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Union européenne - Russie : quelles relations ?

 

2. La Russie est-elle un partenaire fiable en matière d'énergie ?

a) La Russie est aujourd'hui le premier fournisseur d'hydrocarbures de l'Union européenne

La Russie est, en effet, le premier fournisseur de gaz naturel des Vingt-sept (avec 40 % des importations, ce qui représente 19 % de la consommation totale de gaz de l'Union européenne) et le deuxième fournisseur de pétrole (avec 20 % des importations et 16 % de la consommation totale).

La dépendance énergétique à l'égard de la Russie varie cependant fortement entre les pays. Si de nombreux pays d'Europe centrale ou orientale dépendent entièrement de la Russie pour leur approvisionnement en gaz, comme la Slovaquie ou les Pays Baltes, la part du gaz russe est de 80 % en Pologne, 65 % en Autriche, 37 % en Allemagne et en Italie et 24 % en France.

Cette dépendance énergétique de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie devrait fortement s'accroître dans les prochaines années. La Commission européenne estime que, d'ici vingt ou trente ans, 70 % des besoins énergétiques de l'Union européenne devront être assurés par les importations, contre 50 % aujourd'hui.

C'est surtout la dépendance en matière de gaz qui devrait augmenter dans les prochaines décennies, compte tenu de la hausse de la consommation dans l'Union européenne et de l'épuisement du gisement gazier en Mer du Nord. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande européenne de gaz devrait augmenter de 50 % d'ici 2020 et, selon le ministère russe de l'énergie, la Russie pourrait fournir 70 % du gaz importé par les pays européens (contre 40 % aujourd'hui).

b) Les incertitudes pour l'avenir

Les crises du gaz entre la Russie et l'Ukraine, puis entre la Russie et la Biélorussie, ont suscité des interrogations sur la crédibilité de la Russie en tant que principal fournisseur d'énergie. La plupart des interlocuteurs russes rencontrés à Moscou se sont toutefois efforcés de « minimiser » ces craintes. Comme l'a rappelé Sergueï Kouprianov, porte-parole de Gazprom, au plus fort de la guerre froide, Moscou n'a jamais manqué à ses engagements contractuels vis-à-vis de ses partenaires européens. Il est vrai que la dépendance en matière énergétique est mutuelle, l'Union européenne représentant le principal débouché des exportations d'hydrocarbures de la Russie.

L'ensemble des experts s'accorde à rejeter l'hypothèse d'un chantage énergétique de la part de la Russie vis-à-vis de l'Union européenne. À cet égard, la proposition du Président polonais Lech Kaczynski de créer une sorte de « OTAN de l'énergie » incluant les États-Unis ne paraît pas justifiée. En revanche, il existe une réelle inquiétude sur la capacité de la Russie à honorer ses engagements vis-à-vis de l'Union européenne en matière d'approvisionnement en hydrocarbures, compte tenu de la hausse de la consommation intérieure et du manque d'investissements. Cela concerne, en particulier, l'approvisionnement en gaz.

Actuellement, Gazprom produit environ 550 milliards de mètres cubes de gaz par an, auxquels s'ajoutent 100 milliards de mètres cubes produits par les producteurs russes indépendants ou importés d'Asie centrale, soit au total un volume annuel de plus de 650 milliards de mètres cubes. Près des deux tiers sont consacrés à la consommation intérieure, tandis que 75 milliards de mètres cubes sont exportés vers les pays de l'ex-URSS et environ 150 milliards de mètres cubes vers l'extérieur, essentiellement vers l'Union européenne.

La « stratégie énergétique », adoptée par le gouvernement russe en 2003, fixe pour objectif une production de gaz située dans une fourchette allant de 635 à 665 milliards de mètres cubes en 2010 et entre 680 et 730 milliards de mètres cubes à l'horizon 2020. Or, depuis 2005, et malgré la forte hausse du prix des hydrocarbures, la production de gaz et de pétrole a tendance à stagner.

