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Lieux de mémoire : comment ne pas les oublier

 

B. LES CONTRÔLES MENÉS À L'ÉTRANGER : ALGÉRIE, MACÉDOINE ET GRÈCE

1. L'entretien des nécropoles en Algérie, un problème récurrent

Jusqu'à l'indépendance, les sépultures militaires françaises étaient entretenues par le Souvenir français et l'OEuvre des tombes. Le 16 août 1962 il fût décidé que l'Etat français assumerait dorénavant la garde des tombes et leur entretien. Leur recensement, qui ne prit en compte ni les tombes musulmanes ni celles des militaires rendus aux familles, fût lancé en 1963. Le 9 mars 1966, M. Jean Sainteny, ministre des anciens combattants, retint le cimetière du Petit Lac à Oran comme lieu unique de regroupement des tombes.

Les opérations, débutées en 1965, qui ont porté sur 10.742 corps, se sont déroulées en trois phases jusqu'en 1968. Chaque identifié reçut une tombe individuelle et les inconnus furent déposés en ossuaire. Il fût décidé, cependant, du maintien de quelques cimetières ou carrés militaires à Alger, - Sidi Fredj le « cimetière de la conquête », où reposent les morts du débarquement du 15 juin 1830 -, Constantine et Mers el Kébir.

a) Les tombes et monuments de l'algérois

Le service des anciens combattants de l'ambassade comme beaucoup d'autres avait été fermé en 1994 en raison des risques pour le personnel présenté par la montée de l'insécurité en Algérie. Il a réouvert le 15 février 2004, selon les souhaits exprimés par le Président de la République lors de sa visite l'année précédente. Il est assuré par 2 fonctionnaires du ministère de la défense, dont un spécialiste de l'appareillage dépendant de la DSPRS.

Le rapporteur spécial s'est rendu dans ce service dès son arrivée à Alger. Après le transfert depuis Toulouse de 1.100 dossiers, le service gère, actuellement, l'appareillage de plus de 400 personnes, les cimetières, carrés militaires et monuments situés en Algérie et la révision des pensions d'invalidité. Il a, ensuite, visité durant deux jours les principaux sites mémoriaux de l'algérois.

(1) Le cimetière de Saint-Eugène (Bologhine) à Alger

Ce cimetière européen, d'une surface de 14,5 hectares, situé au pied de l'église Notre-Dame d'Afrique et près de la mer, est entretenu par 20 employés. Il comprend un carré militaire des deux guerres où les tombes sont regroupées par spécialités des corps de l'armée. Une dotation pour rafraîchir la peinture de ces tombes serait nécessaire (coût de 2.000 à 3.000 euros), ainsi que des travaux de redressement de certains poteaux délimitant le carré. Dans la partie israélite, qui couvre 6 hectares, un mémorial a été édifié dans le carré militaire.

(2) Sidi Fredj, le « cimetière de la conquête »

Ce modeste carré militaire est situé à une vingtaine de kilomètres d'Alger dans une pinède, à quelques encablures de lieux de vacances du bord de mer. Le rapporteur spécial a pu constater qu'il fait l'objet d'un entretien régulier mais également de dégradations fréquentes liées à cette proximité.

(3) Le cimetière chrétien du boulevard Bru à Alger

Il couvre 5 hectares et contient un carré militaire de nos « morts pour la France » de la guerre 1914-1918 ainsi qu'un monument. Il est prévu que le corps de Savorgnan de Brazza, qui y repose dans un monument funéraire, soit transféré en Afrique. Des registres qui recensent toutes les personnes inhumées, depuis le 19eme siècle, peuvent être consultés. L'émail des plaques et les poteaux délimitant le carré militaire ainsi que le monument aux morts mériteraient d'être restaurés.

