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Les apports de la science et de la technologie au développement durable, Tome II : La biodiversité : l'autre choc ? l'autre chance ?

 

B. L'ACCROISSEMENT DES PRESSIONS TRADITIONNELLES

Le bilan qui précède n'est pas étonnant si l'on considère qu'entre 1960 et 2000 :

- la population mondiale a doublé,

- la production agricole a été multipliée par 2,5,

- l'usage de l'eau pour l'agriculture a doublé,

- la coupe de bois pour la production de pâte à papier a triplé,

- la capacité hydroélectrique installée a doublé,

- 35 % des superficies de mangrove ont disparu,

- la qualité d'eau piégée derrière des digues ou barrages a quadruplé et il y a de trois à six fois plus d'eau dans ces barrages que dans les fleuves.

- les quantités de prise d'eau dans les fleuves et les lacs ont doublé. Près de 70 % de cette eau sont utilisés pour les besoins agricoles.

- les écoulements d'azote biologiquement réactifs dans les écosystèmes terrestres ont doublé. Les flux de phosphore ont triplé.

La poursuite de la croissance de la population mondiale d'ici 2050 et la perspective d'une multiplication du PIB mondial par un facteur de 2 à 4 ne peuvent qu'amplifier les pressions portant sur la biodiversité de la planète.

1. La recherche d'un indice global d'atteinte à la biodiversité

Un des problèmes d'étude de la biodiversité est lié à la mesure de son état puisque souvent - et uniquement pour la part de la biodiversité que l'on connaît - l'on est contraint de mesurer son évolution à l'aide d'espèces anciennes puis de juxtaposer ces mesures dans un « catalogue » par milieux (marin, terrestre, etc.).

Compte tenu du caractère planétaire du problème, il est donc nécessaire de bâtir des indices plus synthétiques mesurant le degré de gravité des pressions qui s'exercent sur la biodiversité.

La notion d'empreinte écologique dégagée par le WWF peut y contribuer.

Partant de l'idée que la biodiversité est affectée lorsque la production de la biosphère n'arrive plus à suivre la consommation humaine et les déchets qu'elle produit, l'empreinte écologique mesure en surface de terre et d'eau le niveau nécessaire pour fournir les ressources écologiques en biens et services utilisés annuellement par l'humanité (nourriture, bois, terrains, surfaces de forêt absorbant le CO2, etc.).

Il est difficile de se prononcer sur la pertinence de cet indice, mais ce qui est intéressant, c'est sa tendance sur une trentaine d'années.

La situation se dégrade :

- depuis 1990, l'empreinte écologique de l'humanité dépasse les capacités de reconstitution de la biosphère,

- en 2003, cette empreinte a dépassé la biocapacité de la Terre de 25 %,

- un scénario de simple poursuite de cette tendance suggère qu'en 2050 la demande de l'humanité sera deux fois plus forte que la capacité productive de la biosphère.

En d'autres termes, l'homme a commencé à vivre sur son capital et à transformer la ressource en déchets plus vite que la biosphère ne peut transformer ses déchets en ressource.

Cette surutilisation des ressources de la biosphère se manifeste par le maintien à un niveau élevé des pressions de prédation et de croissance d'occupation des habitats mais aussi par l'accélération de l'introduction d'espèces invasives du fait de la mondialisation.

2. Les pressions de prédations

a) La pêche et l'aquaculture
(1) La pêche industrielle conduit à la surexploitation des espèces halieutiques et à la destruction des écosystèmes marins.

L'impact de la pêche industrielle, mesurée par la biomasse des prises, s'est renforcé à compter des années 50 :

Source : MNHN, Guy Boucher

L'exemple précité de la morue au large des côtes canadiennes n'est pas isolé. La surexploitation a conduit à des tensions sur les capacités de renouvellement des stocks et à des perturbations profondes dans des écosystèmes océaniques.

Le dernier rapport (septembre 2006) publié par la FAO montre que, sur les 600 espèces halieutiques étudiées :

- 52 % sont pleinement exploitées tandis que 25 % sont soit surexploitées11(*) (17 %), soit en voie de reconstitution (1 %),

- et que sept des dix espèces de poissons les plus pêchés sont surexploitées.

