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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

3. Jihadisme et islamico-nationalisme

Comme l'a montré Olivier Roy, Al-Qaïda est une organisation déterritorialisée, globale, relativement coupée des enjeux du Moyen-Orient, sans ancrage politique dans la population musulmane. Les radicaux d'Al-Qaïda sont « déterritorialisés » : leur pays de naissance n'est pas celui où ils entrent en action. Les pilotes des appareils qui ont percuté les tours du Word Trade Center ont eu des parcours totalement différents de ceux des médecins terroristes de Grande-Bretagne de juin 2007.

Al-Qaïda ne cherche pas à contrôler un territoire, mais à faire vivre le « conflit des civilisations » en infligeant aux puissances occidentales, au premier rang desquelles il y a les Etats-Unis, des dommages dont les médias amplifieront l'image. Celle-ci est plus importante que la réalité du mal infligé. Comme l'écrit Olivier Roy, « Al-Qaïda a besoin de ceux qui la diabolisent, car la perception induit l'action politique ». 54(*)

Il en va tout différemment des mouvements islamico-nationalistes. Même s'ils placent l'Islam au coeur de leur combat, ils inscrivent leur projet à l'intérieur de territoires bien définis -la Palestine, le Liban et l'Afghanistan, le Pakistan- et ils ont pour objectif, certes l'islamisation de la société, mais aussi la libération de leur pays. Il y a bien au sein de ces mouvements des divergences, voire des affrontements, entre ceux qui considèrent qu'il convient d'abord d'islamiser la société avant de la libérer -c'était la position de Cheikh Yacine avant la création du Hamas- et ceux qui, au contraire, affirment que l'islamisation n'interviendra que si le territoire a d'abord été libéré de l'emprise étrangère, directe ou indirecte. Ces divergences importent peu. Il s'agit de mouvements de « libération nationale » dont les objectifs sont très différents de ceux d'Al-Qaïda, même si l'invocation de l'Islam et leurs modes opératoires, en particulier le recours aux attentats-suicides, sont les mêmes.

* 54 Olivier Roy : « Le Croissant et le Chaos » p 169.