(4) Les carrés militaires du cimetière d'El Alia à El Harrach

Ce cimetière a été choisi par les autorités pour y enterrer les personnalités algériennes, à l'instar de l'émir Abd el Kader, des présidents Houari Boumediene et Mohammed Boudiaf. Y reposent également des morts militaires indigènes de la guerre 1939-1945. Un carré d'environ 150 corps de soldats de confession musulmane relevant des autorités algériennes est en cours d'enlèvement. Pour ce qui concerne la France, il contient surtout, dans un triangle de moins d'un hectare, 414 tombes de soldats indigènes chrétiens et un monument aux morts pour la France. Un désherbage et une rénovation du monument et des tombes ne seraient pas superflus.

(5) Un immeuble administratif en déshérence

Le rapporteur spécial, avant de quitter Alger, a visité un immeuble construit dans le centre ville par une association d'anciens combattants, avant le début des événements ayant mené à l'indépendance, et qui servait de centre d'activités sociales et culturelles pour ses membres. Ne pouvant continuer à assurer son entretien, l'association a cédé le bâtiment au ministère des anciens combattants. Il y a abrité ses services ainsi que celui des visas jusqu'en 1994. Cet immeuble de quelques 8.000 m2 avec parking et ascenseur est depuis déserté, pour des raisons de sécurité, à l'exception d'un couple de gardiens très satisfaits d'y loger au dernier étage dans l'ancien appartement du directeur du centre. Des démarches ont été engagées, avec les autorités algériennes pour l'échanger contre une propriété permettant aux services français de s'installer dans de meilleures conditions de sécurité.

b) Les nécropoles de l'oranais et les dégradations récurrentes du cimetière de Mers el Kébir
(1) Le cimetière de Mers el Kébir

Avant de se rendre à Mers el Kébir, le rapporteur spécial, s'est entretenu avec M. Jean Donet, représentant des Français de l'étranger, et s'est rendu à la wilaya d'Oran où il a été reçu par M. Tahar Sekran, Wali d'Oran.

M. Jean Donet s'est montré scandalisé par les différentes profanations et dégradations constatées par nos compatriotes dans les nécropoles et cimetières de l'oranais.

Cimetière marin de Mers el Kébir (Algérie)

S'agissant plus particulièrement de la sécurisation du cimetière de Mers el Kébir, M. Tahar Sekran a présenté l'apport des autorités algériennes et s'est engagé à trouver des solutions aux difficultés évoquées par MM. Bernard Koelsch et Joël Martel (voir l'entretien en annexe). Il faut espérer que ces engagements rassurants seront tenus par l'Etat algérien car, depuis, M. Tahar Sekran a quitté son poste.

Ossuaire du cimetière marin de Mers el Kébir (Algérie)

Pour sécuriser le cimetière de Mers el Kébir la DMPA a décidé de rétablir le gardiennage qui avait été abandonné en 1994, en raison de la situation politique locale. Lors de la visite, en septembre 2006, les travaux attendus à l'intérieur du cimetière, notamment la construction d'une maison de gardiens, et sur le mur de clôture n'étaient entrepris que depuis 3 jours. En revanche, les services algériens avaient procédé, comme prévu, à l'installation de l'éclairage extérieur sur la voie desservant le cimetière et le rapporteur spécial s'est entretenu sur le site avec M. Maamar Karma, président de l'Association populaire communale (A.P.C.) de Mers el Kébir.

Le carré militaire, uniquement dédié aux marins morts pour la France lors des deux attaques britanniques de juillet 1940, comprend un ossuaire, 263 tombes et le caveau de l'amiral Darlan. Pour ce qui est des tombes de marins, chaque corps était signalé par une croix en maçonnerie avec une plaque d'identité en cuivre. Au fil des incursions et du vandalisme les croix avaient été brisées et les plaques arrachées et dérobées. La DMPA a décidé de remplacer les croix par des plots et de restaurer l'ossuaire et le caveau. L'ossuaire contient les corps des marins du cuirassé « Bretagne » qui avait chaviré lors de l'attaque de l'escadre le 3 juillet 1940. Ces corps n'ont été récupérés qu'un an plus tard, quand le bâtiment a pu être renfloué. Le monument comportait, à l'origine des plaques rivetées qui ont été détruites et volées. Enfin, le couvercle et la plaque funéraire du caveau étaient vandalisés.

