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Afghanistan : quelle stratégie pour réussir ? (Mission en Inde, Afghanistan, Pakistan du 22 septembre au 1er octobre 2009 )

 

V. UNE INDISPENSABLE RÉGIONALISATION

L'un des principaux objectifs de la mission de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées était d'analyser les interactions régionales du conflit en Afghanistan.

La dimension régionale est essentielle à la recherche de la paix et la stabilité en Afghanistan. Quatre pays jouent un rôle particulier dans la résolution de la question afghane : l'Inde, le Pakistan, l'Iran et la Chine.

A. LE CONFLIT PAKISTAN-INDE, ACTEUR INCONTOURNABLE DU CONFLIT AFPAK

1. L'engagement progressif du Pakistan contre le terrorisme

Parmi les pays limitrophes de l'Afghanistan, le Pakistan joue un rôle central et l'évolution de cette démocratie fragile conditionne intimement la résolution de la crise chez son voisin. C'est la raison pour laquelle a été définie la notion d'AFPAK.25(*)

Le Pakistan s'est officiellement rallié à la lutte contre le terrorisme à partir de 2001. Le général Musharaf, dont le pays dépend essentiellement de l'aide américaine tant au niveau économique que militaire, avait engagé cette politique qui constituait un véritable virage par rapport au soutien précédemment apporté au régime taliban jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001.

Historiquement parlant, le Pakistan -dont les principales villes et industries sont à portée immédiate d'une intervention militaire indienne- a toujours recherché une profondeur stratégique à l'Ouest et donc à contrôler, ou tout au moins à avoir un gouvernement qui lui est favorable, en Afghanistan. C'est cette stratégie qui l'a conduit à soutenir le régime des taliban. Le Pakistan est l'un des trois seuls pays, avec l'Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis, à avoir reconnu le régime des taliban. Le régime en place au Pakistan, et en particulier les services de renseignement de l'armée (ISI) ont financé, entraîné et soutenu les taliban.

Toutefois, ce changement de politique n'a concerné longtemps que la lutte contre Al Qaïda et le Jihadisme international. L'armée et les services secrets pakistanais ne se sont en effet pas directement attaqués aux taliban qui disposaient de sanctuaires dans les zones tribales, pas plus qu'ils ne se sont attaqués aux terroristes installés au Cachemire pakistanais qui disposaient de financement et de camps d'entraînement leur permettant de perpétuer des attentats en Inde.

Outre les pressions américaines pour que le Pakistan abandonne son soutien, ou cesse sa neutralité très bienveillante, à l'égard des mouvements taliban qui trouvent refuge sur son territoire, c'est surtout le retournement de l'insurrection, nouvellement dominée par l'extrémisme et le djihad international, qui, en s'attaquant à l'armée et aux institutions pakistanaises, a conduit les autorités du Pakistan à s'engager dans cette lutte. L'objectif de ces mouvements taliban est clairement le renversement des autorités et la prise de pouvoir au Pakistan.

L'armée pakistanaise, qui est l'institution centrale et stable au Pakistan, et le gouvernement ont pris récemment conscience des menaces que faisaient peser sur l'État et les institutions les organisations insurgées extrémistes qui contrôlent une partie significative des zones tribales. Le contrôle de la vallée de Swat par les taliban et leur avancée vers Islamabad, en dépit des concessions faites par le gouvernement, a conduit à une intervention massive de l'armée qui se poursuit aujourd'hui par des opérations militaires au Waziristan. L'attentat perpétré récemment contre le quartier général de l'armée pakistanaise à Rawalpindi a symboliquement signifié qu'une lutte sans merci est désormais engagée entre l'armée et les taliban pakistanais.

Les États-Unis considèrent que leur sécurité est directement engagée au Pakistan, seul Etat musulmans disposant de l'arme nucléaire, dont la déstabilisation ou la prise de contrôle par l'extrémisme constituerait une menace considérable.

Cependant, encore aujourd'hui, toute ambiguïté n'est pas levée dans l'engagement des forces pakistanaises contre le terrorisme. D'une part, le gouvernement pakistanais lutte principalement contre « ses terroristes » alors même que la porosité voire l'inexistence de la frontière entre les zones tribales pakistanaises et les zones pachtounes afghanes ne permet pas d'effectuer de distinctions. D'autre part, la tentation est forte pour l'armée pakistanaise et son service de renseignements, de « garder un fer au feu » au cas où les taliban reviendraient un jour au pouvoir en Afghanistan.

