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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

B. UN CONSTAT : LA NÉCESSITÉ DU CHANGEMENT

1. La présence française en Afrique en débat

Vos rapporteurs observent que la présence française et l'action de la France en Afrique fait débat en Afrique même, mais aussi dans notre pays.

Le constat d'une nécessaire rénovation des relations de la France avec le continent africain se traduit parfois par la tentation de la rupture et du désengagement. La multiplication des crises n'est pas étrangère à la « fatigue de l'aide » et à cette volonté de porter les regards de la France vers d'autres horizons.

Pour vos rapporteurs, le désengagement n'est non seulement pas possible, tant l'Afrique est notre « étranger proche » mais il n'est pas non plus souhaitable : les liens de notre pays avec l'Afrique ne sont pas l'héritage d'un passé devenu trop lourd à porter, ils sont une chance pour une vision multipolaire des relations internationales et sont aussi au coeur de la vocation mondiale de la France.

Ces liens privilégiés ne sont donc pas à solder mais au contraire à consolider sur des bases nouvelles. Un désengagement français serait pour le moins paradoxal à l'heure où tant d'autres acteurs cherchent à y renforcer leurs positions.

2. Des limites politiques

Les conditions politiques dans lesquelles s'effectuent d'éventuelles opérations militaires ont par ailleurs profondément changé.

Elles sont marquées par le renouvellement des générations au sein de populations africaines très jeunes, la circulation rapide de l'information et de nouveaux modes de mobilisation nationale sur le thème de la « deuxième indépendance », dont le phénomène des « jeunes patriotes » en Côte d'Ivoire est une illustration.

Cela se traduit souvent, en cas de crise, par le rejet massif des interventions extérieures et singulièrement occidentales, perçues comme les instruments d'une « nouvelle colonisation », l'ONU n'étant pas exempte de ce reproche, comme le révèle le discours des autorités soudanaises sur le déploiement de casques bleus au Darfour.

Ce type de discours anti-colonial ou identitaire comporte certes, de la part de ses auteurs, une part de rhétorique et d'instrumentalisation de la notion de colonisation afin d'éviter toute ingérence extérieure. Il ne faut pour autant en négliger ni la portée, ni les effets. Il est ainsi politiquement très difficile pour une ancienne puissance coloniale comme la France d'intervenir sur le terrain, fût-ce en application d'une « nouvelle doctrine », laquelle ne sera pas forcément reconnue comme telle. Les mutations de la politique française sont d'autant plus difficiles à faire valoir qu'elles s'inscrivent dans la continuité de la présence effective de la France. Cette continuité traduit l'attention et l'intérêt de notre pays pour l'Afrique, à des heures où une telle attitude n'était pas forcément partagée, mais elle a pu parfois nourrir un vrai ressentiment.

L'enjeu de l'image et de la communication est donc décisif. Sur ce terrain, il n'est pas dit que la France dispose des meilleurs atouts.

La mutualisation du risque politique et le partage des responsabilités sont donc, logiquement, l'un des axes du changement.