3. Un effet de levier formidable

Outre cette progression spectaculaire, il convient d'insister sur l'effet de levier que représentent les semiconducteurs. C'est ce que les spécialistes du secteur appellent « la pyramide inversée » de la filière silicium, et qu'illustre le tableau suivant :

Le produit intérieur brut mondial étant évalué à 46.000 milliards de $, l'industrie des semiconducteurs contribue pour plus de 10 % de la richesse mondiale.

La croissance de la microélectronique
et son effet de levier sur la croissance mondiale

Source : Medea +

Au niveau mondial, le secteur de la téléphonie mobile développé depuis 10 ans seulement génère un chiffre d'affaires de 400 milliards de $ et 6 millions d'emplois.

En France, les seuls revenus de la connectivité et des services haut débit sont estimés à 80 milliards d'euros pour l'année 2006, auxquels s'ajouterait l'effet de croissance indirecte induite évaluée à près de 60 milliards d'euros par an, soit au total un point de croissance annuelle.

L'exemple de la téléphonie mobile illustre parfaitement l'effet levier du secteur des semiconducteurs.

Source : STMicroelectronics

4. Un secteur stratégique pour la compétitivité des entreprises et l'indépendance nationale

Avec l'augmentation des performances, la réduction de la taille et la baisse du coût des circuits intégrés, les semiconducteurs ont quitté leur domaine d'application d'origine - les applications militaires et la grande informatique - pour conquérir d'autres applications telles que les télécommunications, les produits grand public, l'automobile et les systèmes de contrôle et d'automatisation industrielle comme le montre le tableau ci-dessous.

Prévisions à long terme pour le marché des semiconducteurs
Applications

Source : STMicroelectronics

Aujourd'hui, la « pervasion » de la microélectronique dans tous les secteurs d'activité oblige les entreprises à maîtriser les technologies qui y sont liées si elles veulent rester compétitives.

Quelques exemples concrets permettront de mesurer les enjeux.

Dans le secteur automobile, l'électronique joue un rôle croissant : alors qu'en 2000, elle ne représentait en moyenne que 22 % du prix d'un véhicule, elle devrait s'élever respectivement à 35 % du prix en 2010 et à 40 % en 2015. L'électronique joue notamment un rôle décisif pour améliorer la performance des moteurs, renforcer la sécurité des passagers (système ABS...) et rendre les trajets plus confortables.

Dans l'aéronautique, le développement de l'avionique, à savoir l'ensemble des équipements informatiques et électroniques facilitant le pilotage et le guidage de l'avion, constitue un enjeu majeur pour les constructeurs et leurs fournisseurs. On peut ainsi citer le rôle des radios et des systèmes de télécommunication, des radars, du pilotage automatique, du système d'atterrissage aux instruments en cas de mauvais temps ou encore des commandes de vol électriques dans les modèles les plus récents.

Il convient de remarquer que dans les deux secteurs mentionnés précédemment, s'ajoutent aux soucis de performances techniques et économiques des décennies précédentes de nouvelles exigences environnementales et sociétales. Concrètement, les voitures et avions du futur devront polluer moins et être plus sûrs.

Ainsi, l'industrie aéronautique européenne s'est fixée pour 2020 des objectifs ambitieux :

- réduction du niveau du bruit de 50 % ;

- réduction des émissions de CO2 de 50 % et de NOx de 80 % ;

- coût moyen du transport aérien réduit de 30 % ;

- amélioration de la disponibilité des avions ;

- voyage convivial et confortable avec accès à de nouveaux services ;

- taux d'accident d'avion réduit d'un facteur 5.

Or, la satisfaction de ces objectifs exigera la mise en place de technologies de rupture car les solutions techniques actuelles sont déjà proches de leur rendement maximum.

Par ailleurs, seules les entreprises ayant une avance technologique dans le domaine de la microélectronique pourront prétendre à un leadership dans les nouveaux marchés liés au développement des communications, à la réduction de la consommation d'énergie, à la santé, aux divertissements et à la sécurité.

Il apparaît ainsi que l'industrie des semiconducteurs structure l'ensemble de l'économie dans la mesure où elle sert de brique de base dans la plupart des secteurs d'activité : sans industrie des semiconducteurs performante, les autres secteurs ne peuvent pas être compétitifs.

A cet égard, la plupart des industriels interrogés sur ce sujet ont souligné les limites du libre échange pour certaines technologies clés en faisant remarquer que les « entreprises japonaises de semiconducteurs travaillaient d'abord pour les grands groupes japonais » et que « les entreprises américaines servaient avant tout les Etats-Unis ». Cette préférence nationale peut se traduire de deux manières.

D'une part les performances de certaines technologies exportées peuvent être bridées.

Un représentant du ministère de la défense entendu par votre rapporteur a cité l'exemple suivant : le programme d'armement FELIN  vise à doter les fantassins (de l'armée de terre) en équipements et liaisons intégrés : il comporte des capacités de vision de nuit et de communication. Or, des problèmes de bridage des performances sont rencontrés sur l'intensificateur de lumière issu de la société américaine INTEVAC.

D'autre part, l'incorporation de ces technologies dans des systèmes plus complexes peut donner un droit de regard sur l'utilisation de ces derniers à l'Etat de l'entreprise pourvoyeuse de ladite technologie. Ainsi, dans des secteurs sensibles et très concurrentiels comme les équipements militaires et le spatial, des entreprises européennes ont rencontré des difficultés pour l'exportation de leurs produits parce qu'elles étaient soumises à l'aval des autorités américaines.

Au-delà de la compétitivité des entreprises, l'industrie des semiconducteurs joue donc un rôle primordial dans le maintien de l'indépendance nationale.

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