Cette « impression » (qui est une certitude pour le gouvernement indien) est accentuée par le fait que, pour des raisons tactiques, le général Kayani, chef d'état-major de l'armée de terre, a adopté une attitude extrêmement prudente.

Selon le général MacChrystal, la prudence du général Kayani s'explique par la volonté de préserver sa crédibilité. Selon lui, l'armée pakistanaise constituant la colonne vertébrale de la société, ne pouvait pas se permettre d'essuyer des revers militaires sur son territoire. Le général Kayani mise sur la victoire de la coalition en Afghanistan pour priver d'une base arrière les insurgés agissant contre le Pakistan. Les Pakistanais craignent néanmoins que les insurgés, qu'ils soutiennent par ailleurs, ne se retournent un jour contre lui. C'est la raison pour laquelle le gouvernement et l'armée pakistanaise soutiennent la Choura de Quetta.

Dans les opérations en cours en ce moment au Waziristan, il est évident que le succès dépend en partie de la neutralité de certains groupes taliban afin qu'ils n'apportent pas un soutien militaire actif à ceux contre lesquels l'armée pakistanaise est en train de lutter.

Si l'on ne peut que comprendre l'attitude prudente de l'armée pakistanaise et les raisons tactiques qui imposent un compromis, il n'en demeure pas moins que cette stratégie laisse planer une ambiguïté et un doute sur l'engagement total des autorités pakistanaises contre le terrorisme quel qu'il soit.

Or, la pression de la communauté internationale et de son principal voisin, l'Inde, a précisément pour objectif de contraindre le gouvernement pakistanais à un engagement total contre le terrorisme sans aucune distinction ou délimitation géographique.

C'est cet objectif qui doit être poursuivi et affirmé avec détermination par notre diplomatie, même si le principe de réalité oblige à inscrire cette détermination dans un contexte. L'aide de la communauté internationale, et donc de la France, doit correspondre à des faits concrets et irréversibles prouvant l'engagement des autorités pakistanaises contre le terrorisme quel qu'il soit.

C'est bien évidemment aussi l'intérêt de l'Inde, qui a été durement éprouvée à plusieurs reprises par le terrorisme d'organisations basées au Cachemire pakistanais et dont elle prétend, preuves à l'appui, qu'elles ont été, jusqu'à une date récente, entraînées, armées et soutenues par le Pakistan. L'un des tests attendu de la détermination du Pakistan sera la façon dont les responsables des attentats de Bombay seront jugés et sur la façon dont le gouvernement pakistanais cessera d'apporter aide et soutien aux mouvements terroristes installés au Cachemire.26(*)

2. L'engagement total du Pakistan contre le terrorisme suppose une coopération avec l'Afghanistan et une baisse des tensions avec l'Inde

a) Une reprise du dialogue avec l'Inde est indispensable pour permettre un engagement total du Pakistan dans sa lutte contre le terrorisme

Depuis la partition de 1947, le Pakistan s'est construit identitairement contre l'Inde à laquelle plusieurs conflits l'ont opposé, en particulier au Cachemire27(*). Depuis 1998, les deux pays sont des puissances militaires nucléaires et un régime de dissuasion s'est instauré. Si l'Inde proclame une doctrine de non-emploi en premier, le Pakistan, qui se situe dans une perspective de dissuasion du faible au fort, fait planer un doute sur sa doctrine d'emploi en cas d'agression, même conventionnelle.

L'armée pakistanaise, forte de 600 000 hommes, est essentiellement déployée le long de la frontière orientale avec l'Inde. Jusqu'à la récente intervention de l'armée dans les FATA, seuls deux corps de réserve étaient installés à l'Ouest. La crainte du Pakistan est de voir l'Inde profiter du redéploiement de ses troupes vers la frontière occidentale pour l'attaquer ou la déstabiliser. C'est ainsi qu'elle ne déploie que 135 000 hommes dans les territoires tribaux et au Waziristan.

Le général Kayani, chef d'état-major de l'armée de terre, a indiqué que les forces de sécurité au Pakistan ne sont pas assez nombreuses pour contrôler simultanément la vallée de Swat, la frontière occidentale, et l'ensemble des zones tribales, puisqu'il faut, dans le même temps, maintenir une présence militaire suffisante sur la frontière orientale. Le ministre de l'intérieur pakistanais, M. Malik, affirme que l'Inde n'hésitera pas à attaquer son pays si celui-ci dégarnit ces défenses sur la frontière orientale.

