Allez au contenu, Allez à la navigation



Marée amère : pour une gestion durable de la pêche

 

2. Les exemples étrangers

A l'étranger, votre rapporteur voudrait citer l'exemple de deux pays dans lesquels les relations entre les scientifiques, les pêcheurs et les décideurs politiques sont plus sereines et constructives. Les scientifiques français de l'IRD sont d'ailleurs souvent les premiers à s'étonner et à s'alarmer de la situation dans notre pays au regard de leurs expériences à l'étranger où ils coopèrent avec d'autres scientifiques mais également avec des pêcheurs locaux au Pérou, en Afrique du Sud ou en Afrique de l'Ouest.

a) Le Canada

Le Canada est un bon exemple de la qualité possible des relations entre pêcheurs, scientifiques et décideurs politiques. Il a toutefois été nécessaire d'en passer par une grave crise avant d'obtenir un changement des comportements. Cette crise est survenue lorsque de manière plutôt inattendue, le Gouvernement a pris la décision d'arrêter la pêche à la morue en 1992. Cette décision a été d'autant plus spectaculaire que les bancs de Terre Neuve avait été exploités pendant plus de 500 ans. Il est probable que cette décision n'aurait pas encore aujourd'hui une aussi grande répercussion si la ressource s'était reconstituée et si la pêche avait pu reprendre. Elle n'aurait pas non plus cet écho si l'effondrement du stock était le résultat d'une surexploitation au mépris total d'un avis scientifique unanime.

Au contraire, aucun des protagonistes n'avait vraiment vu venir le drame. Les scientifiques que votre rapporteur a rencontrés au Canada expliquent que, avec le recul, en reprenant les données de l'époque, il aurait été possible de prévoir l'effondrement, mais ils reconnaissent que cela n'avait pas été le cas. Certes, les avis scientifiques n'avaient pas toujours été suivis, mais aucun chercheur ne peut prétendre avoir eu raison avant et contre tous les autres. De même, comme votre rapporteur l'a déjà indiqué, il n'était pas prévu que le stock ne se reconstituerait pas, voire continuerait de décroître malgré l'arrêt de la pêche. L'hypothèse qui, progressivement, s'impose comme l'explication principale, c'est-à-dire un changement systémique irréversible du milieu naturel, est le fruit d'une quinzaine d'années de recherche.

Face à cette situation, votre rapporteur a rencontré au Canada des scientifiques particulièrement modestes et prudents quant à leurs évaluations, à leurs résultats et à leurs prévisions. Il n'est sans doute pas exagéré de dire qu'ils sont encore choqués par le changement de civilisation qu'ils ont vu se produire dans le domaine de la pêche.

Dans la situation de forte turbulence, de drame social et d'incertitude scientifique qui a prévalu dans les années qui ont suivi l'arrêt de la pêche, le dialogue entre scientifiques et pêcheurs s'est imposé comme une obligation. Les scientifiques l'on présenté comme leur ayant été imposé par le pouvoir politique et par les circonstances. Ils ont désormais l'obligation de débattre avec les pêcheurs, d'expliquer leurs résultats et de prendre en compte leur expertise en complément de leurs données. Ces échanges ouverts à tous, restent parfois un peu heurtés.

Néanmoins, bien qu'allant au-delà de ce qu'ils souhaiteraient, les scientifiques canadiens rencontrés par votre rapporteur reconnaissent l'avantage d'une relation de confiance avec les pêcheurs. Ceux-ci acceptent désormais sans difficulté d'être parties prenantes dans des campagnes scientifiques, de communiquer sur leurs prises et de conforter ou d'infirmer les évaluations de stock des scientifiques. L'un d'entre eux expliquait notamment que cela était indispensable pour avoir une connaissance géographique fine des bancs de poissons notamment pour juger de leur abondance ou du succès de la reproduction. Il soulignait combien le dialogue prenait corps sur les quais et dans les ports et nécessitait qu'il n'hésite pas à se déplacer et à être transparent à leur égard sur ses propres résultats.