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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

CLICHY-SOUS-BOIS 18 OCTOBRE 2010

Personnes rencontrées

- M. André VALVERDE, Directeur, La Fontaine aux images

- Mme Monique LEGRAND, Présidente, ASTI 93

- Mme Anna MAOUCHE, Coordonnatrice REP (RAR Doisneau)

- M. Emmanuel LEROY, Principal adjoint, collège Romain Rolland

- M. Gérard AUGER, Directeur général adjoint, Clichy-sous-Bois

- Mme Valérie KLEIN, Directrice des politiques éducatives, Clichy-sous-Bois

- Mme Martine LANDRON, Coordonnatrice REP, RAR Louise Michel

- M. Mehmet ERDEM, Directeur d'Etude Plus

- Mme Ouarda BENARAB, Directrice du centre social L'Orange Bleue

- Mme Muriel GRANGER, CPE, collège Romain Rolland

- M. Ernest BADJI, Directeur Centre social CGMB

- Mme Daisy BRABANT, Principale, Collège Romain Rolland

- M. Nicolas DUFRÊNE, Délégué du Préfet

- M. Jean-Baptiste LEFÈVRE, Directeur adjoint des politiques éducatives, Clichy-sous-Bois

- Mme Pascale SZPIRO, Chef de projet politique de la ville, Clichy-sous-Bois

- M. Olivier KLEIN, 1er Maire adjoint, Clichy-sous-Bois

- Mme Joëlle VUILLET, Maire adjoint, Clichy-sous-Bois

La visite s'est déroulée dans un contexte social particulier (lié au débat sur les retraites), marqué par la fermeture de plusieurs collèges et lycées du département, ce qui a conduit à reporter les réunions prévues au sein du collège Romain Rolland de Clichy-sous-Bois.

La rencontre avec les responsables de la Mairie et le monde associatif a été précédée d'une visite au quartier du « Chêne Pointu », qui comporte des immeubles en copropriété très dégradée, non inclus dans le programme de rénovation urbaine de Clichy-Montfermeil. A proximité, le centre commercial, de construction récente, comporte une Poste, une pharmacie, et plusieurs commerces actifs.

Puis la rencontre prévue s'est déroulée à l'Espace 93, qui se situe en face de la mairie de Clichy-sous-Bois et à proximité du collège Robert Doisneau, récemment construit (2003).

Lors d'un premier tour de table, plusieurs intervenants ont présenté la situation des jeunes collégiens à Clichy et les actions menées à leur égard.

Les principales remarques formulées furent les suivantes :

Tous les acteurs s'investissent pour faire réussir les enfants, mais ce travail est à renouveler sans cesse, car les familles qui vont mieux quittent Clichy-sous-Bois. L'assouplissement de la carte scolaire entraîne un phénomène de fuite. Les bons élèves choisissent des lycées éloignés (Albert Schweitzer au Raincy ; André Boulloche à Livry-Gargan). Inversement, les familles qui arrivent à Clichy-sous-Bois sont souvent en très grande difficulté.

Depuis 2 ans néanmoins, les élèves qui arrivent en 6ème au collège Romain Rolland sont plus calmes.

La division par trois du nombre d'heures d'accompagnement éducatif dans le département (de 900 heures supplémentaires à 300 heures supplémentaires par établissement) entraîne mécaniquement une diminution du suivi d'élèves pourtant en grande difficulté.

Exemple de travail effectué dans le cadre de l'accompagnement éducatif à Romain Rolland : un travail sur les relations filles-garçons dans le cadre d'un atelier de danse (salsa).

- Le centre social l'Orange bleue anime depuis septembre 2008 un atelier de comédie musicale indienne (danse, mise en scène, costumes...). Cet atelier « Bollywood » accueille depuis 2009 non seulement des filles mais aussi quelques garçons. Un financement a été trouvé auprès de la Fondation de France.

- Les populations sont inégales dans leur capacité à se projeter dans l'avenir ; les jeunes d'origine turque sont davantage en difficulté que les autres de ce point de vue. Les mères ne parlent souvent pas le Français et vivent « en circuit fermé ».

- L'ASTI propose des cours de Français et des ateliers de parentalité, notamment à l'intention des mères turques. Un professeur de Français de Romain Rolland y participe. S'agissant de l'aide aux devoirs, on observe qu'il y a d'abord un problème d'organisation du travail, de gestion du temps à résoudre. Il faut aménager au sein des logements, au sein des familles, des conditions de travail acceptables pour les enfants. L'absence des parents ajoute aux difficultés.

