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Brésil : le géant vert ?

 

II. UNE PUISSANCE INDUSTRIELLE ÉTABLIE

Aux côtés d'une économie agricole dynamique, le Brésil dispose d'un appareil industriel très diversifié. Celui-ci est le résultat d'un processus d'industrialisation qui s'est accéléré après la seconde guerre mondiale. L'existence d'industries hautement sophistiquées, comme l'aéronautique, et la présence d'un des pôles économiques parmi les plus importants au monde au sein de l'Etat de São Paulo, constituent autant de traits saillants de ce haut degré de développement industriel, à l'origine de l'essor des exportations de biens manufacturés. Le pays a ainsi acquis un rang mondial dans plusieurs secteurs : le Brésil est ainsi le premier constructeur mondial d'avions régionaux et occupe le cinquième rang pour le caoutchouc, le septième pour le papier, le huitième pour l'acier et la plasturgie, le neuvième pour l'automobile et le onzième pour la chimie.

A. LA PRÉPONDÉRANCE DE DEUX ÉTATS FÉDÉRÉS AU SEIN DE L'APPAREIL INDUSTRIEL

1. Le pôle industriel de São Paulo

L'Etat de São Paulo (40,5 millions d'habitants) joue un rôle prépondérant au sein de l'économie brésilienne. Regroupant environ 22 % de la population brésilienne, cet Etat représente 31 % du PIB national, 30 % de la consommation brésilienne et 50 % de la recherche scientifique, et concentre près de la moitié des sièges des 500 plus grandes entreprises brésiliennes. L'Etat de São Paulo est le troisième produit intérieur brut de l'Amérique latine, la ville se situant quant à elle à la cinquième place.

Cet Etat est, à l'image du Brésil, une puissance agricole, la filière agroalimentaire représentant 40 % de son PIB. 70 % de sa surface, soit 18 millions d'hectares, est exploitée pour l'agriculture et l'élevage. Il s'agit du premier Etat fédéré producteur de canne à sucre, de jus d'orange, de légumes, de viande bovine et d'oeufs. Il occupe par ailleurs la troisième place pour le maïs et le café et le cinquième rang pour le coton. Enfin, comme le montrera la seconde partie du rapport, l'Etat de São Paulo joue un rôle majeur au sein de la filière sucre/éthanol.

L'Etat n'en est pas moins une puissance industrielle, notamment dans le secteur de la transformation. Son territoire concentre 40 % de l'industrie métallurgique du Brésil, 50 % de son industrie mécanique, 40 % de son industrie d'équipements électriques, 60 % de son industrie chimique et 70 % de son industrie pharmaceutique. Il compte également plus de 150 banques commerciales et une quinzaine de banques de développement. La ville de São Paulo accueille 68 % des opérations financières du Brésil et demeure de loin la première place où s'effectuent les flux de capitaux dans le pays.

Votre délégation aura eu notamment l'occasion de s'entretenir avec les responsables de la puissante Fédération des industries de São Paulo (FIESP), en particulier M. Paulo Skaf, son président depuis 2007.

La Fédération des industries de São Paulo (FIESP)

Créée en 1942, la FIESP est aujourd'hui la première organisation patronale du Brésil. Réunissant 132 syndicats patronaux des différents secteurs industriels (alimentaire, textile, métallurgie, BTP ou mécanique), elle rassemble près de 140.000 entreprises représentant, selon ses évaluations, 42 % du PIB industriel et 60 % des exportations de produits manufacturés du pays.

Le rôle de la FIESP est de coordonner et de protéger les intérêts des industriels de l'Etat, notamment vis-à-vis des autorités fédérales, et de soutenir la compétitivité du tissu économique. Elle effectue également des recherches et des études visant à tracer le panorama de l'industrie et de ses différents secteurs d'activité ainsi que leurs perspectives d'évolution.

