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La politique du livre face au défi du numérique

 

N° 338

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2009-2010

Enregistré à la Présidence du Sénat le 25 février 2010

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des finances (1) sur la politique du livre face au défi du numérique,

Par M. Yann GAILLARD,

Sénateur.

(1) Cette commission est composée de : M. Jean Arthuis, président ; M. Yann Gaillard, Mme Nicole Bricq, MM. Jean-Jacques Jégou, Thierry Foucaud, Aymeri de Montesquiou, Joël Bourdin, François Marc, Alain Lambert, vice-présidents ; MM. Philippe Adnot, Jean-Claude Frécon, Mme Fabienne Keller, MM. Michel Sergent, François Trucy, secrétaires ; M. Philippe Marini, rapporteur général ; M. Jean-Paul Alduy, Mme Michèle André, MM. Bernard Angels, Bertrand Auban, Denis Badré, Mme Marie-France Beaufils, MM. Claude Belot, Pierre Bernard-Reymond, Auguste Cazalet, Michel Charasse, Yvon Collin, Philippe Dallier, Serge Dassault, Jean-Pierre Demerliat, Éric Doligé, André Ferrand, Jean-Pierre Fourcade, Christian Gaudin, Adrien Gouteyron, Charles Guené, Claude Haut, Edmond Hervé, Pierre Jarlier, Yves Krattinger, Gérard Longuet, Roland du Luart, Jean-Pierre Masseret, Marc Massion, Gérard Miquel, Albéric de Montgolfier, François Rebsamen, Jean-Marc Todeschini, Bernard Vera.

INTRODUCTION

Dans son remarquable ouvrage Histoire du livre1(*), M. Frédéric Barbier2(*) cite en exergue à l'épilogue, p. 295 (« Numérisation et mondialisation ») le linguiste américain Geoffrey Nunberg - lequel a écrit :

« Si le livre avait été inventé après l'ordinateur il aurait constitué une avancée majeure. Ses qualités sont remarquables : légèreté, disponibilité, faible coût, fonctionnement sans consommation d'énergie, qualité d'affichage. De plus, le livre constitue une interface particulièrement bien adaptée à l'homme. Le cerveau de ce dernier possède en effet une excellente mémoire spatiale, qui lui permet de localiser approximativement une information ou une page après lecture ». Cette citation séduisante figure notamment dans un article de l'auto-encyclopédie wikipédia. Apparemment paradoxale, elle éclaire en fait tout le propos qui va suivre.

Le présent rapport dit de « contrôle » a été entrepris au titre de l'exercice 2009, et la première vague des auditions (comportant notamment des personnalités de l'édition et de la librairie) a eu lieu au cours du printemps et au début de l'été 2009. La question qui paraissait la plus urgente, ou qui préoccupait particulièrement le rapporteur, était celle de l'avenir du livre-papier par rapport à la montée du livre-électronique. Un grand nombre de documents ou de communications, publiques et privées, étaient d'ores et déjà consacrés à cette question qu'aucun lecteur assidu - tel que le signataire de ces lignes - ne saurait éloigner de son esprit. Par attachement au livre les générations de cette deuxième moitié du XXème et la première du XXIème siècle ont vécu dans un questionnement, voire une inquiétude que suscite l'irruption d'un nouveau type de relation avec l'écrit, en ce qui concerne la littérature, l'histoire, le droit, les sciences humaines. A qui a toujours grandi et vécu et oeuvré parmi les livres, s'imposait le choix de ce sujet, et, dans la brève bibliographie qui accompagne notre travail, des différents documents qui lui sont consacrés - lesquels en 2010, viennent d'être complétés par ceux qu'a commandés M. Frédéric Mitterrand, notamment le remarquable rapport Tessier. On constatera alors que la question qui pouvait sembler s'imposer en 2009 sur l'avenir du livre papier paraît quelque peu dépassée en 2010. Dans les rapports collationnés l'an dernier, seul celui de M. Patino tranchait franchement pour la victoire de la révolution numérique. A quelque mois de distance, on peut se demander si, tout compte fait, la question mérite d'être posée ainsi, et si, en fait il n'y a pas complémentation voire complétude.

L'histoire du livre, telle que l'a reconstituée M. Barbier, est un tout : après l'ancêtre, le « volumen » de l'Antiquité et du haut Moyen âge, l'apparition du codex, au IVème siècle, ne donnera tous ses effets qu'au XVème siècle, avec Gutenberg et l'imprimerie. Le livre est dès lors une arme de guerre, religieuse ou politique. C'est ce que notre auteur appelle la « librairie d'ancien régime ». A la fin du XXème et au début du XXIème siècle, là où nous en sommes, à l'imprimerie vient se superposer l'informatique : apparaît donc le livre électronique, ou e-book (pourquoi pas « livrel » en français comme on voit sur certains sites ?). Après volumen et codex, c'est donc la troisième étape de cette histoire du livre qui est aussi celle de l'esprit humain.

Elle n'a aucune raison d'être inférieure aux précédentes, bien au contraire. L'absence de plume, voire de page, qui sait ? n'empêchera pas les nouvelles oeuvres de l'esprit de naître.

* 1 Edition Armand Colin, 2000.

* 2 Directeur de recherche au CNRS et directeur d'étude à l'école pratique des hautes études.