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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

D. RÉPONSES DE L'AMBASSADE DE FRANCE EN ESPAGNE

1. Décrire succinctement l'architecture du système d'enseignement secondaire dans le pays considéré. Existe-t-il l'équivalent du « collège unique » français, ou, à défaut, quelles sont les différentes filières d'enseignement accessibles aux 11-16 ans ? Ce niveau d'enseignement a-t-il fait l'objet de réformes ou de débats récents ? Quelles autres politiques publiques visent les jeunes de cet âge (politiques urbaines notamment) ?

En Espagne, l'Educación Secundaria Obligatoria (ESO) est une étape éducative obligatoire et gratuite qui complète l'éducation de base. Elle est composée de quatre cours académiques qui se réalisent entre 12 et 16 ans et est dispensée par domaines de connaissance. Il y a donc un décalage d'une année avec le système français, la classe de sixième étant intégrée au cycle primaire en Espagne.

Le cycle primaire possède aussi un caractère obligatoire et gratuit. Il comprend trois cycles de deux ans chacun, au total, six cours académiques qui sont dispensés entre 6 et 12 ans. Les élèves intègrent le premier cours du cycle primaire l'année de leurs six ans. Le but est d'apporter à tous les enfants une éducation commune qui rende possible l'acquisition des éléments culturels de base, les apprentissages relatifs à l'expression orale, la lecture, l'écriture et le calcul arithmétique, ainsi qu'une autonomie progressive d'action.

L'ESO est organisée en accord avec les principes d'éducation généraux et la prise en compte de la diversité de l'ensemble des élèves. Elle accorde une attention spéciale à l'orientation éducative et professionnelle. Cette étape est dispensée par des professeurs diplômés de l'enseignement supérieur (BAC+5), ingénieurs ou architectes ou qui ont un diplôme d'enseignement certifié.

Elle a pour but :

- de faire en sorte que tous acquièrent les éléments de base de la culture : humanistes, artistiques, scientifiques et technologiques ;

- développer et consolider les habitudes d'étude et de travail ;

- les préparer aux études post-obligatoires et à leur insertion sur le marché du travail ;

- les former à l'exercice de leurs droits et obligations dans la vie comme citoyens.

Un élève pourra redoubler un maximum de deux classes et demeurer jusqu'à 18 ans révolus dans l'année durant laquelle le cursus scolaire se termine. Les élèves qui atteignent les objectifs de cette étape obtiennent le diplôme de Graduado en Edudación Secundaria Obligatoria (LOE), qui leur permet d'accéder au cycle du baccalauréat (Bachillerato) en deux ans ou à la formation professionnelle de Bac professionnel.

A seize ans révolu, un élève (avec toutefois l'accord de ses parents) peut décider de mettre fin à sa scolarisation. Dans ce cas il recevra le correspondant Certificado de Escolaridad dans lequel figureront les années et matières suivies.

Nous avons donc bien en Espagne un modèle équivalent au « collège unique » avec une scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans.

La dernière réforme éducative est la Ley Orgánica de Educación (LOE), publiée au Boletín Oficial del Estado (Journal Officiel) le 4 mai 2006. Le Congrès des Députés a donné son appui au projet de Ley Orgánica de Educación avec 184 votes en faveur (PSOE, CiU, ERC, PNV, ICV, CC et EA), 134 contre (PP) et 7 abstentions (IU, BNG, Chunta et Nafarroa Bai). Cette loi abolit la Ley Orgánica de Calidad de Educación (LOCE).

La LOE établit la structure et l'organisation du système éducatif dans ses niveaux non universitaires. Dans cette loi sont réaffirmés les principes et droits reconnus dans la Constitution Espagnole mais au-delà sont introduits les principes de qualité et d'équité pour tous. On insiste sur le caractère inclusif de l'éducation, sur l'égalité de traitement et sur la non-discrimination des personnes.

