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Les apports de la science et de la technologie au développement durable, Tome II : La biodiversité : l'autre choc ? l'autre chance ?

 

IX. ANTICIPER LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Le changement climatique dont on commence à percevoir les effets aussi bien sur les milieux naturels que sur les variétés cultivables aura des conséquences beaucoup plus lourdes dans les prochaines décennies.

L'impact d'une hausse de températures moyennes est un des aspects de la question. Le régime et la localisation des précipitations automnales et surtout vernales (ces dernières conditionnant la maturation des plantes) en est un autre. On rappellera, par exemple, que les observations effectuées par l'ONF ont montré que beaucoup d'essences forestières avaient fortement subi les conséquences de la sécheresse de 1976. La reproduction en fréquence de ce type de phénomènes fait malheureusement partie des hypothèses retenues par les experts.

Comment pourra-t-on anticiper ces phénomènes et en tempérer les effets ?

Plusieurs propositions pourront y concourir :

a) La nomination auprès du ministre du développement durable, d'un délégué au changement climatique qui aurait pour charge de faire prendre en compte par les administrations concernées les mesures d'adaptations et d'anticipations nécessaires.

b) Le lancement de programmes d'études in situ et de modélisations prédictives pour mesurer l'évolution des écosystèmes au regard des évènements climatiques qui se préparent.

c) L'établissement de corridors de migration pour faciliter la trame verte proposée par ailleurs.

Cette action doit également être mise en oeuvre en milieu urbain et périurbain en généralisant une initiative déjà appliquée dans certaines villes de Bretagne, le maintien de friches libres dans le tissu d'espaces verts urbains, y compris les jardins privatifs68(*).

d) L'expérimentation d'implantation artificielle des essences forestières menacées par le changement climatique - en portant une attention particulière à l'état des sols qui est un des facteurs de stimulation de la résistance des arbres aux pressions de l'environnement.

e) La mise en place d'une capacité d'identification et d'éradication rapide des espèces invasives dont l'extension va être facilitée par le changement climatique. La mission de gérer ce réseau pourrait être confiée à l'Institut française de la biodiversité (IFB).

f) La création d'un conservatoire in et ex situ des essences de la zone méditerranéenne qui est à la fois une réserve mondiale de biodiversité et un des espaces les plus menacés par les troubles de l'hydrosphère.

X. DÉFINIR UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL AVEC LES AGRICULTEURS

L'agriculture a répondu, avec les conséquences que l'on mesure aujourd'hui, aux missions que lui a confiées notre société. Aujourd'hui, il est indispensable de faire évoluer ces missions.

Les dégâts infligés aux écosystèmes terrestres et aquatiques par une agriculture fondée sur le forçage du sol sont évidents. Mais il serait souhaitable qu'à un terme des deux décennies, ce type d'agriculture évolue car l'assise de son développement n'est pas solide et risque d'être remis en cause : appauvrissement progressif des sols, développement des biorésistances aux ravageurs, augmentation à venir du prix des nitrates parallèlement à celle du gaz naturel dont ils sont extraits.

Dans le même temps, on doit souligner que l'effort de productivité agricole de notre pays a été nécessaire et qu'il convient de maintenir un haut niveau de production agricole face à la croissance annoncée de la démographie mondiale, faute de quoi la destruction de la seule réserve planétaire de terre utilisable (les forêts tropicales), serait inéluctable.

Ces deux exigences sont en apparence contradictoires, mais elles peuvent être conciliées en passant un nouveau contrat social avec l'agriculture française portant simultanément sur deux évolutions : la mise en oeuvre d'une agriculture de précision et la conciliation de la production agricole et de la protection des écosystèmes.

L'évolution récente de l'opinion publique et la perception des enjeux environnementaux par les agriculteurs ouvrent des perspectives réelles au débat et à la réorientation volontariste des missions de l'agriculture.

A. LA MISE EN OEUVRE D'UNE AGRICULTURE DE PRÉCISION

Un des regrets que l'on peut concevoir, a posteriori, des structures d'organisation du « Grenelle de l'environnement », est la quasi-absence des chercheurs.

Cette lacune est d'autant plus déplorable que la recherche et la technologie sont un des ressorts de l'évolution de notre modèle de développement vers la durabilité.

Il ne suffit pas d'établir un plan de limitation de l'emploi des nitrates et des pesticides, ou d'aller vers une taxation de ceux-ci pour asseoir le principe pollueur-payeur, comme le suggère par ailleurs ce rapport, il est également nécessaire de proposer une alternative à cet emploi.

L'agriculture de précision est un substitut au forçage agricole de la nature.

Elle constitue à épouser et à optimiser les processus naturels.

Aussi bien en privilégiant par sélection les aspects phénotypiques des plantes qui conditionnent leur productivité (développement des feuilles au détriment de la tige, afin de favoriser la photosynthèse, recherche d'un chevelu racinaire plus touffu, étoffé et plus étendu pour le nourrisage par le sol), qu'en recherchant des pratiques culturales plus précises (mélange d'espèces pour mieux capter l'azote du sol ou pour accroître les résistances aux ravageurs, prévisions plus fines pour engager des intrants ou des pesticides, arrosage sélectif, etc.).

Beaucoup de recherches existent dans ce domaine, mais pour que l'agriculture de précision soit mise en oeuvre de façon progressive et généralisée dans le système productif français, il serait nécessaire de systématiser ces recherches.

C'est pourquoi, il est proposé que l'INRA et le CEMAGREF rendent conjointement un rapport sur l'état des recherches dans ce domaine, sur les expériences qu'il conviendrait de mener et sur les étapes d'une généralisation de l'agriculture de précision.

* 68 L'association Vivarmor a ainsi créé, dans le Grand Ouest, 432 ha de refuges sur les terrains des collectivités et dans les jardins particuliers.