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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

3. L'Iran après le 11 septembre 2001

Les attentats du 11 septembre ont brutalement changé l'environnement extérieur de l'Iran.

Tout d'abord, les deux plus grands adversaires régionaux de l'Iran, les talibans à l'est et Saddam Hussein, à l'ouest, furent évincés. Un fossé séparait les talibans afghans, sunnites et fondamentalistes, des chiites iraniens. Quant à Saddam Hussein, il n'avait jamais cessé d'être tenu pour le principal adversaire du régime iranien.

En dépit de son opposition officielle à l'invasion de l'Afghanistan en 2001, le Gouvernement iranien avait observé une neutralité bienveillante vis-à-vis des forces américaines, proposant même de secourir les pilotes américains récupérés en territoire iranien. Durant le conflit, les autorités iraniennes avaient aidé les forces d'Ismaël Kahn (ancien gouverneur de la province d'Herat) en lutte contre les talibans. Enfin, l'Iran avait joué un rôle important à la conférence de Bonn, fin 2001, qui avait présidé à la formation du Gouvernement afghan.

Mais alors que l'Iran était étranger aux attentats du 11 septembre, et en dépit de son attitude coopérative, la République islamique avait été rangée par Georges W. Bush, lors de son discours sur l'état de l'Union du 29 janvier 2002, parmi les Etats de l'« axe du mal ». Par la suite, Washington mena une politique systématiquement hostile à la République islamique, décrite comme une menace pour le monde. Washington alla jusqu'à en appeler à un « changement de régime » en raison du soutien donné par l'Iran au « terrorisme international », en l'espèce au Hezbollah et aux mouvements radicaux palestiniens, le Hamas et le Jihad islamique.

La rhétorique de la Maison Blanche, jointe à la présence militaire américaine aux frontières de l'Iran, furent perçues à Téhéran comme des menaces existentielles. Elles peuvent expliquer la reprise ou la poursuite d'un programme nucléaire clandestin, destiné à sanctuariser son territoire grâce à l'arme atomique.

4. L'extrémisme verbal d'Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad est issu de la droite islamique, conservatrice et religieuse. Membre des pasdarans, il est un exemple parfait de ces « ingénieurs islamistes » qui se sont illustrés dans d'autres mouvements fondamentalistes. Élu maire de Téhéran en 2003, il se pose en leader d'une seconde révolution visant à éradiquer la corruption et les valeurs occidentales. Il remet en cause, dans sa municipalité de Téhéran, les réformes libérales du président Khatami. Les valeurs qu'il défend sont celles des « déshérités ». Il s'appuie sur les basidj, milice musclée auxiliaire des pasdarans.

Ahmadinejad se présenta à l'élection présidentielle de juin 2005 et arriva, à la surprise générale, en deuxième position avec 19,4 % des voix derrière l'ancien président Hachemi Rafsandjani qui ne totalisa que 21,1 % des voix. Lors du second tour, le 24 juin, Ahmadinejad affronta Rafsandjani et l'emporta largement avec 61,69 % des voix contre 35,93 % à Rafsandjani.

En octobre 2005, Ahmadinejad, dans un discours consacré à Israël, déclara qu'il adhérait aux propos de l'Ayatollah Khomeiny, selon qui « ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps ».

Après la publication des caricatures de Mahomet en décembre 2005, il dénonça le « mythe du massacre des Juifs » et proposa de créer un État juif en Europe, aux États-Unis, au Canada ou encore en Alaska. Il mit en doute la réalité de la Shoah, qualifiant Israël de « tumeur », et demandant à l'Allemagne et à l'Autriche de céder une partie de leur territoire pour établir l'État d'Israël.

Ces déclarations incendiaires suscitèrent une vive réprobation en Occident et contribuèrent à la dégradation de l'image de l'Iran dans les pays occidentaux. Les Etats européens furent tentés de rejoindre la position américaine, selon laquelle il était impossible de négocier avec le régime iranien devenu une menace à combattre. On retrouve cette thèse chez un certain nombre d'Etats du Golfe qui, inquiets des ambitions de l'Iran et du déclin des sunnites en Irak, dénoncent, selon la formule du roi Abdallah II de Jordanie, la naissance d'un « croissant chiite ».

Deux éléments tempèrent cet apparent retour à une politique d'expansionnisme islamiste.

D'une part, la politique étrangère iranienne n'est pas du ressort du Président mais du Guide suprême. Or, depuis son accession au pouvoir, en 1989, Ali Khamenei a fait preuve de pragmatisme et a fait de la défense de ses intérêts nationaux la priorité de la politique iranienne.

D'autre part, les déclarations antisionistes et antisémites ne datent pas d'Ahmadinejad. Elles sont malheureusement fréquentes depuis la Révolution et ne signifient nullement que l'Iran est prêt à se lancer dans une aventure militaire contre Israël, dont il n'aurait du reste pas les moyens. Elles ont pour but de permettre à Ahmadinejad de flatter la « rue arabe » et d'en faire le défenseur le plus intransigeant de la cause arabe.

L'audience de l'Iran dans le monde musulman n'en reste pas moins limitée. Les mouvements d'inspiration salafiste, à l'image d'Al-Qaïda honnissent l'Iran, phare du chiisme au Moyen-Orient. Quant aux Gouvernements sunnites, notamment ceux du Golfe, ils observent la montée en puissance de l'Iran avec inquiétude. Seule la Syrie reste l'alliée fidèle de Téhéran, efficace contrepoids face aux Etats-Unis et allié utile au Liban.

En résumé, la politique étrangère d'Ahmadinejad se nourrit de déclarations outrancières qui plaisent à l'opinion publique arabe, sans inquiéter réellement les Gouvernements sunnites de la région.