Dans ces conditions, l'article publié en novembre 2006 dans Science par Boris Worm et 13 coauteurs12(*) a pu, à juste titre, prévoir la fin de la pêche océanique en 2048, en extrapolant les tendances actuelles - c'est-à-dire si aucune mesure de redressement n'est prise.

Ce qui reviendrait à ôter à l'humanité une source de protéines animales capitale, correspondant aux 85-90 millions de tonnes pêchées annuellement.

Mais cette pression de pêche a également des effets indirects désastreux :

- elle se traduit par l'importance des prises connexes rejetées à la mer qui est de l'ordre du tiers des prises utiles - qui peut atteindre jusqu'à 80 % de la biomasse pêchée (pour la pêche à la crevette en eaux tropicales),

- elle détruit les fonds par un chalutage meurtrier (plus de 30 % des pêches s'effectuent par chalutage sur les fonds et dans certaines zones de la mer du Nord, certains fonds sont raclés deux fois par an),

- du fait du plafonnement des prises habituellement pêchées, la pêche industrielle s'est attaquée aux espèces vivant sur les talus du plateau continental, à des profondeurs situées entre 300 et 700 m13(*). Cette pêche est relativement récente : le rapport publié en 2003 par l'Académie des sciences sur « Exploitation et surexploitation des ressources marines vivantes » note, par exemple, que la chasse à l'empereur en Atlantique Nord-est n'a commencé qu'en 1993.

Elle s'apparente à l'exploitation jusqu'à épuisement d'un gisement de pétrole. Car elle détruit les équilibres de renouvellement des écosystèmes des fonds moyens qui reposent sur des systèmes beaucoup plus longs que ceux de surface : la durée de vie de l'empereur est de 125 ans, et sa maturité sexuelle est tardive. La durée de vie du capitaine est de l'ordre de 60 ans. On est loin du cycle du hareng ou de l'anchois.

La pression de pêche peut également revêtir des formes très choquantes, comme celle qui consiste à capturer les requins, à découper leurs ailerons et à les rejeter à la mer.

(2) Le développement de l'aquaculture en milieu ouvert

Indirectement, le plafonnement des prises depuis 20 ans et l'accroissement de la demande en produits marins a eu comme conséquence le développement rapide des aquacultures marines en milieu ouvert.

En 1980, 9 % de l'aquaculture fournissant des poissons étaient consommés par l'humanité. Aujourd'hui, ce pourcentage atteint 45 %, étant précisé que l'aquaculture d'eau douce, notamment en Chine, demeure encore prédominante.

Or, le développement de l'aquaculture en milieu marin ouvert a des conséquences de plus en plus préoccupantes :

- le nourrissage des poissons carnassiers s'effectue majoritairement à l'aide d'huiles ou de farines de poissons. Rappelons que les pêches minotières représentent un peu moins du quart des prises annuelles (22 millions de tonnes sur 90 millions de tonnes). Antérieurement, les huiles et farines issues de ces pêches étaient très majoritairement utilisées dans les élevages, principalement avicoles ; aujourd'hui 53 % de l'offre de farine et 87 % de l'offre de l'huile sont destinées à l'aquaculture. Ces farines sont généralement produites à l'aide de prélèvements massifs d'alevins,

- le fermage, comme celui du thon en Méditerranée, est assis sur le prélèvement de juvéniles qui n'ont pas le temps de se reproduire,

- les effluents naturels de ces élevages polluent très fortement les milieux naturels. Dans le monde, le phosphate ne représente que 0,1 % en moyenne des pollutions des estuaires en milieu marin ; en Norvège, principal producteur mondial de saumons aquacoles avec le Chili, ce pourcentage est de 55 %,

- afin d'éviter la transmission de maladies, les élevages sont traités à l'aide de doses massives d'antibiotiques et de fongicides qui ne peuvent pas être sans effets sur les milieux naturels ambiants,

- enfin, on estime de 600 000 à 2 millions par an (soit entre le tiers et la totalité des effectifs de saumons sauvages de l'Atlantique Nord) le nombre de saumons qui s'évadent des élevages de la façade atlantique et qui peuvent être un facteur de modification génétique des espèces sauvages et un vecteur de transmission de parasites (comme le pou de mer) qui prolifèrent dans les élevages.

b) L'exploitation forestière non contrôlée s'accélère du fait de la hausse de la demande mondiale

Les forêts denses humides sont inégalement réparties dans le monde :

Source : CIRAD, Robert NASI

Elles hébergent une très grande biodiversité floristique (de 100 à 200 espèces à l'hectare en Amazonie brésilienne et jusqu'à 300 espèces à l'hectare en Equateur, contre 20 espèces à l'hectare dans les forêts européennes) et faunistique (80 % des insectes, 84 % des reptiles, 91 % des amphibiens et 90 % des primates).

