dividendes au niveau de
l'actionnaire et impose un taux unique sur des deux formes de profit
(distribué ou non) de 35 % au niveau de la firme.
Dans certains pays, l'imposition effective des obligations et des dividendes
diffère de celle qui serait issue de l'application de la
législation. En Italie par exemple, où le taux d'imposition des
deux types de revenus est en droit identique (12,5 %), le contribuable est
en fait soumis au taux de 44 % (en comptant l'IS) sur les dividendes alors
qu'il est imposé à 12,5 % sur ses revenus d'obligations. Ce
différentiel peut aussi être le résultat de
caractéristiques institutionnelles. Ainsi, la fraude est plus
coûteuse pour l'actionnaire que pour le détenteur d'obligation
lorsque la communication des revenus entre les institutions bancaires et
l'administration fiscale (tableau 4) n'est pas obligatoire, l'actionnaire ne
bénéficiant alors plus du mécanisme d'imputation. Par
exemple, l'Allemagne applique le même système d'imposition pour
les dividendes et les obligations. Mais si un épargnant ne
déclare pas ses revenus, il paiera tout de même 40 % sur les
dividendes (IS plus retenue à la source) au lieu de 43 % s'il les
avait déclarés et 20 % (retenue à la source) sur les
revenus d'obligations au lieu de 48 %.
Dans les autres pays européens, les dividendes (comme les revenus du
travail) sont imposés au barème progressif alors que les
intérêts font face à une imposition à taux
proportionnel. Ces disparités d'imposition peuvent être
expliquées par des choix d'allocation de l'épargne (financement
de la dette ou de l'investissement privé) propres à chaque pays.
Cet écart, particulièrement important en France, a des effets
pervers sur la structure de détention de l'épargne et sur le mode
de financement des entreprises. Les épargnants français (tableau
6) présentent la caractéristique de détenir plus de titres
à revenus fixes (57,7 %) que d'actions, en détention directe
ou indirecte (14,4 %)79(*). Aussi, 40 % des actions françaises
sont-elles détenues par des non résidents80(*). Ces derniers ne sont pas
imposés en France mais dans leur pays de résidence, ce d'autant
que la France est un des rares pays à rembourser l'avoir fiscal (tableau
1). Il y a donc une asymétrie de traitement entre les épargnants
résidents et non résidents. Pour ce qui est des entreprises cet
écart d'imposition entre les deux produits favorise le financement par
la dette par rapport à l'émission d'actions81(*).
S'il existe un certain consensus sur la nécessité d'orienter
davantage l'épargne vers des placements en actions, les solutions
envisagées sont diverses. Sans être exhaustif, on peut à
l'instar du rapport Bollé (ou le rapport du Conseil national du
crédit) qui s'inspire de ce que font certains pays européens,
préconiser l'instauration d'un prélèvement
libératoire à taux unique (inférieur à celui de
l'IR) sur ces produits. Cette solution permettrait de réduire
l'écart d'imposition entre obligations et dividendes. Mais le
système dans son ensemble resterait peu cohérent. Il subsisterait
des régimes dérogatoires incitatifs (PEA, PEP) et un
régime général d'imposition des dividendes et des
obligations qui serait en lui-même déjà une exception en ce
sens que revenus du travail et du capital ne seraient pas imposés au
même taux.
Une autre solution serait, de revenir au barème progressif pour tous les
revenus du capital (y compris les revenus d'obligations et en conservant
l'avoir fiscal), en définissant avec rigueur les supports
bénéficiant d'une fiscalité plus incitative
(épargne populaire, assurance-décès et
épargne-logement, épargne longue contractuelle et épargne
en action). Cette solution a l'avantage de présenter clairement
l'arbitrage qui est fait entre l'équité fiscale qui
nécessite que l'ensemble des revenus des foyers fiscaux soient soumis au
même traitement fiscal et la volonté d'orienter l'épargne
pour des raisons d'efficacité économique.
Quelle que soit la solution adoptée, une réforme de la
fiscalité française de l'imposition des revenus du capital est
nécessaire82(*). La
question posée ici est de savoir si les aménagements à
effectuer seront soumis à la contrainte européenne. Au contraire,
l'Europe en matière d'imposition des revenus du capital ne peut-elle pas
s'organiser afin de permettre à chaque pays de conserver la totale
maîtrise de son système et donc de ses réformes internes ?
Tableau 4 : L'information sur les revenus financiers
|
Obligations pour les établissements payeurs |
||
|
Déclaration des revenus d'intérêts, plus-values et dividendes |
Renseignement sur demande nominative |
|
|
Allemagne |
NONA |
OUI |
|
Autriche |
NON |
NON |
|
Belgique |
NON |
NON |
|
Danemark |
Intérêts : OUI ; Dividendes : NON |
NON |
|
Espagne |
OUI |
OUI |
|
Finlande |
NON |
OUI |
|
FranceB |
OUI |
OUI |
|
Grèce |
NON |
OUI |
|
Irlande |
NON |
NON |
|
Italie |
Intérêts : NON ; Dividendes : OUI |
OUI |
|
Luxembourg |
NON |
NON |
|
Pays-Bas |
OUI |
OUI |
|
Portugal |
NON |
NON |
|
Royaume-Uni |
NON |
OUI |
|
Suède |
OUI |
OUI |
A. Sauf
si les épargnants demandent à bénéficier des
abattements.
B. B. En France, les épargnants eux-mêmes sont soumis à
certaines obligations : déclaration de transferts de capitaux
étrangers de moins de 7 700 euros et déclaration de toute
ouverture de compte à l'étranger. Bien sûr, la non
déclaration est difficilement vérifiable.
Source : Conseil National du Crédit, Rapport 1999.
Tableau 5 : Structure de détention des actions en 1999
|
En % |
Allemagne |
Royaume-Uni |
France |
|
Ménages |
1,3 |
16,0 |
11,1 |
|
Entreprises |
38 |
1,4 |
17,7 |
|
Fonds de pensions, OPCVM |
26,1 |
54,0 |
26,6 |
|
Non résidents |
11,8 |
27,8 |
35,7 |
|
Autres |
6,1 |
0,8 |
8,9 |
Source : Rapport Bollé, 1997.
Tableau 6 : Affectation de l'épargne des ménages en 1999A
|
En % |
Financement de la dette publique |
Financement de la dette privée |
Actions cotées des sociétés non financières |
Créances sur le reste du monde |
Epargne intermédiée |
||||
|
(1) |
(2) |
(1) |
(2) |
(1) |
(2) |
(1) |
(2) |
||
|
Allemagne |
3,2 |
17,6 |
0,6 |
38 |
5,3 |
14,6 |
10,8 |
29,8 |
80,2 |
|
Espagne |
1,3 |
19,0 |
4,0 |
35,9 |
16,1 |
20,6 |
4,9 |
24,6 |
73,6 |
|
Finlande |
1,9 |
9,9 |
0,5 |
29,6 |
32,0 |
38,9 |
0,7 |
21,7 |
62,5 |
|
France |
3,6 |
20,2 |
3,4 |
37,3 |
4,4 |
14,4 |
5,2 |
28,1 |
83,5 |
|
Italie |
15,2 |
32,8 |
3,2 |
23,8 |
8,1 |
11,54 |
10,6 |
32,0 |
62,9 |
|
Pays-Bas |
0,9 |
12,3 |
2,7 |
30,8 |
6,9 |
18,9 |
6,1 |
38,1 |
83,5 |
|
Royaume-Uni |
3,8 |
12,7 |
2,3 |
16,8 |
7,7 |
32,0 |
2,6 |
38,5 |
83,6 |
|
Suède |
2,2 |
11,5 |
0,4 |
22,1 |
22,0 |
37,3 |
7,0 |
29,1 |
68,3 |
|
Etats-Unis |
5,5 |
12,7 |
3,0 |
36,0 |
21,3 |
42,8 |
3,3 |
8,5 |
66,9 |
(1)
Avant prise en compte de la part de l'épargne
intermédiée ; (2) Après prise en compte de la part de
l'épargne intermédiée.
Source : V. Oheix, B. Séjourné « Les portefeuilles
des ménages européens : des choix initiaux à
l'affectation finale », Revue d'économie
financière, n° 64.
Tableau 7 : Composition des patrimoines financiers (fin 1999)
|
Monnaie
et dépôts |
Autres dépôts |
Titres de taux |
Actions détenues en direct |
Sociétés de placements collectifs |
Créances sur les sociétés d'assurance-vie |
Droits à la retraite et épargne entreprise |
Autres |
Total |
|
|
Allemagne |
36,3 |
10,7 |
13,1 |
11,3 |
23,3 |
5,3 |
_ |
100,0 |
|
|
Espagne |
9,4 |
23,5 |
2,0 |
35,7 |
15,6 |
6,1 |
4,5 |
3,2 |
100,0 |
|
Finlande |
100,0 |
||||||||
|
France |
11,0 |
29,3 |
2,2 |
10,2 |
13,0 |
32,8 |
1,5 |
100,0 |
|
|
Italie |
13,1 |
7,5 |
16,9 |
31,9 |
19,5 |
11,1 |
_ |
100,0 |
|
|
Pays-Bas |
5,1 |
13,0 |
2,4 |
22,1 |
55,3 |
2,1 |
100,0 |
||
|
Royaume-Uni |
20,7 |
1,8 |
17,7 |
5,1 |
52,3 |
2,5 |
100,0 |
||
Source : CREP, d'après statistiques nationales.
II. L'intégration européenne : quelle imposition des non
résidents ?
Les tableaux 1 à 3 montrent la diversité des taux
supportés en Europe sur les divers produits d'épargne à
l'épargnant susceptible de délocaliser son épargne. Dans
la mesure où les contribuables ne changent pas de résidence pour
la seule fiscalité de l'épargne, le problème n'est pas
celui du rapprochement des taux mais celui de l'imposition des non
résidents. En effet, si les épargnants ne se déplacent
pas, ils peuvent délocaliser leur épargne. Les revenus de cette
épargne seront imposés dans le pays de résidence sous la
condition qu'ils soient déclarés. Etant donné les
législations actuelles sur l'échange d'information entre les
établissements payeurs et les administrations fiscales (tableau 4) et
les pratiques d'imposition des non résidents (tableaux 1 à 3),
les revenus de l'épargne placés à l'étranger sont
au mieux soumis à une retenue à la source, au pire totalement
exonérés. En effet la majorité des pays de l'UE pratique
le secret bancaire (tableau 4). Seuls le Danemark, l'Espagne, la France, les
Pays-Bas et la Suède ont un système obligatoire d'échange
d'information.
Pour ce qui est de l'imposition des non résidents, il faut
différentier les dividendes et les intérêts. Pour ces
derniers, l'exonération est la règle. De fait, un
épargnant français qui achète des obligations en Allemagne
ou en Belgique et qui ne les déclare pas à l'administration
fiscale française est totalement exonéré sur ces revenus.
Dans la mesure où cet épargnant français n'est pas
imposé comme un résident de l'Etat de la source, le
différentiel de taux entre les deux pays n'a strictement aucune
importance sur la question de la délocalisation. Pour les dividendes, la
question de l'échange d'information se double de celle de
l'intégration dans le pays de la source de l'imposition sur les
bénéfices et de l'imposition personnelle. L'absence
d'échange d'information, peut en dépit du pré-paiement de
l'IS et de la retenue à la source, rendre dans certains cas la fraude
intéressante. C'est le cas pour un épargnant français qui
supporterait, en détenant des actions au Luxembourg, un taux d'IS de
30 % et une retenue à la source de 15 % en fraudant, et un
taux d'IS de 30 % plus l'IR français à 52,75 % sans
frauder.
Suppression ou généralisation de l'avoir fiscal
Supposons résolue la question de l'échange
d'information. Reste le problème de la double imposition des dividendes.
Les conventions entre pays ont pour objectif, autant que faire se peut, de
résoudre cette question. Il s'agit de libérer l'actionnaire des
impôts payés dans le pays d'accueil pour qu'il supporte in fine
le seul impôt prévu dans son pays sur ce type de revenu. Mais
dans la plupart des pays, le système de l'avoir fiscal pour les
résidents ne s'appliquant plus, l'impôt effectivement
remboursé est au mieux le taux de retenue à la source. Aucun pays
ne peut obliger son partenaire à rembourser le pré-paiement de
l'impôt effectué par les entreprises et ce d'autant moins que les
résidents du partenaire n'en bénéficient pas.
Dès lors que l'avoir fiscal est remboursé et que le pays de
résidence prend en charge l'éventuelle retenue à la source
payée dans le pays d'accueil (encadré), l'actionnaire paie dans
son pays le seul IR sur le montant de ses dividendes (c'est le cas pour un
résident français qui détient des actions en Italie et en
Espagne). Le principe de résidence est respecté. La France,
l'Espagne et l'Italie sont les seuls pays à rembourser l'AF.
En revanche, ce principe n'est plus respecté et des asymétries de
traitements émergent lorsque les pays ne disposent pas de système
d'avoir fiscal ou ne corrigent la double imposition que de façon
partielle pour les non résidents (tableau 7). Dans ce cas, un
actionnaire français ne supporte pas le même taux selon qu'il
investit en France ou à l'étranger. Il y a donc une incitation
fiscale à l'investissement national (toujours en supposant bien
sûr que la fraude est impossible).
Le tableau 8 montre que seule la généralisation du système
de l'avoir fiscal83(*) aux
résidents et aux non résidents pour l'ensemble des pays de l'UE
peut permettre une application totale du principe de résidence et
supprimer les inefficacités (traitements différentiés des
investissements selon leur origine) générés par
l'hétérogénéité des systèmes actuels.
Par contre, cette généralisation de l'avoir fiscal ne supprime
pas le traitement différentié des actionnaires résidents
et des non résidents quant à la charge totale pesant sur les
dividendes. Mais ce type d'asymétrie n'a que peu d'importance si le
principe de résidence est partout appliqué. Il serait par
ailleurs nécessaire de rétablir une certaine neutralité
entre les différents revenus du capital (intérêts et
dividendes). A l'inverse, la raison pour laquelle le gouvernement allemand a
supprimé en 2001 l'avoir fiscal pour les résidents était
de traiter sur un même pied d'égalité les résidents
et les non résidents, qui n'en bénéficiaient pas. Si cette
suppression s'inscrit dans le mouvement général actuellement
à l'oeuvre en Europe, elle ne constitue pas la meilleure solution en ce
sens qu'elle redonne de l'importance aux différentiels de
fiscalité entre les pays et notamment aux différentiels de taux
d'IS.
Tableau 8 : Les effets sur l'application du principe de résidence de l'application de l'avoir fiscalA
|
Pays A |
|||
|
Pas d'avoir fiscal |
Avoir fiscal |
||
|
Pays B |
Pas d'avoir fiscal |
Le principe
de résidence n'est pas respecté.
|
Le principe
de résidence n'est pas respecté.
|
|
Avoir fiscal |
Cas symétrique à celui ou A pratique l'AF et B ne le pratique pas. |
Le principe de résidence est respecté. |
A. On
suppose que les contribuables ne fraudent pas.
B. Cet argument de traitement égalitaire des actionnaires
résidents et non résidents a été utilisé en
Allemagne lors de la suppression de l'avoir fiscal. Avant la réforme de
2001, l'avoir fiscal était accordé aux résidents et
refusé aux non résidents.
Les échanges d'informations
Les
propositions de la Commission relatives à l'harmonisation de la
fiscalité de l'épargne ne concernent que les revenus
d'intérêts. Certes, les actionnaires sont
généralement moins incités à frauder que les
détenteurs d'obligations mais dans certains cas, en dépit de
paiement de l'IS et de la retenue à la source, la fraude peut rester
intéressante. Quoiqu'il en soit, en 1998, la Commission avait
proposé, afin d'éviter la quasi-exonération des revenus
d'intérêts perçus par les non résidents, de mettre
en place un « régime de coexistence », les Etats
membres pouvant choisir entre l'application d'une retenue à la source
sur les revenus de l'épargne des non résidents ou
l'adhésion à un système d'échange d'information
avec les administrations fiscales des pays de l'UE. La retenue à la
source avait l'avantage d'imposer ces catégories de revenus tout en
conservant la tradition du secret bancaire auquel sont attachés de
nombreux pays. Mais cette solution avait l'inconvénient d'introduire un
élément d'imposition à la source. Quoiqu'il en soit, la
coexistence des deux régimes aux logiques opposées ne permettait
pas de régler le problème de l'imposition des non
résidents dans sa globalité. Les Etats membres sont parvenus au
cours du sommet de Feira en juin 2000 à un accord sur le choix
définitif à long terme de l'échange d'informations. Le
modèle de la coexistence ne serait appliqué que pour une
période transitoire de sept ans au maximum à compter de
l'entrée en vigueur de la directive84(*). A partir de cette date, les pays membres devront
définitivement adopter la solution de l'échange d'informations.
Le Conseil doit avant la fin de l'année 2002 décider à
l'unanimité de l'adoption de cette directive. Avant l'adoption de cette
mesure, l'UE doit engager des négociations avec les pays tels que les
Etats-Unis, la Suisse, le Liechtenstein, Monaco, Andorre et Saint Marin afin
que ces pays adoptent des mesures équivalentes. Les négociations
avec ces pays sont la condition sine qua none de la transformation de la
proposition en directive. Elles semblent à l'heure actuelle en voie
d'avancement, même si des pays tels que la Suisse, qui impose
actuellement une retenue à la source (sauf convention),
considèrent qu'un système d'échange d'information ne peut
être compatible ni avec l'ordre juridique, ni avec le système
fédéral fiscal suisse.
La mise en oeuvre de cette proposition constituerait une avancée dans la
construction européenne. Pour être totalement efficace, elle
devrait être généralisée aux autres
catégories de revenus de l'épargne. Elle permettrait aux Etats
membres de conserver la maîtrise de leur système d'imposition
personnelle. Mais certains (rapport Bollé) craignent que les dispositifs
juridiques ne soient pas réellement appliqués. D'autres, les
institutions bancaires, soulignent les coûts induits pour les
intermédiaires payeurs par l'application d'un système
d'échanges d'informations.
Encadré : Exemple de traitement de la distribution de dividendes en France en fonction de la nationalité de l'actionnaire
Le taux
de l'impôt sur les sociétés en tenant compte des surtaxes
(y compris la CSB) est actuellement de 35,43 %. Soit une
société qui distribue un dividende après IS de 1 000
euros, l'avoir fiscal attaché à la distribution de ces dividendes
est de 500 euros.