La LOE réaffirme le caractère de service public de l'éducation, en considérant l'éducation comme un service essentiel de la communauté qui s'engage à ce que l'éducation scolaire soit accessible à tous, sans aucune distinction, dans des conditions d'égalité de chances, avec une garantie de régularité et continuité et adaptée progressivement aux changements sociaux. Le service public de l'éducation peut être dispensé par les pouvoirs publics et par l'initiative sociale.

Les principaux objectifs du système éducatif concernant les enseignements sont : améliorer l'éducation et les résultats scolaires, assurer le succès de tous les élèves au terme de l'éducation obligatoire, augmenter le taux de scolarité à la maternelle, au lycée et dans les cycles de formations, accroître le taux de réussite au baccalauréat et dans les formations professionnelles, former à la citoyenneté démocratique, inciter à suivre les formations continues, renforcer l'équité du système éducatif et s'aligner avec les autres pays de l'Union Européenne.

La LOE stipule que l'enseignement obligatoire comprend dix ans de scolarité qui se déroulent régulièrement entre six et seize ans. L'éducation obligatoire est organisée autour de l'éducation primaire et de l'éducation secondaire obligatoire.

Par ailleurs, La Loi organise l'éducation maternelle, l'éducation secondaire post-obligatoire, les enseignements artistiques, sportives, les enseignements de langues et l'enseignement pour adultes et à distance dans le cadre d'un apprentissage continu.

Il est important de souligner aussi que la LOE encourage la collaboration entre la famille et l'école incitant à une plus grande participation des parents et des élèves et à la responsabilisation de ces derniers. Depuis l'année 2009-2010, le Ministère de l'Education est engagé dans un programme de « Masterisation » des enseignants et depuis cette année, pour se présenter au concours de l'enseignement secondaire, il est nécessaire d'avoir obtenu un master officiel en sciences de l'éducation (formation pédagogique et didactique appropriée).

TABLEAU COMPARATIF DES SYSTÈMES ÉDUCATIFS FRANÇAIS ET ESPAGNOL

FRANCE

ÂGE

ESPAGNE

Enseignement pré-élémentaire Maternelle

Petite section

 

3 - 4 ans

1ère langue étrangère obligatoire

Primero

Educación infantil Escuela de educación infantil

Moyenne section

4 - 5 ans

Segundo

Grande section

5 - 6 ans

Tercero

Enseignement élémentaire Ecole primaire

Cours préparatoire

 

6 - 7 ans

Primero

Educación primaria Colegios de educación primaria

Cours élémentaire 1

7 - 8 ans

Segundo

Cours élémentaire 2

8 - 9 ans

Tercero

Cours moyen 1

9 - 10 ans

Cuarto

Cours moyen 2

10 - 11 ans

Quinto

Enseignement secondaire 1er cycle Collège

Sixième

1ère langue obligatoire

11 - 12 ans

Sexto

Cinquième

12 - 13 ans

2ème langue étrangère optionnelle

Primero

ESO ciclo 1 Educación segundaria Instituto

Quatrième

2nde langue obligatoire

13 - 14 ans

Segundo

Troisième

14 - 15 ans

Tercero

ESO ciclo 2 Educación segundaria Instituto

Enseignement secondaire 2nd cycle Lycée

Seconde

3ème langue obligatoire

15 - 16 ans

Cuarto

Première

16 - 17 ans

 

Primero

Bachillerato Instituto

Terminale

17 - 18 ans

Segundo

2. Fournir des éléments de diagnostic sur l'échec scolaire et l'inégalité des chances dans le pays considéré. Quels sont les principaux déterminants de la réussite ou des difficultés des jeunes ? Existe-il notamment de fortes différenciations en fonction de leur origine sociale, territoriale ou ethnique ?

Les niveaux de diplômes obtenus en Espagne sont toujours éloignés de ceux des pays de l'Union Européenne. L'échec scolaire constitue un des éléments clés du décrochage scolaire précoce, une autre déficience importante du système éducatif espagnol, très significatif dans le cas des garçons et qui affecte très négativement le capital humain et le marché du travail espagnol. Comme chaque année, l'inquiétude du Consejo Escolar de l'Etat persiste concernant le pourcentage très bas d'élèves qui terminent avec succès l'enseignement obligatoire.

