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D. DISCOURS DE M. MIKHEIL SAAKACHVILI, PRÉSIDENT DE GÉORGIE (Mercredi 26 janvier 2005)

Le Président van der Linden souhaite la bienvenue à M. Saakachvili, Président de Géorgie dont il se rappelle la dernière visite, il y a un an, alors qu'il venait d'être élu grâce à un vote démocratique, résultat de la mobilisation de tout un peuple qui s'était élevé contre la corruption et le non respect des lois qui caractérisait l'ancien régime.

M. Mikheil Saakachvili a déclaré avoir choisi l'hémicycle de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe pour dévoiler l'initiative de paix qu'il compte lancer pour mettre un terme aux conflits qui ravagent son pays depuis trop longtemps en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Qu'il en soit convaincu: l'Assemblée l'appuiera dans sa recherche d'un règlement pacifique.

Il y a deux jours, l'Assemblée a adopté le rapport de la commission de suivi qui dresse le bilan des progrès accomplis depuis un an en Géorgie et des problèmes qui doivent encore être réglés. Le Président espère que la Géorgie remplira tous ses engagements internationaux, ce qui lui permettra aussi de répondre aux défis politiques, économiques et sociaux qu'elle doit affronter et l'aidera à rétablir l'unité du pays, dans l'intérêt de tous ses citoyens.

M. Mikheil Saakachvili a tout d'abord remercié la présidence de l'occasion qui lui est donnée de s'adresser à une assemblée qui n'a cessé de promouvoir le développement démocratique de la Géorgie, même dans les moments où les libertés fondamentales y étaient menacées. L'Assemblée n'a jamais douté que le peuple géorgien jouirait un jour d'une liberté réelle. M. Saakachvili se dit fier que ce jour soit finalement arrivé, il y a un an. Il exprime l'espoir que l'Assemblée soit désormais aussi le lieu de la promotion d'une paix durable en Géorgie. C'est pourquoi il a choisi de lancer dans l'hémicycle une initiative de paix.

La Géorgie connaît une transformation profonde, qui commence à produire des résultats. Le temps n'est plus aux fausses promesses, au déclin, à la désintégration de l'État, aux divisions, à la corruption organisée au plus haut niveau, au mépris pour les plus faibles. Le peuple s'est levé pour que de nouvelles règles et de nouveaux principes soient adoptés, conformes aux idéaux pacifiques de la Révolution des Roses. C'est dans cet esprit que la Géorgie s'est engagée dans la construction d'une démocratie solide, que l'initiative de paix renforcera, avec l'aide du Conseil de l'Europe.

Il s'agit par là de célébrer la tolérance et la diversité culturelle, de favoriser le débat public et, surtout, de garantir le respect de la liberté et de la dignité de tous. En une année, de grands progrès ont été accomplis dans la lutte contre la corruption, le blanchiment et l'intolérance. Le budget de l'État a triplé, le montant des retraites a doublé et une décennie d'arriérés a été réglée. Le premier service public de radiodiffusion a été installé sur les cendres d'un réseau censuré par l'État. L'Adjarie a été réunie pacifiquement et des fonds ont été débloqués pour construire les infrastructures qui aideront l'intégration de régions dévastées telles que le Javakheti. Autant dire que l'État a rejeté toute politique fondée sur les divisions ethniques et la méfiance, privilégiant l'impartialité et l'État de droit, fondements d'une paix durable.

Mais la reconstruction d'une nation exige aussi le courage de reconnaître les erreurs passées et de corriger les injustices éventuelles. La Géorgie a une histoire tragique et elle a subi plus que sa part de violences et de destructions qui l'ont laissée fragmentée. Le coeur de M. Saakachvili saigne lorsqu'il pense à la situation de la population d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, à ces vies brisées par des conflits qui demeurent sans solution. En assumant la présidence, il y a un an, il avait promis de veiller à la réunification pacifique de la Géorgie; c'est ce à quoi il s'attache aujourd'hui, en exposant à l'Assemblée le plan qu'il compte suivre pour rétablir une paix durable dans le Tskhinvali, plus généralement connu comme l'Ossétie du Sud; mais qui parle de l'Ossétie du Sud parle aussi de l'Abkhazie et de la mosaïque des peuples de Géorgie, qui partagent une histoire commune et qui auront un futur commun.