Il existe par ailleurs un projet partenarial d'accompagnement des jeunes exclus des établissements scolaires, au niveau départemental.

- Les jeunes ont beaucoup de difficulté à se représenter dans le présent et dans l'avenir. La question de leur représentation d'eux-mêmes est essentielle. Ils doivent pouvoir se représenter symboliquement dans la société, trouver des repères dans le temps. Or il existe un marasme sociétal qui entraîne une dépression collective. L'individu ne sait plus où il se place dans la société. Il a le sentiment de ne pas pouvoir agir, de n'être rien.

Les difficultés des parents accroissent ce phénomène. Les enfants sont toujours dans l'instant immédiat et pas dans des processus temporels. Ils ont besoin d'espaces symboliques, se concrétisant par des espaces physiques. C'est ainsi qu'on peut interpréter les demandes récurrentes de locaux formulées par les jeunes, pour exercer telle ou telle activité, pas toujours bien définie à l'avance.

L'enclavement est problématique. Les élèves ne se rendent pas à Paris. Leur rapport à l'espace est limité.

- Dans le cadre du collège Louise Michel il existe un projet dit « Activités physiques de pleine nature » pour deux classes de 5ème et de 4ème. Grâce à ce projet, ces classes, réputées difficiles, ne posent plus de problèmes graves. Les classes à projet donnent le sentiment aux élèves de posséder un statut particulier, d'apprendre de manière différente ; elles permettent de fédérer les élèves et de travailler différemment y compris dans les disciplines non sportives. Ces classes nécessitent toutefois un renforcement en heures d'enseignement et un financement particulier pour l'organisation des activités.

- L'association Étude Plus dispose de locaux et accueille notamment des parents turcs, qui maîtrisent mal la langue française, ce qui les empêche d'entrer en relation avec les professeurs et chefs d'établissement. La télévision, Internet, les consoles de jeux-vidéos sont autant d'obstacles au travail des enfants. Il faut demander aux parents d'établir un programme de soirée pour leur enfant, réservant une place au travail. Des séminaires sont organisés pour expliquer cela aux parents dans leur langue. Des sorties sont également organisées par exemple dans un zoo, à l'Assemblée nationale, au Conseil général.

Les dispositifs sont mis en oeuvre trop rapidement, sans expérimentation. On se donne bonne conscience en les mettant en place, mais au final les enfants sont décalés, par exemple quand on les sort du collège dans le cadre d'un dispositif, surtout s'il se révèle non pérenne. Les classes à projets transfigurent les élèves en donnant du sens.

- Il serait utile d'aider les nouveaux professeurs (et tous les autres personnels arrivants), qui sont souvent de nouveaux titulaires, en institutionnalisant une aide à la prise de fonction.

Afin de faire tomber les idées préconçues et le déficit d'image des quartiers sensibles, cette aide pourrait prendre la forme d'une réunion de pré-rentrée en présence des acteurs incontournables du tissu associatif local. Cette rencontre, éventuellement animée par un responsable de la politique de la ville, pourrait être complétée par une découverte pédestre des quartiers.

Il semble important de bien accueillir les nouveaux venus, afin qu'à leur tour, ils soient en mesure de bien accueillir leurs élèves.

Les difficultés sont aggravées par les taux de renouvellement très important des équipes éducatives. La logique des affectations de l'éducation nationale est problématique. Les dispositifs de cumul de points font que les nouveaux professeurs, arrivés une année donnée, restent 5 ans en place et partent ensuite tous la même année... Cette année par exemple, au collège Robert Doisneau, le Principal, le CPE et plus de la moitié des enseignants (26/43) ont été renouvelés. A Louise Michel, le même phénomène s'est produit l'année dernière. La plupart des nouveaux professeurs sont néo-titulaires.

Lors d'un second tour de table, un débat s'est engagé en réponse à la question posée par Mme Fabienne Keller : « s'il n'y avait qu'une seule chose à faire, quelle serait-elle » ?

Les réponses suivantes ont été apportées :

- Il faut travailler sur la construction de soi-même, la représentation que les jeunes ont d'eux-mêmes. Il est difficile d'isoler une action, car tout est lié. Il faut accompagner le programme de rénovation urbaine par une action sur les comportements, sinon tout sera à refaire dans dix ans. Le futur tramway est un élément essentiel à la réussite du PRU.

- On parle insuffisamment des bons élèves, qui sont noyés... comment peut-on leur permettre d'avancer tout en restant à Clichy ? Aujourd'hui, l'évitement se fait dès l'école primaire. Moins de 10  % des enfants de l'école élémentaire Pasteur (seule école hors ZEP avec l'école Henriet dans le secteur Doisneau) vont par exemple au collège Louise Michel. Les fuites se font vers le Raincy, Livry-Gargan et les dérogations sont gérées directement par l'Académie. Ceux qui le peuvent déménagent avant le collège, en sorte que dans certains quartiers, un tiers des classes seulement est renouvelé d'une année sur l'autre. Les nouveaux arrivants sont plus pauvres que les partants.

L'aide aux parents est déterminante. Les parents doivent être associés à l'éducation de leurs enfants, pour améliorer l'estime de soi au niveau des familles. Une cohésion des discours entre familles, société et collège est nécessaire. Les parents doivent savoir quelle est leur part, comment ils peuvent devenir acteurs.

- Les initiatives locales, les bonnes pratiques sont utiles mais il faut surtout une réflexion globale structurelle sur les politiques scolaire, de l'emploi et du logement et les moyens qui leur sont alloués. Tout ce qui fait lien et recrée de l'égalité de traitement sur un territoire est essentiel.

L'orientation est également une question clef. Il faut combler les lacunes des familles s'agissant de la connaissance des métiers.

- Il faut mettre en place des outils précoces, dès l'élémentaire, car beaucoup se joue avant le collège. Les difficultés sont généralement décelables dès l'élémentaire. Or on diminue les leviers d'action, par exemple dans le cas des RASED.

- La mixité est essentielle. Or on a concentré sur certains quartiers les populations les plus en difficulté.

- Il faut améliorer le regard que nous portons, chacun d'entre nous, sur les jeunes, ce qui passe par un examen de soi. La jeunesse est aujourd'hui bouc-émissaire, surtout lorsque les fragilités s'accumulent (jeunes, d'origine étrangère, etc.).

- Il faut améliorer le regard de la société sur les lieux tels que Clichy. La télévision n'aide pas car elle en donne toujours une image très sombre en pointant ce qu'il y a de négatif.

- Les jeunes doivent prendre conscience qu'ils ont un passé, un présent et un avenir. Ils se trouvent dans un mille-feuille de difficultés, qui les empêche de se projeter dans l'avenir.

Avec les représentants de la ville de Clichy-sous-Bois Mme Joëlle Vuille, M. Olivier Klein

La réunion fut suivie d'une visite du chapiteau de l'association culturelle « La Fontaine aux images ». Ce chapiteau est né en 2004, suite à un partenariat entre la ville de Clichy-sous-Bois et la compagnie de théâtre « la Fontaine aux images ».

A « La Fontaine aux images », chapiteau accueillant une compagnie de théâtre

Verbatim

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Mme Daisy Brabant

« Les enfants sont très présents au collège. C'est le lieu qui leur appartient »

M. André Valverde

« Il faut tenter de créer une situation sociétale dans laquelle un jeune va pouvoir se situer »

« Il existe un marasme sociétal qui entraîne une dépression collective »

« Les jeunes se demandent : « comment moi, individu, je peux agir alors qu'à l'échelle de la société je ne suis rien ? » »

« La jeunesse est bouc-émissaire »

Mme Martine Landron

« Les classes à projet donnent aux jeunes le sentiment d'avoir un statut particulier »

M. Ernest Badji

« On se donne bonne conscience en mettant en place des dispositifs »

« Dans les classes à projet, on ne reconnaît plus les élèves car ils changent de figure ; il y a du sens »

Mme Anna Maouche

« Il faut faire prendre conscience aux jeunes qu'ils ont un passé, un présent et un avenir »

« Les jeunes sont dans un mille-feuille de difficultés »

Mme Fabienne Keller

« Ce qui est déterminant est la capacité des jeunes à se projeter, grâce à un projet d'envergure »

« Le tramway, c'est un tuyau, un magnifique support, mais il faut expliquer, faire vivre son parcours »

« L'absence de mixité entraîne une fragilisation des populations. La pauvreté va à la pauvreté. »

« La mixité n'est pas un facteur mais une résultante »

« Le collège est un repère. Il tient le choc, il existe dans tous les quartiers et fait partie des lieux de la République ».