Durant l'année scolaire 2008-2009, seulement un 58,7 % des élèves sont entrés en 4° d'ESO (seconde) à 15 ans. Parmi les garçons, seulement 53,6 % sont entrés en 4° d'ESO à 15 ans contre 64,2 % des filles, des chiffres qui représentent une très légère amélioration par rapport à l'année scolaire précédente. Ceci est un des aspects les plus déterminants des résultats en compétences clés des élèves de 15 ans. L'étude PISA indique qu'il y a beaucoup de points de différence entre les élèves qui étudient en 4° d'ESO à 15 ans et les élèves qui, à cet âge, ont redoublé une ou plusieurs classes. Les pourcentages de redoublements de classes plus élevés se situent surtout chez les élèves de 12 ans et de 14 ans (1° ESO et 3° ESO), le pourcentage de redoublement des élèves étant supérieur parmi les garçons. Dans les dernières années le pourcentage d'élèves inscrits dans le cours théorique correspondant à son âge a diminué par rapport au cours scolaire 1995-1996, et la tendance des femmes à atteindre des taux supérieurs aux hommes a été consolidée.

Selon les indicateurs de l'OCDE 2010, de 1995 à 2008, les taux d'inscription des élèves entre 15 et 19 ans offrent une vision de permanence des jeunes dans le système éducatif après l'éducation obligatoire. Ils sont donc un complément qui enrichit l'indicateur de Décrochage scolaire précoce et la formation élaborée par l'Union Européenne. Entre les années 1995 et 2008, ces taux ont augmenté en Espagne de huit points, de 73 % à 81 %. La même chose apparaît avec la moyenne de l'OCDE car elle est passée de 74 % à 82 %. L'évolution des taux des 19 pays de l'UE a aussi été similaire, même si sa moyenne a toujours été 4 points au-dessus des taux espagnols. En 2008, l'Espagne se trouve, avec la moyenne de l'UE, Grèce, Italie, Portugal et Etats-Unis, dans le groupe de pays avec des taux d'inscription autour de 85 %.

POURCENTAGE DE DÉCROCHAGE SCOLAIRE PRÉCOCE EN EUROPE

Entre 1998 et 2008, l'évolution du décrochage scolaire précoce a été oscillant, avec une différence de 2 points de pourcentage. L'augmentation a été similaire pour les femmes et pour les hommes. Dans tous les cas analysés, le décrochage scolaire féminin est plus faible que celui des hommes avec des différences comprises entre 11 et 14 points de pourcentage. Si on met en relation le niveau d'étude de la mère avec le décrochage scolaire prématuré, on remarque que, de 1998 à 2008, le pourcentage de jeunes qui abandonne a diminué parmi ceux dont les mères ont fait des études primaires ou inférieures, de 74 % au 34 %, et a augmenté quand les mères ont fait des études moyennes, de 9 % à 32 %, ou études supérieures, de 1 % à 3 %. Cette nouvelle distribution en pourcentage de l'abandon est due à l'augmentation progressive du niveau d'études des femmes en Espagne. La catégorie « inconnu », qui a passé de 16 % à 31 %, correspond aux jeunes qui n'ont pas de mère ou à ceux dont la mère ne réside pas au domicile du jeune. La moyenne de la population de 18 à 24 ans qui abandonne de manière précoce le système éducatif dans les pays de l'Union Européenne en 2008 se situe à 14,9 %. Nous trouvons des pourcentages au-dessus de la moyenne européenne -par ordre décroissant- à Malte, au Portugal, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni et en Lettonie. Les pays avec des pourcentages d'abandon inférieurs à 10 %, objectif proposé par l'UE pour 2010, sont la Pologne, la Slovénie, la République Tchèque, la Slovaquie, la Lituanie et la Finlande. Dans tous les pays le décrochage scolaire touche plus les hommes que les femmes, sauf en Bulgarie et Roumanie, même si dans ce cas, la différence est très réduite.

