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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

B. UNE LECTURE BUDGÉTAIRE : RÉNOVATION OU DÉSENGAGEMENT ?

La réforme de la coopération militaire, initialement conçue comme une réorientation, s'est en fait traduite par une diminution globale des moyens qui lui sont consacrés, la baisse des crédits dédiés à l'assistance en personnels, induite par la fin de la coopération de substitution, n'étant pas compensée par la hausse des autres postes.

Entre 2000 et 2005, le budget de la coopération militaire est ainsi passé de 152 à 94 millions d'euros en exécution. Pour l'année 2006, il s'élève à 92 millions d'euros.

Le développement des actions en direction de l'Afrique australe, où la France n'était jusqu'alors que peu présente, assorti du maintien d'une concentration de la ressource sur l'Afrique francophone, le tout dans un contexte de réduction des crédits pourrait mériter, lui aussi, le qualificatif de « politique héroïque ».

1. Une coopération qui reste bilatérale

Après concertation entre le ministère de la défense et celui des Affaires étrangères, 25 pays ont été reconnus comme bénéficiaires prioritaires de la coopération militaire, dont 17 en Afrique sub-saharienne. Les premiers destinataires sont le Mali, le Cameroun, le Sénégal, Madagascar et le Tchad, la crise ivoirienne ayant conduit à un retrait quasi complet des coopérants militaires et à une réduction drastique du budget.

En période de diminution des crédits, alors que la zone d'intervention de la coopération militaire française s'élargissait, les moyens consacrés à nos partenaires traditionnels ont été relativement préservés.

La coopération militaire reste cependant une coopération essentiellement bilatérale, qui continue à bénéficier pour l'essentiel aux pays d'Afrique francophone entretenant des liens privilégiés avec la France.

2. Un soutien encore timide aux organisations régionales

Bien que défini comme prioritaire, le soutien aux organisations régionales ne bénéficie, en tant que tel, que d'une dotation très faible (250 000 euros en 2005).

Les organisations régionales peuvent cependant recourir à des financements par d'autres canaux, notamment celui des « opérations exceptionnelles ». Sur les crédits de la Direction de la coopération militaire et de défense (DCMD), le financement se limite à un soutien à la CEDEAO, organisation régionale qui regroupe l'essentiel des pays habituellement bénéficiaires de la coopération militaire française et qui est aussi la plus avancée dans son intégration et ses capacités.

La mutation de l'aide française vers les organisations régionales s'est surtout faite en élargissant à d'autres Etats les actions menées avec des partenaires bilatéraux et non par une mutualisation de leurs propres efforts, au demeurant difficile.

Il reste à accomplir cette mutation, indispensable pour éviter la multiplication des situations de « face à face » entre la France et tel ou tel acteur d'une crise et, au delà, pour rechercher une meilleure implication des acteurs locaux, y compris des partenaires traditionnels de la France.