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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

c) L'élection de Mahmoud Abbas en 2005

Quand Yasser Arafat meurt le 11 novembre 2004, Mahmoud Abbas lui succède très naturellement. Il a fait partie des fondateurs du Fatah en 1959, sous le nom de guerre d'Abou Mazen. Il avait fait partie de l'aile radicale du mouvement et avait été l'un des organisateurs de l'attentat de Munich contre l'équipe olympique israélienne en 197217(*). Il était un fidèle compagnon de route d'Arafat qu'il a suivi dans tous ses exils, avait participé au lancement des négociations secrètes d'Oslo et avait été Secrétaire général de l'OLP. En outre, il avait été Premier ministre de l'Autorité palestinienne et, même s'il s'est opposé à Arafat pour tenter d'asseoir son autorité sur l'administration, il a une expérience du pouvoir et jouit d'une aura certaine dans la société palestinienne.

Dès le début de la seconde Intifada, il avait demandé l'arrêt des attaques contre Israël, ce qui l'avait mué en un « interlocuteur acceptable ». Il bénéficie également du soutien des puissances occidentales qui avaient imposé à Arafat de créer pour lui le poste de Premier ministre en 2003. En outre, sa candidature était favorisée par l'emprisonnement en Israël de son principal concurrent, Marwan Barghouti, centriste laïc ayant joué un rôle de « chef de guerre » au début de la seconde Intifada.

Enfin, bien qu'opposé au Hamas et au Jihad islamique, il n'avait pas obtenu le contrôle des forces de sécurité, ce qui en faisait un candidat acceptable pour l'ensemble des Palestiniens.

Contre Mahmoud Abbas, le Hamas ne présente aucun candidat aux élections présidentielles puisqu'il persiste à refuser d'intégrer les institutions créées par les accords d'Oslo. Fort de cette absence de candidat et de son équation personnelle, Mahmoud Abbas remporte largement l'élection présidentielle le 9 janvier 2005.

Son élection change profondément la donne. Comme l'écrit l'historien Henry Laurens : « Yasser Arafat a mené une politique compliquée d'équilibre entre le Fatah et le Hamas. Il s'en est toujours tenu à son principe cardinal : refuser toute guerre civile chez les Palestiniens, quitte à ruser, à mentir ou à se désavouer d'un jour sur l'autre. »18(*). L'élection de Mahmoud Abbas, en tant que président de l'Autorité palestinienne, marque la fin de cette politique d'équilibre, d'autant que le Hamas, changeant de stratégie et achevant sa mutation de mouvement social en force politique, aspire à prendre la tête de la représentation palestinienne.

* 17 V. Henry Laurens - interview donné au JDD, le 09 janvier 2009 intitulé : « Abbas n'a rien apporté. »

* 18 Interview précitée