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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

II. LA PRÉSENCE DE L'EUROPE AU MOYEN-ORIENT

On déplore souvent « l'absence de l'Europe » dans les affaires du Moyen-Orient. Formulé en termes aussi généraux, ce regret rend mal compte de la réalité. Celle-ci est, il est vrai, paradoxale. L'Europe est le premier partenaire économique des pays du Moyen-Orient. Plus de 50 % de son approvisionnement pétrolier en provient et 35 % des échanges commerciaux d'Israël se font avec elle. C'est elle aussi qui couvre l'essentiel des besoins financiers des instances palestiniennes. L'Europe fait à tous égards figure de poids lourd économique et financier dans la région. Ceci n'empêche pas son poids politique d'y être d'une surprenante faiblesse. Cette sorte d'asthénie politique a plusieurs origines.

D'une part, l'Europe à mis longtemps à se doter des institutions politiques nécessaires à la formulation et à la mise en oeuvre d'une politique étrangère. Le Traité de Lisbonne, quand il entrera en vigueur, comblera, dans une large mesure, cette lacune. Le Haut Représentant pour la politique étrangère disposera, grâce au poste de Vice-président de la Commission, qu'il cumulera avec sa désignation par le Conseil Européen, de moyens économiques et financiers qui lui permettront de se faire entendre.

Les divisions qui existent entre Européens sont la seconde cause de l'impuissance politique de l'Union. Ces divisions ne se sont jamais plus ouvertement manifestées que lors de l'intervention américaine en Irak. La France, l'Allemagne, la Belgique l'ont vivement condamnée, tandis que les nouvelles démocraties d'Europe centrale l'approuvaient et que la Grande-Bretagne y participait militairement. L'épisode irakien a eu la valeur d'un révélateur : il est apparu que les divisions entre Européens tenaient moins à des analyses divergentes sur les problèmes de la région qu'à l'intensité de leur relation avec les Etats-Unis.

Troisième cause de l'impuissance politique de l'Europe : elle ne dispose, en tant que Communauté, d'aucun moyen militaire lui permettant de s'affirmer sur le terrain. La France, l'Italie, la Grande-Bretagne et, plus récemment, l'Allemagne disposent de tels moyens, même s'ils ne se comparent pas à ceux des Etats-Unis. Mais l'Europe en tant que telle est militairement inexistante.

Il convient enfin de souligner que jamais ni les Etats-Unis, ni Israël n'ont accepté que l'Europe intervienne dans les négociations entre Tel-Aviv et le mouvement palestinien qui sont au coeur de la problématique politique de la région.

Dans ces conditions, la présence de l'Europe au Moyen-Orient a pris deux formes. D'une part, l'Europe a pris position à plusieurs reprises sur le conflit israélo-palestinien dans des déclarations solennelles, formulées en termes forts qui souvent s'écartaient de la politique conduite par les Etats-Unis.

Elle s'est efforcée, d'autre part, de mettre en place et de faire vivre des structures de coopération entre pays du nord et du sud de la Méditerranée, estimant qu'en tissant des liens économiques on rapprocherait politiquement l'Europe du monde arabe.

A. L'EUROPE FACE AU CONFLIT ISRAÉLO-ARABE

L'idée d'un dialogue euro-arabe est née à la suite de la réaction des Etats arabes à la guerre des Six jours. En utilisant l'arme du pétrole, ils ont amené l'Europe à prendre position sur le conflit israélo-arabe et à ouvrir ce qu'il a été convenu d'appeler le « dialogue euro-arabe ». Dialogue entre « deux groupes » et non entre Etats, ce qui permettra ultérieurement, à Dublin en 1975, de faire droit à l'exigence formulée par la Ligue arabe d'associer l'OLP au dialogue.

Certes, les priorités des deux groupes étaient différentes : les Arabes voulaient amener les Européens à s'engager davantage dans la défense des droits des Palestiniens, tandis que les Européens souhaitaient avant tout s'assurer un approvisionnement régulier en pétrole.

1. La déclaration de Venise

La déclaration de Venise, en 1980, marque une étape essentielle dans la construction d'une position européenne commune sur le conflit israélo-palestinien. Elle affirme, notamment, que « le problème palestinien, qui n'est pas un simple problème de réfugiés, doit enfin trouver une juste solution. Le peuple palestinien, qui a conscience d'exister en tant que tel, doit être mis en mesure, par un processus approprié défini dans le cadre du règlement global de paix, d'exercer pleinement son droit à l'autodétermination ». Le retentissement de ce texte est considérable. Les responsables américains ne cachent pas leur hostilité. Une véritable fureur s'empare d'Israël : le texte est qualifié d'unilatéral et de pro-arabe. Venise est assimilée à Munich. Le sort d'Israël est comparé à celui de la Tchécoslovaquie et l'Etat juif reproche aux pays européens d'élever une « organisation de meurtriers » -l'OLP- au rang de négociateurs de paix.

A la suite de la Révolution iranienne qui porte au pouvoir l'Ayatollah Khomeiny, le prix du baril flambe une deuxième fois, faisant passer au second plan la déclaration de Venise et mettant en sommeil le dialogue euro-arabe.

Ni l'invasion israélienne du Liban, ni la première Intifada en 1987, ni la proclamation d'un Etat palestinien par le Conseil national palestinien, le 15 novembre 1988, n'entraînent de réactions significatives de la part des pays européens, tandis que la première guerre du Golfe, en 1991, révèle leur impuissance militaire. Seuls les pays européens ont été incapables de restaurer la souveraineté du Koweït. Aussi, l'Europe a-t-elle été écartée par les Etats-Unis du processus de paix israélo-arabe qui s'en suivit.

La conférence de paix s'ouvre à Madrid en 1991 sans participation européenne. Mais les profondes oppositions entre les délégations palestinienne et israélienne font que les négociations se déplacent très vite à Washington. Des rencontres débutent à Oslo, dès septembre 1992, entre proches de Shimon Pérès et responsables de l'OLP. Mais ces rencontres sont à porter au crédit de la diplomatie norvégienne et non à une initiative européenne. En avril 1994 et en juin 1995, la Communauté européenne apporte son soutien au processus de paix, mais elle situe son action sur le plan économique.

En 1996, l'Union nomme un envoyé spécial en Palestine : l'ambassadeur espagnol Miguel-Angel Moratinos. Cette décision est prise dans le cadre de la politique européenne de sécurité commune (PESC).

En février 1997 est signé un accord intérimaire d'association entre l'Union et l'OLP qui concrétise l'engagement financier de l'Union en faveur de l'Autorité palestinienne.