Au nom du Gouvernement de Géorgie, M. Saakachvili a le plaisir de présenter les points principaux de l'initiative de paix en Ossétie du Sud, fondée sur le respect du droit de cette région à l'autonomie et à une autonomie plus grande que celle qui lui était consentie sous le régime soviétique. De fait, l'autonomie, constitutionnellement garantie, se traduira par un pouvoir exécutif local élu directement et librement et par la création d'un parlement d'Ossétie du Sud. Ainsi, les institutions de Tbilissi et Tskhinvali devront apprendre à travailler ensemble. Ainsi, l'histoire de l'Ossétie du Sud, sa culture, ses traditions et sa langue, seront respectées, et des fonds du budget géorgien seront consacrés à la décentralisation du système éducatif et à la reconstruction du tissu économique local. Plus largement, le peuple d'Ossétie du Sud pourra participer à la prospérité croissante de la Géorgie et jouir de la stabilité politique retrouvée, surtout si la générosité de la communauté internationale permet la création de PME et, par la même, d'emplois stables.

Il s'agit d'offrir à l'Ossétie du sud la possibilité de contrôler sa propre politique économique en fonction des priorités et des besoins locaux. Plus la Géorgie sera prospère et plus les peuples de l'Ossétie du sud le seront aussi. Il convient d'affronter courageusement les méfaits du passé et le plan prévoit la restitution des propriétés confisquées au cours du conflit de 1990-1992, ainsi que le paiement des arriérés de pensions à tous les retraités lésés. En outre, une commission sur les litiges patrimoniaux et une commission spécialisée dans les crimes commis contre la population seront créées. Par ailleurs, le droit au retour des réfugiés sera garanti et s'accompagnera d'une assistance financière.

Parce que le chemin de la paix est difficile, une période transitoire de trois ans paraît nécessaire, au cours de laquelle les nouvelles forces de police auront pour mission de faire régner l'ordre public et la liberté de mouvement dans la région.

Le Conseil de l'Europe pourrait jouer un rôle important pour aider à surmonter les craintes respectives et le Président géorgien demande au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe de bien vouloir être médiateur dans ce conflit. L'OSCE et l'Union européenne pourraient également s'engager dans une action de suivi du processus en cours. La Russie et les États-Unis seront des partenaires importants. Pour reconstruire ses institutions, la Géorgie a besoin du soutien de l'ensemble de la communauté internationale. Elle veut aujourd'hui garantir à l'ensemble de ses habitants un avenir pacifié et prospère, et en a pris l'engagement solennel dans des textes officiels. Bien sûr, il faudra être souple et faire des compromis. La paix n'est malheureusement pas toujours dans l'intérêt de tous et il faut se préparer à des assauts éventuels de ses adversaires. Mais le moment semble venu aujourd'hui de renvoyer au passé les anciens conflits entre les communautés de la Géorgie. M. Saakashvili exprime l'espoir que les habitants d'Ossétie du sud et la communauté internationale se joindront aux efforts du gouvernement pour instaurer une paix durable dans le pays.

Le Président Saakashvili a complété son propos en déclarant que les espoirs étaient grands, en effet, il y a un an au sein du peuple géorgien. En revanche, les observateurs internationaux cachaient mal leur pessimisme et semblaient considérer la Géorgie comme un pays sans avenir. Les événements qui se sont produits par la suite leur ont donné tort: les élections se sont déroulées conformément aux principes démocratiques; la période de transition politique n'a été marquée par aucun déchaînement de violence.

Certains disaient que la coalition qui avait accédé au pouvoir allait très vite se désintégrer. Elle est au contraire bien solide. D'autres déclaraient que la situation en Adjarie conduirait inéluctablement à la guerre et les médias et les télévisions diffusaient des images de combattants armés, à longueur de journée. En réalité, ce conflit a été résolu sans qu'un seul coup de feu n'ait été tiré, donnant une fois encore tort aux sceptiques. Quant à la mauvaise gestion du pays, la hausse du budget national a démontré récemment que la lutte contre la corruption s'était révélée efficace puisqu'elle a permis de mettre à jour des réserves financières considérables.