En ce qui concerne l'inégalité des chances, des progrès législatifs importants ont été réalisés en Espagne ces dernières années en matière d'éducation, d'égalité des chances, de non-discrimination, et d'accessibilité universelle, même si l'application pratique de ces principes doit se poursuivre jusqu'à l'obtention d'une réelle inclusion éducative. A cet effet, le Ministère de l'Egalité a été créé en 2008.

L'éducation étant un droit fondamental de l'être humain, l'Espagne veut offrir aux étudiants de tous les niveaux du système éducatif, une éducation inclusive, interculturelle et plurielle où tous les élèves pourront apprendre à cohabiter dans le respect de la différence. Une éducation et une formation de qualité pour tous.

L'éducation inclusive implique que les changements méthodologiques et organisationnels, mis en place pour donner une réponse aux besoins de l'élève en difficultés, soient accessibles à l'ensemble des élèves. La formation des enseignants vise à encourager la participation de l'ensemble des élèves, et promeut les relations sociales et la réussite scolaire de tous les élèves.

L'Espagne veut garantir l'éducation inclusive, la reconnaissance de la diversité et de l' « interculturalité », et l'établissement de moyens et de ressources nécessaires pour que les établissements d'enseignement soutenus par des fonds publics puissent assurer la pleine incorporation et inclusion, dans des conditions d'égalité de chances et de non discrimination de tous les étudiants, y compris ceux ayant des nécessités spécifiques de soutien éducatif, et parmi elles, celles dues au handicap, garantissant ainsi l'accès universel.

Les études PISA 2000 et 2003 ont permis de constater que le rendement éducatif des élèves est lié de manière très directe et intense avec le statut social, économique et culturel des familles. Pour cette raison, en 2006 PISA élabore un indice statistique appelé indice de statut socio-économique et culturel, calculé à partir de réponses des élèves.

PISA a élaboré cet indice pour l'ensemble de pays et régions participants en prenant en compte trois composantes : le niveau le plus élevé d'éducation ou de formation atteint par les parents, le prestige de la profession des parents et le niveau de ressources domestiques (espace pour étudier, connexion à internet, livres d'étude et de littérature...). PISA a présenté la valeur de l'indice pour chaque pays et les résultats obtenus, une fois soustrait du résultat général l'effet du statut socio-économique et culturel.

Selon la valeur de l'indice de statut socio-économique et culturel, toutes les communautés espagnoles se situent en-dessous de la Moyenne de l'OCDE par rapport au reste des pays observés.

Évidemment, l'indice socio-économique et culturel dépend des variables complexes, qui évoluent lentement et qui ne peuvent être modifiées à très court terme, en tout cas pas uniquement par des politiques éducatives. Mais il est intéressant d'estimer quel serait le résultat correspondant à chaque pays si tous avaient un indice social, économique et culturel identique.

Dans ce cas, l'Espagne et toutes les communautés autonomes amélioreraient leurs résultats. L'Espagne gagnerait dix points atteignant la moyenne de l'OCDE, se situant ainsi à une distance infime du Royaume-Uni, de l'Allemagne ou la France. Dans le cas Andalou, le résultat s'améliorerait de 21 points se situant pratiquement au Total OCDE et à une distance minime de la Suède, la Catalogne, le Pays Basque, l'Espagne et au devant du Danemark, des États-Unis et de la Norvège.

Les élèves espagnols de niveaux de statut socio-économique et culturel les plus bas obtiennent de meilleurs résultats que les pays équivalents de l'OCDE. Les élèves espagnols de niveau de statut socio-économique et culturel moins élevé obtiennent des meilleurs résultats éducatifs que la moyenne OCDE. Le niveau socio-économique et culturel le plus élevé en Espagne est identique à celui de l'OCDE. Dans les niveaux plus élevés, les résultats espagnols sont plus modestes. En conclusion, le résultat moyen espagnol est très proche de la moyenne de l'OCDE, mais dans les niveaux socio-économique plus modestes, les élèves espagnols obtiennent de meilleurs résultats ou, ce qui revient au même, dans les établissements qui scolarisent ces élèves, le système éducatif offre de meilleurs résultats que dans les établissements équivalents de l'OCDE. Dans les niveaux socio-économiques plus favorisés c'est le contraire qui se produit.