Particulier résident français :
Dividendes imposables : 1 500 euros
Réduction d'impôts : 500 euros.
Particulier résident italien :
La convention stipule qu'un résident italien qui reçoit des
dividendes d'une société française doit être
imposé en Italie. Le taux de retenue à la source que peut
pratiquer la France est au maximum de 15 %. Le résident italien
s'il est effectivement imposé en Italie bénéficie d'un
crédit d'impôt égal à celui qu'aurait reçu un
résident français.
Dividende + remboursement de l'avoir fiscal : 1 500 euros.
Retenue à la source au taux de 15 % : 225 euros.
Revenu net global du résident italien : 1 275 euros.
Avoir fiscal à valoir en Italie: 225 euros.
Revenu imposable en Italie : 1 500 euros.
La convention permet de traiter de façon identique le résident
français et le résident italien.
Particulier résident d'un pays n'ayant pas signé de convention
avec la France :
Dividende : 1000 - Retenue à la source : 250 euros.
Dividende net perçu : 750 euros.
Revenu imposable dans son pays si toutefois la déclaration de revenu
d'origine étrangère est obligatoire : 750. Dans ce cas de
figure, le non résident reçoit la moitié de ce que
reçoit le résident français.
Chapitre
2. 4 : Les mesures d'incitation au travail des personnes non
qualifiées
Hélène Périvier
Dans la
période récente, plusieurs pays ont attribué la
persistance du chômage de masse à l'existence de trappe à
inactivité. En raison de la générosité du
système social envers les personnes sans emploi, reprendre un travail
est devenu peu rentable pour les actifs peu qualifiés, en particulier
pour les personnes seules avec enfants ou pour le premier travailleur d'un
couple, sans et surtout avec enfants. La reprise d'un emploi à temps
partiel n'apporte généralement aucun gain de ressources. De
nombreux pays ont réduit la fiscalité portant sur les bas
revenus ; la France a, de plus, réformé plusieurs
prestations. Quatre pays : Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas et France, ont
introduit des crédits d'impôt pour garantir que « le
travail paie ». La plupart des évaluations aboutissent
à des impacts décevants : la recherche d'un emploi est
légèrement stimulé, mais, souvent, la formule
adoptée incite à la réduction du temps de travail et
décourage le travail des femmes mariées. Par ailleurs, il
apparaît difficile de concilier l'objectif incitatif et des effets
redistributifs satisfaisants. Enfin, la mesure n'est efficace que si le
marché du travail des non qualifiés ne souffre pas d'une
insuffisance de demande de travail de la part des entreprises, ce qui est
contestable est Europe continentale.
Les taux de chômage élevés qui persistent dans plusieurs
pays européens (annexe 1, tableau 1) ont fait l'objet de nombreuses
analyses. Plusieurs explications ont été avancées :
croissance insuffisante en raison de politiques économiques peu
appropriées, effet des mutations technologiques, rigidités du
marché du travail, manque d'incitation à la prise d'un emploi.
Selon cette dernière explication, une partie du chômage provient
d'une insuffisance des gains à reprendre un emploi ; elle a fait
l'objet de nombreux débats en France depuis le milieu des années
1990. Une hausse des ressources d'activité d'un individu augmente les
prélèvements qu'il supporte et réduit les prestations
sociales dont il bénéficie. Le système fiscalo-social
réduit d'autant plus les gains au travail qu'il est
généreux. Il est donc susceptible de réduire l'offre de
travail. Ceci concerne surtout les personnes qui, étant donné
leurs faibles qualifications, ne peuvent obtenir qu'une faible
rémunération sur le marché du travail. Cette population
souffre d'un taux d'emploi plus bas que celui des individus plus
qualifiés (annexe 1, tableau 3). Son taux de chômage est plus
élevé que celui des personnes qualifiées quel que soit le
pays. En France, par exemple, il était de plus de 15 % en 1999
contre 6 % pour les individus les plus qualifiés, pour un taux de
chômage global d'environ 10 %. Les écarts de taux de
chômage entre les moins qualifiés et les plus qualifiés
sont nettement marqués en Allemagne, en Belgique, en France, en Finlande
et en Irlande (annexe 1, tableau 2). Leur taux d'activité est nettement
plus faible (66,6 % en 1999 en France) que celui des personnes plus
qualifiées (87,2 %).
Le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 s'est focalisé sur
la faiblesse de l'offre de travail pour expliquer le niveau de chômage et
d'inactivité des moins qualifiés. Il a préconisé de
mettre en place des réformes pour alléger la pression fiscale
pesant sur le travail, avec une attention particulière pour les emplois
non qualifiés et faiblement rémunérés. Il a
insisté sur la nécessité d'améliorer les effets
incitatifs à l'emploi et la formation afin d'éviter l'apparition
de « trappes à inactivité, chômage et
pauvreté ». Après avoir présenté un
état des lieux de ces trappes en Europe, nous verrons comment les
pays européens ont récemment utilisé la fiscalité
pour inciter les individus faiblement qualifiés à travailler.
Nous porterons une attention particulière au développement des
crédits d'impôt (Royaume-Uni, France, Belgique et Pays-Bas) et
nous dresserons un bilan des effets de ces instruments en termes d'incitation
au travail et redistributifs en nous concentrant sur les cas anglais et
français.
Les mesures d'incitation au travail ne peuvent réduite le chômage
que sous trois conditions :
Les systèmes sociaux européens ont été construits
à des fins redistributives (vers les familles et les plus pauvres) ou
à des fin d'assurance contre les baisses de revenus (prestations
chômage). Dans les années 1990, la crainte de désincitation
à l'activité engendrée par les systèmes sociaux
s'est fait jour ; l'incitation est devenue une préoccupation
essentielle des pouvoirs publics. Or, les objectifs incitatifs sont
généralement en contradiction avec les objectifs redistributifs.
L'arbitrage incitation-protection est délicat, tout
particulièrement pour les personnes peu qualifiées qui ont de
faibles ressources. D'une part il est indispensable de venir en aide aux
personnes dont les revenus ne permettent pas d'atteindre un niveau de vie
« acceptable » ; d'autre part les questions
d'incitation à l'activité, à l'effort, à
l'insertion professionnelle ne peuvent être écartées. Il
faut s'assurer que « le travail paie ».
Il faut que ces personnes choisissent de travailler (ou travailler plus) si
les pouvoirs publics, via la fiscalité, rehaussent les revenus
d'activité. Ceci revient à s'interroger sur le pouvoir incitatif
de la fiscalité. Or, les réactions effectives de l'offre de
travail aux modifications de la fiscalité sont difficiles à
mesurer.
Enfin, si ces individus souhaitent travailler (ou travailler plus) en
réaction à l'incitation fiscale, il faut qu'ils soient en mesure
de trouver du travail : des emplois sont-ils disponibles pour les
individus non qualifiés ? Cette catégorie de travailleurs
est davantage affectée par le chômage. Le taux de chômage
des non qualifiés, même s'il a diminué depuis 6 ans, reste
encore nettement supérieur à la moyenne (Audric-Lerenard et
Tanay, 2000). En période de pénurie d'emplois les individus
qualifiés acceptent des postes non qualifiés, comme ce fut le cas
dans les années 1990 en France, réduisant de facto le
nombre d'emplois disponibles pour les personnes faiblement qualifiées.
Cette tendance semble se maintenir en 2000, alors que le taux de chômage
baisse85(*). Or, si le
marché du travail est contraint par une demande trop faible, toute
mesure augmentant l'offre de travail entraînera un taux de chômage
plus élevé.
L'effet favorable sur l'emploi de réformes fiscales ou sociales
incitatives à l'offre de travail dépend fortement du
fonctionnement et de l'état du marché du travail Ainsi, dans des
pays souffrant d'un taux de chômage des travailleurs peu qualifiés
élevé et en présence d'un salaire minimum (ce qui est le
cas de la France), il y a peu de chance que l'instauration d'un crédit
d'impôt ayant pour but d'accroître l'offre de travail permette de
réduire le taux de chômage. Si les incitations doivent être
améliorées, c'est plutôt le système social qu'il
faut modifier en cherchant à faciliter la sortie des dispositifs d'aide
(comme le RMI) vers l'activité. En revanche, la fiscalité peut
être utilisée pour stimuler la demande de travail des entreprises
et ainsi accroître les embauches des travailleurs non qualifiés.
I. Les trappes à inactivité, à chômage et à
pauvreté à la fin des années 1990
1. Les concepts de pièges à pauvreté, inactivité et chômage
La
décision de participer au marché du travail peut être
décomposée en deux : « entrer sur le marché
du travail » et « combien de temps travailler ».
Ce découpage est contestable dans la mesure où la rigidité
de certains marchés du travail n'ouvre guère le choix du temps de
travail. Quoi qu'il en soit, le système fiscal en interaction avec le
dispositif social affecte ces choix.
La faiblesse de l'écart entre le niveau de revenu obtenu par la
participation au marché du travail et celui obtenu en dehors du
marché du travail peut entraîner l'apparition d'une trappe
à inactivité. Elle provient de la perte des prestations induite
par l'augmentation des revenus d'activité et par l'assujettissement
à l'impôt du salaire obtenu. Dans ce cas, les individus ne sont
pas incités à entrer sur le marché du travail, restent non
employés et donc sont piégés dans une trappe à
inactivité. La trappe à chômage concerne la transition du
chômage à l'emploi : c'est le différentiel entre les
allocations chômage perçues par l'individu et la
rémunération qu'il peut obtenir sur le marché du travail
qui est en cause. Par ailleurs, la faiblesse de la croissance du revenu
disponible avec le temps de travail peut être la cause de l'apparition
d'une trappe à pauvreté : une fois sur le marché du
travail, les individus ne sont pas incités à travailler
davantage.
Ainsi, le système fiscalo-social peut-il décourager certaines
transitions entre le non emploi et l'emploi et, au sein de l'emploi, entre un
emploi à temps partiel et un emploi à temps plein. Dans cette
étude, nous nous intéressons précisément au
côté fiscal du dispositif. Néanmoins, il est essentiel de
ne pas perdre de vue l'aspect global du système fiscalo-social, les
incitations étant issues de l'interaction des prélèvements
et des prestations.
Quelles sont les personnes concernées ?
Les réactions de l'offre de travail des individus face aux incitations fiscales sont difficilement prévisibles, mais certains groupes d'individus sont plus confrontés à ces problèmes que d'autres. Les personnes isolées et les « travailleurs principaux au sein d'un ménage » n'ont guère de choix en matière de participation au marché du travail de sorte que la fiscalité des revenus d'activité ne devrait avoir que peu d'effets sur leur décision 86(*). Par contre, le choix de trois catégories d'individus peut être influencée par la structure du système fiscalo-social : le travailleur le moins bien rémunéré dans un couple (ou « travailleur secondaire »), les parents isolés et les travailleurs peu qualifiés. Si le travail rapporte peu financièrement et étant donné les coûts fixes associés à la prise d'un emploi (frais de déplacement, de garde d'enfants...), les premiers peuvent trouver plus rentable de se consacrer à des tâches domestiques qu'à une activité marchande. L'offre de travail des deuxièmes devrait réagir assez fortement au système redistributif. En effet, les coûts fixes de l'emploi sont plus élevés pour cette catégorie d'individus (frais de garde d'enfant...) et donc l'emploi qu'ils peuvent occuper doit permettre de couvrir des coûts fixes plus importants que pour des personnes sans enfant. En outre, les parents isolés bénéficient, à juste titre, d'une générosité particulière des systèmes sociaux. Aussi, sont-ils davantage confrontés à ces problèmes de « trappes ». Encore une fois, cette question relève de l'arbitrage entre protection et incitation. Enfin, les travailleurs faiblement qualifiés ne peuvent obtenir qu'une faible rémunération sur le marché du travail. De ce fait le différentiel entre les revenus d'activité et d'inactivité est plus faible que pour des individus plus qualifiés. Ils se trouvent donc sur le segment du marché du travail le plus propice à l'apparition de trappe à pauvreté ou à inactivité.
Quelques remarques sur les concepts de trappes
Ces
concepts doivent être utilisés avec précaution. En effet,
la thèse selon laquelle le système redistributif entraîne
l'apparition de tels pièges pourrait amener à considérer
que les individus ne prennent leur décision d'offre de travail que sur
des fondements financiers. Leur choix ne serait motivé que par la
comparaison entre les gains associés à l'emploi et les revenus
sociaux nets d'impôt. Or, l'emploi n'est pas seulement un moyen de
subvenir à des besoins matériels. Il s'accompagne d'une
reconnaissance sociale nécessaire à l'intégration dans la
société. Par ailleurs, l'individu prend en considération
les avantages de long terme associés à la prise d'un emploi (en
termes de retraite future plus importante ou de formation et
d'expérience professionnelle pouvant sensiblement améliorer sa
situation professionnelle dans le futur). Ceci explique que certains acceptent
de prendre un emploi même peu rémunérateur relativement
à ce qu'ils peuvent obtenir en restant non employés. Dans une
étude récente, deux sociologues, Dubet et Vérétout
(2001), passent en revue les « bonnes raisons de prendre un
emploi » pour un échantillon de Rmistes. Ils mettent en
lumière les limites du modèle de rationalité
« étroite » qui, selon eux, ne peut décrire
le comportement d'offre de travail des agents.
Enfin, dans un marché du travail marqué par le chômage de
masse, les individus qui souhaitent prendre un emploi ou travailler davantage
ne le peuvent pas toujours. Or, il est difficile, voire impossible, de
distinguer ceux qui ne veulent pas travailler de ceux qui ne le peuvent pas.
Par exemple, le temps partiel est particulièrement
développé chez les travailleurs peu qualifiés où il
représente 30 % des emplois en France. Pour près d'une
personne sur deux ce temps de travail est subi ; ainsi 14 % des
personnes ayant un emploi non qualifié sont en situation de sous-emploi
subi (Chardon, 2001). Pour celles-ci, on ne peut parler de trappe à
pauvreté issue des effets désincitatifs du système
fiscalo-social dans la mesure où elles souhaiteraient travailler
davantage mais sont contraintes par le marché. C'est la demande de
travail qu'il faudrait stimuler.
S'ils existent, l'ampleur de ces pièges reste difficile à
évaluer. Laroque et Salanié (2000) proposent une
décomposition du non emploi : ils estiment que pour 57 %, il
s'agit de non emploi volontaire 87(*). Mais leur analyse exclut le temps partiel. Or la
plupart des travailleurs à temps partiel (le plus souvent des femmes)
n'auraient pas intérêt à travailler étant les
faibles salaires qu'ils perçoivent relativement au RMI et autres
allocations associées à l'inactivité. De plus, ils sont
souvent en situation de sous-emploi involontaire (ils souhaiteraient travailler
davantage). Ainsi les exclure de l'analyse sous-estime le chômage
involontaire et surestiment le chômage volontaire. En outre, les auteurs
ne peuvent pas prendre en compte l'ensemble des ressources des ménages
du fait des données utilisées 88(*). Enfin, le pouvoir explicatif du modèle est
peu important dans la mesure où la décision de rechercher un
emploi telle qu'elle y est représentée dépend en grande
partie de facteurs inexpliqués.
Cependant, même si l'ampleur des réactions d'offre de travail peut
être discutée, il n'en reste pas moins qu'un système
redistributif qui désavantage financièrement l'activité,
devrait être corrigé afin de rémunérer plus
équitablement les travailleurs du bas de la distribution des revenus.
2. Les
trappes à chômage et à inactivité
Comment les mesurer ?
Les
décisions d'offre de travail sont souvent le résultat de choix
discrets : passage du non emploi à l'emploi à temps partiel
ou du temps partiel à temps plein ou d'un emploi à un autre mieux
rémunéré. Le système fiscalo-social, en imposant
les revenus du travail et en retirant les aides sociales à mesure que le
revenu augmente, altère le gain d'un changement de situation. De ce fait
il affecte cette décision. Si en passant du non emploi à un
emploi à temps partiel, l'individu ne perçoit qu'un gain faible
ou nul, il peut alors être tenté de rester inactif. Mesurer le
gain net associé à un changement de statut permet
d'évaluer l'effet désincitatif du système. Le taux
effectif d'imposition (noté AETR, Average Effective Tax Rate)
89(*) relatif à un
changement du chômage ou de l'inactivité à l'emploi est un
indicateur adéquat. Néanmoins, il doit être employé
avec précaution. En effet, il ne s'agit pas à proprement parler
d'un taux d'imposition dans la mesure où il n'est pas seulement question
du prélèvement d'une somme d'argent au titre de l'impôt
mais également du montant de prestations sociales qui ne seront plus
versées du fait d'une hausse du revenu. L'utilisation du terme
« imposition » est donc abusive : on ne peut pas
affirmer qu'un individu qui ne travaillait pas et percevait un revenu
(étant par exemple en congé maternité) et qui travaille
à nouveau pour le même revenu est
« imposé » à 100 %.
L'AETR mesure la part du revenu salarial supplémentaire non
perçue par la famille à cause des prélèvements et
du retrait des prestations sociales lorsque l'individu modifie sa situation sur
le marché du travail, par exemple en passant du chômage à
l'emploi. Il ne prend pas en compte des dépenses additionnelles
associées à la prise d'un emploi : garde d'enfant,
transport.
AETR = 1 - [(revenu du travail net - revenu hors travail net)/ changement du
revenu brut]
Plus l'AETR portant sur une modification de la situation professionnelle de
l'individu est élevé, moins ce changement lui rapporte
financièrement et donc moins il est incité à le faire. La
valeur de l'AETR dépend non seulement de la transition
considérée sur le marché du travail mais également
du statut familial de l'individu. En effet dans de nombreux pays l'impôt
sur le revenu n'est pas calculé de façon individuelle mais prend
en compte l'ensemble du foyer fiscal ; dans la plupart des cas, les aides
sociales accordées sous condition de ressources sont fondées sur
le revenu global de la famille. Le comportement d'offre de travail de l'un de
ses membres affecte donc l'éligibilité de l'ensemble du
ménage. Le nombre d'enfants (et parfois leur âge) intervient
également dans la mesure où il existe des prestations familiales
attribuées sous condition de ressources qui modifient les gains
financiers issus d'un surcroît d'activité.
