2. La durée du travail

L'autre déterminant de l'évolution de la productivité par tête - et du PIB par tête - est la durée du travail.

Considérée sur longue période (1970-2004), la durée du travail a baissé dans toutes les économies avancées, mais cette baisse a été plus marquée en Europe (-0,6 % par an) qu'aux États-Unis (-0,3 %), ce qui a pesé sur l'évolution du PIB par habitant, en valeur absolue comme relativement aux États-Unis.

Parmi les pays européens, la baisse de la durée du travail a été la plus marquée en France et en Allemagne (respectivement -0,8 % et -0,9 % par an 88 ( * ) ).

Concernant l'évolution à long terme de la durée du travail, votre rapporteur formulera les deux observations suivantes :

- le maintien de la progression du PIB par habitant sur sa tendance antérieure - qui traduirait la possibilité de financer les dépenses liées au vieillissement démographique sans tensions accrues sur le partage du PIB entre actifs et inactifs -, paraît peu compatible avec la poursuite du mouvement de baisse de la durée moyenne du travail des personnes en emploi ;

- de nombreux travaux existent sur les facteurs qui ont encouragé la baisse de la durée du travail en Europe : préférence collective pour le loisir (thèse développée par l'économiste Olivier BLANCHARD), institutions et réglementations (taxation du travail, dispositifs incitant au retrait ou à la diminution d'activité de certains « publics » - femmes élevant de jeunes enfants, par exemple - qui peuvent avoir un « effet multiplicateur social » 89 ( * ) ), ralentissement durable de la croissance qui a conduit à considérer la réduction de la durée du travail comme un moyen de réduire le chômage...

Néanmoins, cette littérature n'est pas conclusive.

Par ailleurs, le vieillissement démographique constituant, par ses conséquences macroéconomiques, un phénomène inédit , elle ne permet pas d'apporter d'éclairage sur la manière dont les actifs réagiront à la tension sur le partage du revenu national, générée par l'augmentation de la part des inactifs.

Dans ce contexte, la responsabilité des politiques publiques est de préserver, ou de restaurer, la neutralité fiscale et réglementaire qui permettra des choix collectifs optimaux en matière de durée du travail.

3. Conclusion sur la tendance d'évolution future du PIB par habitant

A partir des analyses ci-dessus des quatre déterminants comptables de l'évolution de PIB par habitant (ratio démographique, taux d'emploi, durée du travail et productivité horaire), il est possible de dessiner une tendance sur son évolution à l'horizon 2020.

Celle-ci est décrite dans le tableau ci-dessous qui compare l'évolution du PIB habitant sur la période 1980-2004 à son évolution potentielle à l'horizon 2020.

Celle-ci s'appuie sur les quatre hypothèses suivantes :

- le ratio démographique population 15-64 ans /population totale pèserait négativement sur la croissance annuelle du PIB par tête (-0,4 % par an) ;

- la contribution du taux d'emploi serait positive à hauteur de 0,2 % par an, soit la prolongation des évolutions observées depuis 1990, qui semble cohérente à la fois avec l'évolution des politiques publiques et un contexte de « raréfaction » du facteur travail ;

- la durée moyenne du travail serait stabilisée et sa contribution à l'évolution du PIB par tête serait nulle ;

- l'évolution de la productivité horaire serait comprise dans une fourchette allant de 1,5 % à 2,5 % par an.

Tableau n° 13

QUELLE ÉVOLUTION À LONG TERME DU PIB/HABITANT ?

Taux de croissance annuels moyens

Contributions

PIB/
habitant

Démographie

Taux d'emploi

Durée du travail

Productivité horaire

1980-2004

0,0

-0,1

-0,7

+2,2

1,6

2007-2020

-0,4

+0,2

0,0

1,5 / 2,5

1,3 / 2,3

S'appuyant sur ce jeu d'hypothèses, la croissance annuelle du PIB par habitant à l'horizon 2020 serait comprise entre 1,3 et 2,3 % par an (contre 1,6 % entre 1980 et 2004). Le facteur essentiel d'incertitude concerne donc l'évolution de la productivité horaire : votre rapporteur conclura ainsi ce rapport d'information en évoquant la priorité fondamentale que les politiques publiques en Europe doivent accorder à l'innovation , déterminante pour l'évolution à long terme de la productivité et du niveau de vie.

Préalablement, deux remarques doivent être apportées concernant l'estimation à long terme de l'évolution du PIB par tête qui vient d'être proposée :

- comme tout exercice de projection, fut-il aussi fruste que celui-là, il ne s'agit que d'une illustration de la prolongation des tendances en cours ;

- l'estimation proposée par votre rapporteur peut s'écarter d'autres travaux, tels que ceux proposés par Patrick ARTUS, dont les études 90 ( * ) sont toujours largement commentées par les médias.

Celui-ci estime à 0,6 % par an la croissance potentielle du PIB à long terme en France (0,7 % pour l'Allemagne).

En termes de PIB par habitant, cette « faiblesse impressionnante » serait encore amplifiée par la dégradation du ratio population 15-64 ans/ population totale, de telle sorte que la croissance du PIB par habitant serait inférieure à 0,5 % par an.

Ceci induirait certainement de fortes tensions dans le partage du revenu national entre actifs et inactifs.

Votre rapporteur partage le souci de mettre l'accent sur l'urgence de mettre en oeuvre des politiques permettant de stimuler l'innovation et la productivité. Néanmoins, il ne partage pas complètement la méthode qui conduit à ce diagnostic :

- celui-ci ne semble pas prendre en compte les dernières révisions des projections de population active réalisées par l'INSEE 91 ( * ) ;

- elle s'appuie surtout sur les évolutions les plus récentes de la productivité globale des facteurs , qui connaît un ralentissement depuis quelques années. Or, il n'est pas habituel de calculer une croissance potentielle de long terme en se basant sur les données les plus récentes ; surtout, votre rapporteur a souligné la fragilité des méthodes consistant à isoler dans l'évolution de la productivité horaire, la contribution du résidu agrégé que constitue la productivité globale des facteurs.

* 88 Source GGDC-INSEE, cf. Annexe, tableau A2 (page 159).

* 89 Cette expression traduit le fait que des conditions pouvant inciter un membre du couple à travailler moins, l'autre membre du couple pourra faire le même choix sans les mêmes incitations financières.

* 90 Voir l'ouvrage écrit avec Marie-Noëlle VIRARD : « Comment nous avons ruiné nos enfants » Economica (2005), ou Flash IXIS, juillet 2006.

* 91 Sur l'impact de ces révisions sur la croissance potentielle, voir rapport d'information Sénat, n° 89, 2006-2007, présenté par Joël BOURDIN au nom de la délégation pour la planification.

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