En résumé, la situation espagnole actuelle présente les caractéristiques suivantes :

- Elle est très différente de la moyenne des pays membres de l'UE.

- Le nombre de décrochage scolaire des hommes (36 %) est particulièrement défavorable.

- Le décrochage scolaire est un phénomène plus commun parmi les élèves non-nationaux. En Espagne il y a un pourcentage de décrochage des élèves immigrés proche à 50 % du total.

Le décrochage scolaire peut être lié :

- à la non-connaissance de codes pour affronter l'apprentissage, la recherche d'emploi ou le monde adulte.

- au peu de motivation de réussite.

- à la faible résistance à la frustration (satisfaction immédiate).

- au faible contrôle des situations, émotions...

*El Consejo Escolar del Estado est l'organe de participation des secteurs les plus en relation avec le monde de l'éducation. Il a été créé avec la Loi Organique de régulation du droit à l'éducation en 1985.

3. Décrire les politiques « d'éducation prioritaire » et les politiques urbaines (ou leurs équivalents) mises en oeuvre. Quels sont leurs fondements, leur histoire, et les principaux débats dont elles font l'objet ? Ces politiques visent-elles des territoires ou des individus ? Quels sont les critères déclenchant leur mise en oeuvre ? Des leviers d'action originaux ont-ils été identifiés pour améliorer l'insertion scolaire et sociale des jeunes ?

Avant de se pencher sur les politiques d'éducation prioritaire et les politiques urbaines, il faut tout d'abord prendre en compte l'existence du Ministère de l'Education au niveau national et la présence de 17 Conseilleries d'Education, une par communauté autonome : Andalousie, Aragon, Principauté des Asturies, Iles Baléares, Canaries, Cantabrie, Castille-La Manche, Castille et Léon, Catalogne, Communauté Valencienne, Estrémadure, Galice, Communauté de Madrid, Région de Murcie, Communauté Forale de Navarre, Pays Basques et La Rioja.

Le Ministère de l'Education établit 65 % des contenus de programmes éducatifs, les 35 % restant étant à la charge des communautés autonomes. Dans le cas des communautés bilingues ce pourcentage passe à 45 %, 55 % relevant alors de la compétence du Ministère. Les compétences du Ministère de l'Education sont les suivantes : l'établissement de la législation LOE, la politique interne, la relation avec les communautés autonomes, l'éducation à distance et les villes autonomes de Ceuta et Melilla.

Le Ministère de l'Education a la compétence dans le cadre des réformes et des lois. Mais ce sont les communautés autonomes qui mettent en oeuvre les politiques en négociation avec le Ministère. Ainsi quand on parle de politique d'éducation prioritaire et de politiques urbaines, il est nécessaire de solliciter les Conseilleries d'Education des communautés autonomes. L'exemple que nous avons pris est celui de la Région de Murcie car cette région est la première communauté autonome à avoir décliné au plan local les termes de la LOE 2006 sous forme d'un décret et d'un Plan d'Action.

Nous avons vu que la politique d'inclusion sociale est un thème important pour le Ministère de l'Education :

Selon le Ministère de l'Education, l'éducation inclusive a comme objectifs de dispenser une éducation qui favorise le meilleur développement possible de tous les élèves et la cohésion de tous les membres de la communauté.

La communauté éducative est composée de toutes les personnes en lien avec le centre : élèves, professeurs, familles, autres professionnels travaillant dans le centre, administration éducative, administration locale, institutions et organisations locales.

Toutes les composantes de la communauté éducative collaborent pour offrir une éducation de qualité et garantir l'égalité des chances à l'ensemble des élèves pour participer au processus d'apprentissage permanent.

L'inclusion éducative est régie par les principes fondamentaux suivants :

- L'école doit enseigner le respect de droits humains et pour cela s'organiser et fonctionner en accord avec les valeurs et principes démocratiques.