Comparaisons internationales
Le
tableau 1 évalue l'imposition effective qui pesait en 1997 sur la
transition emploi/non emploi au sein du couple. La première colonne du
tableau donne le montant de salaire retiré quand, dans un couple, une
personne est non employée et ne perçoit aucune aide
particulière et que le travailleur principal passe du chômage
(indemnisé) à l'emploi à temps plein (au salaire moyen).
En moyenne pour l'Europe des 15 en 1997, 77 % du salaire individuel est
retiré dans le cas de la prise d'un emploi à plein temps. Ceci
est le résultat de l'interaction entre l'impôt et le retrait des
allocations chômage. Les Pays-Bas (tout comme la Finlande et la
Suède) retirent un taux plus élevé de 89 %, alors
qu'en France, il est de 76 %. La situation décrite dans cette
colonne concerne le passage du premier mois de chômage à
l'activité. Les AETR associés à cette transition sont
importants. Cependant des individus au chômage depuis un mois seulement
sont encore probablement dans une période de recherche active d'emploi,
donc les supposer prisonniers d'une trappe à chômage est quelque
peu prématuré. De plus, lorsqu'un salarié perd son emploi,
il perçoit des allocations au titre des cotisations passées qui
ont été prélevées sur son salaire, elles sont donc
de nature assurantielle : l'individu employé se couvre contre une
période de chômage ; cette assurance lui garantit une partie
de son salaire afin qu'il puisse retrouver un emploi qui il lui convienne.
La deuxième colonne concerne l'imposition de la reprise d'un emploi
à temps partiel du travailleur principal qui était au
chômage de long terme. La famille avait de ce fait droit à des
revenus sociaux. Dans ce cas, il n'existe pratiquement aucune incitation
financière à prendre un emploi à temps partiel dans aucun
pays (à l'exception de l'Irlande avec un taux de 60 %). La moyenne
européenne est de 128 %, cette transition est donc fortement
pénalisée. L'Italie et le Royaume-Uni ont un taux
élevé qui reste inférieur à 100 %, le couple
obtient alors un gain (certes faible). Dans tous les autres pays et en
particulier en France, le taux est très élevé indiquant
une forte désincitation des individus dans des situations
précaires à prendre un emploi à temps partiel.
Les colonnes 3 à 6 décrivent les incitations créées
par le système fiscalo-social à la participation au marché
du travail du travailleur secondaire quand le travailleur principal est
chômeur indemnisé (colonnes 3 et 4) ou employé au salaire
moyen ouvrier (colonnes 5 et 6). Dans tous les pays les AETR sont relativement
faibles : le dispositif fiscalo-social n'engendre pas de
désincitation majeure pour le travailleur secondaire. On note cependant
des taux légèrement plus élevés dans le cas du
chômage indemnisé pour le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Au
Royaume-Uni, les allocations chômage sont attribuées sous
conditions de ressources du ménage, ce qui explique le taux effectif
d'imposition élevé. Des travaux empiriques ont pointé les
inefficacités résultantes sur le marché du travail. Dilnot
et Kell (1987) ont montré par exemple que le taux d'emploi des femmes
mariées à un chômeur était deux fois plus faible que
celui des femmes mariées à un travailleur employé. Par
ailleurs celles qui travaillaient avaient un emploi à temps plein (elles
plaçaient donc les revenus du ménage suffisamment loin de la
condition de ressources).
En 1997, les systèmes redistributifs en Europe comportent encore des
aspects désincitatifs à la prise ou reprise d'un emploi au sein
d'un couple. De façon générale, le travail paie d'autant
plus que l'autre membre du couple travaille déjà et paie moins,
voire même pas du tout, lorsqu'il ne travaille pas. La position de la
France par rapport à la moyenne européenne montre que c'est
particulièrement la transition entre le chômage de longue
durée et l'emploi à temps partiel qui est
découragée. Ceci est principalement dû à la
structure des aides sociales (RMI, allocation-logement...). Les réformes
mises en place à partir de 1998 ont permis d'améliorer quelque
peu cette situation.
Tableau 1 : Taux effectifs d'imposition de la reprise d'un
emploi en 1997
(le travailleur principal a le niveau de salaire moyen 1)
|
Travailleur principal : |
Du
chômage 2 |
Du chômage de longue durée 4 à l'emploi à temps partiel 5 |
Chômage |
Emploi |
Chômage |
Emploi |
|
Travailleur secondaire : |
Non emploi 3 |
Non emploi |
Du non
emploi
|
Du non
emploi |
||
|
Allemagne |
80 |
115 |
19 |
50 |
31 |
51 |
|
Autriche |
76 |
135 |
43 |
21 |
32 |
30 |
|
Belgique |
68 |
109 |
25 |
61 |
43 |
57 |
|
Danemark |
84 |
118 |
61 |
48 |
55 |
36 |
|
Espagne |
78 |
159 |
19 |
19 |
23 |
23 |
|
Finlande |
88 |
152 |
23 |
23 |
48 |
36 |
|
France |
76 |
133 |
30 |
38 |
29 |
28 |
|
Grèce |
54 |
104 |
118 |
30 |
66 |
30 |
|
Irlande |
68 |
60 |
38 |
25 |
20 |
32 |
|
Italie |
63 |
84 |
19 |
25 |
37 |
33 |
|
Luxembourg |
87 |
198 |
12 |
14 |
26 |
30 |
|
Pays-Bas |
89 |
134 |
52 |
37 |
45 |
39 |
|
Portugal |
79 |
174 |
11 |
13 |
14 |
21 |
|
Royaume-Uni |
72 |
93 |
55 |
20 |
60 |
28 |
|
Suède |
88 |
154 |
42 |
42 |
43 |
37 |
|
Eu15 |
77 |
128 |
39 |
31 |
38 |
35 |
|
Etats-Unis |
68 |
102 |
0 |
11 |
20 |
19 90 |
.
SMO : Salaire moyen ouvrier, calculé comme le salaire moyen brut
d'un adulte travaillant à plein temps dans le secteur manufacturier.. En
Espagne, par exemple, le salaire minimum correspond à 50 % du SMO
alors qu'en France en 1998, le SMIC représente 60 % du SMO
(Joumard, 2001).
2. 1er mois de chômage du travailleur principal qui
était employé au niveau du SMO. Il reçoit le montant
d'allocation chômage de base plus éventuellement des aides
sociales pour personne à charge et pour le loyer.
3. Le travailleur secondaire ne perçoit aucune allocation chômage.
4. On suppose que le chômeur de longue durée reçoit une
aide sociale s'il est en fin de droit d'allocation chômage.
5. Le temps partiel est supposé correspondre à un salaire de
40 % du SMO.
Lecture du tableau : dans la 1ère colonne, l'AETR donne
le complément à un de la différence de revenu net de la
famille entre la situation dans laquelle le travailleur principal travaille
à temps plein et le conjoint ne travaille pas et celle dans laquelle le
travailleur principal est au chômage et son conjoint ne travaille pas,
divisée par la différence de revenu brut de la famille qui existe
entre les deux situations. Ainsi, par exemple en France, 76 % du salaire
du temps plein est perdu en impôt et réduction de transferts
sociaux. Un AETR supérieur à 100 % indique que le
ménage perd de l'argent lors du passage au temps partiel.
Source : OCDE, Benefit systems and Work Incentives, (1999).
Le cas de la France
En
France jusqu'en 1998, les taux d'imposition élevés étaient
engendrés par l'interaction entre RMI et le système fiscal.
Après le point où le transfert était complètement
retiré (autour de 50 % du SMIC), les taux effectifs d'imposition
diminuaient substantiellement pour augmenter à nouveau autour de
1,25/1,5 SMIC.
Du côté de la fiscalité, deux mécanismes principaux
expliquaient l'ampleur des taux effectifs d'imposition. D'une part, un individu
à bas revenu entrant sur le marché du travail était
brutalement assujetti au prélèvement social (les Rmistes ne
paient pas de cotisations sociales, ne sont pas assujettis à la CSG et
ont droit aux prestations sociales). D'autre part, à partir d'un niveau
de revenu assez bas (autour du SMIC pour un célibataire), l'individu
subissait une hausse rapide du prélèvement fiscal. Il perdait en
effet sa qualité de non imposable à l'impôt sur le revenu
(IR), ainsi que son statut de Rmiste, ce qui implique un assujettissement total
ou partiel à la taxe d'habitation. Le mécanisme de calcul de l'IR
expliquait une grande part de ces taux marginaux effectifs
élevés, ceci malgré le « lissage » que
permet la décote effectuée à l'entrée dans le
barème. La décote en 1999 bénéficiait aux individus
dont le montant d'impôt sur le revenu selon le barème (Ib) ne
dépassait pas 3 350 francs. Ils payaient alors un montant
d'impôt (I) égal à I = 2*Ib - 3 350. Or, le taux
marginal d'imposition associé à la première tranche de
revenu imposable était de 10,5%. Ainsi, du fait de la décote, le
taux marginal du bas du barème était de 2*10,5 soit 21 %.
Tableau 2 : Taux effectifs de prélèvement
supportés par un bénéficiaire du RMI entrant
sur le
marché du travail en % du coût salarial total 1 et en
fonction de la situation familiale en 1995
En %
|
Bénéficiaire du RMI embauché 2 |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
|
Avec un CES |
91 |
87 |
37 |
85 |
83 |
107 |
|
A 75 % du SMIC avec intéressement 3 |
83 |
80 |
58 |
78 |
76 |
109 |
|
A 75 % du SMIC sans intéressement |
87 |
97 |
nd |
102 |
87 |
nd |
|
A 100 % du SMIC |
81 |
88 |
58 |
91 |
78 |
109 |
1. Le
coût salarial total résulte de la somme du salaire brut et des
cotisations sociales patronales obligatoires. On assimile le taux marginal
effectif de prélèvement au rapport d[prélèvements -
prestations] / d[coût salarial total]. Il dépend de la situation
familiale de l'individu.
2. Les bénéficiaires sont : 1 = célibataire sans
enfant versant un loyer de 1 266 F ; 2 = couple sans enfant versant un
loyer de 1 266F ; 3 = couple avec 2 enfants (12 et 16 ans) versant un
loyer de 2 046 F dont l'autre membre gagne le SMIC ; 4 = couple avec 2
enfants (12 et 16 ans) versant un loyer de 2 046 F ; 5 = couple
avec 3 enfants (2, 6, 13 ans) versant un loyer de 2 309 F ; 6 =
célibataire avec 2 enfants (12 et 16 ans) versant un loyer de 2 046 F,
et satisfaisant aux conditions pour bénéficier du versement de
l'API (allocation parent isolé).
3. Le mécanisme d'intéressement permet aux Rmistes qui prennent
un emploi de cumuler en partie l'allocation et leur revenu d'activité
pendant un certain temps.
Source : Direction de la Prévision.
Du côté des prestations sociales, la perte
d'éligibilité à divers transferts, induite par
l'augmentation des revenus, l'apparition de ces seuils 90(*). De plus, les personnes dont
le revenu primaire augmente à la suite d'une modification de leur
situation professionnelle perdent également l'accès gratuit
à certains services locaux ou d'autres avantages réservés
aux personnes justifiant de faibles ressources 91(*).
Ainsi, en 1996, un Rmiste acceptant un emploi à plein temps payé
au SMIC, pouvait ne recevoir in fine qu'environ 1 500 francs
supplémentaires par mois, montant faible au regard de l'effort que
demande un travail à plein temps. En comparant la situation d'un
individu touchant le RMI et celle d'un autre travaillant à mi-temps
payé au SMIC, la rémunération nette de cet emploi à
temps partiel pouvait même être négative (i.e. l'individu
travaillant à temps partiel jouissait d'un revenu disponible
inférieur à celui du Rmiste). Ceci était, en grande
partie, le résultat du mode d'attribution de l'allocation logement dont
la règle de calcul prenait en compte les revenus salariaux mais pas le
RMI.
Afin de faciliter l'insertion professionnelle, l'allocataire du RMI pouvait
cumuler son revenu d'activité et une partie de l'allocation RMI. Ces
règles dites d'intéressement variaient selon la nature de
l'emploi en question ou de la formation. Depuis le 1er
décembre 1998, le mécanisme d'intéressement a
été élargi dans la mesure où le cumul de 50 %
des ressources d'activité avec l'allocation se poursuit durant les trois
trimestres suivant la 1ère révision et ceci même
si les 750 heures de travail limites ont été atteintes avant la
fin de cette période de cumul (DREES, 2000). En cas de cessation puis de
reprise d'activité, l'individu peut bénéficier d'un autre
cycle complet (cumul total puis partiel) pour une nouvelle période de
quatre trimestres de droits. La condition requise est que le trimestre de
référence précédent la reprise d'activité ne
comporte aucun revenu d'activité.
Bien que cette réforme ait permis de combler en partie la trappe
à inactivité, induite par les taux d'imposition effectifs qui
pesaient sur la reprise d'un emploi, il n'en restait pas moins que son effet
stimulant sur l'offre de travail a été modeste (Fleurbaey,
Hagneré, Martinez et Trannoy, 1998). Premièrement, ce
mécanisme d'intéressement n'est que temporaire, ce qui implique
qu'à échéance d'un an le cumul n'est plus possible et le
seuil « réapparaît ». Deuxièmement, il
n'est offert qu'aux individus dont le parcours sur le marché du travail
a été défavorable au point qu'ils se trouvent dans la
situation limite du RMI. Enfin, troisièmement, il est probable que les
individus bénéficiaires qui ne percevaient déjà que
difficilement les subtilités du dispositif initial ne soient conscients
de la réforme et de ce fait n'ajustent pas leur comportement.
Les réformes instaurées en France à partir de 2000
(réformes de l'allocation-logement, de la taxe d'habitation,
introduction de la Prime pour l'Emploi) ont largement modifié cette
situation, diminuant sensiblement les prélèvements effectifs sur
les bas salaires.
3. La trappe à pauvreté
L'association de l'impôt sur le revenu et des prestations
sociales crée un ou plusieurs points de retournement sur la contrainte
budgétaire des travailleurs à faible revenu. Celle-ci n'est donc
pas linéaire. Au-delà de ces points, travailler davantage
rapporte moins à la marge. Ainsi, ceux qui sont sur le marché du
travail ne sont pas incités à travailler au-delà d'un
certain nombre d'heures. De ce fait ils ne dépassent pas le niveau de
revenu correspondant à cette offre de travail et sont alors
piégés dans une « trappe à
pauvreté ». Le taux marginal effectif d'imposition
(Marginal Effective Tax Rate, METR) constitue l'indicateur pertinent
permettant de localiser ces seuils et donc l'apparition probable de trappe
à pauvreté. Ainsi permet-il de mesurer les effets combinés
du système fiscal et social et en particulier l'étendue de la
trappe à pauvreté.
Le taux marginal effectif d'imposition mesure le prélèvement
effectif associé à une modification marginale du revenu salarial.
Autrement dit si l'individu travaille un peu plus et perçoit à ce
titre par exemple cent euros supplémentaires de salaire, le METR donne
le nombre d'euros qui seront prélevés sur cette somme du fait de
la perte de prestations sociales et d'impôt supplémentaire. Il est
défini par le taux auquel les impôts augmentent et les transferts
diminuent à mesure que les revenus bruts croissent :
METR = 1 - [changement du revenu net/changement du revenu brut]
Ce
concept mesure les incitations économiques immédiates sous forme
de rendements financiers associés à l'augmentation marginale des
heures travaillées ou de l'effort de travail. Il constitue un indicateur
de politique économique puisqu'il résulte de la combinaison des
politiques d'imposition progressive et de retrait des transferts quand le
salaire augmente.
Cet indicateur s'appuie sur le salaire brut et non sur le coût total du
travail. En effet, ce dernier inclut les cotisations sociales employeurs. Or
dans la plupart des pays, les individus ignorent le coût de leur
emploi ; ils ne jugent que leur salaire brut et ce qu'il va leur permettre
de dégager comme revenu disponible pour leur consommation. Plus le METR
est élevé moins cela rapporte à l'individu de travailler
plus.
Le tableau 3 donne les taux marginaux d'imposition pesant sur des
ménages ayant diverses configurations familiales dans les pays
européens en 1997. En outre, il donne les efforts réalisés
par les pays pour diminuer l'imposition effective pesant sur les revenus
d'activité entre 1997 et 2000.
Dans l'ensemble, les Etats européens ont diminué les METR pesant
sur les faibles et moyens salaires entre 1997 et 2000. Néanmoins, pour
certains pays, ils restent élevés se situant entre 40 et
50 % (Belgique, Allemagne, Danemark, Finlande et Pays-Bas) quelle que soit
la configuration familiale.
Dans les pays qui ont recours à des transferts sociaux avec exigence de
travail, comme le Royaume-Uni et l'Irlande, l'apparition de trappes à
pauvreté s'explique par le fait que le transfert n'est proposé
qu'une fois sur le marché du travail. Son retrait, qui dépend de
la configuration familiale, se réalise à partir d'un certain
niveau de salaire. Par exemple, en Irlande, une personne isolée ayant 2
enfants et gagnant 67 % du salaire moyen ouvrier supportait en 1997 un
METR de 90 % alors que pour une personne sans enfant il était de
30 %. De même au Royaume-Uni, en 2000 la phase de retrait du
Working Family Tax Credit implique un METR pour les familles avec
enfants à bas revenu de presque 70 % alors que celui de familles
plus riches et de ce fait non concernées par le WFTC est seulement de
32 %. Ces seuils sont à l'origine de l'apparition de trappes
à pauvreté. Afin d'éviter ces effets, les Pays-Bas ont mis
en place un crédit d'impôt forfaitaire (General Rebate) qui
s'accompagne d'un crédit supplémentaire pour les travailleurs
(Employment Rebate).
Les réformes qui visent à diminuer les trappes à
inactivité en augmentant le revenu disponible des travailleurs à
plus bas salaires aboutissent souvent à accentuer les trappes à
pauvreté, dans la mesure où le supplément de revenu
disparaît quand le travailleur progresse dans l'échelle salariale.
