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La grippe A (H1N1)v : Retours sur « la première pandémie du XXIe siècle » (rapport)

29 juillet 2010 : Grippe A - La grippe A (H1N1)v : Retours sur « la première pandémie du XXIe siècle » (rapport) ( rapport de commission d'enquête )
2. Etudier la grippe

La commission d'enquête a été particulièrement sensible au manque de connaissances fondées sur un niveau de preuve scientifique élevé concernant la grippe tant pandémique que saisonnière. Des observations et estimations constituent la part la plus importante des informations généralement données par les experts. M. Jean-François Delfraissy a ainsi indiqué qu'il n'existe qu'une étude réellement fiable permettant d'établir l'intérêt de la vaccination saisonnière chez les personnes de plus de 65 ans173(*). Ceci implique un effort de recherche tant fondamentale qu'appliquée sur les mécanismes de mutation du virus grippal et l'impact exact du virus saisonnier en matière de santé publique. La commission d'enquête souhaite également que soient engagées des recherches sur l'utilité de la vaccination saisonnière.

Il importe également de traiter la grippe non plus seulement en elle-même, mais comme un type de maladie infectieuse. Dès lors l'effort public de recherche doit se tourner vers l'élaboration d'antiviraux et de vaccins à large spectre, dont la perspective ne semble pas scientifiquement si éloignée et qui sont l'un des axes de recherche les plus importants de la National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) aux Etats-Unis.

3. Les déterminants de l'acceptation du vaccin

L'un des effets les plus inquiétants pour la santé publique de la politique de lutte contre la pandémie menée en France est l'échec de la campagne de vaccination de masse et la remise en cause de l'efficacité de la vaccination au sein de l'opinion publique. Les craintes liées à la vaccination se sont révélées infondées puisque les effets secondaires paraissent avoir été modérés, ce qui confirme la qualité de cette arme comme moyen de lutte contre les virus. Néanmoins, la grande majorité de la population ne s'est pas fait vacciner, parce qu'elle pensait que la grippe A (H1N1)v ne présentait pas de gravité particulière et que la situation n'était pas inquiétante : ceci a été confirmé tant par les études conduites par M. Michel Setbon que par l'INSERM174(*).

Même si c'est finalement la perception de la grippe, plus que celle de la vaccination, qui est en cause ici, l'échec de la campagne de vaccination risque cependant de laisser dans l'opinion publique des traces dommageables à la poursuite efficace de la politique vaccinale dans notre pays, tant en période de pandémie que pour les autres vaccins recommandés.

En effet, la population a eu le sentiment qu'on l'incitait fortement à se faire vacciner contre un virus pour lequel la vaccination était finalement inutile, dans des conditions de plus contraignantes (surcharge des centres de vaccination). Il faut éviter que cette perception ne s'étende à l'ensemble de la politique de vaccination. Travailler sur la perception de la vaccination dans l'opinion publique pour renforcer sa crédibilité apparaît aujourd'hui comme une priorité de santé publique.


* 173 K.L. Nichol et al., The Efficacy and Cost Effectiveness of Vaccination against Influenza among Elderly Persons Living in the Community, NEJM, Volume 331:778-784, September 22, 1994.

* 174 M. Michaël Schwarzinger et al., Low Acceptability of A/H1N1 Pandemic Vaccination in French Adult Population: Did Public Health Policy Fuel Public Dissonance?, PlosOne, 16 avril 2010.