- Tous les membres de la communauté collaborent pour faciliter la croissance et le développement personnel et professionnel individuel ainsi que le développement et la cohésion au sein du groupe et avec les autres membres de la communauté.

- La diversité de toutes les personnes qui composent la communauté éducative est considérée comme un atout qui contribue à enrichir tout le groupe et favoriser l'interdépendance et la cohésion sociale.

- On recherche l'équité et l'excellence pour tous les élèves et on reconnaît leur droit à partager un environnement éducatif commun dans lequel chaque personne est valorisée de la même façon.

- L'attention éducative a pour but l'amélioration de l'apprentissage de tous les élèves, c'est pourquoi elle doit être adaptée aux caractéristiques individuelles.

- Le besoin d'éducation se fait sentir quand l'offre éducative ne satisfait pas les besoins individuels. Par conséquent, l'inclusion implique d'identifier et de minimiser les difficultés d`apprentissage et de participation et maximiser les ressources d'attention éducative dans chaque processus.

Les politiques d'éducation prioritaire (connues dans la région de Murcie comme politiques de prise en compte de la diversité et plans d'amélioration au sein des établissements scolaires) qui préconisent une intervention éducative globale, sont le produit de la réalisation et de l'apparition dans le Journal Officiel de la Région de Murcie de deux grandes normes ayant rang de décret, qui ont introduit un important changement dans la prise en compte des élèves ayant des besoins spécifiques de soutien éducatif et au-delà de la notion de diversité des élèves.

Les deux normes sont le Décret 359/2009 par lequel est établie et régulée la réponse éducative à la diversité des élèves, et l'Accord du 18 juin 2010 du Conseil du Gouvernement par lequel est approuvé le Plan Régional de Prévention, Suivi et Contrôle de l'Absentéisme et du Décrochage Scolaire dans la Communauté Autonome de la Région de Murcie, et par lequel, d'autre part, est encouragée la création du Comité Régional de l'Absentéisme et du Décrochage Scolaire.

Les fondements qui régissent les deux normes et le développement législatif postérieur sont les principes d'inclusion éducative, d' « interculturalité », d'égalité de chances, d'équité et de qualité éducative et d'égalité entre les femmes et les hommes et sont à l'origine du débat autour de l'amélioration de la réussite scolaire, la prévention du décrochage scolaire précoce et l'acquisition de compétences de base.

Ces plans d'amélioration et de politiques éducatives en matière de prise en compte de la diversité se développent tant par rapport aux territoires et espaces géographiques spécifiques que par rapport aux individus vus comme collectivité, c'est-à-dire, aux élèves ayant des besoins éducatifs spéciaux, des besoins de compensation éducative, des élèves ayant abandonné le système scolaire, etc.

La raison principale pour mener à bien ces politiques éducatives est, comme nous l'avons commenté auparavant, l'amélioration de la réussite scolaire, l'égalité des chances, la qualité et l'équité éducative, ceci étant l'aboutissement des principes de l'école inclusive.

Les projets existant dans la Région de Murcie sont tous ceux qui apparaissent clairement établies dans le Décret 359/2009 ou bien dans le Plan Régional d' Absentéisme qui embrasse 66 mesures à mener à bien dans les années à venir. Voici quelques unes de ces 66 mesures :

1. Réalisation de campagnes de prévention adressées à toute la communauté scolaire et, notamment aux familles avec des enfants en âge précoce, anticipant de futures situations d'absentéisme et de décrochage scolaire.

2. Réalisation de campagnes de prise de conscience, adressées aux élèves qui suscitent la motivation, la participation et l'implication dans le processus de formation, l'importance de l'éducation et de la formation acquise face aux possibilités d'avenir, en collaboration avec les Fédérations d'élèves.

3. Réalisation de conventions de collaboration avec les corporations locales pour la mise en place de Plans Municipaux d'Absentéisme et Décrochage Scolaire, coordonnés par le Comité Régional d'Absentéisme et Décrochage Scolaire.

4. Réalisation de protocoles de participation de tous les secteurs de la communauté éducative, proposition préalable du Comité Régional d'Absentéisme et Décrochage Scolaire.