Ces forêts sont très menacées par la hausse de la demande mondiale et l'organisation du marché.

(1) Une demande en hausse satisfaite en partie par des coupes illégales

La production annuelle de bois de coupe s'élève à 3 milliards de m3 dont environ 60 % de bois d'oeuvre et 40 % de bois de chauffe (mais 80 % des coupes en forêts tropicales et équatoriales sont utilisées comme bois de chauffe14(*)).

La déforestation annuelle atteint 13 millions d'hectares par an, soit 28 hectares par minute ou, annuellement, la surface de la Grèce.

Cette offre est appelée à subir une pression de demande croissante de la part des pays émergents : par exemple, de 1995 à 2005, les importations de bois de la Chine, ont triplé en volume15(*). Il est à noter que la Chine, qui ne représente que 7 % des importations mondiales, représente 40 % des importations du bois de zones à haut risque pour l'illégalité des coupes, comme la Malaisie ou l'Indonésie, et qu'elle commence à importer du bois des marchés africains et sud-américains.

Le danger qui en résulte est bien résumé par les estimations ci-après des coupes illégales suivant les pays :

Estimation des coupes illégales

Pays

Coupes illégales
(en % de production)

Source

Afrique

Bénin

80

SGS, 2002

Cameroun

50

Commission européenne, 2004

Ghana

Au moins 66

Birikorang, G. 2003

Mozambique

50-70

Del Gatto, 2003

Asie

Cambodge

90

Global Witness, 1999

Indonesie

Jusqu'à 66 %

73-88

World Bank 2006a, Schroeder-Wildberg and Carius, 2003

Malaisie

Jusqu'à 33

Dudley, Jeanrenaud et Sullivan, 1995

Amérique latine

Bolivie

80

Contreras-Hermosilla, 2001

Colombie

42

Contreras-Hermosilla, 2001

Equateur

70

Thiel, 2004

Honduras

75-85 de bois de coupe

30-50 de bois de chauffe

Richards et al, 2003

Nicaragua

40-45

Richards et al, 2003

Source : OCDE

Selon une étude de la Banque mondiale de 2002, le commerce de bois illégal atteindrait 23 milliards de $ et causerait des pertes estimées à 15 milliards de $ aux pays qui en sont victimes.

(2) Un équilibre de marché qui aboutit à des aberrations

L'absence de régulation et de transparence du marché des bois tropicaux et équatoriaux encourage la déforestation sauvage et décourage l'exploitation durable.

Puisque la progression de la demande est assurée par des fournitures parallèles provenant de coupes illégales, il n'y a pas de frein économique à la poussée de la déforestation.

Avec une double conséquence :

- comme la forêt vaut peu (au Brésil, 1 m3 de grumes coûte 1 $), il n'y a pas d'intérêt économique à la conserver,

- et, comme la ressource semble abondante, il n'existe aucun intérêt à mener une exploitation rationalisée. A titre d'illustration, seulement de 15 % à 20 % du volume des bois tropicaux abattus sont utilisés, alors que les experts admettent que l'on pourrait porter ce pourcentage à 40-50 % suivant les espèces et les milieux de coupes (cf. Deuxième Partie).

Ajoutons, pour conclure sur ce point, qu'émerge un phénomène pervers de contournement de protection de la biodiversité : certains pays émergents protègent leurs essences mais recourent à des importations plus ou moins légales qui proviennent de points chauds de la biodiversité.

3. Les pressions d'anthropisation des espaces

Cette anthropisation des espaces peut comporter des inconvénients d'un degré de gravité divers, de l'occupation simple à la destruction.

a) L'occupation des espaces

Celle-ci peut résulter soit de l'urbanisation, soit de l'implantation d'équipements qui minéralisent les sols ou facilitent la pénétration en milieux sauvages.