En effet, la production actuelle de gaz naturel en Russie repose principalement sur trois grands gisements situés en Sibérie occidentale (Medvejié, Ourengoï et Iambourg), qui représentent, à eux seuls, entre 70 et 80 % de la production totale. Ces trois gisements, qui sont exploités depuis une trentaine d'années, sont en voie d'épuisement. Or, malgré la découverte de plusieurs champs gaziers, en particulier le gisement de Shtokman situé en mer de Barents découvert en 1988, aucun nouveau gisement n'a été mis en exploitation en Russie depuis plus de vingt ans. La principale raison tient à l'ampleur des investissements qui seraient nécessaires pour exploiter ces nouveaux gisements.

Le développement d'un nouveau gisement gazier, comme celui de la péninsule de Yamal situé en Sibérie occidentale, nécessiterait des investissements d'environ 25 milliards de dollars, auxquels s'ajouteraient des investissements de 40 milliards de dollars pour réaliser les infrastructures de transport nécessaires pour acheminer le gaz extrait de ce champ. Le gisement de Shtokman dispose également de réserves très importantes qui permettraient à elles seules de couvrir les besoins de l'Union européenne pour les vingt-cinq prochaines années. Mais les conditions d'exploitation extrêmement dures de ce champ situé en pleine mer, à 600 km des côtes et à 300 m de profondeur, dans des eaux partiellement gelées en hiver et avec une forte présence d'icebergs, supposent des investissements et des moyens techniques de grande envergure.

Au total, le secteur gazier nécessiterait des investissements colossaux de l'ordre de 300 milliards de dollars d'ici 2020. À titre de comparaison, les investissements russes dans le secteur du gaz auraient représenté l'an passé une dizaine de milliards de dollars dont la moitié consacrée à l'entretien des gazoducs existants.

Mais alors qu'il est évident que la Russie ne pourra assumer à elle seule des investissements de cette ampleur, le gouvernement russe multiplie les obstacles aux investissements des entreprises occidentales dans le secteur de l'énergie. En effet, les contrats de partage de production conclus entre les entreprises occidentales et les sociétés russes dans les années 1990 sont aujourd'hui remis en cause par les autorités russes, à l'image de l'accord sur l'exploitation du gisement pétrolier Sakhaline 3, qui avait été conclu en 1993 entre l'entreprise pétrolière russe Rosneft et les entreprises américaines Chevron Texaco et Exxon Mobil, et qui a été remis en cause en 2004. De même, alors que cinq compagnies étrangères, les norvégiens Statoil et Norsk Hydro, les américains Conoco Phillips et Chevron Texaco, ainsi que le français Total, avaient été présélectionnés en 2005 pour participer au développement du gisement de Shtokman, Gazprom a annoncé brutalement, en octobre 2006, qu'il entendait développer seul ce gisement, avant de revenir sur sa position récemment.

Il convient également de mentionner que, après avoir pris beaucoup de retard, notamment en raison de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, la Russie souhaite développer fortement l'énergie nucléaire. Elle a ainsi lancé un ambitieux programme de construction de nouvelles centrales nucléaires, avec l'objectif de faire passer la production d'électricité produite à partir du nucléaire de 17 % à 22 % à l'horizon 2020, ce qui impliquerait la construction d'au moins une quarantaine de nouveaux réacteurs. Si cette stratégie est réellement mise en oeuvre, elle permettrait à la Russie d'économiser ses ressources en gaz qui sont actuellement utilisées pour la production d'électricité pour les réorienter vers les exportations. Mais, là encore, les investissements nécessaires sont gigantesques.

Les besoins d'investissements du secteur énergétique russe dans son ensemble sont évalués par la Commission européenne à 735 milliards de dollars d'ici 2030. Le fonds de stabilisation, créé par le gouvernement russe et alimenté par le surplus de recettes tirées de l'exportation des hydrocarbures, est quant à lui approvisionné aujourd'hui à hauteur de 85 milliards de dollars.