5. Promotion de bonnes pratiques éducatives qui favorisent l'inclusion scolaire des collectifs minoritaires, en tant que groupe et individuellement, ainsi que l'appréciation de la rencontre d'éléments interculturels.

6. Élaboration et développement de plans de permanence et d'orientation éducative qui envisagent des actuations motivantes qui permettent de réguler la présence et la participation de l'ensemble des élèves en risque d'abandon.

7. Développement d'actions permettant de renforcer les services d'orientation des centres éducatifs afin d'orienter les étudiants sans aucune formation et qui veulent obtenir un diplôme, en leur donnant de l'information sur les différentes possibilités formatives et les voies pour leur réincorporation au sein du système éducatif.

8. Promotion de programmes et d'actions de renforts destinés spécifiquement à accroître le nombre d'élèves qui ont le diplôme d'Education Secondaire Obligatoire ou une qualification professionnelle qui leur permettent un développement personnel et professionnel.

9. Promotion de l'offre de formation professionnelle BAC pro.

10. Développement des Écoles de Parents afin de développer une majeure implication et suivi des familles dans l'éducation de leurs enfants.

11. Contrôle quotidien de présence à l'aide de logiciel informatique.

12. Création de programmes et mesures de retour ou deuxième chance en direction des jeunes de moins de 18 ans qui ont abandonné le système éducatif sans le diplôme correspondant, en réalisant des offres éducatives adaptées.

13. Conception de portails virtuels d'information, d'assistance et d'orientation pour les jeunes qui ont abandonné le système éducatif et qui montrent un intérêt à vouloir le réintégrer.

14. Élaboration de rapports sur l'analyse de la situation, les mesures adoptées et les résultats obtenus.

15. Promotion et développement de bonnes pratiques et échanges de matériaux pédagogiques motivants liés à l'absentéisme et au décrochage scolaire, entre les professionnels de l'éducation.

16. Élaboration d'actions de formation permanente adressées aux parents, la priorité allant vers les groupes les plus défavorisés et en risque d'exclusion sociale.

17. Sensibilisation des professeurs au sein des établissements scolaires aux questions liées à l'utilisation du potentiel des élèves, au diagnostic précoce, à l'attention éducative et au suivi d'étudiants en risque de décrochage scolaire à travers un plan de formation.

Pour consulter le reste de mesures : http://absentismo.murciadiversidad.org/

Par ailleurs, le décret 359/2009 propose d'autres projets ou actions générales pour favoriser une politique de prise en compte de la diversité.

a. La répartition des élèves ayant un besoin spécifique de soutien scolaire entre les établissements publics et privés conventionnés.

b. Les programmes et mesures d'action positive qui facilitent la prévention de l'absentéisme et le décrochage scolaire, directement ou en collaboration avec d'autres administrations.

c. Les programmes pour mieux équiper les établissements, en leur donnant du matériel et des programmes qui soient adaptés aux besoins des élèves qu'ils scolarisent, de manière à ce qu'ils n'engendrent pas de facteur de discrimination et garantissent une attention universellement accessible à tous les élèves.

d. L'appui psychologique aux élèves victimes du terrorisme, de catastrophes naturelles, mauvais traitement, abus, violence scolaire ou une autre circonstance qui l'exige.

e. Le développement d'un système public d'aides, exemptions ou bonification des services complémentaires de transport scolaire, cantine et, et hébergement des élèves en situation de désavantage, en risque d'exclusion sociale ou qui résident en zone rurale.

f. Les aides techniques individuelles en direction des élèves avec des besoins éducatifs spéciaux.

4. Quels sont les résultats des politiques urbaines et « d'éducation prioritaire » ? Des évaluations nationales ou locales ont-elles été réalisées ? Décrire le cas échéant quelques « bonnes pratiques » à l'échelle nationale, locale, voire même celles d'un établissement ou d'une association jugée efficace.