Ces craintes, très réelles, y compris au sein de la population, apparaissent néanmoins irrationnelles. Leur expression publique correspond aussi à l'intérêt de l'armée et des élites politiques. En particulier, elle permet de justifier l'existence d'un appareil militaire qui draine une partie importante du budget national au détriment de la santé et de l'éducation. Quoi qu'il en soit, ces craintes soulignent l'importance d'établir des mesures de confiance entre les deux pays qui permettraient de faire baisser les tensions.

Il est pourtant « clair que le paradigme stratégique pakistanais a fait long feu. Les avantages tirés de l'instrumentalisation des islamistes combattants ne compensent plus le risque qu'ils font courir au pays »28(*). En privé, un certain nombre d'interlocuteurs admettent le caractère absurde de ces positions alors même que les deux pays pourraient substituer une logique géoéconomique à une logique géopolitique.

Pour la partie pakistanaise, il est clair que l'Inde devrait réaliser que le Pakistan est victime, et non acteur du terrorisme. Plutôt que de lui nuire au travers de sa politique en Afghanistan, l'Inde devrait aider le Pakistan, au minimum en s'abstenant de toute action négative à son égard.

De son côté, l'armée pakistanaise a une stratégie de lutte contre les taliban pakistanais mais les laisse agir en Afghanistan car elle poursuit encore une ancienne stratégie : celle de s'assurer une profondeur stratégique en cas de guerre avec l'Inde. L'un d'eux dénonce par ailleurs la passivité des autorités pakistanaises à lutter contre les mouvements terroristes installés au Cachemire.

La baisse des tensions entre les deux pays et l'établissement de mesures de confiance, en particulier au Cachemire29(*), pourraient permettre au Pakistan de consacrer plus de moyens militaires à la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme qui le menacent directement.

Mais, de part et d'autre, la suspicion est telle que des progrès paraissent inatteignables. Cette situation, qualifiée « d'absurde » en privé, se traduit par la quasi-inexistence des échanges économiques entre les deux pays et, dans le domaine sécuritaire, par l'absence de rencontres régulières des chefs militaires et des services de renseignement.

Les officiels pakistanais, qu'ils soient militaires ou civils, demeurent profondément persuadés que les intentions agressives de l'Inde se concrétiseraient immédiatement si le Pakistan dégarnissait sa frontière orientale.

Cette crainte est considérée comme irrationnelle par l'Inde qui affirme n'avoir aucune intention agressive contre le Pakistan. Le premier objectif de l'Inde est d'assurer son développement dans la sécurité. Selon M. Mishra, ancien conseiller national pour la sécurité du Premier ministre indien, pour changer la relation entre l'Inde et le Pakistan il faut au préalable changer l'état d'esprit des forces armées pakistanaises. « Ce pays a besoin d'un Jean Monnet pakistanais ».

Côté indien, les pourparlers engagés dans le cadre du dialogue composite ne peuvent reprendre tant que le paramètre sécuritaire, c'est-à-dire la menace terroriste, n'est pas levée. Les attentats de Bombay ont bloqué la situation et l'Inde met deux conditions à la reprise du dialogue :

· que les coupables des attentats de Bombay soient jugés rapidement et qu'ils reçoivent un châtiment exemplaire,

· de plus, Islamabad doit donner des preuves que les groupes terroristes et leurs couvertures, qui continuaient d'opérer à partir du territoire pakistanais, sont mis hors la loi, désarmés et démantelés.

Une normalisation avec l'Inde ne pourrait s'envisager tant qu'Islamabad ne tiendrait pas ses engagements, dans la lettre comme dans l'esprit, d'interdire l'utilisation de son territoire pour des actes terroristes en Inde.

Face à ses exigences le Pakistan ne semble pas avoir pris encore la mesure du retentissement des attentats de Bombay, il persiste à ne pas comprendre que les Indiens attendent des gestes concrets dans la lutte antiterroriste. Il s'exonère largement d'une réflexion sur ses responsabilités propres dans l'émergence et l'épanouissement de groupes terroristes.

Si l'on ne peut douter de la volonté du gouvernement et de l'armée pakistanaise de lutter contre les insurgés sur le territoire pakistanais, et dont témoignent les sacrifices consentis par l'armée, la communauté internationale doit convaincre le Pakistan d'élargir son action à la lutte des groupes terroristes quels qu'ils soient, sans exclusive. Cet engagement doit naturellement viser au premier chef les mouvements terroristes du Cachemire. Il doit également s'inscrire dans une perspective régionale qui suppose une coopération et une coordination des actions.

