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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

3. Des capacités d'intervention sous dimensionnées

Les forces africaines souffrent globalement d'un déficit capacitaire et d'un manque de dispositifs de coordination. Elles auront encore besoin de temps et de soutien avant de pouvoir mener des opérations autonomes. Cette condition a été évoquée devant votre délégation tant au Sénégal, partenaire traditionnel, qu'en Afrique du Sud, ardent avocat de l'appropriation africaine dans la gestion des crises.

A l'échelle continentale, seuls le Nigeria et l'Afrique du Sud disposent de capacités de projection. Les moyens de transports stratégiques font défaut à des Etats par ailleurs très impliqués dans les opérations de maintien de la paix, comme le Sénégal. Le soutien logistique et les équipements d'appui, de protection et de mobilité des déploiements sont insuffisants.

Sur le terrain, la coordination entre les forces souffre des différences linguistiques, de l'hétérogénéité du matériel, des armes et des munitions, mais aussi des niveaux très inégaux de formation, des différences de doctrines et de procédures.

Depuis la première intervention de l'ECOMOG au Libéria, qui vit certaines troupes coupables de mauvais traitements à l'égard des populations civiles, la force de la CEDEAO a acquis une certaine expérience.

Elle est ainsi intervenue dans des crises avant que la communauté internationale ne se mobilise et ne prenne le relais : la MINUSIL a ainsi pris la suite en Sierra Leone en 1999, avant l'intervention britannique de 2000.

Dans le conflit ivoirien, la mobilisation politique de la CEDEAO a été rapide et efficace, le Bénin, le Ghana, le Niger, le Sénégal et le Togo ont contribué en effectifs militaires. Elle s'est cependant heurtée à un manque de moyens financiers, d'outils de planification et de capacités logistiques pour le déploiement des troupes disponibles. L'ONUCI a pris le relais en intégrant la force africaine.

4. Un bilan contrasté

Le risque régional, avéré dans la plupart des crises actuelles, justifie pleinement l'appropriation de la gestion des crises à l'échelon de la sous-région.

Non seulement les interventions n'ont pas toujours été couronnées de succès mais elles n'ont pas toujours contribué au règlement des conflits, les forces d'interposition se trouvant parties prenantes

Des avancées sont indéniables : la CEDEAO a démontré sa volonté et sa capacité politiques à faire face aux conflits dans la région et a renforcé son intégration.

Le processus d'intégration régionale doit être fortement soutenu et ne doit pas servir de prétexte au désengagement de la communauté internationale. Celle-ci, tout en s'appuyant sur les Etats les plus volontaristes, doit veiller à la préservation des équilibres régionaux.

En l'absence de réelle structuration des organisations sous-régionales, la recherche de l'implication africaine dans la gestion des crises conduit à favoriser l'émergence et à renforcer l'action de puissances régionales dans leur environnement proche et en d'autres points du continent, alors que leur passé récent, voire leur actualité, peut attester de tentations interventionnistes. Ce phénomène peut susciter en retour des réactions des Etats voisins et faire apparaître les puissances régionales comme la nouvelle forme d'un interventionnisme extérieur.