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Mission effectuée en Estonie et en Lituanie du 3 au 7 juillet 2005

 

B. LES FACTEURS DE FRAGILITÉ

Cette situation économique, pour être extrêmement satisfaisante, n'en présente pas moins quelques facteurs de fragilité.

1. Des déficits extérieurs structurels

Le processus de rattrapage s'accompagne naturellement de certaines fragilités structurelles. Parmi celles-ci figure la persistance des déséquilibres des balances courantes. Les balances commerciales sont structurellement déficitaires : 2,5 milliards d'euros pour la Lituanie, 2 milliards pour l'Estonie.

En Estonie, le solde de la balance des paiements courants a continué à se détériorer à 15 % du PIB en 2004 en raison du déficit de la balance commerciale (19,5 % du PIB) et du déficit élevé de la balance des revenus (7,8 %). Ce déficit est pour l'instant financé, d'une part par le flux net d'investissements étrangers, d'autre part par les prêts des maisons mères à leurs filiales estoniennes. Le programme de convergence de l'Estonie prévoit la réduction progressive du déficit de la balance des paiements courants à 5,6 % en 2008, grâce à une amélioration du solde commercial.

Les déséquilibres sont moins marqués en Lituanie, même si le déficit courant se creuse et atteint 8,5 % du PIB en 2004. Comme on l'a précédemment observé, les relations commerciales de la Lituanie sont plus équilibrées, puisqu'elle réalise moins de 50 % de ses échanges avec l'Union européenne, contre 70 % pour les deux autres. En outre, la croissance est également tirée par le marché intérieur et les investissements étrangers, et non seulement les exportations.

2. Un risque de surchauffe économique

Les deux pays pourraient connaître une situation de surchauffe économique, préjudiciable en cas de retournement de la conjoncture. Le commissaire européen aux affaires économiques, M. Joaquin Almunia, a estimé très récemment que l'inflation était actuellement trop élevée en Estonie et en Lituanie pour que ces pays adoptent l'euro. Il a souligné : « Le critère en ce moment le plus critique est celui de l'inflation: si l'évaluation devait être faite aujourd'hui avec les chiffres publiés par Eurostat ce matin, ni l'Estonie, ni la Lituanie ne satisferaient ce critère ». Selon les chiffres d'Eurostat, en décembre 2005, l'Estonie a connu une inflation annuelle de 3,6 % et la Lituanie de 3 %. On rappellera que, parmi les critères, le taux d'inflation ne doit pas dépasser de plus d'1,5 point la moyenne des trois Etats-membres de l'Union européenne les moins inflationnistes.

Outre l'inflation, l'aggravation des déséquilibres extérieurs s'accompagne d'une explosion des crédits bancaires, et d'une forte progression des prêts immobiliers aux ménages, pouvant fragiliser un secteur bancaire réputé fiable et solide. En Estonie, la croissance est générée par la consommation des ménages (près de 6 % en 2004), financée par un fort développement des crédits bancaires (+ 52 % pour les crédits aux ménages en 2004). Si la Banque d'Estonie reste vigilante sur l'explosion des crédits bancaires favorisés par des taux d'intérêt très bas, il convient de relever qu'en cas de ralentissement de la croissance, le risque d'une bulle financière ne serait pas négligeable.

3. Un niveau de vie à améliorer

La délégation relève que, malgré les forts taux de croissance enregistrés, le différentiel de niveau de vie avec l'Union européenne reste important, puisque le PIB par habitant en Estonie n'atteint encore que 50 % de la richesse moyenne de l'Union européenne et celui de la Lituanie 40 %. Le salaire moyen en Estonie s'élève à environ 520 euros et à 350 en Lituanie. Le salaire minimum s'élevait, quant à lui, en 2004, à 172 euros en Estonie et 145 euros en Lituanie. En outre, même s'il est en baisse régulière, le chômage demeure assez élevé, atteignant 10,2 % en Lituanie et 7,6 % en Estonie en 2005.

L'évolution de la Lituanie ayant été plus graduelle, sur les plans économique et social, ce pays connaît moins de déséquilibres, notamment sociaux. S'agissant, en revanche, de l'Estonie, l'une des questions actuellement posée est celle de l'opportunité de conduire des réformes sociales après une décennie d'ultralibéralisme. Un débat entre accompagnement social de la croissance et poursuite de la libéralisation s'est engagé pour 2006, entre ceux qui veulent poursuivre, comme prévu, la réduction du taux d'imposition à 20 % en 2007 et les promoteurs d'une politique plus sociale. Ainsi le ministre des finances estonien a-t-il souligné que la population vieillissait et que les retraites, inférieures à la moyenne européenne, étaient très basses (200 euros par mois), malgré une hausse récente de 10 %, elles n'atteignent pas le tiers du dernier salaire.

En outre, on constate de forts déséquilibres régionaux en Estonie, avec une fracture entre la capitale, moderne, qui concentre la richesse, et des régions agricoles isolées ou désindustrialisées où le taux de chômage avoisine les 20 %. M. Edgard Savisaar a indiqué à la délégation que la première priorité était la résorption des inégalités régionales, entre Talinn et les régions périphériques.