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Le rôle des drones dans les armées

 

2. Le drone Sperwer peut-il constituer un relais avant l'obtention européenne d'un drone MALE ?

La société SAGEM (groupe SAFRAN), dont la contribution n'a été que marginalement retenue pour le programme EuroMALE (elle fournira la charge utile et les systèmes de données, pour un budget de 8 millions d'euros), préconise le recours au drone Sperwer, en complément du SIDM, dans l'attente de la mise au point effective du programme EuroMALE.

Le drone tactique Sperwer a le mérite d'être déjà utilisé par plusieurs armées européennes (France, Grèce, Pays-Bas et Suède), même si le Danemark y a renoncé, en décembre 2005, du fait de divers problèmes techniques. L'armée de terre canadienne a également utilisé une dizaine de Sperwer dans le cadre de sa participation à la FIAS (Force internationale d'assistance à la sécurité), en Afghanistan. Cet engin a été également acquis par l'armée de terre française, avec sa version SDTI, qui devrait entrer en service opérationnel en 2006.

La mise sur le marché du Sperwer date de 1995. Depuis cette date, il a démontré une bonne capacité d'exportation, décrite dans le tableau suivant :

Pays

Année

Nombre de systèmes

Nombre d'avions

Hollande

1995

4 systèmes

34

Suède

1997

3 systèmes

9

Danemark

1999

2 systèmes

10

France

2001

2 systèmes

18

Grèce

2002

2 systèmes

9

Canada

2003

1 systèmes

12

Total

 

14 systèmes

92

Ces drones tactiques sont aérotransportables, et leur mise en oeuvre ne réclame pas de piste de décollage ou d'atterrissage.

Ils ont une envergure de 3 m, et pèsent moins d'une tonne (800 kg).

Les responsables de SAGEM font l'analyse que les besoins effectifs de la France et des pays européens engagés dans l'obtention d'un drone de longue endurance portent sur un engin de type HALE. Un tel aéronef disposerait d'une autonomie de 40 heures, lui conférant une dimension stratégique par sa capacité à se rendre, en une journée, sur n'importe quel point du globe. Dans l'attente de l'obtention d'un drone de ce type, étudié notamment par l'OTAN, la SAGEM estime que le Sperwer pourrait fournir une solution plus pertinente que la mise au point d'un drone MALE.

Les responsables de Sagem estiment ainsi que le rayon d'action du futur EuroMALE ne lui confèrera pas une autonomie suffisante pour remplir, de façon inopinée, des missions à longue distance. Ses 25 heures d'autonomie contraindront à le transporter à proximité d'au moins 1 000 km de son objectif, nécessitant près d'une semaine de préavis pour son emploi. Par ailleurs, les renseignements optiques nécessitent un matériel d'autant plus sophistiqué, et donc plus lourd, que le drone les transportant volera à une altitude réduite.

 

SPERWER

§ Endurance : 6 hrs,

§ Vitesse de croisière : 100 kts

§ Max Alt: 14,000 ft soit 4 620 m

§ Charge utile : 50 kg

§ Liaison de données: Digital Ku band

§ Envergure : 4,20 m

§ Longueur : 3,50 m

§ Hauteur : 1,30 m

Sperwer, drone européen engagé en opérations, doté d'un fort potentiel d'évolution

Sperwer est la solution, proposée par Sagem Défense Sécurité, de drone polyvalent catapultable. Ce système a été vendu à six pays (dont cinq sont européens et cinq sont OTAN), et a été engagé en Afghanistan à deux reprises par l'armée canadienne : en 2003-2004 à Kaboul, et actuellement à Kandahar. Ces premiers engagements ont constitué une confirmation de la pertinence du compromis que constitue le drone Sperwer. Mais, au-delà de ces premiers succès, le système Sperwer propose dès à présent de nombreuses évolutions. En matière de télécommunications notamment, la disposition de relais au sol ou en vol (comme récemment acquis par l'armée grecque) permet d'étendre considérablement la zone de patrouille de Sperwer. D'autres évolutions, en cours, permettront d'améliorer considérablement sa capacité de projection, son endurance en vol, sa trace au sol et son coût d'exploitation.

Mais le potentiel de Sperwer ne sera pleinement exploité que par le développement de charges militaires nouvelles. Déjà, les exercices conduits par l'armée de terre française montrent sa capacité à désigner des objectifs et conduire dans la profondeur les feux des canons et des lance roquettes multiples. Le développement de désignateurs lasers, de brouilleurs de télécommunication ou de systèmes de veille, permettra d'étendre la capacité qu'offre le drone d'agir en toute sécurité, soit au profit de nos troupes au sol, soit dans les zones où il est dangereux de les risquer.

La réponse adéquate au besoin opérationnel exprimé en inter-armée pour un drone de surveillance, et adaptée aux financements tant français qu'européens effectivement mobilisables consisterait donc, d'après les responsables de Sagem, dans l'utilisation de drones tactiques de type Sperwer, dans l'attente de la mise au point d'un HALE. C'est d'ailleurs vers un drone de capacité stratégique que s'oriente l'Allemagne, sous l'impulsion de l'OTAN : l'Euro-Hawk sera une adaptation européenne du Global-Hawk, réalisée par EADS Allemagne, en coopération avec Northrop Grumman.

