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Mission effectuée au Pakistan du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan

 

B. UN NECESSAIRE AGGIORNAMENTO STRATEGIQUE

Le Pakistan est situé au carrefour de trois ensembles inégalement instables : le Moyen-Orient, l'Asie centrale et l'Asie du sud. Les tensions qui affectent chacun d'entre eux ont un impact sur le Pakistan, et contribuent à le fragiliser. Or, l'Occident ne mesure pas l'intensité des pressions extérieures qui s'exercent sur le Pakistan, et ne lui apporte pas le soutien qui s'imposerait, alors que ses propres intérêts peuvent en être affectés.

Dans le même temps, d'importants changements surviennent dans l'environnement international du Pakistan et mettent en cause les axes de sa politique étrangère : l'alliance avec les Etats-Unis, les tensions avec l'Inde et la mainmise sur l'Afghanistan.

Le Président Bush a choisi de faire de l'Inde et non du Pakistan, son partenaire privilégié en Asie du sud. Islamabad conserve le bénéfice de l'aide américaine de trois milliards de USD pour appuyer sa lutte antiterroriste, mais ne cache pas son amertume.

La spectaculaire montée en puissance économique, militaire et diplomatique de l'Inde et la présence à Kaboul d'un gouvernement indépendant, issu d'élections libres et soutenu par l'Occident met à mal les deux autres piliers de la stratégie pakistanaise, et contraint ce pays à redéfinir son positionnement international.

1. La relation avec l'Inde connaît une période d'apaisement

Conscient que les affrontements directs avec l'Inde à propos du Cachemire ont chaque fois débouché sur des échecs militaires, le Président Moucharraf a ouvert un dialogue qualifié de « composite » avec New-Dehli. Ce dialogue prend acte du différend existant sur le Cachemire, mais part du principe qu'il ne fait pas, ou plus, obstacle à l'examen des autres problèmes bilatéraux. Le Président Moucharraf a ainsi répondu favorablement, en 2003, à une initiative du Premier ministre indien de l'époque, Atal Behari Vajpayee. Les conversations, amorcées en janvier 2004, se sont poursuivies avec le nouveau gouvernement indien, issu des législatives de mai 2004. Elles ont abouti à une décision symbolique : l'ouverture d'une ligne d'autocars reliant les « capitales » des Cachemire indien et pakistanais, Srinagar et Muzaffarabad. L'Inde a également porté secours aux populations cachemiries pakistanaises touchées par le séisme d'octobre 2005.

Cependant, la question du Cachemire reste entière. Le Pakistan continue de demander à la communauté internationale de s'en saisir au nom du droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes, qui fondait la décision de l'ONU en 1948. Celle-ci prévoyait qu'un référendum déciderait de l'avenir du Cachemire. Mais l'Inde s'y étant toujours fermement opposé, la communauté internationale laisse aux deux pays le soin de régler la question entre eux.

Le Cachemire cessant d'être un préalable, les relations indo- pakistanaises connaissent une détente propice à la solution des autres problèmes, notamment un développement de leurs échanges commerciaux.

2. Les rapports avec l'Afghanistan se dégradent

Le Président Hamid Karzaï accuse le Pakistan de laisser les talibans de la zone tribale, frontalière entre les deux pays, circuler librement et créer un climat d'insécurité qui ne cesse de s'aggraver dans le sud et l'est de l'Afghanistan. Lors de sa visite à Islamabad en février 2006, il a remis à son homologue pakistanais une liste de terroristes soupçonnés de se cacher dans la zone frontalière, liste que le Président Moucharraf a jugé dépassée.

Aux difficultés que le Pakistan, malgré ses efforts, rencontre à contrôler les zones frontalières rebelles, s'ajoute peut-être aussi la crainte qu'un zèle répressif trop marqué ne se retourne contre le Pakistan en incitant ses anciens alliés talibans à déstabiliser sa province du nord ouest d'où l'insécurité pourrait se communiquer à d'autres régions limitrophes du pays.

De surcroît, Islamabad redoute un éventuel rapprochement entre Kaboul et New-Dehli.