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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

CHAPITRE III - LES FRAGILITÉS

Outre les fragilités d'ordre général évoquées dans le chapitre premier, trois zones de fragilités existent au Moyen-Orient. La première concerne le Yémen. Occupant une position stratégique entre la Corne de l'Afrique et l'Orient arabe permettant de contrôler le détroit de Bab-el-Mandeb, ce pays n'est pas encore un Etat failli. Mais il est en passe de le devenir. Son président n'a d'autorité que sur Sanaa, sa capitale. Sa population est au bord de la famine. Son relief de hautes vallées encaissées sert de refuge à des membres d'Al-Qaïda et son armée affronte pour la sixième fois une rébellion coriace dans le nord. La deuxième fragilité résulte, bien sûr, de la situation en Irak. Est-ce que ce pays restera uni après le départ des forces américaines ? Enfin, les élections du 7 juin 2009 au Liban ont marqué la victoire du camp pro-occidental du 14 mars. Cette victoire, dont on peut se réjouir, ne doit pas masquer l'importance du confessionnalisme dans ce pays et l'impossibilité d'en dépasser les clivages.

I. L'ANARCHIE AU YÉMEN

Le Yémen est l'homme malade de la péninsule arabique. Idéalement situé au sud de l'Arabie saoudite et à l'ouest du sultanat d'Oman, sur un territoire d'une taille équivalente à celui de la France, il est, avec 24 millions d'habitants, le pays le plus peuplé, mais aussi le plus pauvre de la péninsule arabique.

Il dispose néanmoins de quelques atouts : un peu de pétrole et de gaz ainsi qu'un potentiel touristique et culturel important. L'ancienneté de sa civilisation, la beauté de ses paysages, le charme de son urbanisme et l'hospitalité de ses habitants font de lui un pays captivant et lui ont valu dans l'antiquité le nom d'Arabie heureuse : Arabia felix.

Pourtant ce pays a raté le train du développement et souffre de problèmes endémiques tels que la corruption, la mauvaise administration, le manque d'eau et la surconsommation du qat, cette drogue qui anesthésie la population et la rend léthargique.

A. LES SIX PLAIES DU YÉMEN

1. L'absence d'Etat et une réunification manquée

On parle souvent du Yémen comme d'un Etat failli. Or, il n'y a pas eu un Yémen, mais deux Yémen. Celui du Nord, des hauts plateaux où la géographie et les rivalités tribales favorisent l'émiettement et se prêtent à la guérilla. Celui du Sud, dont Aden est le port sur l'océan Indien et qui a toujours aspiré à l'indépendance. Celui-ci comprend l'Hadramaout, berceau de la famille Ben Laden, qui prolonge géographiquement le désert d'Arabie saoudite.

A cette diversité géographique se superpose une division historique. La partie septentrionale du Yémen fit partie de l'Empire ottoman jusqu'en 1918. La monarchie, ou Imamat, y fut abolie en 1962, date à laquelle le pays prit le nom de République arabe du Yémen. La partie méridionale correspond à l'ancien hinterland britannique formé progressivement, à partir de 1839, autour du port d'Aden. Après le départ des troupes britanniques en 1967, un État indépendant vit le jour, qui prit le nom de République démocratique populaire du Yémen et se rangea dans le camp soviétique.

Le 22 mai 1990, la République arabe du Yémen et la République démocratique populaire du Yémen fusionnèrent pour former la République du Yémen. A peine formé, le Yémen soutint l'Irak durant la première Guerre du Golfe, ce qui lui valut des représailles de la part des Etats-Unis et surtout de l'Arabie saoudite qui expulsa de son royaume un million de travailleurs yéménites.

L'unification des deux régions fut un échec. Les nordistes abusèrent de leur pouvoir et mirent en coupe réglée les populations du sud. En 1994, le Yémen du Sud tente vainement de faire sécession sous le nom de "République démocratique du Yémen", avant de retomber sous la coupe du Gouvernement de Sanaa. Les cicatrices de la division n'ont toujours pas disparu.