Lors de la visite l'opération, d'une part, de restauration des tombes, de l'ossuaire et du caveau, d'autre part, de construction d'une maison de gardien, venait d'être mise en chantier.

Le cimetière européen de Mers el Kébir comprend également une section civile dans lequel reposent quelques corps de marins rendus à leurs familles. Le rapporteur spécial a pu constater des dégradations et profanations sur certains de ces caveaux familiaux.

(2) Le cimetière de Tamashouet

L'entretien, hormis le monument aux morts du 2ème régiment de zouaves, et le gardiennage de ce cimetière européen civil relèvent des autorités algériennes. Enchâssé entre une desserte routière, une voie ferrée, un terrain en chantier et des immeubles d'habitation il a souvent subi des incursions et M. Jean Donnet a montré au rapporteur spécial les actes de vandalismes perpétués sur les monuments funéraires.

(3) Le carré militaire au cimetière israélite

Ce cimetière civil comprend un carré militaire israélite qui n'abrite que des tombes restituées aux familles, dont la charge n'incombe pas à l'Etat.

(4) La nécropole du Petit-Lac

Les travaux de regroupement en ce lieu unique des tombes des militaires d'Algérie, qui ont duré jusqu'en 1968, ont porté sur 13.100 corps en ossuaire et 3.690 corps en sépultures individuelles. En outre, en 1971, des columbariums furent construits pour recueillir des corps de civils exhumés de cimetières en péril d'abandon. La nécropole contient également, plusieurs monuments aux morts et des tombes d'officiers supérieurs. Hormis quelques incursions et problèmes de voisinage le lieu est bien entretenu par 5 agents recrutés localement. Les quelques emblèmes vandalisés ont été restaurés et les croix en bois remplacées par des croix en béton, l'opération ayant porté sur 8.000 croix.

Nécropole du Petit-Lac à Oran (Algérie)

Les crédits pour les nécropoles algériennes depuis 2004

(en euros)

 

2004

2005

2006

2007

Salaires

30.000

38.000

27.000

39.000

Entretien sépultures

10.000

24.000

15.000

15.000

Travaux de rénovation

 

17.000

*145.000

15.000

Total

40.000

79.000

187.000

69.000

*2006 - mise en place de 95.000 euros pour la création d'une maison de gardien et la rénovation du cimetière marin de Mers El Kébir.

Source : DMPA (Bureau des monuments historiques et des lieux de mémoire)

2. Les nécropoles du front d'Orient, de Skopje à Thessalonique

Un point d'histoire

Le déclenchement de la guerre avec la Serbie après l'assassinat le 28 juin 1914 de l'héritier du trône austro-hongrois, l'Archiduc François-Ferdinand, a entraîné par le jeu des alliances la Grande Guerre entre « l'alliance des Empires centraux » (Allemagne et Autriche-Hongrie) et « la triple entente » (Russie, Grande-Bretagne et France) alliée à la Serbie.

La guerre s'étendra ensuite à d'autres pays des Balkans et au-delà. Ainsi la Bulgarie s'alliera aux Empires centraux et l'Italie et la Grèce aux pays de la triple entente. La Turquie s'étant engagé aux côtés des Empires centraux, la flotte anglo-française ouvrira le premier front oriental de ces pays alliés dès le 19 février 1915 en tentant de forcer le détroit des Dardanelles pour atteindre Constantinople. Devant les échecs répétés de la flotte une expédition terrestre alliée débarquera le 25 avril 1915 sur les côtes du détroit mais trop tardivement pour l'emporter, les turcs ayant, entre temps, renforcé leurs défenses. Cette campagne des Dardanelles s'achèvera par l'évacuation du corps expéditionnaire du 10 décembre 1915 au 8 janvier 1916 (la France ayant retiré une de ses divisions dès le 25 septembre 1915 pour l'engager sur le nouveau front d'Orient).

