Allez au contenu, Allez à la navigation



La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

C. LA QUESTION DES PUISSANCES RÉGIONALES : LE CAS DE L'AFRIQUE DU SUD

Par la vitalité et l'ampleur de son économie, l'Afrique du Sud représente 40 % du PIB de toute l'Afrique sub-saharienne ; par son engagement en faveur de l'intégration régionale et continentale, ce pays joue également un rôle central dans le développement économique et la stabilité politique du continent.

1. Un engagement réel

L'apartheid s'étant également traduit par un isolement de l'Afrique du Sud d'avec le reste du continent, ce pays n'a pas de tradition de politique africaine.

Depuis 1994, la politique sud-africaine a connu des évolutions notables. Sollicitées dès cette date pour l'envoi d'un contingent au Rwanda, les autorités sud-africaines avaient souhaité marquer une rupture avec l'époque de l'apartheid, en refusant de mener une politique interventionniste et en se concentrant sur les questions de politique intérieure.

Après l'isolement de la période d'apartheid, l'Afrique du sud s'est tournée vers l'Afrique, convaincue de sa communauté de destin avec le reste du continent. La notion de « renaissance africaine », exposée par Nelson Mandela en juin 1994 à Tunis, lors de l'adhésion de l'Afrique du Sud à l'OUA, prend corps progressivement. Développée par le projet du NEPAD, elle s'appuie sur l'idée d'une appropriation, par les Africains, de leur développement.

L'implication de l'Afrique du sud dans les questions africaines repose sur la double conviction que, d'une part, le pays ne peut constituer un îlot de prospérité dans un océan de pauvreté et de conflits et, d'autre part, la transition pacifique sud-africaine peut avoir valeur d'exemplarité.

La pression migratoire croissante qui s'exerce sur le pays et les échos qu'y trouve la crise zimbabwéenne illustrent le premier aspect, tandis qu'à l'évidence, le modèle de la transition post-apartheid et la personnalité de Nelson Mandela confèrent à la politique sud-africaine une aura indiscutable. Il s'agit de faire émerger des solutions endogènes de réconciliation nationale, fondées sur le réalisme politique : des compromis sont nécessaires pour maintenir l'unité nationale quand des événements violents l'ont gravement affectée. La réconciliation nationale ne signifie pas l'oubli et, selon les termes du directeur de l'institut pour la justice et la réconciliation « il ne s'agit pas de s'aimer » mais de trouver les moyens de vivre pacifiquement côte à côte.

Le pays assure ainsi un rôle de médiation dans les conflits du Burundi, du Congo-Kinshasa et de Côte d'Ivoire. Aux Comores, elle parraine, avec la France, le processus de sortie de crise.

L'Afrique du sud est aussi le dixième pays contributeur aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, et le premier contributeur africain avec 3 300 hommes sous casques bleus au Darfour, au Burundi, au Congo-Kinshasa, au Liberia et en Erythrée.

Elle poursuit une démarche pragmatique, sans définition préalable de critères d'intervention, ni de priorités géographiques particulières. Les missions confiées aux militaires sont très diverses : stabilisation post-conflit et même protection des personnalités pour la mission au Burundi.

La transition a aussi entraîné une réorientation de l'action des forces armées sud-africaines vers les missions de maintien de la paix et notamment leur désengagement des missions de sécurité intérieure. Parallèlement, l'effectif des forces de police devrait croître de 145 000 à 168 000 à l'horizon 2008.

L'Afrique du sud réoriente progressivement ses achats d'équipements militaires. Les programmes « de souveraineté » visant au renouvellement des capacités existantes de frégates, de sous-marins, et d'avions de combat, engagés après la fin de l'apartheid sont en voie d'achèvement. Le pays se tourne désormais vers l'acquisition de capacités de projection. L'Afrique du Sud a ainsi signé une déclaration d'intention pour la commande de huit avions de transport A 400 M, qui devraient renforcer notablement l'autonomie de ses déploiements et contribuer à relancer son industrie aéronautique nationale.

Au delà du seul continent africain, l'Afrique du sud souhaite être présente sur d'autres théâtres internationaux comme Haïti, le conflit israélo-palestinien ou encore la question nucléaire iranienne.