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La grippe A (H1N1)v : Retours sur « la première pandémie du XXIe siècle » (rapport)

29 juillet 2010 : Grippe A - La grippe A (H1N1)v : Retours sur « la première pandémie du XXIe siècle » (rapport) ( rapport de commission d'enquête )
4. L'immunologie

La question des facteurs de risque et de leur détermination est également importante pour progresser dans la protection des populations. M. Philippe Kourilsky et le directeur général de la santé ont signalé à la commission d'enquête l'importance que peut avoir une analyse immunologique précise du virus A (H1N1)v pour comprendre son impact en terme de cas graves et de mortalité.

En effet, dans l'ensemble le virus s'est révélé nettement moins dangereux qu'attendu, mais 16 % des patients qui ont développé une grippe sévère n'avaient pas de facteur de risque apparent. Comme l'a expliqué M. Philippe Kourilsky à la commission d'enquête, l'étude de l'immunologie permet de comprendre comment le virus a affecté la population et pourquoi toutes les personnes exposées ne réagissent pas de la même manière.

Une explication assez plausible se fonde sur les deux segments du système immunitaire que l'on observe en immunologie. Les anticorps, que les vaccins cherchent traditionnellement à développer, ne sont pas les seules armes dont dispose le corps pour lutter contre l'infection virale : il existe un second segment du système immunitaire, dans lequel interviennent des cellules tueuses, les Lymphocytes T Cytotoxiques. Des recherches récentes175(*) ont montré que cette immunité cellulaire jouait sans doute un rôle non négligeable dans la lutte contre les infections virales. Il convient donc de renforcer la recherche dans ce domaine, particulièrement difficile à étudier mais riche de découvertes potentielles. Il faut néanmoins rester vigilant sur un point : ces cellules sont typées selon les individus par ce qu'on appelle le Human Leucocyte Antigen (HLA), sorte de carte d'identité immunitaire découverte grâce aux travaux du prix Nobel de médecine Jean Dausset, conduits il y a une quarantaine d'années. La compréhension de la réponse individuelle à l'infection passe donc par l'identification des caractéristiques propres d'une personne, ce qui pose potentiellement des problèmes pratiques et financiers importants.

Dans l'ensemble, tant la politique d'usage des antiviraux que la campagne en faveur des mesures d'hygiène se sont manifestement révélées adaptées et utiles à la maîtrise de l'épidémie ; les fermetures d'école et l'usage de masques nécessitent en revanche une réflexion plus poussée pour que leur mise en place éventuelle lors d'une prochaine pandémie soit réellement efficace. Les équipements hospitaliers et l'effort de recherche qui a été amorcé à l'occasion de la menace pandémique peuvent pour leur part devenir de véritables atouts pour la santé publique aussi bien que pour la recherche de notre pays, à condition que cet effort soit poursuivi dans les années à venir, et notamment que les financements adéquats lui soient consentis.

Proposition n° 34 :
Renforcer les connaissances sur la grippe saisonnière
et sur l'efficacité de la vaccination.
Mener une recherche indépendante sur l'efficacité des vaccins antigrippaux grâce à des essais randomisés en double aveugle versus placebo.

Proposition n° 35 :
Affiner les connaissances sur les déterminants du choix de se faire vacciner.

Proposition n° 36 :
Conduire des recherches en immunologie
et plus spécifiquement sur l'immunité cellulaire.

Proposition n° 37 :
Distinguer au sein des plans un financement spécifique
pour les activités de recherche.

Proposition n° 38 :
Assurer jusqu'à leur aboutissement le financement
des projets de recherche déjà amorcés.


* 175 Articles parus en 2009 et au début de l'année 2010, en particulier dans le numéro 48 du volume 106 du 1er décembre 2009 de la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences.