V. MISSION EN PÉRIODE DE LANCEMENT

Le 3 ème Régiment étranger d'infanterie (REI) a pour mission principale la protection de la base spatiale. Pour les unités, il s'agit concrètement de mettre en place le dispositif de contrôle de zone sur le site du Centre spatial guyanais lors des phases de transfert et de tir de fusée.

Elle s'exerce dans 2 domaines d'intervention :

• La défense terrestre, qui couvre 700 km² dont la zone non protégée à l'intérieur de laquelle le régiment s'assure que personne ne circule en période de lancement. Trente-six heures avant le décollage, tous les moyens dont il dispose sont mis au profit de la sécurisation du centre. Le 3 ème REI déploie des patrouilles équipées de Jeep P4 et de véhicules chenillés BV 206 ainsi que des postes d'observation disposés aléatoirement. Il accompagne également les gendarmes et assure des missions de reconnaissance dans des zones difficiles d'accès : forêt, mangrove, marais...

•  La défense antiaérienne, avec des postes de tir de missiles et des canons antiaériens déployés autour du centre. En cas de besoin une section d'alerte peut aussi utiliser un hélicoptère Puma pour permettre un redéploiement rapide du dispositif.

Rôle en dehors des périodes de lancements : dissuader par des manoeuvres aléatoires qui servent également d'entraînement et de formation des équipes. Le 3 ème REI a été ponctuellement mis à contribution dans le cas des quelques échecs pour rechercher et localiser les débris.

Observations de la mission

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Votre mission a relevé que la charge du 3 ème REI comme de l'ensemble des personnels impliqués à la sécurité du CSG, déjà considérable en nombre de jours par an, va croître mécaniquement avec la mise en service des lanceurs Soyouz 21 ( * ) et Vega.

1. les engins à chenillettes BV206, dont votre mission a pu constater la remarquable efficacité dans les conditions spécifiques du terrain : marécages impraticables, doivent impérativement être renouvelés.

2. le maintien en condition opérationnelle des sections « sol-air » nécessiterait la mise en place d'un simulateur de conduite de tir Mistral.

3. L'augmentation du plan de charge devrait se traduire logiquement par l'augmentation des effectifs assez et à la sécurité du CSG.

A. LE CENTRE DE CONTRÔLE MILITAIRE

Votre mission a également pu visiter le CCM, centre de contrôle militaire qui est localisé à l'intérieur du site à proximité de la zone propulseur. Le CCM assure en permanence (depuis 1989) la surveillance du ciel de manière à garantir la sécurité aérienne du Centre spatial guyanais.

Le CCM assure :

§ la protection du Centre spatial guyanais qui implique la gestion de la zone interdite ainsi que le contrôle tactique en période de lancement Ariane à l'aide de moyens de défense sol/air et de moyens aériens d'intervention ;

§ la surveillance permanente 24h/24h de l'espace aérien guyanais pour l'établissement de la situation aérienne générale au profit des autorités gouvernementales ;

§ le contrôle de la circulation militaire.

40 personnes sont affectées au site dont 25 permanents pour la surveillance aérienne :

§ 5 contrôleurs assurent le contact avec les aéronefs (hélicoptères, ULM, avion). Le contrôleur est l'interface vocale et tactique du Centre de contrôle militaire et utilise des procédures très spécifiques pour assurer ce contact. Enfin, il participe également aux entraînements de combats ;

§ 5 opérateurs identifient et classifient les appareils entrant dans la zone de surveillance. L'opérateur sait exactement quel appareil est censé voler, à quel moment et quel est son plan de vol ;

§ 15 personnes assurent les diverses activités d'entretien des moyens et des infrastructures, de restauration, du garage...

Le rôle de ces militaires est d'abord d'identifier et d'entrer en contact avec le pilote de l'aéronef intrus pour comprendre les raisons de sa présence sur un site protégé et interdit de survol. Si la situation l'exige, l'ordre de changer de cap ou de se poser lui sera communiqué.

La protection militaire du CSG doit permettre de faire face à tous types de menaces et d'être en mesure d'intercepter et de dérouter un appareil intrus, voire le neutraliser si nécessaire. Cette mission suppose une posture 24h /24, de jour comme de nuit. Cette surveillance permanente a été rendue possible grâce à l'installation d'une capacité d'observation nocturne en 2003.

La chaîne décisionnelle de la sûreté aérienne en Guyane est la suivante :

La Haute Autorité de Défense Aérienne (HADA) relève directement du Premier ministre, seule autorité habilitée à autoriser la destruction d'un aéronef suspect ou ennemi.

Pour assurer ces missions, la base aérienne dispose d'un certain nombre de moyens de visualisation, de transmission et de détection, comme par exemple le radar Centaure, d'une portée de 200 km. Ces moyens sont renforcés lors de lancements considérés comme sensibles : lancement de satellite militaire, pays client faisant l'objet d'une menace... Dans des situations particulières, 2 radars d'une portée de 18 km 22 ( * ) , 1 avion radar AWACS ainsi que 4 mirages 2000 viennent compléter le dispositif. Ils permettent de gérer la zone interdite (SOP3) et la zone réglementée (SOR1).

En période de lancement les moyens sol/air du 3 ème REI passent sous le commandement de l'armée de l'air. A ce moment là, la protection aérienne est placée sous le commandement de l'HADA.

En dehors des lancements, les moyens d'intervention restent actifs, ce qui correspond, en plus de la permanence au sein du CCM, à la disponibilité d'un hélicoptère en alerte H24, 7 jours/7, 365 jours par an.

Comme pour l'ensemble des composantes qui assurent la sécurité du CSG, l'augmentation des charges qui vont correspondre à la mise en service du pas de tir Soyouz et à l'augmentation du nombre des tirs, les moyens de contrôle de l'espace aérien doivent être modernisés et complétés. C'est ainsi qu'un radar fixe a été installé en septembre 2010 aux Iles du Salut que votre mission à visitées. Ce radar, totalement financé par le budget du Centre spatial guyanais, a permis une amélioration significative de la sécurité des approches maritimes en instaurant un contrôle permanent.

D'autres moyens doivent venir compléter le dispositif, comme par exemple un radar capable de voir à très basse altitude ou un radar d'une portée de 400 km en haute et moyenne altitude.


Observation de la mission

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La rénovation de la salle des opérations du CCM paraît tout à fait nécessaire, en particulier pour assurer la connexion avec les moyens de détection sol/air. Aujourd'hui, en effet, la Haute autorité de défense aérienne (HADA) ne dispose pas sur son écran de la fusion des informations issues de tous les capteurs et radars déployés sur le terrain.


* 21 La mise en service en 2011 de la zone de lancement de Soyouz, si elle n'augmente pas la superficie globale de la zone à surveiller, entraînera néanmoins un effort supplémentaire estimé à 30 %. En particulier, l'augmentation de la cadence de lancement à 9 puis 12 tirs par an (un tir = 2 déploiements) aura de lourdes conséquences sur la programmation des activités des forces armées en Guyane alors même que, parallèlement, la pérennisation de l'opération harpie entraîne un engagement croissant des FAG dans la lutte contre les activités illicites.

* 22 Il s'agit des radars du type MARTHA déployés lors de chaque lancement. Ils ne font pas partie des moyens déployés en cas de DPSA renforcé (Dispositifs particuliers de sûreté aérienne, assurée par l'armée de l'air lors d'évènements internationaux, ainsi que pour la protection de certaines bases aériennes sensibles).

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