Pour porter secours à l'armée serbe un nouveau corps expéditionnaire allié est constitué après son débarquement à Salonique en Grèce. Les forces françaises sont placées sous le commandement du général Sarrail. Cette armée d'Orient combattra, de 1915 à 1918, principalement sur le front de Macédoine. Le repli des français à Salonique, en novembre 1915, devant les forces bulgares se soldera par 25 % de pertes. Le commandement des armées alliées (C.A.A.) est confié au général Sarrail le 11 août 1916, puis au général Guillaumat le 22 décembre 1917. Le 18 juin 1918 le général Franchet d'Esperey est nommé à la tête du C.A.A. Il dispose de 600.000 hommes. Le 15 septembre 1918 il lance l'offensive victorieuse qui aboutira aux capitulations successives de la Bulgarie, de la Turquie, de l'empire Austro-Hongrois avant l'armistice du 11 novembre 1918 entérinant celle de l'Allemagne.

Cependant les « poilus d'Orient » seront encore engagés en Roumanie, pour cinq mois de plus, sur le front sud de la Russie contre les Bolcheviks. Ainsi la campagne des 300.000 « poilus d'Orient » ne s'achèvera qu'en mars 1919 sur les quais d'Odessa en laissant 70.000 morts sur ces terres lointaines.

Le regroupement des corps de ses « poilus d'Orient » fut réalisé de 1921 à 1923 par la France.

Les principaux cimetières militaires qui ont recueilli les restes mortels sont situés à :

Kortcha (Albanie) 640 corps

Sofia (Bulgarie) 789 corps

Athènes (Grèce) 53 corps à Kalamaki

Corfou (Grèce) 209 corps à Gastouri

Thessalonique (Grèce) 8.310 corps à Zeitenlick2(*)

Bitola (Macédoine) 6.262 corps et deux ossuaires

contenant 5.000 corps chacun

Skopje (Macédoine) 960 corps et deux ossuaires

contenant 5.000 corps chacun

Bucarest (Roumanie) 128 corps

Slobozia (Roumanie) 313 corps

Belgrade (Serbie) 396 corps

Istambul (Turquie) 251 corps à Feriköy

Les corps non rendus aux familles des soldats morts lors de l'expédition des Dardanelles reposent, dans un ossuaire (12.000 corps) et en tombes individuelles pour les 2.235 corps identifiés, dans la nécropole de Seddul-Bahr, en Turquie. Le consulat de France à Istanbul assure, l'entretien et le gardiennage du cimetière pour le compte du ministère des anciens combattants.

Dans le cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne) reposent, dans un carré spécifique, des corps de combattants serbes évacués en France pour blessure ou maladie et qui y décédèrent dans les formations sanitaires. Inauguré le 6 juin 1931, ce carré comprend 748 sépultures.

a) Les deux cimetières militaires français de Macédoine
(1) Le cimetière de Skopje

La ville d'Uskub (aujourd'hui Skopje) a été le théâtre de la dernière charge de l'histoire de la cavalerie française sous les ordres du général Jouinot-Gambetta. Après une charge bousculant les défenses bulgares et allemandes, la brigade de cavalerie parcourut 70 kilomètres en pays montagneux pour prendre, le 29 septembre 1918, la ville d'Uskub par surprise. Cette victoire entraîna le même jour la capitulation de la Bulgarie.