A titre d'illustration :

* près de 100 hectares par jour de milieux naturels sont détruits en Allemagne du fait de l'implantation d'habitations et d'équipements,

* au Brésil, la construction d'une route en milieu forestier intact aboutit peu à peu à la destruction de la biodiversité du milieu, jusqu'à 50 km de part et d'autre de cette route (évaluation WWF). Dans ce domaine, l'action d'équipement de la Banque mondiale en routes et barrages hydroélectriques - qui est par ailleurs bénéfique - a été, dans les années soixante-dix, un des vecteurs privilégiés de l'anthropisation et donc de la destruction de la biodiversité.

Cette pression d'occupation d'espaces naturels est très menaçante à terme, surtout si l'on considère l'expansion urbaine dans les pays en voie de développement et l'envol à venir des taux d'équipements automobiles (et donc des besoins en équipements routiers).

Mais les effets négatifs de cette emprise sur les espaces naturels ne se limitent pas aux destructions d'habitats ; ils ont aussi pour résultat de cloisonner et d'isoler les écosystèmes, ce qui constitue généralement un préalable à leur disparition.

b) La destruction d'espaces

Cette destruction prend des proportions inquiétantes lorsqu'il s'agit de substituer des cultures ou de l'élevage à la forêt. Le temps des essartages progressifs du Moyen-âge est passé et la grande agriculture industrielle a contribué à détruire en quelques décennies des surfaces supérieures à celle de la France ; c'est le cas de la culture du soja dans le Cerrado brésilien.

Mais cette destruction ne se limite pas nécessairement à une substitution totale du milieu anthropisé à un milieu sauvage, elle peut aussi avoir des conséquences directes sur les espaces environnants :

- la creveticulture en Thaïlande a été la cause directe de destruction de 50 % des mangroves de ce pays ;

- l'exploitation minière :

* Les sables bitumineux en Alberta :

A l'heure où s'annonce la pénurie des énergies fossiles conventionnelles, l'utilisation de nouveaux gisements d'hydrocarbures se développe.

Ces gisements promettent des réserves équivalant aux gisements d'Arabie saoudite.

Mais l'exploitation de ces ressources en milieu sensible, celui de la forêt boréale, pose avec brutalité la question de la préservation de l'environnement.

En effet, à la différence de l'exploitation du pétrole traditionnel par des forages, l'extraction des sables bitumineux se fait aujourd'hui par des techniques de carrières classiques.

Après destruction de la forêt boréale, puis décapage du sol végétal, commence l'exploitation des sables par la création de carrières gigantesques.

Sur des centaines de kilomètres carrés, la forêt est détruite, durablement, car sa reconstitution, lente, exigera plus d'un siècle.

A la destruction de la forêt boréale s'ajoute le risque de pollution massive d'un des grands fleuves de l'ouest américain, l'Athabaska, dont les gorges, somptueuses, sont situées à quelques centaines de mètres de lacs artificiels d'eau polluée.

* L'exploitation minière dans les DOM-TOM français :

- Les territoires ultramarins de la France en font une des nations les plus riches en biodiversité. Malheureusement notre pays, qui essaie de fédérer les efforts de respect de la biodiversité à l'échelon mondial, prend assez peu garde à la protection de celle qu'elle héberge sur son territoire.

On en donnera deux illustrations :

- L'exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie :

La Nouvelle-Calédonie recèle une des flores endémiques les plus riches du monde et héberge des récifs coralliens uniques.

Cette flore endémique est caractérisée par l'existence de communautés de plantes peu nombreuses et fixées sur des aires de répartition très étroites, donc très vulnérables.

Actuellement, 250 espèces sont menacées par l'extension des mines de nickel dont les remblais stériles sont simplement rejetés à côté de l'exploitation ; le ruissellement aidant, ces rejets sont également la source d'une hypersédimentation qui porte atteinte aux récifs coralliens.

- L'orpaillage en Guyane :

Le parc de Guyane, créé en février 2007, se compose de deux types d'espaces : une zone « coeur » et une zone dite d'« adhésion » où sont autorisées les activités industrielles et, par voie de conséquence, l'orpaillage. Ce parc héberge 2500 habitants mais 10 000 orpailleurs, dont 9 000 il-légaux. La Guyane est, dans ce domaine, une zone de non-droit.

Non seulement les enquêtes publiques exigées par la loi pour les autorisations d'exploitation (PEX) ne sont pas menées préalablement à l'attribution de permis mais, par surcroît, les exploitations illégales se multiplient.

