Allez au contenu, Allez à la navigation



Xynthia : les leçons d'une catastrophe (rapport d'étape)

 

B. DE GRAVES DÉFAILLANCES DANS L'ANTICIPATION DU RISQUE

Tout en constatant le caractère exceptionnel du phénomène météorologique et en se félicitant de cette mobilisation massive et efficace qui a suivi la tempête, votre mission observe que ses conséquences ont été aggravées par une série de défaillances dans l'anticipation du risque.

Elle a identifié ces défaillances dans cinq domaines qui concernent toute la chaîne de gestion du risque :

- une prévision qui n'a pas permis d'anticiper correctement les risques à terre ;

- une vigilance insuffisamment opérationnelle ;

- une prévention incomplète du risque de submersion marine ;

- une occupation des sols exposant au risque d'inondation ;

- un entretien très inégal des digues.

1. Une prévision météorologique partiellement satisfaisante

a) Une bonne prévision globale de la tempête

L'évolution de la tempête Xynthia était suivie par les services de la météorologie nationale grâce aux satellites et aux modèles de prévision, depuis sa formation au large du Maroc, au milieu de la semaine du 22 février. Les incertitudes liées, d'une façon générale, à la prévision des échéances supérieures à trois jours ne permettaient toutefois pas d'affiner les anticipations dès cette période.

A compter du vendredi 26 février cependant, les prévisionnistes de Météo-France avaient acquis la certitude que la tempête allait garder une intensité remarquable en touchant le pays dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 février. L'établissement émettait alors un premier communiqué de presse de portée nationale avant le week-end, le vendredi 26 février vers 14 h 30, pour attirer l'attention sur cet événement. Les régions des Pays de la Loire, du Poitou-Charentes, du Centre, du Bassin parisien puis du Nord-Est étaient présentées comme les plus exposées.

Le samedi 27 février, les prévisions météorologiques alarmantes étaient confirmées et vérifiées. La décision de placer 66 départements en vigilance orange était prise tôt le matin, puis celle de placer 4 départements - Vendée, Vienne, Deux-Sèvres et Charente-Maritime - en vigilance rouge - le niveau maximal de vigilance météorologique -en début d'après-midi.

Le bulletin de vigilance nationale publié, carte à l'appui, le samedi 27 février à 16 h 00, donne une image relativement fidèle de ce que sera la tempête. Il y est fait état d'une « tempête d'une ampleur et d'une intensité peu communes qui nécessite une vigilance particulière, même si cette tempête devrait être moins forte que celles de décembre 1999 ».

b) Une bonne prévision des risques en mer

Parallèlement à ses prévisions ayant pour objet la météorologie générale et l'intensité des vents à la veille de la tempête, Météo-France a anticipé les hauteurs de vagues et le niveau des surcotes prévues au large à l'aide de ses modèles basés sur les champs de pression et de vent de surface.

Ainsi, dans un bulletin de prévision du samedi 27 février à 0 h 00 de la direction et de la hauteur significative des vagues au large pour le 28 février 2010 à 3 h UTC, les hauteurs de vague maximum prévues au large de la côte vendéenne étaient de l'ordre de 7 à 8 m.

Quant aux surcotes maximales prévues au large au même instant, elles étaient de l'ordre du mètre sur le littoral atlantique, avec une valeur de 1,15 mètre au large de La Rochelle. Une anticipation de la hauteur d'eau instantanée qui s'est révélée, là encore, globalement exacte, même si une surcote de 1,5 mètre a pu être observée localement, à la côte, au port de La Pallice, reconstituée a posteriori à partir des observations marégraphiques.

c) Une prévision très insuffisante des risques à terre

Si le profil général de la tempête et ses conséquences en mer ont été bien anticipés, tel n'est pas le cas de ses implications sur le continent. Ainsi que l'indiquent clairement le SHOM et Météo-France dans un document tirant l'expérience de la tempête Xynthia, « la prévision ne permet (...) pas de reproduire le comportement des vagues et des surcotes à la rencontre des aménagements côtiers. Elle permet bien de prévoir l'aléa au large, dans ses grandes lignes, et de signaler les phénomènes potentiellement dangereux à grande échelle, mais ne constitue pas une prévision directe de l'aléa local, ni, a fortiori des conséquences à attendre en termes de submersion des zones littorales, qui sont liées aux vulnérabilités spécifiques locales ».

La formulation des bulletins de vigilance nationale, sud-ouest et ouest du 27 février à 16 h 00 illustre ce manque de connaissance quant à l'impact de la tempête sur les côtes les plus exposées. Ni les conséquences de la tempête en termes de montée des eaux, ni l'adaptation des comportements qu'elle aurait dû induire, ne sont décrites avec précision.

Cette carence n'est pas à imputer à une quelconque insuffisance des services météorologiques, bien au contraire, mais aux limites techniques de la prévision liée aux submersions marines. Ainsi qu'il a été indiqué à votre mission lors de l'audition de responsables du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'état des recherches permet de modéliser avec une grande précision l'ensemble du phénomène, à l'exception de la phase de déferlement, dont l'effet dépend de facteurs qui ne sont pas toujours connus, comme la réaction de la roche sédimentaire.