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Mutation des virus et gestion des pandémies - l'exemples du virus A (H1N1)

 

B - LES MODES DE GESTION PUBLIQUE ET DE COMMUNICATION INSTITUTIONNELLE DOIVENT S'ADAPTER À CETTE ÉVOLUTION

Dans ce brouhaha, la communication publique doit être évolutive, et tenir compte des changements de situation. Elle doit aussi être plus dynamique.

1. C'est nécessaire car le message public n'a pas été reçu de la façon dont l'espéraient les dirigeants de la politique sanitaire

a) Le discours officiel était pourtant élaboré et rationnel

- Il a reposé tout d'abord sur une volonté très claire de prévenir une crise sanitaire majeure.

La communication a donc porté sur la gravité potentielle du virus A(H1N1), en relayant les informations diffusées par l'OMS.

Elle a décliné les mesures envisagées par le plan pandémie grippale et formalisées par diverses circulaires ministérielles.

Les enjeux étaient de taille. Il fallait tout à la fois protéger la population contre la grippe, éviter la désorganisation de l'économie, écrêter le pic de la pandémie, s'inspirer des principes de précaution et de prévention et éviter une saturation éventuelle du système de santé.

Un effort particulier a été fait pour informer les Français des mesures barrières envisageables, et pour les amener à adopter de nouveaux comportements d'hygiène.

- Le discours a ensuite présenté de manière continue l'importance de l'acte vaccinal.

Cet acte est présenté comme la meilleure manière de se protéger contre un danger qui pourrait être grave.

Ce discours est encore celui tenu aujourd'hui par la Ministre de la Santé.

b) Ce discours n'a cependant pas été entendu

- Les professionnels de santé n'y ont pas adhéré, pour la plupart, ce qui a surpris les décideurs.

Beaucoup de professionnels ont, très tôt, refusé la vaccination. Un sondage Ipsos réalisé en septembre 2009 pour le Quotidien du Médecin faisait apparaître qu'à peine 50 % des médecins libéraux se disaient prêts à se faire vacciner. Cette réalité était confirmée en octobre où il apparaissait que sur 4100 infirmières consultées par le Syndicat national des personnels infirmiers (SNPI), 65 % refusaient la vaccination.

Plusieurs témoignages suggèrent néanmoins un changement d'attitude des personnels des centres de réanimation lorsqu'ils ont été confrontés à des cas graves.

Ces réactions de rejet sont dues pour partie à l'exclusion des personnels médicaux de la vaccination en mode libéral. Mais cette explication reste partielle.

Elles tiennent aussi à l'absence d'information spécifique des médecins et des infirmières qui étaient consultés par leurs patients et qui n'étaient pas associés aux dernières données scientifiques, et ne disposaient pas d'autres éléments récents d'information que ceux qu'ils avaient entendus à la télévision et à la radio.

Les besoins d'information et de participation des professionnels de santé ont été sous-estimés : les personnels médicaux sont en fait sous-informés des décisions ministérielles et surtout de leur logique et des choix qui les sous-tendent. Leur adhésion aurait été plus grande s'ils avaient eu l'impression de participer à une politique partagée.

- La population n'a pas suivi les recommandations des autorités sanitaires sur la vaccination, contrairement à leurs attentes

La perception du risque par la population n'a pas correspondu aux prévisions des autorités sanitaires.

Les citoyens, très rapidement, ont estimé que le virus n'avait pas le niveau de gravité qui leur était annoncé. Le dispositif mis en place était alors inadapté par rapport à leurs réactions.

Plusieurs enquêtes suggéraient dès la fin septembre que 60 à 65 % des Français n'avaient pas l'intention de se faire vacciner. Mi octobre, ce pourcentage avait augmenté, seuls 17% de nos compatriotes manifestant le désir d'être vaccinés.

Ces réticences à la vaccination n'ont pas été propres à la France.

Aux Etats-Unis, selon une étude réalisée par la Harvard School of Public Health avant le début de la vaccination, 40 % des adultes étaient sûrs de se faire vacciner, mais certains soignants intentaient une action en justice contre la vaccination « forcée ». Seul un parent américain sur deux entendait faire vacciner ses enfants.

En Allemagne, la population n'a de même pas cru à la nécessité de se faire vacciner. En Suède, par contre, la population s'est fait majoritairement vacciner.