Compte tenu de l'intérêt de la baisse des tensions entre ces deux pays, de ses effets sur la stabilité régionale et, en particulier, de ses conséquences sur la situation en Afghanistan, les pays occidentaux doivent user de leur influence pour faire pression et convaincre l'Inde et le Pakistan de reprendre le dialogue. Cette « influence » doit tenir compte de l'extrême sensibilité de l'Inde sur la question du Cachemire qui ne peut être réglée, selon elle, que dans un strict cadre bilatéral.

b) Les actions de l'Inde en Afghanistan visent-t-elle à déstabiliser le Pakistan ?

Les relations afghano-indiennes sont traditionnellement bonnes mais asymétriques : alors que Kaboul voit en New Delhi un modèle de développement politique et économique devant inspirer l'oeuvre de reconstruction du pays ainsi qu'un appui régional majeur pour se prémunir des ingérences du Pakistan, l'Inde voit avant tout sa relation avec Kaboul comme une composante de celle qu'elle a avec Islamabad, que ce sujet contribue à empoisonner grandement.

Soucieuse de s'affirmer en Asie centrale face à la Chine et au Pakistan, l'Inde tente de jouer sur plusieurs tableaux en Afghanistan : elle souhaite conserver des relations de confiance avec à la fois ses alliés traditionnels (Russie, ex-Alliance du Nord) et ses partenaires actuels (Etats-Unis, Président Karzaï).

Pour les officiels pakistanais, il ne fait pas de doute que l'Inde poursuit en Afghanistan, sous le couvert d'une politique de reconstruction et d'aide, une action de déstabilisation du Pakistan.

Pour M. Shaukat, secrétaire général adjoint pour l'Afghanistan au ministère des affaires étrangères pakistanais, il ne fait pas de doute que l'Inde a de l'influence en Afghanistan et profite de la situation. La population pakistanaise croit que l'Inde fournit des armes clandestinement à la rébellion talibane. En tout état de cause, l'Inde ne joue pas un rôle de facilitateur et est même un facteur déstabilisant. Par leurs attitudes et leurs déclarations après Bombay les Indiens ont humilié le Pakistan.

Selon M. Khattak, leader régional dans la NWFP de l'Awami National party (ANP), l'Inde se venge dans les FATA des tentatives pakistanaises de déstabilisation dans le Cachemire. Elle conduit des actions de déstabilisation au Pakistan à partir de l'Afghanistan, et le gouvernement afghan est parfaitement au courant. « Le président Karzai n'a pas beaucoup aidé le Pakistan ».

De plus, les pakistanais accusent l'Inde de soutenir les mouvements terroristes du Baloutchistan qui agissent contre les autorités d'Islamabad.

D'une manière générale, le Pakistan s'interroge sur l'utilité des consulats indiens en Afghanistan qui « ne délivrent pas de visa, ne font pas de commerce, mais peuvent servir d'agences de renseignement ».

L'Inde se défend naturellement de ces accusations, souligne l'importance de son implication en matière de reconstruction, de développement et d'action humanitaire30(*) et affirme qu'elle n'entend, en aucune façon, participer militairement à la résolution de la question afghane. Sans appuyer ouvertement la présence militaire américaine en Afghanistan, et plus largement celle de la coalition réunie sous la bannière de l'OTAN, l'Inde observe une bienveillante neutralité, ayant elle-même à souffrir d'actions des Taliban contre ses intérêts et ses 3 000 ressortissants vivant en Afghanistan, ainsi que l'ont illustré de manière dramatique les attentats perpétrés en juillet 2008 et en octobre 2009 contre la représentation indienne à Kaboul.

Dans son évaluation du 30 août 2009, le COMISAF estime que l'Inde pourrait s'engager plus avant pour apaiser les craintes excessives, même exagérées, du Pakistan, notamment en réduisant les tensions à sa frontière occidentale. Dans son évaluation, il ajoutait qu'Islamabad perçoit le gouvernement afghan actuel comme un pro indien. « Quand bien même les activités menées par l'Inde profitent largement au peuple afghan, l'influence croissante de l'Inde en Afghanistan contribue à exacerber les tensions régionales et encourage les Pakistanais à faire prendre des contre-mesures en Afghanistan ou en Inde ». Cette appréciation du général MacChrystal est jugée inacceptable par les autorités indiennes.

