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La gestion des collections des musées

 

N° 379

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2002-2003

Rattaché pour ordre au procès-verbal de la séance du 2 juillet 2003

Enregistré à la Présidence du Sénat le 3 juillet 2003

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des Affaires culturelles (1) par la mission d'information (2) chargée d'étudier la gestion des collections des musées,

Par M. Philippe RICHERT,

Sénateur.

(1) Cette commission est composée de : M. Jacques Valade, président ; MM. Ambroise Dupont, Pierre Laffitte, Jacques Legendre, Mme Danièle Pourtaud, MM. Ivan Renar, Philippe Richert, vice-présidents ; MM. Alain Dufaut, Philippe Nachbar, Philippe Nogrix, Jean-François Picheral, secrétaires ; M. François Autain, Mme Marie-Christine Blandin, MM. Louis de Broissia, Jean-Claude Carle, Jean-Louis Carrère, Gérard Collomb, Yves Dauge, Mme Annie David, MM. Fernand Demilly, Christian Demuynck, Jacques Dominati, Jean-Léonce Dupont, Louis Duvernois, Daniel Eckenspieller, Mme Françoise Férat, MM. Bernard Fournier, Jean-Noël Guérini, Michel Guerry, Marcel Henry, Jean-François Humbert, André Labarrère, Serge Lagauche, Robert Laufoaulu, Serge Lepeltier, Mme Brigitte Luypaert, MM. Pierre Martin, Jean-Luc Miraux, Dominique Mortemousque, Bernard Murat, Mme Monique Papon, MM. Jacques Pelletier, Jack Ralite, Victor Reux, René-Pierre Signé, Michel Thiollière, Jean-Marc Todeschini, Jean-Marie Vanlerenberghe, André Vallet, Marcel Vidal, Henri Weber.

(2) Cette mission d'information est composée de : M. Philippe Nachbar, président ; M. Philippe Richert, rapporteur ; M. Ivan Renar, secrétaire ; MM. Yves Dauge, Fernand Demilly, Ambroise Dupont, membres titulaires ; MM. Daniel Eckenspieller, Marcel Vidal, membres suppléants.

Culture.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Depuis le milieu des années 1970, les musées ont connu une profonde mutation qui, de conservatoires fréquentés par quelques fidèles, en a fait des institutions culturelles à part entière.

Cette évolution unanimement reconnue et plébiscitée apparaît comme le résultat d'investissements ambitieux qui ont permis de rénover des institutions prestigieuses mais également de créer de nouveaux lieux, qui ont su attirer un public plus nombreux et modifier les pratiques culturelles de nos concitoyens.

Cependant, cet effort financier ne s'est accompagné que tardivement d'une réforme administrative. Il aura en effet fallu attendre la loi du 4 janvier 2002 pour rompre avec une organisation à la fois morcelée, du fait de la diversité des tutelles, et centralisée, en raison de la faible autonomie reconnue aux institutions muséographiques.

Cette loi a fort opportunément consacré l'unité de l'appellation « musée de France », affirmé des principes communs à l'ensemble des établissements qui en bénéficient et reconnu le rôle joué par les collectivités territoriales. Elle a également confirmé la double vocation du musée, à la fois culturelle et patrimoniale.

A cet égard, à la suite des travaux qu'elle a conduits à l'occasion de l'examen de ce texte, la commission des affaires culturelles a souhaité évaluer les conséquences de l'effort financier qui a été consacré aux musées depuis près de trente ans sur la gestion de leurs collections.

Ce bilan est destiné à éclairer les conditions de mise en oeuvre de la loi du 4 janvier 2002 mais également à dégager des priorités pour l'action que doivent conduire l'Etat et les collectivités territoriales en faveur des musées.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le succès de quelques réalisations prestigieuses et le ralentissement de l'investissement public en ce domaine, la modernisation des musées est encore loin d'être achevée.

Le chantier à ouvrir est désormais celui des collections : mieux les connaître, mieux les conserver, mieux les enrichir, tels sont désormais les objectifs que doivent se fixer l'Etat et les collectivités territoriales.

*

* *

I. LES RÉSERVES DES MUSÉES : CAVERNES D'ALI BABA OU BRIC-À-BRAC ?

Objet de nombreux phantasmes, la richesse supposée des réserves des musées a longtemps entretenu le mythe de trésors inestimables jalousement gardés par des conservateurs peu désireux de les présenter au public.

La situation est fort différente, et cela à maints égards.

Au terme des travaux conduits par la mission, force est de constater que la réalité des réserves des musées de France pose moins la question de leur richesse que celle de leur état.

