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Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France

 

2. Le renforcement de l'arsenal nucléaire chinois

Dans la stratégie de défense de la Chine, telle qu'elle est officiellement présentée, les forces nucléaires sont destinées à assurer une dissuasion minimale exclusivement défensive. Dès son accession à l'arme nucléaire, en 1964, la Chine a adopté une posture déclaratoire de « non-emploi en premier » assignant à ses forces nucléaires l'unique fonction de représailles en cas d'attaque.

Le budget militaire de la Chine n'atteint, de source officielle, que 57 milliards d'euros (en augmentation de 7,5 % cette année contre 15,9 % par an en moyenne dans la dernière décennie), contre une estimation du Pentagone comprise entre 77 et 110 milliards d'euros.

La Chine a développé ses capacités nucléaires militaires sur une base essentiellement nationale, la coopération engagée avec l'URSS ayant été rompue dès la fin des années 1950.

Les autorités chinoises ne fournissent aucune indication sur le volume et la structure de leur arsenal nucléaire, qui comporte des armes stratégiques et des armes tactiques. Les estimations retiennent des chiffres compris entre 250 et 400 têtes nucléaires, incluant des armes non déployées.

Les évaluations du renseignement américain et les experts s'accordent néanmoins pour considérer que la Chine est engagée dans un vaste programme de modernisation et de renforcement de ses capacités nucléaires militaires.

Ce programme nucléaire militaire vise à garantir la capacité de seconde frappe, en réduisant la vulnérabilité de la composante terrestre et en réalisant une véritable composante océanique qui lui faisait jusqu'ici défaut. Il prévoit le développement du nombre de vecteurs à portée intercontinentale tout en conservant des moyens de portée plus réduite limités à des frappes continentales. Il faut noter que la Chine est l'un des pays les plus actifs dans le domaine balistique, avec de nombreux développements et essais dont la finalité peut être tout autant nucléaire que conventionnelle, voire antisatellites.

Il devrait résulter de ce programme une augmentation du nombre d'armes nucléaires, dont la variété répondra aux différentes préoccupations de la Chine : disposer, à l'image des deux autres puissances nucléaires moyennes, d'une dissuasion crédible à l'égard d'une puissance majeure ; répondre à différents scénarios de conflits régionaux, soit à propos de Taïwan, considéré comme partie intégrante du territoire chinois, soit avec des pays voisins disposant, directement ou sous couvert de l'alliance américaine, d'une couverture nucléaire.

La composante sol-sol chinoise a longtemps reposé sur des missiles balistiques à carburant liquide basés dans des silos. Du fait de ce mode de propulsion, qui impose des délais de chargement, et du stationnement fixe, ce type de vecteur est généralement considéré comme très vulnérable à une première frappe de neutralisation, ce qui affecte la crédibilité de la dissuasion. De surcroît, sur la cinquantaine de missiles concernés, une vingtaine seulement, de type DF-5A, disposent d'une portée intercontinentale. Le renouvellement de la composante sol-sol a été engagé au cours des années 1990, avec le remplacement des missiles sol-sol fixes à carburant liquide par des missiles mobiles à carburant solide : le missile DF-21 de portée intermédiaire, dans un premier temps, et beaucoup plus récemment les missiles DF-31 et DF-31A, dont la portée est supérieure à 7 000 km pour les premiers et 11 000 km pour les seconds. La Chine déploierait une cinquantaine de missiles DF-21 et aurait démarré en 2008 la mise en service des missiles D-31 et D-31A, dont le nombre total au terme de leur déploiement n'est pas connu. Ces missiles balistiques sont actuellement dotés d'une tête unique, mais selon le département d'Etat américain, la Chine maîtrise la technologie des têtes multiples et pourrait en équiper sa nouvelle génération de missiles. La Chine aurait également réalisé des infrastructures souterraines de grande ampleur destinées à abriter cette composante sol-sol.

La Chine ne disposait pas jusqu'à présent d'une véritable composante sous-marine. Son seul SNLE, de classe Xia, n'est plus considéré comme opérationnel et n'a jamais effectué de patrouille de dissuasion. La Chine est aujourd'hui engagée dans un programme de réalisation de quatre à cinq SNLE de classe Jin et a construit à Sanya, à l'extrême Sud du pays, sur l'île de Haïnan, une base navale pour les accueillir. Ces SNLE, dont les premiers exemplaires seraient en cours d'admission en service, sont dotés de 12 missiles balistiques Julang-2.

Enfin, la Chine disposerait d'un certain nombre d'armes nucléaires « tactiques », notamment sur des missiles balistiques à courte portée ou des missiles de croisière.

La Chine a longtemps souligné que des cinq puissances nucléaires reconnues, elle était celle dont les capacités étaient les plus limitées et les moins performantes. La modernisation et l'accroissement de son arsenal rendront cette observation de moins en moins vraie, et l'on peut se demander si l'ambition de la Chine, bien qu'elle s'en défende11(*), ne va pas bien au-delà de la simple accession au niveau des puissances nucléaires moyennes que sont la France et le Royaume-Uni.

La capacité de dissuasion vis-à-vis des Etats-Unis semble constituer l'élément dimensionnant de la politique nucléaire militaire chinoise, en vue de garantir la possibilité de seconde frappe et de tenir compte des développements du système antimissile américain sur la façade du Pacifique.

* 11 Le président Hu Jintao a déclaré le 24 septembre 2009 aux Nations unies que la Chine continuerait à maintenir sa force nucléaire au plus bas niveau nécessaire à la sécurité du pays.