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II. LES ÉVALUATIONS DES POLITIQUES D'EFFORT DE R&D

L'objectif fixé à Barcelone d'atteindre une intensité de R&D de 3 % du PIB en 2010 à l'échelle européenne implique que le renforcement des efforts de R&D se réalise avec une certaine convergence entre les différents États européens. Les écarts d'intensité importants en 2002, en particulier entre les pays du sud et du nord de l'Europe (Cf. graphique 6), avec un minimum d'intensité de 0,67 % pour la Grèce, et un maximum de 4,27 % pour la Suède, devront ainsi être progressivement comblés, pour permettre à l'ensemble des pays européens de participer pleinement à la mise en place en Europe, de « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale. ».

Nous avons traduit dans le modèle Némésis cette nécessité de convergence des efforts de recherche entre États européens, en retenant une date éloignée, 2050, à laquelle nous avons supposé que tous les pays européens atteindront une intensité de R&D de 4 % du PIB.

Pour l'année 2010, nous avons retenu l'objectif de 3 % du PIB en 2010 en moyenne en Europe ; toutefois, à cette date, la convergence entre États européens reste relative, les pays du sud de l'Europe continuant leur phase de rattrapage des pays du nord plus avancés qu'eux.

Pour atteindre une cible pour l'intensité de R&D européenne située à 3 % en 2010, puis à 4 % en 2050, il faut une croissance de la R&D plus vive entre 2003 et 2010 que dans les années suivantes. Nous avons donc supposé que, entre 2003 et 2010, chaque pays augmente son intensité de R&D de façon à atteindre (virtuellement) le niveau de 4 % dès 2017 ; en 2010, la trajectoire de l'effort de recherche est ensuite modifiée pour obtenir 3,5 % en 2030, puis la convergence absolue à 4 % des intensités nationales en 2050.

Graphique 6 : Les intensités en R&D des pays européens à l'horizon 2030

En outre, conformément à l'objectif de Barcelone, nous avons supposé que le tiers de la recherche européenne est financée par le public en 2010, et que les deux tiers restants sont financés par des organisations privées. Au-delà de 2010, cette répartition entre effort privé et effort public de recherche est maintenue.

Quant au lieu d'exécution de la recherche, nous avons retenu également l'hypothèse que progressivement, la part prise par les laboratoires privés augmente pour atteindre les deux tiers des travaux d'exécution de la R&D au niveau de l'Europe, et de chaque État européen.

DES SCÉNARIOS DE MÉCANISMES ET DE MISE EN oeUVRE DE LA POLITIQUE DE R&D

Afin d'encadrer les résultats plausibles de la politique européenne d'augmentation de l'effort de R&D, nous mettons à l'oeuvre plusieurs scénarios. Nous envisageons un jeu d'hypothèses, d'une part, sur des paramètres clés de Némésis et, d'autre part, sur la politique de R&D elle-même. Une variante centrale (notée V0,0) été choisie pour une présentation approfondie des résultats.71(*) Ce scénario est apparu comme un scénario médian à la fois par les mécanismes adoptés et par la politique mise en oeuvre. L'ensemble des variantes se définit par rapport à cette variante de base en modifiant soit un paramètre de fonctionnement du modèle soit une condition de mise en oeuvre de la politique.

I. UN JEU D'HYPOTHÈSES SUR LES MÉCANISMES DE NÉMÉSIS

Nous étudions tour à tour trois mécanismes du modèle à travers des tests de sensibilité  sur l'élasticité du stock de connaissance à la performance économique, l'élasticité de substitution entre les différents biens de capital et le partage de la valeur ajoutée.

Variation de l'élasticité de la performance économique à l'égard du stock de connaissance.

L'élasticité dépend à la fois (voir encadré 1) du lien entre R&D et innovation (coefficients a et a') et de l'absorption des innovations (élasticités et '). Les résultats de la littérature économétrique sont, comme nous l'avons vu, assez dispersés (la valeur de varie entre 0,02 et 0,26). Nous supposons que est la somme pondérée d'une constante 0 et d'une fonction de l'intensité de R&D de chaque secteur, cette intensité augmentant entre 2002 et 2030.72(*) Dans la variante centrale V0,j , nous accordons un poids plus important à la constante que dans la variante V1,j. L'élasticité y est donc plus faible en 2030 que dans le scénario alternatif (tableau 6). Dans une troisième variante V2,i , nous supposons que l'élasticité est identique dans tous les secteurs et tous les pays, et égale à 10 %.

Tableau 6. Evolution de

 

2002

2030

V0,j

0,075

0,124

V1,j

0,075

0,141

V2,j

0,1

0,1

Le partage de la valeur ajoutée

Comment les gains de productivité et de croissance, engendrés par les innovations résultant de la R&D, sont-ils partagés entre les entreprises et les salariés ? Le mécanisme de détermination du salaire dans Némésis est fondé sur une courbe de Phillips simple, dans laquelle l'augmentation du salaire réel issue de la croissance est liée aux tensions sur le marché du travail. Cette hypothèse, admissible lorsque les gains de croissance et de productivité sont faibles, ne l'est plus lorsqu'ils portent sur des gains de productivité importants et, de plus, lorsque l'horizon est long. Pour cette raison, nous avons modifié la version originale de la courbe de Phillips, en intégrant un effet de productivité, et construit différents scenarii de partage de la valeur ajoutée.

· Dans le scénario V0,j, le tiers des gains de productivité du travail se répercute sur le salaire réel (une hausse de la productivité du travail de 10 % augmente le salaire de 3.33 %).

· Dans le scénario V4,j, les gains de productivité sont totalement gardés par les entreprises, qui peuvent les répercuter sous forme de baisses de prix, mais les salaires ne profitent pas de ces gains et augmentent seulement en fonction des tensions sur le marché du travail. La croissance est alors « tirée » par les gains de compétitivités de l'Europe et donc par le solde extérieur

· Dans le scénario, V5,j, les gains de productivité sont intégralement reportés dans les salaires. En raison de la tension sur le marché du travail, les salaires augmentent ex-post73(*) plus vite que la productivité, ce qui va déplacer le partage de la valeur ajoutée dans un sens favorable aux salariés. La consommation est ici le principal vecteur de la croissance.

* 71 Les variantes sont notées Vi,j avec i l'indice relatif hypothèses sur les paramètres du modèle et j l'indice relatif à la mise en oeuvre de la politique de R&D

* 72 L'équation déterminant est

* 73 On distingue communément les effets ex-ante, avant la simulation du modèle, des effets ex-post des variantes. Les effets ex-post intègrent toutes les conséquences, directes et indirectes, de nos scénarios, grâce aux mécanismes économiques du modèle.

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