En outre, le recours plus large à des drones tactiques rapprocherait la France de la Grande-Bretagne, qui en utilise deux modèles, les Hermès 180 et 450. Ces engins sont composés d'une plateforme israélienne, fournie par Elbit ; la charge utile et l'avionique proviennent du même pays, et le système de données est américain. Mais la Grande-Bretagne cherche à obtenir une certaine autonomie dans ce domaine, et le choix du Sperwer par la France, permettrait sans doute d'orienter les Britanniques vers un choix européen.

Alors que le financement, et la conception même du programme EuroMALE rencontrent certaines difficultés, cette option alternative méritait d'être exposée, même si la référence à la Grande-Bretagne n'est plus pertinente depuis le choix, par cette dernière, du Watchkeeper.

Par ailleurs, Sagem développe également un drone de patrouille dénommé « Busard » qui offre la capacité optionnelle d'accueillir un pilote. Cette capacité permet de faire face aux contraintes de l'actuelle réglementation aérienne civile, qui fait obstacle aux vols des drones d'observation en temps de paix. La mission du Busard peut donc être effectuée soit par télécommande du sol, soit par pilotage à bord.

Le drone de patrouille Busard
La dronisation d'appareils optionnellement pilotables

Outre sa souplesse au regard de la réglementation, cette notion présente des avantages en termes de coût. Elle remplace en effet la logique de fabrication spécifique d'aéronefs non pilotés par une démarche de « dronisation » d'aéronefs pilotés, c'est à dire d'installation, sur un appareil du marché, d'équipements qui le rendent automatique et télécommandé.

On dispose ainsi d'appareils acquis au coût de la série et permettant de choisir, selon les circonstances, entre le pilotage à bord et le télépilotage du sol. Dans ce second cas, la masse du pilote est remplacée par une quantité de carburant augmentant l'endurance de l'appareil.

C'est donc sur l'endurance que, dans sa démarche de drone optionnellement piloté, Sagem Défense Sécurité a misé à travers le programme Busard. Se fondant, en coopération avec l'Onera, sur un appareil d'une grande finesse, le S15 de la société Stemme, Busard sera un appareil à hautes performances : en mode non piloté, une endurance de la classe 20 heures, un plafond utile de 6 600 m , une charge utile opérationnelle (capteurs et/ou brouilleurs voire éventuellement armement) de l'ordre de 200 kilos. La dérivation à partir d'un aéronef de série permet de maintenir cet appareil d'environ une tonne dans la classe de prix des drones de 600 kilos, à l'achat comme à la maintenance.

Le coût de l'heure de vol devrait permettre une large diffusion de l'aéronef dans les opérations contemporaines, mais aussi le rendre accessible au marché civil. Cette diffusion sera facilitée par la polyvalence de l'appareil, au regard de la réglementation de la circulation aérienne (pilotage optionnel) et au regard de la mission (variété des charges utiles possibles dans une enveloppe de 200 kg).

Les militaires obtiendront ainsi un appareil capable de porter, à une altitude qui le mettra à l'abri de l'immense majorité des menaces des conflits contemporains, la plupart des capteurs actifs ou passifs pertinents dans ces conflits ; son endurance permettra une permanence au profit du champ de bataille et sa souplesse le rendra capable de s'intégrer dans tous les environnements aéronautiques, du ciel civil soigneusement sécurisé par la circulation aérienne à l'espace aérien strictement planifié des opérations de combat.

Les civils, et notamment les services d'urgence ou de sécurité, pourront disposer d'aéronefs amortissables sur un grand nombre d'heures de vol, car utilisables tout au long de l'année tant en mode télépiloté au dessus des grands incendies ou des approches maritimes, qu'en mode piloté dans les phases de transit vers leurs zones de mission, au dessus de la circulation routière ou des grandes manifestations.

LES DEUX PRINCIPAUX DRONES D'OBSERVATION AMÉRICAINS

Drone PREDATOR

1) Predator A

* fabriqué par le constructeur américain General Atomics depuis 1993,
pour un coût unitaire par système de 30 M$.

* entré en service dans l'armée américaine en 1994

* altitude de vol : 25 000 ft, soit 8 250 m

* poids : 1 000 kg

* autonomie : 30-40 h sans charge/12 h à 1 000 km avec charges

2) Predator B

* fabriqué par le constructeur américain General Atomics depuis 2001, pour un coût unitaire par système de l'ordre de 100 M$.

* entré en service dans l'armée américaine en 2002

* altitude de vol : 50 000 ft, soit 16 500 m

* poids : 5 000 kg* autonomie : 24 h à 1 000 km avec charges

Drone GLOBAL HAWK

* fabriqué par le constructeur américain Northrop Grumman depuis 1996, pour un coût unitaire de 57 M$*

* entré en service dans l'armée américaine en 1998

* altitude de vol :65 000 ft, soit 20.000 m

* poids : 11,6 T

* autonomie : plus de 35 h avec charges sans précision de distance

* source « US DOD roadmap » sur http://www.acq.osd.mil/usd/uav-roadmap.pdf