Tableau 3 : Taux marginaux d'imposition dans les pays
européens et aux Etats-Unis en 2000
(Impôt sur le revenu + cotisations sociales employés - transferts
monétaires de politique familiale, en % du salaire brut)
1
|
Célibataire sans enfant 67 % du SMO |
Parent
isolé 2 enfants |
Couple marié 2 enfants 1 travailleur SMO |
Couple marié 2 enfants 2 travailleurs 100 % SMO + 33 % SMO |
|||||
|
Taux
|
Modification 1997-2000 |
Taux
|
Modification |
Taux
|
Modification |
Taux
|
Modification |
|
|
Allemagne |
51,0 |
- 0,9 |
48,8 |
- 0,8 |
51,8 |
3,6 |
39,5 |
- 2,4 |
|
Autriche |
37,1 |
- 14,4 |
52,1 |
30,5 |
42 |
- 0,5 |
32,3 |
- 2 |
|
Belgique |
54,1 |
- 0,7 |
54,1 |
- 0,7 |
51,4 |
- 0,3 |
45,5 |
1,0 |
|
Danemark |
50,7 |
- 1,4 |
50,7 |
- 1,4 |
45,2 |
- 1,3 |
36,3 |
- 0,5 |
|
Espagne |
26,4 |
- 4,8 |
6,4 |
- 17,7 |
23,2 |
- 0,9 |
34,9 |
- 1,8 |
|
Finlande |
42,7 |
- 2,3 |
42,7 |
- 2,3 |
48,4 |
- 2,3 |
38,9 |
- 1 |
|
France |
48,6 |
- 0,8 |
21,0 |
- 0,4 |
21,0 |
- 0,4 |
39,0 |
- 0,5 |
|
Grèce |
20,1 |
0 |
15,9 |
0 |
28,5 |
0 |
35,5 |
- 0,3 |
|
Italie |
32,8 |
- 1,6 |
32,8 |
- 1,6 |
40,1 |
- 0,6 |
40,5 |
- 6,5 |
|
Irlande |
22,0 |
- 8,5 |
22 |
- 68,5 |
28,5 |
- 4,2 |
20,3 |
- 4,6 |
|
Luxembourg |
34,1 |
0 |
14,7 |
2,1 |
14,7 |
2,1 |
14,2 |
- 1,3 |
|
Pays-Bas |
45,8 |
- 1,0 |
41,3 |
- 3,4 |
41,8 |
- 1,9 |
37,5 |
2,9 |
|
Portugal |
25,0 |
- 1,0 |
11,0 |
0,0 |
25,0 |
- 1,0 |
27,5 |
- 0,5 |
|
Royaume-Uni 2 |
32,0 |
- 1,0 |
69,4 |
36,4 |
69,4 |
36,4 |
20,8 |
- 1,3 |
|
Suède |
38,3 |
- 0,6 |
38,3 |
- 0,6 |
35,2 |
- 0,5 |
43,6 |
- 2,5 |
|
UE 12 3 |
48,5 |
- 2,8 |
33,7 |
- 2,1 |
46,3 |
- 0,8 |
44,5 |
- 2,2 |
|
Etats-Unis |
29,6 |
- 0,3 |
35,6 |
- 15,4 |
29,6 |
- 21,4 |
24,8 |
- 2,4 |
1. On
suppose que le revenu brut principal du ménage augmente. Le
résultat peut être différent si le salaire du conjoint
augmente, surtout si les conjoints sont imposés séparément.
2. Les chiffres 2000 et 1997 pour le Royaume-Uni ne sont pas comparables dans
la mesure où en 1997 le Family Credit n'est pas inclus dans le
calcul alors que le programme Working Family Tax Credit, qui l'a
remplacé, l'est en 2000. C'est la raison pour laquelle la moyenne
européenne est calculée sur l'Europe des 12.
3. Moyenne pondérée (PIB réel).
Lecture du tableau : Par exemple en France, en 2000, un célibataire
travaillant à 67 % du SMO, pour 1 € supplémentaire de
salaire percevra 51,4 centimes.
Source : OCDE, Taxing Wages 1999-2000, The Tax/Benefit Position
of Employees 1997.
II. Les mesures récentes d'incitation au travail des travailleurs peu
qualifiés
Nous présenterons ici les principales réformes fiscales
réalisées depuis 2000 afin d'améliorer les incitations au
travail des travailleurs peu qualifiés. Les mesures prises en France
sont mises en perspectives avec celles du Royaume-Uni, de la Belgique et des
Pays-Bas. Ces quatre pays ont réformé de leur système
fiscal pour réduire les pièges à inactivité. Ils
ont opté pour l'introduction de crédits d'impôt qui
permettent d'offrir un surcroît de revenu aux individus qui
décident de travailler.
1. Les
réformes engagées
Les différentes solutions choisies
Depuis,
2000 les pays européens ont mis en place des réformes de leur
système redistributif pour rétablir les incitations au travail
des personnes peu qualifiées (annexe 3). La tendance
générale est à la réduction de la charge fiscale
sur les travailleurs et plus précisément les travailleurs
à faible revenu.
Certains pays ont opté pour une augmentation sensible du niveau du seuil
d'imposition (Autriche, Finlande, Allemagne, Pays-Bas). Ceci réduit la
charge fiscale pour tous et conduit à exonérer de l'imposition
les travailleurs, à faibles salaires comme les travailleurs à
temps partiel. La plupart des pays ont réduit les taux marginaux
d'imposition des tranches les plus basses, plus particulièrement
l'Allemagne, l'Autriche, l'Irlande, la France et l'Espagne (en 1998) (annexe
4). Phelps (2000) souligne que si l'objectif de ces réductions
d'impôt est de réduire la charge fiscale sur les travailleurs
faiblement rémunérés, alors une subvention directe pour
les travailleurs à faibles salaires peut être plus efficace pour
augmenter l'emploi et la rémunération. En effet, ces
réductions d'impôt, si elles profitent à ces travailleurs,
profitent aussi à tous les autres y compris ceux qui ont un salaire
élevé ou ceux qui travaillent de courtes périodes et qui
n'entendent pas prendre un emploi régulier. En outre ces
réductions de charges fiscales ont des effets différents selon
les pays en raison des différences institutionnelles des marchés
du travail et leur degré de rigidité. Si trappes à
inactivité il y a, les effets sur l'emploi seront plus importants dans
des pays où l'augmentation du revenu après impôt ne
s'accompagne pas d'une augmentation des revenus de remplacement après
impôts des personnes non employées.
L'Irlande a adopté une mesure spécifique d'incitation à la
reprise d'un emploi pour les chômeurs de longue durée. Il s'agit
d'un abattement spécial offert aux personnes qui, étant au
chômage depuis au moins un an, reprennent un emploi. Pendant la
première année d'emploi, l'abattement s'élève
à 3 809 euros avec 1 270 euros supplémentaires
accordés pour chaque enfant. Ce montant est réduit à deux
tiers la deuxième année et à un tiers la troisième.
Concernant l'IR en France, le système de la décote
(mentionné précédemment) a été
modifié. A partir de 2003, il profite à tout ménage dont
le montant d'impôt brut (c'est-à-dire le montant d'impôt Ib
selon le barème et avant toute application de la décote) est
inférieur à 747 euros. Ainsi, alors que sous l'ancienne formule,
un célibataire bénéficiait de ce mécanisme
jusqu'à 961 euros de salaire net mensuel il en profite désormais
jusqu'à 1 138 euros. La nouvelle formule de la décote
implique que les ménages paient un impôt de I = 1,5*Ib - 374. Le
taux d'imposition de la première de revenu est abaissé à
7% ce qui engendre un taux marginal du bas du barème de 1,5*7 soit 10,5%
du fait de la décote contre 21% en 1999. Plus de foyers fiscaux sont
concernés par cet avantage et le montant d'IR des individus à bas
salaire est moindre. Cependant, ce dernier étant déjà
faible, le gain de la réforme est minime : le gain maximal est 118
euros par an (Dupont, Le Cacheux, Sterdyniak et Touzé, 2000). Le tableau
4 montre l'évolution des taux des tranches du barème de l'IR en
France prévue jusqu'à 2003.
Tableau 4 : Évolution des taux des tranches du barème en France entre 2000 et 2003
|
Tranches de revenu annuel imposable 2000, en € |
IR 2000
|
IR 2001
|
IR 2002
|
IR 2003
|
2000-2003 |
|
< 4 055 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
de 4 055 à 7 976 |
9,5 |
8,25 |
7,5 |
7 |
- 2,5 |
|
de 7 976 à 14 039 |
23 |
21,75 |
21 |
20,5 |
- 2,5 |
|
de 14 039 à 22 732 |
33 |
31,75 |
31 |
30,5 |
- 2,5 |
|
de 22 732 à 36 987 |
43 |
41,75 |
41 |
40,5 |
- 2,5 |
|
de 36 987 à 45 613 |
48 |
47,25 |
46,75 |
46,5 |
- 1,5 |
|
> 45 613 |
54 |
53,25 |
52,75 |
52,5 |
- 1,5 |
Source : Déclaration des revenus 2000, Brochure
pratique 2001, DGI.
C'est l'ensemble du système fiscalo-social qui crée des effets de
seuil à l'entrée du marché du travail. Certains pays ont
de ce fait opté pour des réformes du côté social
pour restaurer les incitations des travailleurs peu qualifiés à
prendre un emploi. Le cas de la France est remarquable sur ce point. En effet,
la France est la seule à avoir mis en place une réforme
d'ensemble de son système social en 2000 qui, associée à
celle de la fiscalité, a amélioré sensiblement les
incitations sur le marché du travail. La réforme de la taxe
d'habitation et des allocations logement 92(*) ont permis de limiter l'imposition brutale des
revenus lorsque la personne prend un emploi, ainsi qu'un retrait trop abrupt du
RMI. La mise en place de la couverture maladie universelle offre les soins
médicaux gratuits sous condition de ressources. Enfin,
l'élargissement du mécanisme d'intéressement du RMI permet
de cumuler l'allocation avec des revenus d'activité pendant une
période d'un an. L'ensemble de ces réformes devrait supprimer
l'effet négatif sur la décision de prise d'emploi. Pour un couple
sans emploi avec 2 enfants, « abandonner le RMI » pour que
l'un des deux membres prenne un emploi à plein temps au SMIC implique un
surplus par mois de 229 euros au lieu de 91 euros avant la réforme.
Lorsque l'emploi pris est à temps partiel, le gain s'élève
à 45 euros alors qu'il était nul avant la réforme
(Hagneré et Trannoy, 2001).
L'utilisation des crédits d'impôt
A
l'instar des Etats-Unis (Earned Income Tax Credit, EITC) 93(*) et de la Finlande, quelques
pays européens ont choisi d'introduire un mécanisme de
crédits d'impôt afin de rendre l'emploi plus attractif
financièrement relativement au non emploi (le Royaume-Uni en 1999, la
France et la Belgique en 2000, les Pays-Bas en 2001). Le système
instauré aux Pays-Bas diffère des trois autres : le
crédit n'y est pas remboursable : au mieux le foyer fiscal
considéré n'est pas imposable. Pour les autres systèmes,
les crédits fonctionnent comme un impôt négatif. Ainsi, un
individu non imposable (du fait d'un revenu trop faible) et qui travaille, va
percevoir un certain montant correspondant à un
« remboursement d'impôt ». Seuls les individus qui
participent au marché du travail et donc déclarent à
l'administration fiscale un revenu d'activité positif peuvent être
éligible au crédit d'impôt. L'aide est retirée
à un certain taux au fur et à mesure que le revenu de l'individu
augmente. Les crédits d'impôt ciblés vers les travailleurs
peu rémunérés permet de rendre le travail
rémunérateur pour des individus faiblement qualifiés tout
en évitant de réduire les minima sociaux. Cependant les effets
incitatifs sur l'offre de travail dépendent largement de l'état
du marché du travail et de l'ampleur de ces programmes. En outre, leur
impact en termes redistributifs peut s'avérer discutable.
Au Royaume-Uni, en France et en Belgique, les crédits mis en place sont
remboursables et dépendent la situation familiale du
contribuable 94(*).
Ainsi, les foyers fiscaux éligibles, du fait de revenus
d'activité positifs mais de ressources globales inférieures
à un certain montant, se voient attribuer un crédit
d'impôt. Si le montant de ce crédit dépasse le montant
d'impôt dû à l'administration fiscale, cette dernière
rembourse la différence. En ce sens ils relèvent du principe
d'imposition négative. En termes de coût budgétaire, le
crédit d'impôt britannique (Working Family Tax Credit
(WFTC)) est presque 8 fois plus important que celui de la Prime pour
l'Emploi (PPE) de 2001, mais la PPE doit être multipliée par 3
d'ici 2003. Le crédit belge reste loin derrière avec un
coût total représentant la moitié de celui de la PPE. En
termes de nombre de personnes touchées par la mesure, la France est
devant la Belgique et le Royaume-Uni, avec plus de 8 millions de foyers fiscaux
concernés par la prime contre 1,43 million pour le crédit belge
et 1,27 million pour le WFTC (ce qui implique des effets redistributifs
différents). Cependant, les extensions du crédit d'impôt
aux ménages sans enfant prévues d'ici 2003 au Royaume-Uni
devraient élargir considérablement la population
concernée. En ce qui concerne le gain moyen, le WFTC est loin devant les
deux autres. Cependant, il intègre une grande partie de la politique
familiale du Royaume-Uni ce qui n'est pas le cas des autres : il est donc
difficile de comparer les gains. On souligne encore une fois l'importance de
prendre en compte l'ensemble du système redistributif pour comparer la
situation de ménages identiques dans deux pays. Il serait
nécessaire pour cela de disposer de modèles simulant les
systèmes fiscaux et sociaux de chaque pays, ce qui permettrait
d'apprécier les effets des différents crédits
d'impôt sur la situation de ménages types (voir annexe 5 pour une
comparaison partielle de quatre crédits d'impôt). Si le montant
versé dans le cadre du WFTC est conséquent, celui concernant la
PPE, et plus encore le crédit belge, restent faibles, probablement trop
faibles pour stimuler significativement l'offre de travail des travailleurs
faiblement qualifiés. Des réformes davantage ciblées et
plus importantes pourraient diminuer le risque de trappe à
inactivité.
En moyenne, les Etats membres ont réduit leur taux effectif d'imposition
de 2 à 3 points pour les travailleurs à faibles et moyens
revenus. L'objectif affiché consiste clairement à aider ceux qui
sont hors du marché du travail à y entrer plutôt que ceux
qui travaillent déjà à travailler davantage (ce qui
revient à choisir de réduire de la trappe à
inactivité plutôt que la trappe à pauvreté), que ce
soit via des crédits d'impôt sur les salaires ou des
réductions de cotisations sociales employés. Si ces
crédits sont ciblés sur les faibles revenus avec un retrait pour
des niveaux de revenus plus élevés, alors le risque est
d'augmenter la trappe à pauvreté. Le crédit d'impôt
néerlandais contourne cette difficulté par son caractère
forfaitaire pour tout niveau de salaire. Cependant cette solution est plus
coûteuse pour une réduction identique de la trappe à
inactivité. Le Royaume-Uni a réduit très sensiblement le
taux de retrait du crédit d'impôt sur les salaires ce qui diminue
le risque de trappe à pauvreté. Quels peuvent être les
résultats en termes d'emploi de ces crédits d'impôt ?
Quels en sont les effets redistributifs ? Nous proposons ici une
comparaison sous ces deux angles de la PPE et du WFTC.
2.
Comparaison des effets sur l'offre de travail du WFTC et de la PPE
Les effets théoriques d'un crédit d'impôt sur l'offre de
travail
D'un
point de vue théorique, ces mesures fiscales rendent l'accès
à l'emploi plus attractif financièrement pour les travailleurs
faiblement qualifiés, et donc les incitent à prendre un emploi.
Néanmoins, elles peuvent avoir des conséquences négatives
sur l'offre de travail de certaines catégories de travailleurs. D'une
part elles peuvent induire une incitation à la réduction de
l'offre de travail des individus qui, travaillant déjà, ont un
revenu situé dans la tranche où l'aide diminue. D'autre part,
elles sont susceptibles de jouer négativement sur l'emploi du
travailleur le moins bien rémunéré dit
« travailleur secondaire » dans le couple. Il est difficile
d'éviter un taux marginal relativement élevé sur le
salaire de ces deux catégories d'individus. L'invidualisation du droit
au transfert pourrait permettre de résoudre cette question pour le
travailleur secondaire. Dans ce cas, l'aspect redistributif serait
délaissé totalement au profit de l'aspect incitatif. En effet, le
programme ne serait plus uniquement dirigé vers les travailleurs pauvres
puisqu'un individu ayant un salaire faible mais appartenant à un
ménage riche, percevrait quand même le crédit. Par
ailleurs, le coût de la mesure pourrait substantiellement augmenter. En
France, la PPE est « individuelle » parce que son calcul
porte sur le montant de salaire individuel et que le droit est
conditionné à une activité minimale individuelle, mais la
condition de ressources porte sur les revenus globaux du ménage.
Ainsi les effets théoriques d'un crédit d'impôt sur l'offre
de travail sont d'une part une stimulation de la participation au marché
du travail et d'autre part une réduction des heures de travail des
individus qui travaillaient déjà et un effet négatif sur
l'emploi du travailleur secondaire au sein du couple. La résultante sur
l'emploi total est donc indéterminée.
Des résultats sur l'offre de travail décevants
Il est
trop tôt pour disposer d'évaluations complètes des effets
sur l'offre de travail de ces réformes. Le WFTC a fait l'objet de
quelques travaux. Cependant, il ne s'agit pas de mesures ex post mais
de simulations réalisées avec les modèles de
microsimulation construits par l'Institute for Fiscal Studies.
Les effets incitatifs du WFTC dépendent d'une part de la situation
familiale du ménage (couple ou famille monoparentale) et d'autre part de
la situation initiale vis-à-vis du marché du travail. Le
caractère familial du dispositif est essentiel en ce qui concerne les
effets de la mesure sur les incitations au travail. En effet, il peut impliquer
un effet négatif sur l'offre de travail de couples bi-actif dont l'un
est à temps partiel. Les résultats des simulations montrent que
les effets incitatifs au travail du WFTC sont modestes sur certaines
catégories de ménages (famille monoparentales) et ils peuvent
être négatifs sur les couples bi-actifs (Blundell, Duncan, McCrae
et Meghir, 2000). Le WFTC incite les parents isolés à prendre un
emploi mais il implique en même temps des incitations à la
réduction du temps de travail. Les mères isolées verraient
leur taux d'activité augmenter de 2,2 % (soit 34 000 femmes
incitées à prendre un emploi) ; 0,2 % des mères
isolées seraient incitées à passer d'un emploi à
temps plein à un emploi à temps partiel.