Après son accueil à l'aéroport de Skopje par M. Michel Giacobbi, Premier conseiller et chargé d'affaires de l'Ambassade, le lieutenant-colonel Fabrice Duda, attaché de défense, et M. Pierre Rannou, consul, le rapporteur spécial s'est rendu directement, et en leur compagnie, au cimetière de Skopje. Une cérémonie, avec dépose de gerbe, fut rendue au monument aux morts en présence des militaires de la KFOR ayant récemment, sur la base du volontariat, effectué des travaux dans les cimetières de Skopje et de Bitola (ex-Monastir). Le rapporteur spécial a particulièrement apprécié l'exemplarité du dévouement de ces militaires à la sauvegarde de la mémoire d'une génération de soldats du passé. Cette action est une piste à explorer pour résoudre les problèmes d'entretien posés par l'éloignement de certains lieux de mémoire. Le gardien du cimetière et les deux employés saisonniers (d'avril à octobre) étaient également présents.

Cimetière de Skopje (Macédoine)

Le cimetière est installé sur un coteau. Il est arboré et parsemée de rosiers et de buis entre les tombes. Le monument aux morts, édifié sur la hauteur, domine vers l'autre versant le fleuve Vardar qui arrose la capitale. Un obélisque, à la mémoire des inconnus morts pour la France, y est érigé sur l'un des deux ossuaires. Le petit musée, contenant des souvenirs du front d'Orient et des commémorations et visites à la nécropole, a été restauré par les militaires. Dans son ensemble la nécropole est bien entretenue.

A l'arrivée à l'ambassade, une réunion s'est tenue avec MM. Michel Giacobbi, Pierre Rannou et Mme Monique Jovanovska, comptable, pour présenter la gestion de l'entretien des deux nécropoles de Macédoine (Skopje et Bitola). Ils ont précisé que le coût annuel avait connu une brutale augmentation en 2004 en conséquence de la déclaration à l'administration des salariés.

Il est à remarquer que les deux cimetières disposent chacun d'une maison de gardien.

(2) Le cimetière de Bitola

Le déplacement au cimetière de Bitola (ex Monastir), le deuxième jour, s'est effectué en compagnie de MM. Fabrice Duda et Pierre Rannou. La nécropole est située à trois kilomètres à l'Est de la ville, à proximité des cimetières yougoslaves et anglais. Quatre employés saisonniers l'assistent pour l'entretien de cette vaste nécropole qui contient les tombes de 6.262 corps et deux ossuaires de 5.000 corps chacun.

Les militaires de la KFOR ont effectué des travaux de renforcement des fondations du monument-ossuaire. En effet, le socle en pierre s'était affaissé au fil des années et cette situation mettait en péril l'ensemble de l'édifice.

Une pièce musée est aménagée là aussi dans la maison du gardien. Enfin, si des cérémonies commémoratives se déroulent tous les 11 novembre dans les deux cimetières de Skopje et de Bitola, les cimetières militaires français et allemand de Bitola ont vu se dérouler le 26 novembre 2006 la première cérémonie commune depuis la fin de la première guerre mondiale. Le président de l'Assemblée et deux ministres de Macédoine, une représentation de l'Union européenne, les ambassadeurs d'Allemagne et de France, ainsi que les représentants militaires d'autres ambassades présents ont ainsi ouvert une voie nouvelle vers la mémoire partagée et la paix en Europe.

b) La Grèce
(1) Le mémorial du front d'Orient de Polykastron

Le rapporteur spécial a poursuivi son périple en rejoignant le poste frontalier de Gevgelija (côté macédonien). Il a été accueilli par M. Paul Ortholan, consul général à Thessalonique, au poste frontalier grec de Evzoni, pour se rendre à Polykastron au mémorial du front d'Orient.

Une initiative française en 1967, appuyée par les anciens combattants serbes, aboutît en 1972 à la création du « Comité français du mémorial du front de Macédoine » visant à l'érection d'un monument dédié aux morts des cinq armées alliées. Réunis dans un Comité de coordination, les délégués de France, d'Allemagne, de Grèce, d'Italie et de Yougoslavie (aujourd'hui Serbie) ont arrêté la conception du monument. Son financement a été assuré par les gouvernements des cinq pays et complété par les dons recueillis. Sa première pierre fût posée le 3 août 1975, sur un terrain donné par son propriétaire grec qui domine la plaine du Vardar, en présence de M. Yvon Bourges, ministre de la défense et de M. André Bord, ministre des anciens combattants. Il a été inauguré le 8 mai 1977.