On pourrait, en effet, être tenté de demander aux conservateurs : montrez-nous vos réserves et nous vous dirons quelle est la santé de vos musées !

Loin d'être un enjeu mineur pour la gestion des collections publiques, l'état des réserves apparaît comme un sujet central alors que s'affirme une nouvelle dimension de l'institution muséographique.

A. LES RÉSERVES : UN ASPECT ESSENTIEL DE LA GESTION DES COLLECTIONS

L'évolution qu'ont connue les musées depuis les années 1970 a conféré aux réserves un rôle nouveau dont l'importance, si elle est à l'évidence perçue par les conservateurs, n'a été que peu -et tardivement- prise en compte par la direction des musées de France.

1. Un rôle nouveau ...

L'ordonnance du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des musées des Beaux-Arts1(*) définissait dans son article 2 le musée comme « toute collection permanente et ouverte au public d'oeuvres présentant un intérêt artistique, historique ou archéologique ».

Le mouvement de rénovation qui a affecté les musées depuis près de trente ans mais également l'ouverture au public de nouvelles institutions ont eu notamment pour effet de modifier durablement la conception même de collection muséographique. Cette évolution s'est traduite dans les débats du Conseil international des musées (ICOM), organisme relevant de l'UNESCO, qui a défini en 1974 le musée comme « une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l'homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et les expose à des fins d'étude, d'éducation et de délectation. »

Sans toutefois souscrire entièrement à cette définition qui semble faire prévaloir les missions du musée sur les collections, le législateur s'est fait l'écho de cette nouvelle conception du musée. En effet, la loi du 4 janvier 20022(*) met l'accent autant sur le contenu du musée, à savoir les collections, que sur leur organisation. Le second alinéa de son article 1er dispose qu'est considérée comme un musée « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l'éducation et du plaisir du public ».

Le musée ne se borne plus à être le lieu où est présentée une collection mais affiche une triple vocation, à la fois scientifique, pédagogique et esthétique, qui exige l'existence d'un projet muséographique.

Le temps où le musée se présentait comme une accumulation d'objets dans une ambiance de grenier et où la différence entre les salles d'exposition et les réserves était assez mince est aujourd'hui révolu. Les institutions favorisent désormais des présentations qui s'organisent autour d'un discours construit à partir d'objets soigneusement sélectionnés pour en être la traduction.

Si cette conception du musée s'illustre avec éclat dans les musées de sociétés ou de sciences, elle s'applique également au domaine des Beaux-Arts pour lequel le souci d'exhaustivité conjugué à la vocation pédagogique clairement affirmée des nouvelles institutions a conduit à redonner leur place à des oeuvres ou à des genres un temps condamnés par l'évolution du goût.

Ainsi, le musée d'Orsay, ouvert au public en 1985, a pour vocation statutaire3(*) de « conserver et de présenter  en les situant dans leur perspective historique, les collections représentatives de la production artistique de la deuxième moitié du XIXe siècle et des premières années du XXe siècle », en « mettant en valeur les relations entre les différents modes d'expression artistique ». Cette conception à la fois esthétique et historique a permis notamment de présenter à nouveau au public des pièces jusque là conservées dans les réserves, à l'image des tableaux du genre « pompier ».

Plus significatif encore de cette nouvelle dimension du musée, le musée d'art et d'industrie de Roubaix, la Piscine, inauguré en 2001, présente les collections d'arts appliqués de l'ancien musée de la ville, fermé en 1940, avec le projet de dresser le portrait culturel et social d'une cité industrielle. Ce projet se traduit par une présentation des collections permettant un renouvellement permanent des pièces exposées afin d'exploiter au mieux un fonds important, notamment dans le domaine du textile.

On le voit bien, de telles conceptions conduisent à conférer aux réserves une importance primordiale puisque toutes les pièces de la collection ont vocation à être un jour présentées au public.

Si le musée de Roubaix constitue à cet égard un cas extrême, la nécessité de renouveler l'intérêt du public comme l'affirmation du rôle scientifique du musée et, de manière plus pragmatique, l'extension des espaces d'exposition conduisent à revoir le rôle des réserves qui n'ont plus comme vocation unique de conserver les pièces indignes d'être présentées aux visiteurs.

* 1 Ordonnance n° 45-1546 du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des musées des Beaux-Arts.

* 2 Loi n° 2002-5 du 4 janvier 2002 relative aux musées de France.

* 3 Arrêté du 14 mars 1986 portant organisation du musée d'Orsay.