Prenant en compte l'ensemble des réformes mises en place au Royaume-Uni,
les résultats obtenus par Piachaud et Sutherland (2000) sont les
suivants : deux tiers des parents isolés gagneraient moins à
travailler à temps partiel court (16 heures par semaine)
rémunéré au salaire minimum qu'avant les réformes.
Les incitations à travailler plus de 30 heures sont accentuées
pour les familles monoparentales. Globalement les incitations au travail des
parents isolés sont donc très faibles.
Les membres de couples inactifs seraient incités à prendre un
emploi (environ 11 000 femmes et 13 000 hommes). Néanmoins, le
travailleur secondaire du couple serait incité à se retirer du
marché du travail soit 20 000 femmes et 10 000 hommes. Ainsi,
les effets du WFTC sur l'offre de travail devraient être sensiblement les
mêmes que ceux de l'EITC à savoir une faible incitation au travail
pour les hommes et les mères isolées et une désincitation
pour les femmes vivant en couple. Les évaluations globales de l'EITC aux
Etats-Unis ont montré que s'il avait eu un effet négatif sur
l'offre de travail du travailleur secondaire, il n'avait pas engendré de
réduction majeure du nombre d'heures travaillées par ceux qui
participaient déjà au marché du travail. En outre son
effet positif sur la participation a été assez important. De ce
fait l'impact global sur l'offre de travail a été plutôt
positif.
Certains facteurs peuvent venir atténuer les effets incitatifs du WFTC.
D'une part, le manque de structures d'accueil pour les jeunes enfants (aider au
financement de la garde ne résout pas le problème de l'absence de
possibilités de garde). D'autre part, les ménages inactifs sont
concentrés dans les bassins d'emplois sinistrés ou la demande de
travail est insuffisante pour permettre aux individus de prendre un emploi et
ceci qu'elle que soit leur motivation.
Concernant les effets de la PPE sur l'offre de travail, les évaluations
sont beaucoup plus rares. L'étude effectuée par Laroque et
Salanié (2001) simule les conséquences de la PPE sous le
barème de 2003 rétropolé pour l'année 1999 sur
l'emploi des femmes (tableau 5).
Tableau 5 : Effet de la PPE sur l'emploi des femmes (en milliers)
|
Statut initial |
Effectif de référence |
Entrées (+) ou sorties (-) vers |
||
|
Non emploi |
Mi-temps |
Plein temps |
||
|
Non emploi |
2 297 |
- 16 |
+ 6 |
+ 10 |
|
Emploi à mi-temps |
494 |
+ 2 |
- 4 |
+ 2 |
|
Emploi à plein temps |
2 238 |
+ 5 |
+ 2 |
- 7 |
|
Total |
5 029 |
- 9 |
+ 4 |
+ 5 |
Source : Laroque et Salanié (2001), tableau 10.4.
Globalement, la PPE aurait un effet positif sur l'emploi dans la mesure
où 9 000 femmes sortiraient du non emploi pour prendre un emploi
à mi-temps pour 4 000 d'entre elles et à plein temps pour
les 5 000 autres. Mais au regard de la taille de l'échantillon
(5 290 000 personnes) cet effet est extrêmement faible. Elle
ferait passer 10 000 femmes du non emploi à un emploi à
plein temps mais parallèlement 5 000 femmes qui avaient un emploi
à plein temps sortiraient du marché du travail et 2 000
réduiraient leur temps de travail pour prendre un emploi à
mi-temps. Les résultats illustrent les effets théoriques attendus
dans la mesure où celles qui augmentent leur offre de travail sont
celles qui se situent à l'entrée du barème et, par
ailleurs, les femmes mariées à un travailleur
bénéficiant de la PPE réduisent leur offre de travail.
Ceci montre que l'effet du caractère individuel de la PPE est
compensé par l'effet du caractère familial de la condition de
ressources. De ce fait de la même façon que le WFTC ou que l'EITC,
le travailleur secondaire du couple est désincité à
travailler.
Pourquoi ces effets médiocres ?
A ce
stade on peut s'interroger sur les raisons qui font que le WFTC a permis
d'améliorer même faiblement l'offre de travail alors que la PPE ne
devrait pas avoir d'effet sensible. Deux grandes explications peuvent
être invoquées.
La première concerne l'ampleur et les modalités d'application du
crédit offert. En effet, le montant du WFTC peut être très
important et atteindre une valeur de 92 livres par semaine pour une
durée de travail comprise entre 16 et 25 heures hebdomadaires soit
environ 7 800 euros par an. La PPE s'élève au maximum à
230 euros par an en 2001 (690 euros en 2003) pour un emploi au SMIC à
plein temps 95(*). Elle
représente au maximum 2,2 % du revenu déclaré avec le
barème 2001 et 7,1 % avec le barème 2003 contre 40 %
pour l'EITC et 160 % pour le WFTC (Cahuc, 2002). Certes, comme nous
l'avons souligné plus haut, le WFTC comprend l'intégralité
des aides familiales et sociales versées aux individus alors que la PPE
ne constitue qu'un dispositif d'incitation à l'emploi 96(*). Il n'en reste pas moins que
le système britannique est beaucoup plus généreux que le
français. De plus le barème actuel de la PPE cherche à
créer des incitations au travail là où il n'en manque pas.
Son montant est maximum pour un Smic à plein temps. Or les individus
concernés auraient pour la plupart travaillé en l'absence de la
PPE : ils bénéficient pleinement d'un effet d'aubaine. En
revanche, la PPE est très faible là où une trappe à
inactivité est susceptible d'apparaître, au niveau du temps
partiel.
En outre, alors que le WFTC est versé tous les mois sur la fiche de
paie, la PPE est perçue tous les ans dans le cadre de l'impôt sur
le revenu. Cette modalité de versement rend le dispositif moins visible
par les individus qui de ce fait sont moins enclins à augmenter leur
offre de travail. Le versement d'un acompte simplifié directement
visible sur le salaire mensuel pourrait améliorer sensiblement le
caractère incitatif de la PPE.
La seconde explication est relative aux institutions et à l'état
du marché du travail (Cahuc (2002)). Le marché du travail
français est très différent des marchés
anglo-saxons. Il est illusoire d'espérer obtenir des résultats
similaires à ceux obtenus sur le marché américain ou
même britannique en appliquant ces mesures fiscales incitatives sur le
marché français. Une étude menée par l'OCDE a
montré l'importance de l'état du marché du travail sur les
résultats en termes d'incitation au travail des crédits
d'impôt. A l'aide d'un modèle d'équilibre
général, les auteurs évaluent les effets d'un
crédit d'impôt du type EITC au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en
Allemagne et en Suède en tenant compte des effets de bouclage
macroéconomique 97(*) pouvant influencer indirectement les performances des
bénéficiaires du crédit (Bassanini et al., 1999).
Leur modèle distingue quatre catégories de travailleurs allant
des « très bas salaires » (60 % du salaire
moyen) aux « salaires moyens hauts » (90 % du salaire
moyen). Ils concluent que la combinaison d'une structure de salaire
compressée, de salaires de réserve98(*) élevés et de
taux d'imposition élevés sur les revenus d'activité
implique que le crédit d'impôt soit très coûteux. En
effet dans ce cas, le crédit doit être suffisamment important pour
que le revenu issu de la prise d'un emploi dépasse le salaire de
réserve de l'individu. Selon les auteurs, en Suède et en
Allemagne un crédit d'impôt élevé pourrait conduire
in fine à une diminution des heures travaillées : les
individus qui travaillaient déjà le jugeraient suffisamment
attractif et réduiraient leur temps de travail pour satisfaire aux
conditions de ressources et ainsi le percevoir. De ce fait l'efficacité
des crédits d'impôt en matière de créations
d'emplois devrait être beaucoup moins importante sur les marchés
du travail européens continentaux, et donc en particulier en France, que
sur les marchés du travail anglo-saxons caractérisés par
une grande flexibilité des salaires.
En conclusion, les effets sur l'offre de travail du WFTC devraient être
limités et ceux de la PPE très décevants. Mais l'objectif
des pouvoirs publics devrait être aussi d'assurer un niveau de ressources
suffisant aux personnes peu qualifiées et peu
rémunérées : ce type d'aide
bénéficie-t-il aux ménages situés au bas de la
distribution des revenus ?
3. Qu'en est-il des effets redistributifs ?
La
littérature concernant l'évaluation des effets redistributifs du
WFTC est relativement abondante. Les modèles français (Myriade
pour la CNAF et Inès pour l'INSEE) n'intègrent pas les
réactions comportementales des agents et ne permettent donc pas
d'évaluer ex ante les effets de la PPE sur l'offre de travail des
individus. Cependant, ils offrent une représentation assez fidèle
du dispositif et donnent donc un chiffrage des effets redistributifs assez
précis. Alors que le WFTC ne touche que 1 foyer sur 20, la PPE concerne
1 foyer sur 4 (contre 1 sur 5 pour l'EITC). Ce simple constat montre que le
WFTC s'adresse à une population plus spécifique que ne le fait la
PPE (et l'EITC).
Globalement le WFTC et la PPE profitent aux ménages du bas de la
distribution des revenus. Cependant, alors que le WFTC est plus
généreux avec les ménages les plus pauvres, la PPE est
davantage ciblée sur le troisième décile et s'étale
très haut dans la distribution des revenus (Lhommeau et al.,
2001, Legendre et al., 2001 99(*)). Le WFTC bénéficie principalement aux
ménages appartenant aux deux premiers déciles qui devraient voir
leur revenu progresser en moyenne de 5,2 %. Alors que la PPE 2003 devrait
engendrer une augmentation de revenu de 2,5 % et de 1,6 % pour
respectivement les premier et deuxième déciles. Les
ménages du troisième décile verraient quant à eux
leur revenu augmenter de 3 % par le WFTC alors que l'effet de la PPE sur
le revenu de cette population serait de 1,2 % (Atkinson et al.,
2001). Les individus appartenant aux 10 % les plus pauvres ne peuvent
bénéficier de la PPE. Cahuc (2002) explique cela par les
caractéristiques du marché du travail français : le
salaire minimum élevé implique que les individus ayant une
productivité trop faible ne peuvent trouver un emploi et donc ne peuvent
pas bénéficier de la mesure. Enfin, le revenu des 10 %
ménages les plus riches diminuerait de 0,6 % en moyenne dans le cas
anglais alors que la PPE n'a pas d'effet sur le revenu de ce décile.
L'ensemble des réformes engagées par le gouvernement travailliste
au Royaume-Uni devrait entraîner un fort recul de la pauvreté chez
les enfants avec une diminution de 22,5 % du poverty gap
(écart moyen au seuil de pauvreté du revenu du ménage
auquel l'enfant appartient), dont 4,7 % imputables au WFTC (Piachaud et
Sutherland, 2000). Les ménages avec enfants seraient majoritairement
gagnants (et principalement les couples inactifs initialement). Les familles
profitant le moins des réformes seraient celles où les deux
conjoints travaillent.
Au contraire, la mise en place de la PPE et la refonte de l'aide au logement
n'ont pas eu d'effets sensibles sur la pauvreté monétaire
(Legendre et al., 2001). Les trois réformes et plus
particulièrement la PPE ont accru l'écart entre actifs et
inactifs. : avec une réduction de la pauvreté dans le
premier groupe plus importante (Lhommeau et al., 2001). Le montant de la
prime est croissant avec le nombre d'heures travaillées pour des
rémunérations horaires inférieures au SMIC, puis
au-delà elle décroît à mesure que le temps de
travail augmente. Ce principe implique une certaine ambiguïté quant
à la cible visée. D'une part elle est défavorable aux
travailleurs à temps partiel subi. Or, ceux-ci constituent l'essentiel
des travailleurs pauvres. Mais d'autre part elle favorise les travailleurs
ayant une rémunération horaire faible et donc devrait
malgré tout cibler une partie de cette catégorie
d'individus 100(*).
Quoiqu'il en soit, l'introduction de la PPE a permis de réduire le taux
moyen des prélèvements nets sur les individus les plus modestes
appartenant à un ménage mono-actif qui ne pouvaient profiter des
baisses d'impôts car ils étaient non imposables 101(*). Selon Lhommeau
et al. (2001), le taux de prélèvement net de
prestations sociales du premier décile a été réduit
de 2,4 points. Cette baisse est due pour 1,1 point à la PPE et pour le
reste à la réforme de l'allocation logement. Legendre et
al. (2001) concluent qu'un durcissement de la condition
d'éligibilité du ménage à la PPE permettrait de
réorienter la prime vers les premiers déciles et d'accentuer son
effet redistributif en faveur des ménages les plus pauvres. Mais ils
soulignent que cette mesure pourrait avoir un effet discriminatoire selon le
type de ménage (couple marié, concubin) et qu'elle favoriserait
le temps partiel pour le travailleur secondaire au sein d'un couple
marié. En outre les simulations ne tiennent pas compte des
réactions comportementales, or les désincitations à
l'offre de travail sont d'autant plus fortes que l'effet de seuil l'est.
L'arbitrage protection-incitation reste au coeur du débat.
Conclusion
Les Etats membres de la Communauté européenne ont amorcé
un processus d'allègement de la charge fiscale pesant sur le travail,
accusée de pénaliser l'activité des travailleurs non
qualifiés. Les réformes ont principalement porté sur le
côté fiscal et assez peu du côté du système
social (Carone et Salomaki, 2001). Les mesures n'ont le plus souvent pas tenu
compte de l'interaction entre les deux sphères. Elles auraient sans
doute nécessité une approche plus globale du système
redistributif. La France fait exception, elle s'est en effet engagée
dans une voie qui consiste à considérer les influences du
système fiscalo-social dans sa globalité et les réformes
ont permis de rétablir les incitations financière à
prendre un emploi.
Les nouvelles propositions du gouvernement britannique prévoit un
élargissement de l'utilisation du système fiscal dans un but de
protection sociale. La réforme annoncée pour 2003 élargit
sensiblement la population visée par les crédits
d'impôt : ils devraient être perçus non seulement par
les familles avec enfants (avec ou sans revenu d'activité), mais
également par les actifs sans enfant.
Les effets sur l'offre de travail des travailleurs peu qualifiés restent
incertains. Les quelques évaluations réalisées dans le cas
du Royaume-Uni ne sont pas très encourageantes. Par ailleurs l'exemple
des Etats-Unis montre que, s'il y a un effet global positif sur l'offre de
travail, il ne faut pas s'attendre à une modification majeure des
comportements. Par contre, la PPE semble ne pas avoir d'effets significatifs
positifs sur l'offre de travail et les élargissements prévus pour
2003 ne devraient pas modifier sensiblement ce résultat. En effet, le
marché du travail français s'avère inadapté pour ce
type de mesures qui ne permet pas de stimuler l'emploi en présence d'un
salaire minimum élevé relativement à celui qui
prévaut sur le marché du travail anglo-saxon. Il n'est donc pas
souhaitable de calquer les mesures prises dans des pays anglo-saxons pour les
appliquer à des pays où les situations institutionnelles et
conjoncturelles diffèrent.
En conclusion, en ce qui concerne les incitations au travail des personnes peu
qualifiées, ce n'est pas tant la fiscalité qui est en cause que
les mécanismes d'attribution des transferts sociaux. Il serait donc plus
adapté de modifier le dispositif social de façon à
aménager les sorties du RMI vers l'activité. Diverses
propositions ont été faites dans cette optique. Par exemple,
l'Allocation compensatrice de revenu (ACR) proposée par Godino
(1999) permettrait de lisser les effets de seuil défavorables à
l'emploi. En outre, le mécanisme de l'ACR serait nettement plus
redistributif que la PPE en faveur des ménages à faible niveau de
vie (CERC, 2001). Par ailleurs, s'agissant de stimuler l'emploi des personnes
peu qualifiées, il semble que ce segment du marché du travail
souffre davantage d'un problème de demande de travail que d'un
problème d'offre. Or, pour éradiquer le chômage
involontaire, les mesures fiscales du type « allègements de
charges sociales » pour les emplois peu qualifiés ont fait
leurs preuves (Charpail et al., 1999). Ces mesures sont non seulement
efficaces du point de vue de l'emploi mais également peu coûteuses
pour les finances publiques (Cahuc, 2002). C'est dans ce sens que le
système fiscal français devrait être utilisé pour
améliorer l'emploi des personnes peu qualifiées.
Références bibliographiques
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microsimulation INES appliqué à une évaluation ex
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cours ».
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Projet Réforme Fiscale », Ministère des Finances.