Monument de Polykastron (Grèce)

Le monument présente la forme d'un obélisque à cinq pans permettant une épitaphe dans chacune des langues. Ce mémorial a été, de 1992 à 2000, complété par les bustes des Premiers ministres, en exercice de 1915 à 1918, des cinq pays. Pour la France, un buste d'Aristide Briand a été posé en 1995. Chaque année s'y déroulent, le dernier dimanche de septembre, d'imposantes cérémonies en présence des délégations des cinq pays alliés. A chaque escale à Thessalonique d'un bâtiment de la Marine nationale l'équipage rend les honneurs au mémorial et à la nécropole de Zeitenlick.

(2) La nécropole de Zeitenlick

Le budget délégué pour l'entretien du cimetière de Zeitenlick a été présenté au consulat. Il s'élevait, pour 2006, à 71.068 euros, en augmentation de 17 % depuis 2003. Les salaires et charges sociales des trois agents du cimetière, dont l'un est logé sur place pour assurer le gardiennage, y représentaient 64.868 euros, le matériel 5.500 euros et les frais de cérémonie 500 euros.

Le Consul général a fait valoir que le coût de la vie en Grèce avait augmenté avec l'organisation des Jeux olympiques d'Athènes en 2004, ce qui a surtout eu des conséquences sur les devis proposés par son service à la DMPA pour la réfection de la nécropole de Zeitenlick. En effet, les extrêmes climatiques qui sont le lot de cette région ont entraîné des dégradations auxquelles il serait temps de remédier. Il a été érigé, dès la création du cimetière, sur chaque tombe une stèle, en forme de croix latine, en marbre blanc-gris provenant des carrières de Kavala. Des bordures et des chenaux d'évacuation des eaux de pluie entourent les carrés herbeux et les allées sont gravillonnées.

Chapelle-oratoire de la nécropole de Zetenlick (Grèce)

Un premier devis a été présenté par le poste diplomatique en 2003 qui s'élevait à 215.659 euros. Il concernait le gravillonnage des allées, la pose de gazon sur les tombes (46.465 euros), le remplacement de 347 croix (157.642 euros), la consolidation de 79 croix et le remplacement de 2 porte-drapeaux. On constate que le coût essentiel de cette restauration résulte du prix élevé, atteint aujourd'hui, par la fourniture de croix en marbre d'un seul bloc. Devant l'importance de cette demande la DMPA a répondu qu'elle serait étudiée ultérieurement.

Un second devis présenté en 2004, pour un montant de 35.258 euros, limitait l'intervention au remplacement de 50 croix, à la consolidation de 60 croix et au remplacement des 2 porte-drapeaux, étant entendu qu'entre temps le coût de ces derniers avait évolué de 826 euros à 5.428 euros. Les services du ministère ont estimé que ce coût restait élevé, notamment en ce qui concernait les mâts, qu'il convenait donc de mettre en concurrence plusieurs entreprises et qu'une mission serait dépêchée sur place. La DMPA qui devait s'y déplacer depuis ne s'y est rendu qu'en 2007.

La partie française de la nécropole de Zeitenlick contient les sépultures de 8.310 militaires. Elle comprend, également, une chapelle-oratoire, un autel catholique et un monument aux aviateurs morts pour la France. Cette chapelle, ébranlée il y dix ans par un tremblement de terre, présente des fissures et n'a été réparée que sommairement. Il a donc été décidé de la restaurer entièrement.

Le rapporteur spécial a pu constater la réalité des travaux à entreprendre exposés la veille par le Consul général.

* 2 La vaste nécropole de Zeitenlick est constituée de cimetières militaires anglais, français, serbe, russe et italien. Le carré français comprend 208 corps en ossuaire et 8.102 en tombes dont 1.222 Sénégalais, 398 Malgaches et Indochinois, 343 Nord-Africains.