Selon cette analyse, il conviendrait que l'Inde ne joue qu'un rôle passif en Afghanistan afin d'éviter tout sujet d'inquiétude ou de préoccupation pour le Pakistan. Dans le même temps, il lui est demandé des gestes de bonne volonté et des mesures de confiance sur la frontière qui la sépare du Pakistan.

Plutôt que cette neutralité, qui suppose implicitement qu'auparavant l'Inde avait une action nuisible à la recherche de la paix et de la stabilité, il serait préférable -dans un cadre régional au sein duquel l'Inde est incontournable- de lui demander de jouer un rôle politiquement actif.

Comme l'a souligné le vice-président Ansari, l'Inde est favorable à la concertation internationale sur l'Afghanistan incluant l'ensemble des acteurs régionaux ; elle accueille donc favorablement la proposition d'une conférence qui se tiendrait au mois de décembre 2009, sous réserve que les objectifs et le point d'aboutissement de cette réunion soient clairement identifiés. Du reste, cette position rejoint celle exprimée au Pakistan par M. Shaukat qui rappelle que le gouvernement pakistanais est favorable à la tenue d'une conférence régionale des voisins dont l'objectif serait de garantir l'indépendance de l'Afghanistan, de poser un principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et de respect des frontières.

c) Une coopération plus étroite avec l'Afghanistan

Le Pakistan entretient historiquement des relations difficiles avec l'Afghanistan, qu'il accuse de servir de base principale de retrait, de ravitaillement, de recrutement et d'entraînement à des groupes d'insurgés islamistes. Un différend frontalier oppose les deux pays (ligne Durand non reconnue par l'Afghanistan), alors qu'ils ont, dans le même temps, de solides intérêts croisés : zone de « continuité pachtoune » naturelle (2 millions de réfugiés afghans vivent encore au Pakistan) et intérêts commerciaux majeurs.

Après la démission du Président Moucharraf et l'élection, le 6 septembre 2008, à la présidence du Pakistan d'Asif Ali Zardari, les relations entre les deux pays se sont nettement réchauffées : déclarations publiques, visites bilatérales de haut niveau, tenue de la mini-jirga de paix d'Islamabad les 27 et 28 octobre 2008, sommets tripartites, au niveau des chefs d'Etat, à Ankara et Washington.

L'engagement militaire et résolu du Pakistan contre le terrorisme dans les zones tribales doit être de nature à rassurer l'Afghanistan sur la volonté de ne plus permettre l'instauration de sanctuaires sur le sol pakistanais. Cependant, la porosité de la frontière et la cohérence géographique et ethnique de la zone pachtoune impliquent que s'instaure une coopération étroite entre le Pakistan, les forces de la coalition occidentale et les autorités afghanes 31(*) afin de coordonner les opérations de part et d'autre de la ligne Durand 32(*).

La gestion de la frontière est un élément essentiel.

Selon le général Javed Ashraf Qazi, président de la commission du Sénat pour la défense et la production de la défense, si le Pakistan est déterminé à lutter contre les taliban sur son sol afin qu'il ne puisse être une base arrière du terrorisme, il faut également amener l'Afghanistan à en « faire plus ». Le premier objectif était de s'assurer qu'il n'y avait pas de communication et de liaison entre les deux groupes de taliban au-dessus de la frontière. Or, face aux 1 000 points de contrôle de la ligne Durand qu'assure le Pakistan, l'Afghanistan n'en contrôle qu'une centaine.

Selon M. Malik, ministre de l'intérieur du Pakistan, il ne pouvait pas y avoir de Pakistan sûr sans Afganistan sûr. Le gouvernement pakistanais est persuadé que le coeur d'Al Qaïda se trouve dans la zone frontalière et que c'est là, en conséquence, qu'il faut se battre. C'est pourquoi les deux pays travaillent à un plan d'action pour la coopération en matière de sécurité afin de contrôler leurs frontières communes, ce qui est indispensable pour rétablir la paix.

Dans son évaluation, le général MacChrystal avait indiqué que la stabilité du Pakistan est essentielle non seulement pour ce pays lui-même mais aussi pour permettre des progrès en Afghanistan. Il avait notamment souligné que l'Afghanistan devait requérir la coopération et l'action des Pakistanais contre les milices violentes, en particulier contre les groupes actifs en Afghanistan.