Annexe 1 : Taux de chômage, d'emploi et d'activité selon le
niveau de qualification en Europe
Tableau 1 : Évolution des taux de chômage en Europe (en % de la population active civile)
|
1977 |
1980 |
1985 |
1990 |
1995 |
2000 |
|
|
Allemagne |
3,9 |
3,2 |
7,3 |
4,8 |
8,2 |
8,1 |
|
Autriche |
1,6 |
1,9 |
3,6 |
3,2 |
3,7 |
3,6 |
|
Belgique |
6,8 |
8,1 |
12,6 |
8,9 |
13,0 |
10,0 |
|
Danemark |
7,4 |
6,9 |
7,3 |
8,4 |
7,1 |
4,6 |
|
Espagne |
5,2 |
11,5 |
21,7 |
16,3 |
22,9 |
14,1 |
|
Finlande |
5,9 |
4,7 |
5,0 |
3,2 |
15,4 |
9,8 |
|
France |
5,2 |
6,5 |
10,5 |
9,1 |
11,8 |
9,9 |
|
Grèce |
1,7 |
2,8 |
7,8 |
7,0 |
10,0 |
11,1 |
|
Irlande |
8,8 |
7,4 |
16,7 |
13,0 |
12,2 |
4,3 |
|
Italie |
7,2 |
7,7 |
10,4 |
11,5 |
11,7 |
10,7 |
|
Luxembourg |
0,5 |
0,7 |
1,6 |
1,1 |
2,3 |
1,9 |
|
Pays-Bas |
5,5 |
6,2 |
11,1 |
7,6 |
7,1 |
3,0 |
|
Portugal |
7,5 |
7,8 |
8,7 |
4,6 |
7,2 |
4,0 |
|
Royaume-Uni |
5,2 |
5,7 |
11,3 |
6,9 |
8,7 |
5,5 |
|
Suède |
2,0 |
2,2 |
3,1 |
1,8 |
9,2 |
5,9* |
|
EU 15 |
5,2 |
6,1 |
10,5 |
8,2 |
10,8 |
8,4 |
|
Etats-Unis |
7,1 |
7,1 |
7,2 |
5,6 |
5,6 |
4,0 |
Source : OCDE, (2001), Statistiques de la population active 1980-2000. :* 1999
Tableau 2 : Taux de chômage selon le niveau de
qualification pour les personnes âgées de 25 à 64 ans,
en 1999 en %
|
Niveau
inférieur au 2e cycle |
2e cycle |
Enseignement supérieur |
|
|
Allemagne |
15,8 |
8,8 |
4,9 |
|
Autriche 1 |
6,9 |
3,6 |
2,0 |
|
Belgique |
12,0 |
6,6 |
3,1 |
|
Danemark |
7,0 |
4,1 |
3,0 |
|
Espagne |
14,7 |
12,7 |
11,1 |
|
Finlande |
13,1 |
9,5 |
4,7 |
|
France |
15,3 |
9,2 |
6,2 |
|
Grèce |
8,5 |
10,9 |
7,5 |
|
Irlande |
11,6 |
4,5 |
3,0 |
|
Italie |
10,6 |
8,0 |
6,9 |
|
Luxembourg |
3,7 |
1,1 |
1,0 |
|
Pays-Bas |
4,9 |
2,4 |
1,7 |
|
Portugal |
4,2 |
5,1 |
2,5 |
|
Royaume-Uni |
10,0 |
4,7 |
2,7 |
|
Suède (1999) |
9,0 |
6,5 |
3,9 |
|
EU 15 |
11,5 |
7,2 |
5,1 |
|
Etats-Unis |
7,7 |
3,7 |
2,1 |
1. Les
données se réfèrent à l'année 1998.
Lecture du tableau : en France, en 1999, 15,3 % des personnes en
âge de travailler ayant de faibles qualifications sont au chômage,
contre 6,2 % pour les personnes les plus qualifiées.
Source : OCDE, Regards sur l'éducation-Les indicateurs de l'OCDE,
2001.
Tableau 3 : Taux d'activité selon le niveau de
qualification pour les personnes âgées de 25 à 64 ans,
en 1999 en %
|
Niveau inférieur au 2e cycle de l'enseignement secondaire |
2e cycle de l'enseignement secondaire |
Enseignement supérieur |
|
|
Allemagne |
58,0 |
76,6 |
87,4 |
|
Autriche* |
56,6 |
78,1 |
88,1 |
|
Belgique |
55,8 |
79,8 |
88,1 |
|
Danemark |
66,3 |
84,2 |
90,6 |
|
Espagne |
59,8 |
79,9 |
87,2 |
|
Finlande |
67,4 |
82,2 |
88,9 |
|
France |
66,6 |
82,8 |
87,2 |
|
Grèce |
60,0 |
72,8 |
87,3 |
|
Irlande |
60,4 |
75,1 |
87,9 |
|
Italie |
53,3 |
76,1 |
86,7 |
|
Luxembourg |
56,6 |
73,9 |
85,9 |
|
Pays-Bas |
59,7 |
80,2 |
88,7 |
|
Portugal |
79,3 |
86,4 |
93,0 |
|
Royaume-Uni |
58,4 |
82,9 |
90,1 |
|
Suède (1999) |
73,1 |
85,1 |
89,0 |
|
EU 15 |
69,5 |
83,2 |
91,0 |
|
Etats-Unis |
62,7 |
79,2 |
86,4 |
1. Les
données se réfèrent à l'année 1998.
Lecture du tableau : en France, en 1999, 66,6 % des personnes ayant
de faibles qualifications sont actives (soit elles ont un emploi, soit elles
sont au chômage, soit elles sont en formation), contre 87,2 % pour
les personnes les plus qualifiées.
Source : OCDE, Regards sur l'éducation-Les indicateurs de l'OCDE,
2001.
Tableau 4 : Taux d'emploi selon le niveau de qualification pour les personnes âgées de 25 à 64 ans, en 1999 en %
|
Niveau
inférieur au 2e cycle |
2e cycle |
Enseignement supérieur |
|
|
Allemagne |
48,9 |
69,9 |
83,1 |
|
Autriche* |
52,6 |
75,3 |
86,4 |
|
Belgique |
49,1 |
74,5 |
85,4 |
|
Danemark |
61,7 |
80,7 |
87,9 |
|
Espagne |
51,0 |
69,6 |
77,6 |
|
Finlande |
58,6 |
74,3 |
84,7 |
|
France |
56,4 |
75,1 |
81,8 |
|
Grèce |
54,8 |
64,9 |
80,7 |
|
Irlande |
53,4 |
71,7 |
85,2 |
|
Italie |
47,7 |
70,0 |
80,7 |
|
Luxembourg |
54,5 |
73,0 |
85,0 |
|
Pays-Bas |
56,8 |
78,3 |
87,2 |
|
Portugal |
75,9 |
82,0 |
90,7 |
|
Royaume-Uni |
52,6 |
78,9 |
87,7 |
|
Suède (1999) |
66,5 |
79,6 |
85,6 |
|
EU 15 |
54,0 |
73,9 |
83,6 |
|
Etats-Unis |
57,8 |
76,2 |
84,6 |
1. Les
données se réfèrent à l'année 1998.
Lecture du tableau : en France, en 1999, 56,4 % des personnes ayant
de faibles qualifications ont un emploi contre 81,8 % pour les personnes
les plus qualifiées.
Source : OCDE, Regards sur l'éducation-Les indicateurs de l'OCDE,
2001.
Annexe 2 : Les réformes récentes des systèmes
redistributifs en Europe
Tableau 1 : Les mesures fiscales d'incitation au travail des personnes non qualifiés
|
Allemagne |
Réduction générale des impôts sur le
revenu : taux marginal minimum ramené de 22,5 % (2000)
à 15 % (2005).
|
|
Autriche |
Réduction des taux d'imposition des bas et des moyens revenus.
|
|
Belgique |
Introduction d'un crédit d'impôt remboursable pour les
travailleurs faiblement rémunérés.
|
|
Danemark |
Réduction graduelle des taux marginaux d'imposition pour les
bas et moyens revenus (1999-2002). |
|
Espagne |
Réduction du taux marginal d'imposition minimal de 2 points.
|
|
Finlande |
Réduction cumulative pour 2000-2001 pour toutes les tranches
mais les revenus les plus faibles ont été spécialement
visés par la suppression de la tranche d'imposition la plus faible.
|
|
France |
Réforme de l'impôt sur le revenu de 2001 à 2003
avec des réductions d'imposition ciblées sur les revenus (au
total la réduction générale de l'IRPP
s'élève à 0,5 % du PIB soit 22 milliards de F en
2001).
|
|
Grèce |
Augmentation des abattements, majoration des crédits d'impôts pour enfants, suppression des critères forfaitaires. |
|
Irlande |
Baisse du
taux de base de 24 % en 1999/00 à 22 % en 2000/01.
|
|
Italie |
Réduction des taux de base de l'IR de 19 % en 1999
à 18 % en 2002.
|
|
Luxembourg |
Majoration
du revenu minimum imposable qui a été augmenté de
130,8 % entre 1990 et 2002.
|
|
Pays-Bas |
Introduction d'un système de 3
« boîtes » de revenus regroupant des types de revenus
qui sont soumis au même type d'imposition. La boîte 1 regroupe les
revenus du travail et la valeur locative d'un logement en
propriété et se voit appliquer un barème progressif.
|
|
Portugal |
Conversion
des abattements en crédits d'impôts (depuis 1999).
|
|
Royaume-Uni |
Remplacement du programme Family Credit par le programme plus
généreux Working Families tax Credit (2000).
|
|
Suède |
Réduction des taux applicables aux bas et moyens revenus.
|
Source : Carone et Salomäki (2001).
Tableau 2 : Les mesures sociales d'incitation au travail des personnes non qualifiées
|
Prestations de chômage : niveau des prestations, durée, droit aux prestations et exigences de disponibilité à l'embauche |
Régimes sous condition de ressources : allocations de logement, assistance sociale, allocations familiales |
Prestations subordonnées à un emploi |
|
|
Allemagne |
Les chômeurs peuvent bénéficier de mesures actives (emplois subventionnés) après 6 mois (et non plus 12 mois) depuis 1999. |
Application plus sévère des conditions de ressources au travail partiel dans le système de sécurité sociale (1998) |
-- |
|
Autriche |
Déduction d'une partie seulement du revenu du travail temporaire des prestations chômage (1998) |
-- |
-- |
|
Belgique |
Adaptation des règles relatives aux prestations de chômage afin de tenir compte des nouvelles dispositions concernant le chômage temporaire et le travail volontaire. |
-- |
Introduction d'un seuil d'aide au revenu pour les personnes ayant un
emploi dans le cadre d'un régime de réinsertion professionnelle
(1998).
|
|
Danemark |
Réduction de 5 à 4 ans de la durée de
prestations chômage (1999).
|
Resserrement des règles relatives au droit au
« minimum garanti » (assistance sociale) pour les jeunes de
moins de 25 ans.
|
|
|
Espagne |
-- |
-- |
-- |
|
Finlande |
Majoration des prestations de chômage partiel pour favoriser
l'emploi à temps partiel (1997).
|
Modification du régime d'assistance sociale visant à abaisser le plancher de salaire (1998) |
-- |
|
France (2000) |
-- |
Extension du mécanisme d'intéressement qui permet de
cumuler des revenus d'activité avec l'allocation RMI pendant les 12
1er mois de l'emploi (1998).
|
-- |
|
Grèce |
Aide aux jeunes chômeurs de plus de 20 ans pour les encourager à suivre une formation et à rechercher un emploi dans le cadre d'un programme d'une durée limitée (1998-2000). |
-- |
-- |
|
Irlande |
-- |
Conservation du supplément pour loyer et prêt hypothécaire pour les bénéficiaires du Community Employment Scheme et du Revenu job Assist (1999) |
Amélioration du régime de réinsertion professionnelle (indemnités de transport, primes au commencement d'une formation, 1999) |
|
Italie |
-- |
-- |
-- |
|
Luxembourg |
-- |
-- |
-- |
|
Pays-Bas |
-- |
Mise en place d'un programme permettant l'amélioration de la prise en charge des enfants (1999). |
-- |
|
Portugal |
Création d'une allocation chômage partiel pour promouvoir le travail à temps partiel (1999). |
Système d'offre d'emplois aux bénéficiaires du revenu minimum garanti ; suppression de l'aide en cas de refus |
-- |
|
Suède |
Renforcement des exigences de mobilité d'emploi et de mobilité géographique dans le cadre de l'assurance chômage (2000) |
-- |
-- |
|
Royaume-Uni |
Introduction d'un entretien obligatoire avec un conseiller en emploi pour pouvoir bénéficier des prestations (ONE, 1999) |
Introduction d'un salaire minimum national pour soutenir la
stratégie visant à rendre le travail financièrement plus
attrayant (1999).
|
Liaison plus étroite entre le bénéfice des prestations et la participation à des initiatives du New Deal pour les jeunes chômeurs (18 à 24 ans), les handicapés, les parents isolés et les conjoints de chômeurs. |
Source : Rapport conjoint sur l'emploi 2000, MISSOC INFO
Evolution de la protection sociale dans les Etats membres de l'Union
européenne, Plans d'action nationaux pour l'emploi 1998, 1999 et 2000.
Annexe 3 : Systèmes d'impôt sur le revenu en Europe
Tableau 1 : Description du bas du barème d'imposition
sur le revenu dans les pays européens
(pour un
célibataire sans enfant)
|
Seuil
d'exonération en € |
Taux
marginal |
Commentaires |
|||
|
1999 |
2001/2002 |
1999 |
2001/2002 |
||
|
Allemagne |
6 681 € (21,47 %) |
7 236 € |
Formule
1ère tranche imposable :179,13*Revenu |
Formule
1ère tranche imposable :768,85*Revenu |
Système d'abattements et de crédits d'impôt en
fonction de la situation familiale (pas d'abattement personnel de base)
|
|
Autriche |
3 634 € (16,07 %) |
8 721 € |
10 % |
0 %* |
Système d'abattements et de crédits d'impôt
remboursables (pas d'abattement personnel de base)
|
|
Belgique |
6 321 € (22,39 %) |
5 280 € |
25 % |
25 % |
Système de quotient familial, l'exonération
dépend de la situation familiale. |
|
Danemark |
4 345 € (11,78 %) |
4 493 € |
7,5 % |
6,25 % |
Diverses
déductions fiscales (cotisations retraite, frais professionnels...).
|
|
Espagne |
3 606 € (24,82 %) |
3 678 € |
15 %** |
15 % |
Système d'abattements et de crédits d'impôt lié à la situation familiale (abattement personnel de bas e de 3 306 €). L'imposition est séparée mais avec une possibilité de déclaration conjointe pour les couples mariés. Environ 3 % sont prélevé en plus des 15 % pour la 1ère tranche par les collectivités locales. |
|
Finlande |
7 905 € (32,1 %) |
8 006 € |
5,5 % |
5 % |
Divers abattements et crédits d'impôt en fonction du type de revenu. Imposition séparée. Imposition nationale et municipale. |
|
France |
3 998 € (19,25 %) |
4 121 € |
10,5 % |
7,5 % |
Système du quotient familial et divers abattements, PPE.
|
|
Grèce |
5 576 € (55,8 %) |
nd |
5 % |
nd |
Système d'abattements et de crédits d'impôt en fonction de la situation familiale. Les cotisations sociales sont déduites du revenu imposable. Imposition séparée. |
|
Irlande |
0 à 17 776 € (86,4 %) |
0 à 25 395 € |
24 % |
20 % |
Système complet de crédits d'impôts divers et d'abattements (abattement de base de 5 333 €). Déclaration conjointe avec possibilité de déclaration séparée si le montant d'imposition est le même que sous l'imposition jointe. |
|
Italie |
0 à 7 750 € (38,55 %) |
0 à 10 329 € |
18,5 % |
18 % |
Système de crédits d'impôt et d'abattement en fonction de la situation familiale. Imposition séparée. |
|
Luxembourg |
8522 € (23,79 %) |
nd |
6 % |
nd |
Système d'abattements et de crédits d'impôt. Barème à 18 tranches. Imposition conjointe. |
|
Pays-Bas (2002) |
6 806 € (29,13 %) |
14 363 € |
6,2 % |
3 % |
Réforme fiscal de fond en 2001 : adoption d'un système de « 3 boîtes » de revenus et d'un système complet de crédits d'impôt non remboursable (crédit de base de 1 576 €). Imposition séparée. |
|
Portugal |
0 à 3 492 € (47,96 %) |
nd |
14 % |
nd |
Système d'abattements et de crédits d'impôt. (abattement forfaitaire de 2 604 €). Les cotisations sociales sont déductibles au-delà d'un montant de 2 642 €). L'unité d'imposition est le revenu de la famille. |
|
Royaume-Uni |
0 à 2 431 € (11,85 %) |
0 à 3 050 € |
10 % |
10 % |
Système d'abattements et de crédits d'impôt
remboursables. |
|
Suède (1999) |
24 125 (99,3 %) |
24 158 € |
0 |
22 € 3 |
Système d'abattements et de crédits d'impôt divers indépendant de la situation familiale. Déduction de base qui va de 958 € à 1 994 €. Imposition séparée. |
1. Le
taux de la tranche suivante est passé de 22 % à 21 %.
2. Le montant d'impôt pour le niveau de revenu imposable de la
1ère tranche est de 90 000 pesetas (541 €) puis
au-delà de cette limite et dans cette tranche le revenu est
imposé à 15 %. On note qu'en 1998, le taux était de
17 %.
3. Dans cette tranche de revenu, l'impôt est forfaitaire, puis pour tout
revenu au-delà de ce seuil, le contribuable paie en plus (20 % pour
1999) 25 % de son revenu imposable. Par ailleurs il ne s'agit ici que de
l'impôt national, il existe un impôt municipal sur le revenu qui
varie de 26 % à 35 %.
Sources 1999 : OCDE, Taxing wages, 1999-2000.
Sources 2002 :
http://europa.eu.int/comm/taxation_customs/taxation/taxationlinks.htm (Sites web des différents
ministères des finances).
Annexe 4 : Caractéristiques générales des
crédits d'impôt
Tableau 1 : Caractéristiques générales des crédits d'impôt mis en place dans les dernières réformes fiscales de quelques pays européens
|
Oui |
Familiale |
Octobre 1999 |
Parents isolés et couples avec enfant |
Crédit de base par famille:85,06 € par semaine ;
|
55 % à partir de 146,43 € par semaine |
5 milliards de £ soit 8,11 milliards d'€ |
1 269 000 (au 31 mai 2001) |
82,21 £ par semaine soit 134,81€ soit environ 6 470 € par an. |
Oui : 16 heures avec une prime pour plus de 30 heures |
|
|
Belgique : |
Oui |
Individuelle |
2000 |
Toute personne dont les revenus d'activité sont positifs mais limités |
619,73 par an |
3718,4
à 12 394,68
|
27 milliards de BEF soit 669,31 millions d'€ pour l'année 2001 |
1 430 000 individus dont : 867 000 pour l'intégralité du crédit et 233 000 ayant droit à un rembourse-ment d'impôt |
471 € par an |
oui |
|
Pays Bas : |
Non |
Individuelle |
2001 |
Un crédit d'impôt est offert pour contribuable employé (Employment Rebate) |
Le montant max : 920 € pour le niveau du salaire minimum. |
Il n'est pas dégressif pour des niveaux de salaire supérieurs au seuil du sal min. |
816 millions de florins soit environ 370 millions d'€ (coût estimé) |
Source
France : Ministère des Finances.
Source Belgique : Reynders (2000).
Source Royaume-Uni : Chambaz et Lequet-Slama (2000), Brewer, Clark et Myck
(2001).
Source Pays-Bas : Ministry of Finance (2001).
