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Le rôle des drones dans les armées

 

B. LA FRANCE DÉVELOPPE UN DRONE DE MOYENNE ALTITUDE ET DE LONGUE ENDURANCE (MALE)

1. La diversité des choix européens

La réalisation de projets de drones aériens d'observation, aux enjeux techniques et financiers considérables, ne devrait se concevoir qu'en partenariat entre plusieurs pays européens. Mais cette coopération, acceptée dans son principe par plusieurs d'entre eux, peine à s'instaurer, du fait d'un environnement budgétaire contraint partout en Europe, mais aussi de l'existence de plusieurs conceptions de ces outils de recueil de renseignements.

Aucun pays européen ne possède, à l'heure actuelle, les technologies nécessaires à la construction autonome d'un drone aérien d'observation de longue portée.

Seuls Israël et les Etats-Unis disposent d'une maîtrise complète de ce domaine (construction de plateformes, adaptation de la charge utile transportée, liaisons satellite avec la station sol).

En effet, le premier avion sans pilote, dénommé « UAV » (unmanned aerial vehicle)4(*), a été utilisé par Israël en 1982 pour surveiller la plaine de la Bekaa, au Liban. Israël était alors engagé dans une action militaire contre différentes milices regroupées dans ce pays.

Depuis, Israël est considéré comme l'un des plus avancés dans ce domaine, avec les Etats-Unis, qui utilisent fréquemment des drones de surveillance, de type Predator ou Global Hawk, en Afghanistan et en Irak.

On comprend aisément l'avantage tiré par Israël, entouré de voisins hostiles, du développement d'engins de surveillance survolant des zones dangereuses sans mettre en jeu la vie des pilotes.

La supériorité d'Israël a conduit l'armée de l'air française à y acquérir ses premiers drones de surveillance, les « HUNTER », en 1995, puis à développer cette source de renseignements avec un marché de trois engins SIDM (Système intérimaire de drone Male) passé avec la société EADS, en attendant l'arrivée du drone EuroMALE, espérée pour 2009.

L'essentiel des efforts des armées se concentre aujourd'hui sur les drones de surveillance et reconnaissance, et, à un horizon plus lointain, sur les drones de combat.

Dans ces deux domaines, la France a lancé des projets de coopération européenne, du fait de l'ampleur des crédits nécessaires.

Le premier projet annoncé par la Ministre de la Défense, lors du salon du Bourget 2003, porte sur le démonstrateur de drone de combat Neuron.

Les drones d'observation, sont, en effet, aujourd'hui au coeur de la problématique opérationnelle et industrielle, française et européenne. Encore ces engins pourront-ils, à l'occasion, être armés, à l'instar de l'utilisation, par les Etats-Unis, d'un drone d'observation armé Predator A au Yemen et surtout en Afghanistan.

La Grande-Bretagne a opté pour le drone tactique « Watchkeeper », réalisé par Thalès-UK, dont la conception puis les modalités d'utilisation sont totalement différentes de celles envisagées pour EuroMALE. L'Italie est engagée dans le projet « FALCO », qui vise à la doter « d'un drone de dimension tactique, mais performant, ayant les performances d'un MALE ». L'Allemagne est impliquée, à travers le programme AGS (Alliance Ground Surveillance) de l'OTAN, dans la réalisation d'un drone stratégique HALE (Haute Altitude Longue Endurance), dont l'altitude de vol, l'endurance, le rayon d'action et le coût le différencient fortement du drone MALE.

A l'heure actuelle, seule l'Espagne est, avec la France, fermement engagée dans le programme EuroMALE, avec l'apport de 40 millions d'euros qui devrait être formalisé par un Memorandum of Understanding (MOU) durant le mois de février 2006.

Cette dispersion des projets européens découle de plusieurs éléments : les liens étroits entre l'armée de l'air allemande et l'OTAN, la traditionnelle réserve britannique envers les coopérations européennes, mais, surtout, la garantie d'indépendance nationale que confère une capacité autonome de recueil d'informations.

* 4 Véhicule aérien sans pilote à bord