Allez au contenu, Allez à la navigation



Mission effectuée au Pakistan du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan

 

C. LES CONSÉQUENCES, POUR LE PAKISTAN, DE L'INTERVENTION OCCIDENTALE EN AFGHANISTAN

La pression américaine sur le Pakistan, après les attentats du 11 septembre 2001, conduit le président Moucharraf à rompre avec le « terrorisme islamiste » en Afghanistan, et dans une moindre mesure au Cachemire, rupture amorcée dès août 2001. Ce nouveau cours a redonné au Pakistan sa place sur la scène internationale et lui a permis de sortir de l'isolement consécutif à ses essais nucléaires de 1998. Les sanctions économiques et politiques alors décidées par les Etats-Unis, le Japon et la Commonwealth furent levées, et l'aide financière américaine rétablie (673 millions de dollars), ainsi que celle de l'Union européenne (50 millions d'euros et des facilités données aux exportations textiles), du FMI (Fonds Monétaire International, 1,3 milliard de dollars), et de la Banque Mondiale (300 millions de dollars).

Mais ces appuis extérieurs ne vont pas sans susciter de vives oppositions intérieures contre une politique jugée pro-américaine par certaines parties de l'opinion, de l'armée et de l'ISI. Le Président Moucharraf échappa, en 2003, à trois attentats successifs auxquels des sous-officiers de l'armée étaient mêlés. Le Pakistan perdit, d'autre part, la profondeur stratégique qu'il recherchait en Afghanistan. Il est aujourd'hui accusé par le gouvernement de Kaboul de complicité avec les Talibans qui ont repris leurs activités subversives dans l'Est et le Sud de l'Afghanistan.

L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE AU PAKISTAN

Les écoles coraniques (madrasas) pakistanaises sont la cible des critiques accusant le pays d'abriter des « pépinières » de terroristes islamistes. Plus largement, les carences du système public d'enseignement sont patentes, avec, pour conséquences, un taux d'alphabétisation médiocre, globalement évalué à 48 % de la population.

Ce taux est une moyenne qui recouvre de fortes disparités entre régions, entre villes et campagnes, entre hommes et femmes. Evalué à 10 % lors de l'indépendance, il a insuffisamment augmenté en une soixantaine d'années, conséquence de la faible priorité que les gouvernements successifs ont accordé à l'enseignement auquel, en 2005, seuls 2,8 % du PIB était consacré.

Conscient de cette situation, l'actuel gouvernement affiche de nouvelles et fortes ambitions en ce domaine. Il vise une scolarisation de tous les enfants de 5 à 7 ans en 2015, une alphabétisation de tous les enfants de plus de 15 ans à la même date, l'élimination des disparités entre hommes et femmes dans les enseignements primaire et secondaire, l'augmentation du nombre des étudiants du supérieur de 2,6 à 5 % des classes d'âge de 17 à 23 ans.

Pour atteindre des objectifs aussi ambitieux, le budget affecté à l'éducation devrait atteindre 4 % dès 2007, et 200.000 centres d'alphabétisation être créés dans les cinq prochaines années. Une importante aide internationale est sollicitée pour ces projets : prêt de la Banque Mondiale d'un montant de 625 millions de dollars pour 2004-2007, prêt de la Banque Asiatique de développement de 293 millions de dollars pour la même période, appui des organes compétents des Nations Unies (UNESCO, PAM, UNICEF, PNUD).

La Commission européenne développe deux programmes, d'un montant respectif de 20 millions d'euros entre 2003 et 2008, et 10 millions de 2001 à 2007, en liaison avec la fondation Aga Khan, qui anime un réseau d'enseignement privé de grande qualité. Le premier programme porte sur le nord du pays, le deuxième, sur la création d'un institut pour le développement de l'éducation au sein de l'université Aga Khan, à Karachi.

Les carences du système d'enseignement public ont, en effet, conduit au développement d'un vaste secteur privé, qui est parfois d'excellente qualité, comme le réseau Aga Khan, ou les écoles chrétiennes, dont le Président Moucharraf a été lui-même l'élève.

Mais le ministère de l'éducation n'exerçant que peu de contrôle sur l'enseignement privé, de nombreux établissements fonctionnent selon une logique purement commerciale avec un contenu pédagogique médiocre. Au total, 25 % des élèves sont scolarisés dans ces réseaux privés.

Par ailleurs, les populations urbaines sont, au Pakistan comme ailleurs, plus réceptives aux enjeux de l'éducation que les ruraux, qui ont parfois besoin de la main d'oeuvre enfantine pour les travaux des champs.

Les madrasas remplissent, de longue date, un rôle social important. Elles accueillent gratuitement des enfants issus de classes défavorisées, et leur offrent le toit et le couvert, en plus d'un enseignement religieux. Ce rôle social a été publiquement reconnu par le Président Moucharraf, qui, depuis son arrivée au pouvoir, s'est efforcé d'encadrer ce réseau soupçonné d'attiser l'extrémisme islamiste. Les chiffres officiels estiment à environ 20.000 le nombre de ces madrasas, dont 12.000 sont regroupées dans cinq grandes fédérations qui ont conclu, en octobre 2005, un accord avec le gouvernement visant à leur enregistrement. Ces fédérations s'engagent à fournir :

- le nom et l'adresse des établissements

- les noms et adresses des membres de leurs conseils de direction

- les noms de tous leurs professeurs et de leur personnel

- des comptes annuels certifiés par un expert comptable

- une déclaration par laquelle elles s'engagent à s'abstenir de promouvoir la violence et la haine.

Les madrasas, qui ne sont pas parties à l'accord, y seront ultérieurement soumises ; 5.000 d'entre elles y avaient souscrit avant octobre 2005. Après que le gouvernement pakistanais ait décidé, en 2002, d'exclure des madrasas les étudiants étrangers (seuls 3.000 à 5.000 Afghans échappent à cette exclusion), il évalue le nombre de leurs élèves à environ un million. Cependant, le problème le plus sérieux, que le gouvernement avoue ne pas avoir réglé, concerne le contrôle des financements étrangers reçus par ces écoles en provenance de l'Arabie saoudite, des Emirats Arabas Unis, de l'Iran et de la Libye qui étaient les principaux contributeurs.

L'argent de provenance iranienne est celui qui préoccupe le plus les autorités pakistanaises dans la mesure où il est susceptible d'attiser les affrontements entre chiites et sunnites.

Les madrasas, enregistrées ou pas, restent l'objet d'accusations, notamment aux Etats-Unis et en Afghanistan, qui y voient une cause de la persistance du terrorisme, notamment dans les « zones tribales » du nord ouest. Une observatrice attentive 7(*) du Pakistan estime que ces madrasas ne sont pas des « usines » à fabriquer de dangereux terroristes. Il n'y a qu'une minorité de madrasas, dit-elle, qui donne un enseignement religieux contestable. Un doute pèse toutefois sur la capacité effective qu'a le gouvernement pakistanais de traduire dans les faits sa résolution à « mettre de l'ordre » dans les madrasas.

* 7 Mariam Abou Zahab, lors du colloque organisé le 16 novembre 2005 par la Fondation pour la recherche stratégique : « Où va le Pakistan ? ».