Annexe
5 : Description des crédits d'impôt au Royaume-Uni, en
France, en Belgique et aux Pays-Bas
A. Royaume-Uni : du WFTC au Working Tax Credit
1. Fonctionnement général
L'objectif du WFTC est de rétablir les incitations à prendre un emploi et ainsi réduire les trappes à inactivité et à pauvreté, en particulier en allégeant le coût de la garde des jeunes enfants. Il s'agit d'offrir un crédit d'impôt aux familles avec enfants (avec une condition sur l'âge) ayant de faibles ressources et comprenant au moins un actif travaillant au minimum 16 heures par semaine. Au final, cette mesure devrait permettre de redistribuer 5 milliards de livres à environ 1,5 million de familles.
Tableau 1 : Montants du WFTC en 1999-2000
|
WFTC par semaine |
|
|
Crédit de base par famille |
59 £ soit 95,58 € |
|
Crédit pour les enfants :
|
26 £
soit 42,12 €
|
|
Crédit supplémentaire 1 |
11,45 £ soit 18,55 € |
|
Taux de retrait au-delà du seuil |
55 % au-delà de 91,45 £ soit 146,43 € |
|
Crédit supplémentaire Adulte invalide |
16 £ soit 25,94 € |
|
Crédit supplémentaire pour enfant handicapé |
30 £ soit 48,63 € |
|
Crédit supplémentaire pour enfant |
41,05 £ soit 66,55€ |
|
Allocation pour garde d'enfant 2 |
70 % des frais de garde d'enfants sont pris en charge dans la limite de 135 £ (218,69 €) pour un enfant et 200 £ (323,99 €) pour deux enfants et plus |
1.
Lorsque le travailleur principal travaille plus de 30 heures par semaine.
2. Seuls les parents isolés travaillant au moins 16 heures par semaine
sont éligibles à ce supplément ou les couples dans lequel
les deux travaillent au moins 16 heures par semaine (à moins que
l'inactif ne soit bénéficiaire d'une pension d'invalidité).
Source :
http://www.inlandrevenue.gov.uk/wftc/howmuch.htm
Le WFTC est versé pour une période de 6 mois et ouvre droit
à d'autres prestations en nature dans les domaines de l'éducation
et de la santé.
2. Mode de versement
Le WFTC
est versé sur une base familiale contrairement à l'impôt
sur le revenu, calculé sur une base individuelle. Ce principe se
justifie en termes d'équité entre les ménages, et de
coût budgétaire ainsi que la volonté d'exclure du
dispositif les jeunes adultes vivant encore chez leurs parents. Le travailleur
perçoit le crédit sur sa paie105(*) (si le couple est bi-actif, il choisit lequel des
deux travailleurs va percevoir le crédit).
L'administration fiscale examine les conditions d'éligibilité du
ménage et calcule les droits associés, puis l'employeur verse
directement au salarié le crédit d'impôt auquel il a droit
soit sous forme d'un complément de rémunération, soit sous
forme d'un allègement des prélèvements fiscaux qu'il doit
effectuer.
Graphique 1 : Montant du WFTC en euros
Source : Institue for fiscal Studies, Inland Revenue.
Cette
double gestion comporte plusieurs risques. D'une part, les employeurs peuvent
exercer une pression à la baisse des salaires, mais ceci est
atténué par la mise en place d'un salaire minimum en 1999.
D'autre part, il existe une possibilité de collusion entre l'employeur
et l'employé concernant la fixation des horaires en fonction du nombre
minimal requis pour être éligible (16 ou 30 heures). Enfin le
problème de la confidentialité de la situation familiale de
l'employé est soulevé par ce mode de gestion.
Le WFTC offre un avantage en termes de ciblage relativement aux transferts
sociaux traditionnels, notamment le Family Credit qu'il a
entièrement remplacé. En effet, certaines prestations souffrent
d'un taux de recours106(*) faible ce qui implique qu'une partie importante de
la population visée par le transfert ne le perçoive pas. Le
dispositif devient de facto moins efficace en termes de redistribution.
Les raisons du « non-recours » sont multiples : effets
stigmatisants associés à la perception du transfert, mauvaise
compréhension par les individus éligibles, manque
d'information... Le Family Credit engendrait d'un taux de recours
très faible contrairement au WFTC, certainement jugé moins
stigmatisant par les bénéficiaires potentiels.
3. Population concernée
En février 2000, 1 026 000 personnes étaient bénéficiaires du WFTC ou du FC (allocataires résiduels). 2 millions d'enfants appartenaient à des ménages bénéficiant de la nouvelle mesure et 43 % d'entre eux étaient dans des familles monoparentales. 51 % des allocataires du WFTC sont des parents isolés et presque exclusivement des femmes (seulement 2 % sont des hommes). Les 49 % autres sont des couples et dans 79 % des cas l'homme est le travailleur principal. Plus d'une famille sur 10 allocataires du WFTC perçoit une aide à la garde d'enfant ; dans 90 % des cas ce sont des familles monoparentales. Le WFTC a permis d'augmenter les transferts liés à la garde des enfants.
4. Vers une extension du WFTC aux ménages sans enfant
Les
nouvelles propositions du gouvernement britannique reposent sur un
élargissement de l'utilisation du système fiscal dans un but de
protection sociale. Une nouvelle réforme du système
fiscalo-social anglais est prévue pour 2003, elle remplacera le WFTC par
deux types de crédits :
Le crédit d'impôt pour les enfants sera offert à toutes les
familles avec enfants, sans exigence d'activité. Ainsi non seulement les
familles participant au marché du travail et faiblement
rémunérées en bénéficieront mais
également celles qui sont hors du marché du travail. Il est
offert au principal carer des enfants (le plus souvent la mère).
Il se substitue au FC et au WFTC. Par ailleurs le Working Tax Credit
permettra d'aider les travailleurs faiblement rémunérés,
avec ou sans enfant.
Un crédit d'impôt pour les retraités (voir chapitre 3.3).
B. La Prime
pour l'emploi en France
1. Fonctionnement général
Afin
d'inciter le retour à l'emploi et le maintien de l'activité, le
gouvernement français a mis en place une Prime pour l'emploi applicable
à l'automne 2001. Elle est destinée à compenser une partie
des prélèvements sociaux et des charges fiscales qui
pèsent sur les revenus d'activité permettant ainsi
d'améliorer la rémunération du travail. Elle concerne les
personnes ayant une activité salariée ou non salariée et
ayant des revenus modestes. Elle est individuelle dans le sens où chaque
travailleur du foyer peut y prétendre mais elle repose sur une condition
de ressources qui englobe l'ensemble des revenus du foyer fiscal.
Trois conditions sont requises pour en bénéficier :
En cas de travail à temps partiel ou de travail à temps plein sur
une partie de l'année seulement, le revenu d'activité est
recalculé en « équivalent temps plein » (pour
éviter que des personnes ayant un taux de salaire horaire
élevé mais ne travaillant pas beaucoup sur l'année ne
bénéficient de la PPE).
Le revenu fiscal du foyer doit être inférieur à un
certain seuil soit 76 000 francs (11 772 euros soit environ 1 SMIC) par an
pour les personnes isolées, et 152 000 francs (23 544 euros soit plus de
2 SMIC) pour les couples déclarés. Ces seuils sont majorés
de 21 000 francs pour chaque demi-part supplémentaire ;
le montant des revenus d'activité de chaque bénéficiaire
potentiel doit être supérieur à 20 575 francs
(3 187 euros soit environ 0,3 SMIC) par an et inférieur à 96
016 francs (14 872 euros soit un peu moins d'1,5 SMIC) pour les personnes
isolées et les couples bi-actifs et 146 257 francs (22 654 euros soit
environ 2 SMIC) pour les couples mono-actifs et les célibataires avec
enfants à charge.
2. Mode de versement
Pour les
personnes imposables, la PPE vient automatiquement en déduction de
l'impôt sur le revenu du foyer fiscal. Si le montant de l'impôt sur
le revenu du foyer est inférieur à celui de la prime, la
différence est restituée par chèque du trésor
public. Pour les personnes non imposables, l'intégralité de la
PPE est versée par chèque du TP.
Le montant de la PPE est maximal pour un actif au SMIC, elle est de 1 500
francs (544 euros). Elle est majorée de 500 francs pour les
couples mono-actif et de 200 francs (31 euros) par personne à
charge. Son montant minimal est de 160 francs (19 euros) par foyer
bénéficiaire. Son montant moyen est de 946 francs soit 144 euros
par foyer bénéficiaire. En 2001, 8 milliards de francs, soit 1,22
milliard d'€ de pouvoir d'achat auront été distribués
au titre de la PPE. Son montant est doublé en 2002.
Si l'ensemble des conditions d'éligibilité est réuni, le
calcul de la PPE revenant au foyer fiscal comporte deux étapes :
d'une part le calcul de la prime pour chaque membre du foyer et d'autre part le
calcul de la prime pour l'ensemble du foyer.
Tableau 2. Calcul de la prime pour chaque membre du foyer
Le tableau tient compte des modifications (doublement de la PPE)
instaurée par la législation de 2002 :
|
Situation familiale |
Niveau du revenu d'activité |
Formule
de calcul de la PPE |
|
Célibataires, veufs, divorcés (à temps partiel) |
3 187 € < R< 10 623 € |
R * 4,4 % |
|
Mariés bi-actifs ou personnes à charge du foyer exerçant une activité professionnelle au moins rémunérée 20 575 F |
10 623 € < R < 14 872 € |
(14 872 - R) * 11 % |
|
Mariés mono-actifs |
3 187 € < R< 10 623 € |
(R * 4,4 %) + 76,22 € |
|
10 623 € < R < 14 872 € |
[(14 872 - R) * 11 %]+76,22 € |
|
|
14 872 € < R < 20 911 € |
76,22 € |
|
|
20 911 € < R < 22 654 € |
(22 654 - R) * 11 % |
|
|
Célibataires, veufs, divorcés à temps plein |
3 187 € < R< 10 623 € |
(R * 4,4 %) |
|
10 623 € < R < 14 872 € |
(14 872 - R) * 11 % |
|
|
14 872 € < R < 22 654 € |
0* |
1.
Même si la PPE est nulle dans ce cas, le foyer peut néanmoins
bénéficier de la majoration forfaitaire de 62 €.
Source :
http://www.impots.gouv.fr/documentation/reglementaire/ldf2002/ir/ir2.htm#4.
Tableau 3. Calcul de la prime pour l'ensemble du foyer
|
Célibataire, veuf, divorcé, marié bi-actif |
Avec 1 personne à charge |
Avec 2 personnes à charge |
Avec 3 personnes à charge |
|
3 187 € < R< 14 872 € |
Majoration :31 € |
Majoration :62 € |
Majoration :93 € |
|
Marié mono-actif |
Avec 1 personne à charge |
Avec 2 personnes à charge |
Avec 3 personnes à charge |
|
3 187 € < R< 14 872 € |
Majoration :31 € |
Majoration : 62 € |
Majoration :93 € |
|
14 872 € < R < 22 654 € |
Majoration forfaitaire de 31 € |
Majoration forfaitaire de 31 € |
Majoration forfaitaire de 31 € |
|
Célibataire, veuf, divorcé (temps plein) |
Avec 1 personne à charge |
Avec 2 personnes à charge |
Avec 3 personnes à charge |
|
3 187 € < R< 14 872 € |
Majoration :62 € |
Majoration : 62 + 31 =186 € |
Majoration : 62 + 31 +31 =124 € |
|
14 872 € < R < 22 654 € |
Majoration forfaitaire de 62 € |
Majoration forfaitaire de 62 € |
Majoration forfaitaire de 62 € |
Source : http://www.impots.gouv.fr/documentation/reglementaire/ldf2002/ir/ir2.htm#4.
Graphique 2 : Structure de la PPE en euros
Source :
http://www.impots.gouv.fr/documentation/reglementaire/ldf2002/ir/ir2.htm#4.
3. Population concernée
Selon la Direction générale des impôts, 25,4 % des foyers fiscaux bénéficient de la PPE en 2001 (législation 2001) soit plus de 8 millions de foyers fiscaux. La proportion de foyers fiscaux imposables bénéficiaires est d'un tiers environ.
C. Le
crédit d'impôt en Belgique
1. Fonctionnement général
Le
gouvernement belge a adopté en 2001 un crédit d'impôt
remboursable destiné revaloriser le salaire des travailleurs à
bas revenus. Le crédit d'impôt est ciblé sur les
travailleurs dont le revenu est proche du salaire minimum afin de rendre leur
travail plus rémunérateur.
Toutes personnes dont les revenus d'activité se situent entre
150 000 francs belges (2 000 euros) et 500 000 francs belges (13 000
euros) bénéficient d'une réduction d'impôt
forfaitaire de 25 000 francs belges (500 euros).
2. Mode de versement
Il
s'agit d'un crédit remboursable donc pour toute personne dont le montant
d'impôt est déjà nul ou est inférieur à 25
000 francs belges (2 000 euros), le solde de crédit se transforme en
complément de revenu.
Le montant du crédit (CR) dépend du niveau des revenus
d'activité R selon le barème :
Pour R < 3 260 € alors CR = 78 € * [(R - 3 260)/4 350 -3 260)]
Pour 3 260 € < R < 4 350 € alors CR= 78 €
Pour 4 350 € < R < 10 880 € alors CR = 78 € * [(14 140 -
R)/14 440 - 10 880)]
Pour R > 14 140 € alors CR = 0 €
En pratique le taux moyen d'imposition est négatif pour les bas revenus
(par exemple un travailleur qui gagne 150 000 francs belges de revenu net
imposable (3 000 euros) bénéficie d'une pression fiscale
négative de - 16,7 %.
Un isolé actif travaillant à mi-temps au SMIC voit son revenu
augmenter de 18 % dont la plus grande partie est due au crédit
d'impôt. S'il travaille à ¾ temps son revenu augmente de
14 %, il ne paie pratiquement plus d'impôt. S'il travaille à
plein temps, son revenu augmente de 12 % il paie moins d'impôt
(Reynders, 2000).
Pour un couple marié, le crédit d'impôt offre les
mêmes avantages que les personnes isolées. Pour un couple
bi-actif, les effets seront les mêmes que ceux donnés
précédemment. Pour un couple mono-actif, l'alignement de la
tranche exonérée des isolés et des conjoints
entraîne une forte réduction d'impôt qui s'ajoute au
crédit d'impôt. Tout travailleur rémunéré au
SMIC dont le conjoint ne perçoit pas de revenu professionnel et qui a au
moins un enfant à charge ne paie pas d'impôt et reçoit un
complément de revenu de 25 000 francs belges (500 euros) qu'il travaille
à temps partiel ou à temps plein. Puis au fur et à mesure
que le revenu augmente le crédit diminue pour devenir nul pour un
montant de revenu de 14 140 euros.
3. Population concernée
Le crédit bénéficie largement aux jeunes et aux femmes. 50 % des jeunes âgés de 20 à 25 ans, (période correspondant à leur entrée sur le marché du travail), bénéficient du crédit d'impôt. Cette proportion tombe à 16 % pour les personnes âgées de 40 à 65 ans. Les femmes étant beaucoup plus nombreuses à exercer un temps partiel et ayant des salaires moyens plus faibles que les hommes sont également largement concernés : 60 % des bénéficiaires sont des femmes.
Graphique 3 : Structure du crédit d'impôt belge (en euros)
Source : Reynders (2000)
D. Le
crédit d'impôt aux Pays-Bas
Fonctionnement général
La
réforme de 2001 crée un système cédulaire de
revenus pour lesquels s'appliquent des règles fiscales
particulières. En ce qui concerne le revenu du travail, les
différents abattements fiscaux et déductions ont
été limités voire supprimés et remplacés par
un crédit d'impôt unique pour les trois types de revenus : le
General Levy Rebate qui concerne tous les contribuables et
s'élève à 1 507 euros par an pour ceux de moins de 65 ans
et à 679 euros par an pour ceux qui sont âgés de plus de 65
ans. A ce crédit de base s'ajoutent des crédits
spécifiques selon la situation personnelle du contribuable.
A la différence des trois systèmes évoqués plus
haut, il n'est pas remboursable : de façon générale
le crédit d'impôt est de 1 576 euros par personne et par an quelle
que soit sa situation (qu'elle travaille ou non).
Un crédit supplémentaire est offert pour les personnes actives.
Il est plafonné à 920 euros pour le SMIC et n'est pas
dégressif pour les hauts revenus. Un crédit supplémentaire
pour les parents isolés qui travaillent (1,94 % du revenu
plafonné à 1 206 euros) ayant des enfants à charge de
moins de 12 ans ; d'autres types de crédits sont également
offerts en fonction de la situation familiale ainsi que pour les personnes
âgées.
Tableau 4 : Crédit d'impôt aux Pays-Bas
|
Crédit général |
1 576 € |
|
Crédit pour l'emploi |
Max : 920 € |
|
Crédit par enfant |
1 261 € |
|
Crédit pour parent isolé |
1 261 € |
Source : Ministry of Finance of Netherlands.
Graphique 4 : Structure du crédit d'impôt au Pays Bas (en euros)
Source : Ministry of Finance of Netherlands.
Chapitre
2. 5 : Les cotisations sociales
Xavier Timbeau
Supérieures à 12 points de PIB, les taux de
cotisations sociales en Europe sont pratiquement le double de celles aux
Etats-Unis, bien qu'au cours des dix dernières années, ils ont
baissé en Europe, les gouvernements étant soucieux de limiter la
hausse du coût du travail. Les cotisations sociales financent des
prestations (retraite, chômage, maladie) : à un haut niveau
de cotisations correspond un haut niveau de prestations. Dans certains pays,
principalement du Nord, les régimes sociaux sont significativement
financés par les ressources générales de l'Etat. Dans les
grands pays européens, les efforts de baisse se sont heurtés aux
contraintes de l'équilibre des régimes sociaux. Des politiques de
baisse ciblées ont été engagées dans certains pays
(France, Belgique, Pays Bas) afin d'obtenir un effet important sur l'emploi
important sans remettre en cause le financement des régimes sociaux.
I. Un niveau pratiquement double des cotisations sociales en Europe par rapport
aux Etats-Unis...