Personne enfin ne croyait qu'on pourrait redonner confiance à la population en ses institutions. Au mois de juin dernier, tous les policiers de Géorgie ont été renvoyés. Leurs remplaçants sont aujourd'hui beaucoup mieux payés que leurs prédécesseurs et jouissent d'une légitimité retrouvée auprès des habitants. De même, le parquet, le parlement et le personnel politique ont retrouvé la confiance des citoyens géorgiens.

M. Saakashvili a encore observé que la présence de nombreuses minorités ethniques en Géorgie est une source de richesse. Le nouveau pouvoir politique souhaite les respecter dans leur ensemble et, pour la première fois, la télévision géorgienne a diffusé des émissions dans différentes langues du pays, ce qui aurait été strictement impossible dans le passé. Le gouvernement a, par ailleurs, mis en place un programme d'éducation à destination des minorités qui vise notamment à former la nouvelle fonction publique du pays, indépendamment de l'origine ethnique de ses représentants.

Si le plan qui vient d'être présenté concerne l'Ossétie et non l'Abkhazie, c'est que toute négociation a été rompue dans cette seconde région. En revanche, les possibilités d'aboutir sont réelles en Ossétie du sud, où les Géorgiens et les Ossètes vivent en bonne intelligence. L'OSCE constitue un cadre de négociations clair. Le Gouvernement géorgien lance un appel à la population ossète pour qu'elle approuve le plan qui lui est aujourd'hui proposé. Elle doit comprendre que suivre ses leaders régionaux est une voie sans issue.

La population sera informée par la télévision et le Président espère que lorsque les gens comprendront ce qui va se passer, ils feront pression sur leur exécutif pour accepter l'offre.

À propos de la résolution des conflits par la voie pacifique et d'éventuels désaccords de la population d'Ossétie du Sud avec sa feuille de route, le Président Saakachvili a indiqué qu'un peuple a toujours le droit de choisir, et les choix en Géorgie auraient été faits depuis longtemps si personne n'intervenait aux frontières. Les trois quarts de la population de l'Abkhazie ont été chassés du pays, et des élections ont été organisées sans la participation des habitants. Comment s'étonner que le candidat qui plaisait à Moscou ait été élu ? Mais lorsque de nouvelles élections ont été organisées sur une base démocratique, le peuple a pu choisir le candidat qui lui convenait.

La Géorgie souhaite naturellement que Moscou joue un rôle positif, ou adopte à tout le moins une attitude de neutralité. Il serait plus facile alors de régler les conflits. Les habitants de l'Ossétie du Sud ont accepté la citoyenneté russe parce que, sinon, ils ne pouvaient plus obtenir de passeports pour voyager en Russie, ou y aller vendre des marchandises. En dehors de cette circonstance, les Ossètes du Sud sont des citoyens de la Géorgie. Il y a un ministre de cette région au sein du Gouvernement géorgien, qui travaille bien, et plusieurs membres de l'équipe olympique qui s'est bien comportée à Athènes, viennent aussi de l'Ossétie du Sud.

Quand la Russie va chercher un membre du FSB en Mordovie ou un responsable militaire en Sibérie pour en faire des dirigeants en Ossétie du Sud, quand elle organise des réunions entre parlementaires et militaires russes, elle ne contribue pas à régler la question. Néanmoins les discussions avec Moscou doivent pouvoir reprendre et il faut espérer que ce dialogue constructif va s'engager. Certains signes sont encourageants, surtout après les évènements en Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères russes est attendu à Tbilissi. Pourquoi ne pas résoudre cette question sans parti pris et en tenant compte des intérêts légitimes de la Russie?

La Géorgie n'est pas un fragment perdu et périphérique d'un grand empire. C'est un État souverain et indépendant qui souhaite faire partie pleinement de la famille européenne et qui a fait du règlement pacifique des problèmes un principe. Elle souhaite collaborer avec la Russie qui est son partenaire naturel et principal et elle forme le voeu que les hommes politiques raisonnables de la Russie acceptent que les choses se passent ainsi.

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