A l'occasion d'un vol de 100 km au-dessus de la forêt guyanaise, un de vos rapporteurs a dénombré plus d'une dizaine de zones d'exploitation aurifères dont aucune n'était légale.

L'orpaillage non seulement dévaste les espaces forestiers, mais il détruit les lieux de cultures indiennes, épand du mercure dans le fleuve16(*) et en augmente fortement la turbidité, ce qui trouble les systèmes piscicoles.

Avec un bénéfice économique et social qui reste à mesurer car une grande partie de l'or est évacuée clandestinement vers le Surinam ou le Brésil...

4. L'accroissement des échanges internationaux renforce les invasions biologiques

a) Un phénomène qui n'est pas récent

Qu'elles soient spontanées ou consécutives à l'intervention humaine, les invasions biologiques sont une des causes importantes de réduction de la biodiversité.

Ces invasions ne sont pas récentes et l'homme en a souvent été le principal responsable.

Entre 1600 et aujourd'hui, plusieurs études convergentes montrent que ces introductions d'espèces par l'homme sont à l'origine de l'extinction documentée de :

- 90 % des 30 espèces de reptiles et d'amphibiens disparus,

- 93 % des 176 espèces ou sous-espèces d'oiseaux (particulièrement en milieu insulaire),

- et de 81 % des 65 espèces de mammifères disparus.

Une étude menée en 2005 par des chercheurs de l'INRA montre que le taux séculaire d'invasions de vertébrés en France depuis le début de l'holocène (fin de la dernière glaciation), très faible jusqu'en 1600 - s'est accéléré au cours du XXème  siècle.

Source : INRA Rennes

b) L'amplification du fait de la croissance des échanges maritimes et aériens

Ce mouvement est actuellement amplifié par le développement du commerce international, maritime et aérien.

En particulier, les déballastages maritimes sont porteurs d'invasions biologiques qui peuvent complètement bouleverser les écosystèmes :

- la moule zébrée et la moule quagga (originaires du bassin du Dniepr), introduites dans les Grands lacs américains, étouffent les espèces locales, entrent en concurrence alimentaire avec d'autres éléments du biotope, et favorisent les développements des algues bleues-vertes toxiques, qu'elles rejettent, alors qu'elles se nourrissent d'autres algues dont le développement inhibait celui de ces algues toxiques ;

- dans la Manche, les crépidules apportées, en 1944, par les péniches de débarquement, prolifèrent ;

- dans le même milieu, le mille-feuille d'eau eurasien et la lentisque de Floride ont pratiquement supprimé les plantes aquatiques autochtones ;

- toujours dans les Grands lacs, la lamproie de mer introduite dans ce milieu à partir de 1920 a failli détruire la truite autochtone,

- dans la mer Baltique, la puce d'eau, originaire de la mer Caspienne, se nourrit de zooplancton au détriment des alevins de sprat et de hareng,

- enfin, on relèvera qu'une espèce continentale de cormoran a récemment immigré vers l'Europe à partir de l'Est du bloc continental européen et menace une partie de la diversité piscicole européenne (anguilles, saumons sauvages, etc.), on évalue leur nombre en Europe à un million de couples. Mais cette espèce est protégée par la Directive « oiseaux » de l'Union européenne qu'il conviendrait de modifier sur ce point.

Les invasions biologiques imputables au développement du trafic aérien portent plutôt sur les insectes, comme l'introduction récente en Europe du frelon asiatique, contre lequel les abeilles autochtones ne peuvent pas lutter.

* 11 D'autres estimations, issues de l'article de B. Worm (cf. infra), publié dans « Science », considèrent que 25 % des espèces sont au seuil d'effondrement (c'est-à-dire que les pêcheurs ne ramènent plus que 10 % de ce que prenait la génération précédente).

* 12 « Impacts of biodiversity loss on ocean ecosystem service »

* 13 En 20 ans, la profondeur moyenne des chalutages est passée de 100 m. à plus de 300 m.

* 14 En 2003, seulement 2 % du bois de chauffe ont fait l'objet d'échanges internationaux.

* 15 Table ronde sur le développement durable, OCDE, janvier 2007.

* 16 Quoiqu'une partie de ce mercure soit naturellement présente dans le bouclier géologique guyanais.