La part des cotisations sociales dans le PIB en Europe est proche du double de
celle atteinte aux Etats-Unis (tableau 1). Les cotisations sociales sont
liées à la couverture d'un risque ou au financement de
prestations. Les principaux risques couverts sont la maladie et la
maternité, la vieillesse, l'invalidité, le chômage, les
accidents du travail et parfois la famille, les garanties de ressources ou la
dépendance. Généralement, la couverture sociale offerte
par les cotisations est liée au statut de salarié. Les
systèmes de protection sociale se sont développés en
Europe après la deuxième guerre mondiale, sous l'impulsion des
pouvoirs publics, parfois avec la participation explicite des partenaires
sociaux.
Les systèmes européens continentaux sont pour la plupart issus du
principe d'ouverture de droit par les cotisations en mutualisant des risques
communs aux salariés. Ainsi, les systèmes de protection sociale
en Europe reposent en grande partie sur des cotisations sociales
prélevées sur les salaires (tableau 2). C'est le cas de
façon très nette pour l'assurance chômage, qui est
financée uniquement par les cotisations sociales, sauf dans son
éventuelle composante « garantie de ressource ». Les
accidents du travail sont un autre exemple de régime socialisé de
salaire différé. Le cas de la vieillesse diffère un
peu : il s'ajoute au principe des droits ouverts par les cotisations des
régimes de minimum vieillesse, de prestation universelle ou de
préretraite financés par l'impôt. Le système de
santé, dont la couverture tend être universelle107(*), repose
généralement sur un double financement.
Tableau 1 : Recettes de cotisation sociales employeurs, salariés en % du PIB
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
90-2000 |
|
|
Autriche |
13,3 |
13,4 |
14,0 |
14,5 |
14,9 |
15,1 |
15,1 |
15,2 |
15,1 |
15,1 |
14,9 |
+ 1,6 |
|
Belgique |
14,2 |
14,8 |
15,0 |
15,3 |
15,1 |
14,7 |
14,6 |
14,5 |
14,4 |
14,4 |
14,1 |
- 0,1 |
|
Allemagne |
13,3 |
14,1 |
14,3 |
14,5 |
14,8 |
14,9 |
15,0 |
15,2 |
15,0 |
14,9 |
14,8 |
+ 1,5 |
|
Danemark |
1,4 |
1,4 |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,5 |
1,6 |
1,6 |
1,5 |
2,1 |
2,2 |
+ 0,8 |
|
Espagne |
11,8 |
11,9 |
12,6 |
12,7 |
12,5 |
11,9 |
11,7 |
11,8 |
11,9 |
12,2 |
12,3 |
+ 0,5 |
|
Finlande |
9,7 |
11,2 |
10,7 |
11,8 |
12,3 |
12,4 |
12,2 |
11,6 |
11,6 |
11,9 |
11,2 |
+ 1,5 |
|
France |
18,9 |
18,9 |
19,1 |
19,1 |
18,8 |
18,7 |
18,8 |
18,4 |
16,3 |
16,6 |
16,4 |
- 2,5 |
|
RU |
6,1 |
6,1 |
6,2 |
5,9 |
6,1 |
6,1 |
6,1 |
6,0 |
6,4 |
6,1 |
6,3 |
+ 0,2 |
|
Grèce |
8,9 |
8,6 |
8,5 |
9,6 |
9,6 |
9,8 |
9,7 |
10,9 |
11,2 |
11,4 |
11,4 |
+ 2,5 |
|
Irlande |
5,0 |
5,2 |
5,3 |
5,3 |
5,1 |
4,7 |
4,4 |
4,2 |
4,0 |
4,1 |
4,2 |
- 0,8 |
|
Italie |
12,8 |
13,0 |
13,2 |
13,6 |
12,9 |
13,0 |
14,6 |
14,8 |
12,5 |
12,3 |
12,0 |
- 0,8 |
|
Luxembourg |
11,1 |
11,2 |
11,7 |
11,7 |
11,2 |
11,3 |
11,1 |
10,6 |
10,3 |
10,7 |
10,6 |
- 0,5 |
|
Pays-Bas |
16,0 |
16,9 |
17,5 |
17,4 |
17,6 |
17,6 |
16,5 |
17,2 |
16,2 |
16,7 |
16,2 |
+ 0,2 |
|
Portugal |
8,0 |
8,3 |
8,3 |
8,3 |
8,4 |
8,8 |
8,3 |
8,5 |
8,6 |
8,7 |
8,9 |
+ 0,9 |
|
Suède |
14,6 |
15,1 |
14,5 |
13,2 |
13,2 |
13,9 |
14,9 |
15,0 |
14,8 |
13,2 |
15,2 |
+ 0,6 |
|
UE |
12,8 |
13,1 |
13,4 |
13,5 |
13,5 |
13,5 |
13,7 |
13,5 |
12,7 |
12,6 |
12,4 |
- 0,4 |
|
USA |
6,8 |
6,9 |
6,8 |
6,7 |
6,8 |
6,8 |
6,7 |
6,7 |
6,7 |
6,8 |
0 |
Source : Statistiques des recettes publiques 2001, Economic
outlook n° 70. Les chiffres dans ce tableau rapportent les recettes de
cotisations sociales payées par les employeurs et les salariés
à la richesse nationale. Ils indiquent donc l'ampleur des transferts
réalisés par le système de protection sociale. Le tableau
4 donne une image plus précise de l'impact du système de
cotisations sociales sur le coût du travail.
Les sources de financement peuvent être des impôts affectés
(comme une partie des ressources de TVA en Belgique ou la CSG en France) ou des
subventions de l'Etat, inclus dans le budget général.
Le haut niveau des cotisations sociales est donc à mettre en rapport
avec le bénéfice qu'en tirent les cotisants. La comparaison
directe avec les Etats-Unis est trompeuse : la socialisation de la
protection sociale y est moindre, et des systèmes d'assurance
privés se substituent au système public. Par exemple, les
dépenses de santé sont socialisées à 45 % aux
Etats-Unis contre un peu plus de 70 % en France (source Health data,
OECD, 2000). On ne peut déduire des comparaisons de taux de
cotisations sociales une hiérarchie des coûts du travail, puisque
le salaire net de cotisations sociales doit permettre de couvrir plus de
dépenses dans le cas d'un salarié américain que dans le
cas d'un salarié européen108(*).
De plus, les cotisations sociales peuvent ne pas couvrir des prestations
financées par l'impôt général. Le taux de
cotisations sociales est plus bas au Royaume-Uni qu'en France. La
différence est de l'ordre de 10 points de PIB. Mais, les dépenses
de santé (6 % du PIB) sont presque entièrement
financées par l'impôt au Royaume-Uni (le budget du National Health
System), alors qu'elle le sont, pour une part importante, par les cotisations
sociales en France (54 % des recettes de la CNAM sont des cotisations
sociales, 34 % sont de la CSG). La différence de taux de cotisation
s'explique en partie par cette différence de sources de financement,
l'autre partie s'expliquant par des dépenses de santé plus
faibles au Royaume-Uni qu'en France (de 4 points de PIB). Comparer les taux de
cotisations ne suffit pas à comparer les prestations reçues.
Comme le Royaume Uni, le Danemark et l'Irlande se caractérisent par un
financement principalement par l'impôt.
Tableau 2 : Financement des principaux risques dans les pays de l'union européenne
|
Maladie et maternité |
Vieillesse |
Chômage |
Famille |
Accident travail |
|
|
Belgique |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS + Etat + IA |
CS +Etat+IA+ass. |
|
Danemark |
IA |
IA + CS (comp.) |
CS |
IA |
CS |
|
Allemagne |
CS |
CS + Etat |
CS+IA |
IA |
CS |
|
Grèce* |
CS + Etat |
CS + Etat après 1993 |
CS |
CS |
CS |
|
Espagne |
CS + IA |
CS |
CS |
IA |
CS |
|
France |
CS + IA |
CS + IA |
CS + Etat |
CS + IA |
CS |
|
Irlande |
CS + Etat |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS + Etat |
|
Italie |
CS |
CS |
CS |
CS |
CS |
|
Luxembourg |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS + IA |
Etat+ass. |
|
Pays Bas |
CS |
CS |
CS |
Etat |
-- |
|
Norvège |
CS + IA |
CS + IA |
CS + IAs |
IA |
CS |
|
Autriche |
CS + Etat |
CS + Etat |
CS + Etat |
principalement IA |
CS + Etat |
|
Portugal |
CS + IA |
CS |
CS |
CS |
CS + ass. |
|
Finlande |
CS + IA |
CS + IA |
CS + IA |
IA |
CS |
|
Suède |
CS + IA |
CS + Etat |
CS + Etat |
IA |
CS |
|
RU |
CS + IA |
CS |
CS + Etat |
IA |
IA |
* Pour
les assurés après 1993, le système de cotisations sociales
est remplacé par un système tripartite salarié, employeur,
état.
Notes : CS signifie financement par les cotisations sociales, IA
financement par impôt affecté, Etat financement par inclusion dans
le budget général ou subvention de l'Etat récurrente ou
exceptionnelle. Les parts des différentes sources de financement ne sont
pas indiquées et peuvent varier d'un type de risque à l'autre ou
d'un pays à l'autre.
Source : MISSOC, Communauté européenne.
II. Une évolution au cours des années 1990 marquée par la
construction européenne et le poids du chômage
Si les niveaux de cotisations sont très différents entre l'Europe
et les Etats-Unis ou entre pays européens, les évolutions sont
assez marquées et sont en partie seulement liées aux
évolutions des prestations.
Aux Etats-Unis, les cotisations sociales sont stables autour de 6,8 points de
PIB. Rapportées à la masse salariale, elles diminuent
légèrement depuis 1997 (tableau 3), tandis que la part de la
masse salariale dans la valeur ajoutée compense ce mouvement.
Tableau 3 : Recettes de cotisation sociales employeurs et
salariés
en % de la masse salariale du secteur
privé
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
|
Autriche |
32,2 |
32,0 |
33,4 |
34,6 |
36,0 |
36,4 |
37,4 |
37,1 |
36,8 |
36,9 |
36,7 |
|
Belgique |
35,1 |
35,6 |
36,1 |
37,2 |
37,2 |
36,7 |
36,6 |
36,7 |
36,5 |
35,9 |
35,1 |
|
Allemagne |
30,0 |
29,8 |
30,1 |
30,7 |
31,9 |
32,1 |
32,7 |
33,7 |
33,4 |
32,8 |
32,4 |
|
Danemark |
3,8 |
3,8 |
4,0 |
4,2 |
4,4 |
4,3 |
4,4 |
4,3 |
4,3 |
5,8 |
6,2 |
|
Espagne |
30,1 |
29,8 |
31,5 |
31,5 |
31,8 |
30,7 |
30,4 |
30,2 |
30,4 |
30,7 |
31,0 |
|
Finlande |
24,0 |
27,5 |
27,8 |
32,8 |
35,4 |
36,1 |
35,2 |
34,2 |
33,9 |
33,9 |
32,6 |
|
France |
47,4 |
47,3 |
47,8 |
48,5 |
48,9 |
48,9 |
49,3 |
48,3 |
43,1 |
43,2 |
42,5 |
|
RU |
13,7 |
13,5 |
13,9 |
13,2 |
13,6 |
13,6 |
13,5 |
13,2 |
13,7 |
12,8 |
13,0 |
|
Grèce |
39,0 |
40,6 |
41,1 |
46,5 |
46,4 |
46,1 |
45,6 |
51,0 |
51,3 |
53,3 |
54,1 |
|
Irlande |
13,6 |
14,0 |
14,2 |
14,3 |
14,0 |
13,3 |
12,6 |
12,4 |
12,0 |
12,6 |
13,1 |
|
Italie |
38,1 |
38,5 |
39,0 |
40,7 |
39,9 |
41,4 |
46,9 |
47,6 |
41,7 |
41,0 |
39,9 |
|
Luxembourg |
25,6 |
25,4 |
26,0 |
26,5 |
25,7 |
25,8 |
25,7 |
25,7 |
25,3 |
25,9 |
25,5 |
|
Pays-Bas |
38,7 |
40,3 |
41,2 |
41,2 |
43,3 |
43,5 |
40,6 |
42,9 |
39,7 |
40,6 |
39,4 |
|
Portugal |
26,0 |
26,0 |
26,2 |
26,6 |
28,2 |
30,6 |
29,6 |
31,0 |
30,6 |
30,7 |
30,8 |
|
Suède |
35,3 |
37,1 |
36,5 |
34,3 |
34,9 |
37,1 |
38,3 |
38,8 |
37,7 |
33,9 |
36,2 |
|
UE |
32,2 |
32,2 |
32,9 |
33,4 |
33,9 |
34,2 |
35,1 |
34,8 |
32,7 |
32,2 |
31,6 |
|
USA |
14,3 |
14,6 |
14,5 |
14,3 |
14,5 |
14,5 |
14,5 |
14,4 |
14,1 |
14,1 |
Note : En calculant les recettes de cotisations sociales par
rapport à la masse salariale privée, on a, a priori, une
meilleure image de la base fiscale des cotisations sociales. Cependant, dans
certains pays, les revenus de transfert sont soumis partiellement à
cotisations sociales. Par ailleurs, les salaires publics sont soumis à
cotisations sociales. En conséquence, cette mesure reste
imprécise.
Source : OCDE Statistiques des recettes publiques, 2001, Economic outlook
n° 70.
En Europe, par contre, la part des cotisations sociales dans le PIB a nettement
augmenté jusqu'en 1995. En moyenne pour les pays de l'Union
européenne, le taux apparent des cotisations sociales rapportées
à la masse salariale s'alourdit de 2,9 points entre 1990 et 1996.
Ensuite, ce taux a tendance à baisser et passe en deçà du
niveau de début de période. Ce mouvement s'explique par la
nécessité de rétablir les finances publiques afin de
satisfaire les critères de Maastricht. L'effort fiscal a porté
sur les salaires, qui sont d'autant plus facilement taxables que peu mobiles.
S'y ajoute le remplacement de cotisations sociales par des ressources plus
larges (CSG en France, IRAP en Italie, taxation écologique en
Allemagne).
Tableau 4 :Taux de cotisations sociales employeur et employé en % du coût salarial
|
1991 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
|
|
France |
45,8 |
42,9 |
43,5 |
41,2 |
37,4 |
37,8 |
38,7 |
38,7 |
||
|
Allemagne |
30,8 |
30,9 |
32,6 |
32,8 |
33,7 |
34,8 |
34,8 |
34,3 |
33,9 |
33,9 |
|
Espagne |
36,4 |
34,2 |
33,6 |
32,6 |
31,3 |
30,8 |
31,6 |
34,1 |
34,7 |
31,5 |
|
Italie |
37,6 |
38,4 |
38,5 |
38,3 |
38,4 |
38,7 |
32,8 |
32,3 |
32,3 |
32,2 |
|
Pays Bas |
22,5 |
20,9 |
25,8 |
26,8 |
26,7 |
25,3 |
24,5 |
24,2 |
22,2 |
20,5 |
|
Royaume Uni |
22,1 |
24,3 |
25,0 |
24,6 |
25,5 |
26,2 |
26,2 |
25,0 |
25,5 |
25,9 |
Note : Les taux de cotisations sociales sont ceux pour un
célibataire sans enfant ayant un salaire égal au salaire moyen
ouvrier.
Source : Taxing Wages 2001, OECD.
L'évolution des cotisations sociales est en grande partie autonome et
déterminée par l'équilibre des régimes sociaux. Il
est donc difficile de les utiliser comme instrument de régulation
budgétaire (ou comme instrument de gestion du coût du travail).
Pourtant, le rétablissement de la part des profits dans la valeur
ajoutée au début des années 1990 dans les grands pays
européens (lié à la désinflation) et la
montée du chômage ainsi que la difficulté à
réduire les dépenses sociales corrélativement au
ralentissement de la croissance ont placé les régimes sociaux
dans une situation financière difficile. Rééquilibrer les
finances publiques passait par un rééquilibrage des finances
sociales.
Dans certains pays, dès le début des années 1990, des
réformes ont eu comme objectif la substitution de l'impôt
général aux cotisations sociales (aux Pays-Bas par la baisse des
cotisations sociales au début des années 1990, en France par le
biais de la CSG dès 1991). L'impact est une base fiscale plus large que
les seuls salaires, mais dont les salaires restent tout de même
l'élément principal ; la fiscalité relative des
autres revenus et des revenus du travail peut s'en trouver augmentée,
mais le taux global de taxation des revenus du travail (en agrégeant
impôt sur le revenu et cotisations sociales) est faiblement
modifié. Dans d'autres pays, la substitution s'est faite en usant de la
montée en charge de la fiscalité écologique (au Danemark,
en Suède, en Finlande, aux Pays Bas).
Après 1997, la fin du processus de convergence et le retour de la
croissance en Europe ont permis d'alléger la pression fiscale en
abaissant la fiscalité des ménages et en particulier les
cotisations sociales. Le Danemark et la Grèce font toutefois exception
à cette tendance européenne. Les cotisations sociales sont
très faibles au Danemark et la protection sociale est financée
par l'impôt. Les réformes ont été concentrées
sur l'impôt sur le revenu, les cotisations retraites et chômage
étant augmentées. En Grèce, c'est le système de
protection sociale qui a été renforcé, induisant une
hausse des cotisations sociales.
Après la création de l'euro, le processus d'équilibrage de
la pression fiscale entre le travail et le capital s'est poursuivi, par
exemple, en France avec le transfert des cotisations sociales salariés
sur la CSG en 1998. L'introduction de l'IRAP en Italie, un impôt sur la
valeur ajoutée, correspond au même objectif et a compensé
une baisse de 12,6 points des cotisations sociales santé.
L'élargissement est toutefois de nature différente à celui
opéré en France, puisque la taxation porte sur la valeur
ajoutée des entreprises, alors que la CSG taxe les revenus de transfert
et du capital des ménages. Les impacts macroéconomiques de ces
changements de base fiscale sont faibles. Ils dépendent de
l'élasticité de substitution entre le travail et le capital et
n'ont pas fait l'objet d'évaluations poussées. Les
bénéfices en termes d'emploi sont rarement avancés pour
justifier ces mesures.
Mais, la possibilité de baisser les prélèvements
obligatoires, après la qualification pour l'euro, les déficits
publics étant réduits et la croissance de retour, a
été utilisée en partie pour traiter le problème du
chômage, à un pic en 1997. Deux approches concurrentes ont
été mises en oeuvre. La première cherche à
résoudre la question du coût du travail. La seconde cherche
à accroître l'incitation au travail.
1. Baisser le co