Pour autant, il existe une certaine réticence de l'armée pakistanaise à l'égard du pouvoir civil afghan. Le sentiment existe que le président Karzai a confiance dans le président Zardari, qu'il rencontre régulièrement, mais pas dans l'armée.

Par ailleurs, l'armée pakistanaise est persuadée que le gouvernement du président Karzai est pro-indien et que l'Inde profite de son influence pour poursuivre une politique de déstabilisation du Pakistan.

* 24 Une forte pression est néanmoins effectuée sur l'ensemble des alliés dans la perspective de l'augmentation du contingent américain en Afghanistan. En particulier, le secrétaire général de l'OTAN a transmis, le 19 novembre 2009, une lettre au Président de la République concernant les engagements de la FIAS en Afghanistan. Il rappelle que les principaux éléments du rapport du général MacChrystal ont fait l'objet d'un accord au niveau des chefs d'état-major et des ministres de la défense et il demande désormais aux nations de fournir les ressources nécessaires à la mise en oeuvre de ces propositions (forces de manoeuvre mais aussi formateurs pour les forces de sécurité afghane). La prochaine conférence de génération de force a été fixée au 7 décembre 2009 afin d'examiner les contributions additionnelles que les membres de la coalition seraient en mesure d'annoncer.

* 25 On notera que cette notion est contestée par le gouvernement pakistanais qui considère que l'on ne peut comparer un pays comme l'Afghanistan, qui n'a pratiquement jamais été un État, et un pays comme le Pakistan qui est une démocratie disposant d'institutions et d'une armée puissante.

* 26 Les plus importantes sont le Harkat-ul-Ansar (HUA) rebaptisé in 1997 Harkat-ul-Mujahideen (HUM), le Harkat-ul-Jihad-al-islami (HUJI), le Lashkar-e-Toiba (LET) et l'Al Badr. Le Jaish-e-Mohammad (JEM), qui voit le jour en 2000 suite à une scission du HUM, les rejoignit par la suite.

* 27 L'Inde accuse régulièrement son voisin de procéder à des infiltrations de combattants irréguliers le long de la ligne de contrôle, et soupçonne le groupe islamiste pakistanais Lashkar-e-Taïba, de se regrouper dans la province.

* 28 Bruno Racine. « Les relations avec l'un d'eux. Au coeur de la politique régionale pakistanaise ». Colloque de la fondation Res Publica. Le 22 juin 2009.

* 29 S'agissant du Cachemire durant les quatre dernières années, de 2003 à 2007, des discussions ont eu lieu. Un accord de cessez-le-feu a été passé sur la ligne de contrôle (LOC) en novembre 2006. Le général Musharaf avait proposé les contours d'un règlement autour de cinq principes :

· La reconnaissance de facto de la ligne de contrôle comme frontière,

· une large autonomie des « deux Cachemire » au sein de chaque État,

· une grande porosité de la frontière permettant le développement des échanges économiques et humains,

· le retrait progressif des troupes stationnées dans la région,

· la mise en place un mécanisme conjoint de supervision.

Ces propositions, sur lesquelles le gouvernement indien ne s'est jamais prononcé, avaient été faites au moment où le général Musharaf était confronté aux problèmes intérieurs qui l'ont conduit à la démission.

* 30 L'Inde participe activement à la reconstruction civile de l'Afghanistan, pour laquelle elle est le 6ème contributeur, avec 940 millions USD engagés depuis 2002, pour 1,2 milliard USD d'annonces, dont 450 millions en août 2008 à l'occasion de la visite d'Etat effectuée par le Président Karzaï en Inde. L'Inde a développé une aide multiforme, qui concerne notamment la réhabilitation et le développement des infrastructures, et le renforcement des capacités de sécurité.

* 31 Il existe une commission tripartite consacrée à la défense et la sécurité qui rassemble les représentants de l'Afghanistan, du Pakistan et de la FIAS. Cette commission intervient dans quatre grands domaines de coopération : partage de données du renseignement, sécurité des frontières, lutte contre les engins explosifs improvisés et initiatives touchant aux campagnes d'information. Grâce à l'ouverture à Kaboul, en janvier 2007, d'un centre de renseignement commun aux Afghans, au Pakistanais et à la FIAS, la coopération au sein de la commission s'est améliorée. (Rapport de la sous-commission sur les relations transatlantiques -- assemblée parlementaire de l'OTAN -- septembre 2009).