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C. LES « MOTEURS » DE LA MONDIALISATION

Quels sont, pour reprendre une expression de Jacques Le Cacheux7(*), les « moteurs de la mondialisation » ? On peut apporter trois éléments de réponse à cette question. La mondialisation répond d'abord à une puissante logique économique ; il y a, dans le fonctionnement d'une économie de marché, de puissantes incitations au développement des échanges. Les gains mutuels retirés des échanges ont été analysés par David Ricardo dans sa théorie des avantages comparatifs, dès 1817. La mondialisation est ensuite favorisée par un certain environnement technique ; les échanges stagneraient si des coûts de transport et de communication rédhibitoires les empêchaient d'être rentables. Le progrès technique est donc un élément facilitateur de la mondialisation. Enfin, la mondialisation ne peut s'épanouir que si les Etats, convaincus des avantages économiques qu'elle procure, suppriment les obstacles tarifaires ou réglementaires susceptibles d'entraver les échanges. La mondialisation est donc le fruit de logiques économiques, de développements technologiques, et de choix politiques.


1. De puissantes logiques économiques


a) Avantages comparatifs et spécialisation

Dans la théorie classique de l'échange international, développée par David Ricardo au début du XIXe siècle, le développement des échanges s'explique par l'existence de différences dans le prix relatif des biens, ou des facteurs de production, entre économies fonctionnant de manière autarcique. Ces différences de prix sont elles-mêmes attribuables à la rareté relative des facteurs, ou à des écarts en termes d'efficacité productive.

L'ouverture aux échanges permet aux pays participants de tirer parti de ces écarts de prix : chaque participant se procure auprès de ses partenaires commerciaux quelque chose qui lui aurait coûté plus cher s'il avait dû le produire lui-même.

L'ouverture aux échanges conduit à une spécialisation des pays dans les secteurs où ils disposent d'un avantage comparatif, c'est-à-dire dans les secteurs où ils sont les plus efficaces (ou les moins inefficaces).

Il n'est pas nécessaire qu'un pays dispose d'un avantage concurrentiel absolu pour avoir intérêt à l'échange international. Même si un pays affiche des coûts de production supérieurs à ceux de ses partenaires pour tous les biens et services, il aura malgré tout intérêt à s'ouvrir aux échanges : il se spécialisera dans les productions pour lesquelles il est le moins inefficace tandis que ses partenaires commerciaux exploiteront leurs plus grands avantages comparatifs.

Traditionnellement, les avantages comparatifs des économies nationales sont expliqués par des différences de dotations naturelles et factorielles. Dans l'intuition initiale de Ricardo, c'est d'abord sur les différences de ressources naturelles ou de climat, mais aussi de méthodes de production, reflétées dans des productivités relatives différentes, qu'est fondée l'incitation à l'échange.

Les différences entre économies nationales qui fondent l'existence d'avantages comparatifs ne se limitent, cependant, pas aux dotations naturelles et factorielles ; celles qui sous-tendent l'existence d'écarts dans les propensions à épargner ou la productivité du capital sont aussi sources de gains dans les échanges commerciaux ou les transactions financières internationales.

Ainsi, des structures démographiques nationales différenciées engendrent-elles, selon l'hypothèse du cycle de vie de Franco Modigliani, des décalages temporels dans les variations des taux d'épargne nationaux. Certains pays disposent donc d'une épargne abondante, qu'ils peuvent prêter, tandis que d'autres pays, où l'épargne est plus rare, ont besoin d'emprunter. D'où l'intérêt, pour chacune des parties, de laisser les transactions financières s'effectuer librement.

La spécialisation des économies nationales est, par elle-même, facteur de gains de productivité. A plus long terme, la spécialisation peut, par un phénomène d'apprentissage et d'amélioration progressive des techniques de production, engendrer des gains ultérieurs d'efficacité productive. C'est ce que l'on appelle les gains dynamiques de l'échange international.


* 7 Le Cacheux J. , « Mondialisation économique et financière : de quelques poncifs, idées fausses et vérités », Revue de l'OFCE, mars 2002.

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