La FIESP administre par ailleurs trois organisations distinctes :

- le SESI (service social de l'industrie), entité de droit privé créée en 1946 dont l'objectif est d'apporter une assistance sociale aux travailleurs industriels dans tout le pays ;

- le SENAI (service national d'apprentissage industriel), créé en 1942 et qui regroupe 149 écoles diplômant annuellement près de 700.000 professionnels ;

- l'IRS (institut Roberto Simonsen), forum de discussions politiques, économiques et sociales dont l'objectif est d'organiser des débats entre entrepreneurs.

La FIESP dispose d'un budget annuel de près de 260 millions d'euros. Elle est structurée autour de dix départements thématiques, dont l'un est consacré aux relations internationales et au commerce extérieur (DEREX). Le rôle de cette direction est d'assurer le suivi des négociations et accords internationaux auxquels participe le Brésil et d'informer les industriels brésiliens des modalités pratiques du commerce extérieur.

Par ailleurs, la prépondérance industrielle de l'Etat est renforcée par la présence sur son territoire de deux pôles d'excellence dans les secteurs de l'automobile et de l'aviation civile. Située à São Jose dos Campos, l'entreprise Embraer dispute aujourd'hui la troisième place de constructeur d'avions au monde avec le canadien Bombardier et détient environ 46 % du marché mondial des avions à réaction régionaux (30 à 120 sièges). Sous l'impulsion de l'entreprise, plusieurs équipementiers brésiliens ont commencé à se donner les moyens d'être compétitifs sur le marché mondial en fournissant du matériel de qualité, même si le pays reste fortement importateur de pièces aéronautiques.

Malgré ces atouts économiques, le poids prédominant de l'Etat de São Paulo s'amenuise progressivement en raison du développement industriel des autres Etats du Brésil. A titre d'exemple, la part de l'Etat dans le PIB national est de 31 % aujourd'hui alors qu'elle s'élevait à 36 % en 1985. De même, le poids de l'industrie manufacturière de la région métropolitaine de São Paulo, qui était de 42,2 % en 1970, est passé à 15,6 % en 2004.

2. L'Etat de Rio de Janeiro

L'économie de l'Etat de Rio de Janeiro27(*) se place, en termes de PIB, au second rang derrière São Paulo. Elle présente cependant des fragilités puisque l'industrie pétrolière, tout en étant à l'origine de son récent redémarrage, est au coeur de son déficit commercial, le Brésil étant contraint, faute de capacités nationales de raffinage suffisantes, d'exporter le pétrole brut extrait de son sol pour le faire traiter. Toutefois, selon certaines estimations, le PIB de l'Etat aurait augmenté de plus de 5 % en 2005. Les deux principaux secteurs responsables de cette progression ont été l'industrie extractive et l'industrie de transformation, cette dernière ayant enregistré une croissance de 7,7 %.

Depuis la libéralisation du secteur pétrolier en 1999, l'activité d'exploration a attiré plus de trente compagnies étrangères ou nationales qui opèrent dans la baie de Campos28(*). De grandes multinationales pétrolières sont associées à Petrobras, entreprise à capitaux majoritairement publics, par le biais d'accords conclus dans le domaine de l'exploration et de la production. La production pétrolière de l'Etat a atteint 1,8 million de barils par jour en 2006, soit 84 % de la production nationale. Au surplus, le dynamisme de ce secteur a tiré dans son sillage d'autres activités industrielles comme la construction navale ou la pétrochimie.

Le secteur des services joue également un rôle important dans l'économie de Rio de Janeiro. L'Etat accueille des pôles d'activité dans le domaine des télécommunications -quatre des principaux opérateurs de téléphonie fixe et mobile ont leur siège dans l'Etat- et des médias. Le secteur informatique génère quant à lui un chiffre d'affaires significatif et totalise 8.500 entreprises fournissant près de 40.000 emplois directs.

* 27 L'Etat regroupe 15,4 millions d'habitants.

* 28 Selon les responsables de Petrobras rencontrés par votre délégation, les réserves de brut de la baie de Campos seraient supérieures à celles du Golfe du Mexique.