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La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

B. DES ENTREPRISES COTÉES PUISSANTES MAIS « OPÉABLES »

La France bénéficie d'un nombre relativement important d'entreprises d'envergure mondiale. Un examen attentif de la composition de leur capital -telle qu'on peut l'analyser à partir de l'étude commandée par La mission commune en vue de la confection de ce rapport-, qui est, pour près de la moitié, détenu par des non résidents, montre qu'elles sont vulnérables aux prises de contrôle non sollicitées, dont on a vu que, bien souvent, elles n'étaient pas favorables à l'économie française.

Comme le montre le tableau ci-dessous, la France n'est pas une exception en Europe. Elle se trouve selon les dernières données connues à peu près au même niveau que l'Allemagne, mais à la différence de celle-ci, son tissu productif ne dispose pas en réserve d'un nombre suffisant de grosses PME.

Part des non-résidents dans la détention du capital en 2004

 

France

Allemagne

Italie

Etats-Unis

Détention du capital des sociétés cotées
par les non-résidents*

47,7

47,1

63,2

19

Détention de l'ensemble des actions

32,7

17,2

14,7

15,8

Indices CAC 40, DAX, MIBTEL, S & P 500,

D'une façon générale, on relève la faiblesse de la détention d'actions par les ménages en Europe, ainsi que par les investisseurs institutionnels. Au total, les ménages et les investisseurs institutionnels détiennent beaucoup moins d'actions dans la zone euro qu'aux Etats-Unis : 30 % du PIB au lieu de 90 %199(*).

Comme le note M. Patrick Artus, « Cette faible détention d'actions par les investisseurs domestiques a les deux conséquences attendues : faiblesse de la capitalisation boursière (130 % du PIB en 2006 aux Etats-Unis, 60 % dans la zone euro, 75 % en France, 40 % en Allemagne) ; part importante vue plus haut des non-résidents dans la détention des actions européennes200(*) ».

1. Le dynamisme des entreprises du CAC 40 : le poids des facteurs individuels et culturels

Les auditions auxquelles a procédé La mission commune d'information, ont souligné le poids des facteurs individuels et même culturels dans la réussite de nombre des sociétés figurant aujourd'hui dans les leaders de leur secteur.

a) La qualité du management, doublée d'une volonté de conquête

Dans l'ordre des actifs immatériels propres à assurer la compétitivité des entreprises en les démarquant de leurs rivales, la qualité des équipes dirigeantes constitue à l'évidence un élément capital. Si La mission commune d'information croit utile de rappeler ce fait, c'est pour souligner que l'excellence, en ce domaine, ne suffit pas seule : il y faut encore y adjoindre le talent et cette part de chance qui permet de saisir les bonnes opportunités au bon moment ; il faut surtout de l'ambition au service d'un projet résolu - une forme de « volonté de puissance », en vue des conquêtes à mener.

Au cours de son audition, M. Jean-François Dehecq, président du conseil d'administration de Sanofi-Aventis201(*), a bien dégagé les contours de cette dimension du capital humain, dont son groupe a bénéficié : « La créativité et l'innovation, dans notre métier, constituent quand même quelque chose mais ce n'est pas n'importe quelle créativité, n'importe quelle imagination. C'est quelque chose qui doit être à tous les niveaux de la société. C'est l'histoire du "comment faire autre chose autrement ?". On n'aurait jamais dû exister ; tout le monde était tellement gros quand on a commencé à faire de la pharmacie ! On n'aurait jamais dû les avaler tous. C'est bien la créativité et l'innovation qui y ont poussé. » Lui-même s'est donné en exemple de cet engagement nécessaire au succès : « Je suis le plus vieil administrateur d'Air France. J'y suis entré avec la consigne donnée au plus haut niveau de fermer Air France. Pour moi, Air France, c'est un pied de la France dans le monde. Il n'a pas un pays au monde où je ne voie pas ce drapeau. On s'est battus comme des chiens. Ce sont de beaux sujets. Il est clair que la présence française dans le monde de l'aviation est majeure. C'est une image de la France que l'on colporte partout. Je ne veux pas tout ramener à mon domaine pharmaceutique. »

Le déplacement de La mission commune d'information dans les pays nordiques lui a permis de recueillir d'autres témoignages de cette nature. Ainsi, à l'image de l'histoire du groupe Sanofi-Aventis, c'est sur la détermination du management que repose la réussite de l'entreprise suédoise Sécuritas202(*) - qui, en 1999, a acquis le groupe américain Pinkerton et, en 2004, repris le groupe français Valiance - comme celle de la firme danoise ISS (Integrated Service Solutions) 203(*), l'un des premiers acteurs mondiaux dans le domaine des services.

* 199 Aux Etats-Unis, les actions détenues directement par les ménages représentent 50 % du Produit Intérieur Brut (PIB) : les actions détenues indirectement au travers des sociétés d'assurance et des fonds de pension 40 % du PIB. Les chiffres correspondant sont, en France : 7 % et 5 % en Allemagne : 12 % et 10 % ; pour l'ensemble de la zone euro, 13 % et 17 % (grâce essentiellement à la contribution des Pays-Bas où les fonds de pensions sont très développés).

* 200 Les déficiences du marché européen des actions et les possibles remèdes. Février 2007.

* 201 Audition du 15 mars 2007.

* 202 Entretien à Stockholm du 23 janvier 2007.

* 203 Entretien à Copenhague du 25 janvier 2007.