1- Il est sans doute trop tôt pour faire une évaluation des résultats car les dernières mesures décrites sont très récentes et leur application et développement sont toujours en cours. Cependant il faut dire que la prise de conscience de cette problématique dans la Communauté de Murcie n'est pas récente. Pour preuve, au cours de l'année 2009, le taux de décrochage scolaire précoce s'est réduit de presque 4 points, c'est-à-dire quatre fois plus qu'au niveau national, ce qui témoigne d'une certaine efficacité de cette politique publique.

2- Dans la Communauté de Madrid un réseau régional d'établissements publics a été créé. A l'occasion du Second Colloque sur Education Publique Prioritaire (28 février, 27 mars et 24 avril 2008) le Lycée Mariano José de Larra a présenté une étude sur Organisation, gestion et direction scolaire : Fortalecer el compromiso entre el Centro y la Familia: La experiencia del IES Mariano José de Larra.

Ce lycée avait toutes les caractéristiques pour être un établissement public prioritaire. Le Plan d'Etablissements Prioritaires donne donc la possibilité de faire un projet concret partant du principe que chaque élève assume la responsabilité de son échec ou de sa réussite. Les familles devaient appuyer le projet d'établissement. Les résultats sont les suivants selon l'expérience publiée par ce lycée.

a.- Amélioration des résultats académiques et meilleur appréhension du vivre ensemble entre les élèves.

b.- Les professeurs se sont impliqués de manière importante au Plan et il existe une très bonne disposition du conseil de classe. Les personnes normalement peu enthousiastes ont une attitude de collaboration et aucune résistance.

c.- L'aide personnalisée aux élèves à travers les permanences s'est considérablement améliorée.

En conclusion : l'expérience, malgré la quantité de temps et d'énergies que cela suppose, est devenue le travail le plus satisfaisant mené à bien par l'équipe éducative.

5. Existe-t-il des études de prospective consacrés aux politiques visant les jeunes de 11 à 16 ans ? Le cas échéant, quelles sont les principales conclusions de ces études ?

Plusieurs études internationales indiquent que dans les sociétés développées, d'ici à 2020-2025, seulement 15 % des emplois seront destinés aux personnes n'ayant aucune qualification. Si nous nous référons aux niveaux du système éducatif espagnol, il faudrait que 85 % d'une classe d'âge ait une formation équivalente à la formation professionnelle de Bac pro, ou de Baccalauréat.

Il est évident que l'un de défis du système éducatif espagnol actuel est d'augmenter le nombre de jeunes qui obtiennent le diplôme de Brevet et également le nombre de ceux qui continuent leur formation dans l'éducation post-obligatoire, particulièrement dans la formation de Bac professionnel. Pour cela il est indispensable que l'Espagne progresse dans les objectifs éducatifs pour la décennie 2010-2020 et qu'elle adopte un ensemble de mesures qui permettent leur réalisation.

Ainsi, a eu lieu en Espagne les 6, 7 et 8 octobre 2010 à Valladolid le I Congrès National de Décrochage Scolaire précoce impulsé par le Ministère de l'éducation et la Communauté de Castille et Léon. Durant ce congrès ont été abordés des thèmes comme le Décrochage Scolaire précoce, les stratégies pour l'affronter et les implications que suppose ce phénomène éducatif pour les établissements d'enseignements de l'éducation secondaire obligatoire. Les objectifs principaux de ce congrès étaient de voir comment garantir le développement efficace du Plan de Soutien à l'Application de la LOE et promouvoir et faciliter la coordination entre les administrations publiques en général et éducatives en particulier, ainsi que toute entité impliquée contre la lutte du Décrochage Scolaire précoce.

Le Ministère de l'éducation a publié récemment le Plan d'Action 2010-2011 concerté avec les communautés autonomes. L'objectif de réduction de l'indice de Décrochage Scolaire de 15 % pour 2020 a été fixé en Espagne pour pouvoir réorienter son modèle de croissance économique et atteindre les plus hauts taux de bien être social.

1. La réussite éducative de tous les étudiants.

2. Équité et Excellence : l'évaluation comme facteur d'amélioration de la qualité de l'éducation.

3. Flexibilité du système éducatif et des études post-obligatoires. Éducation tout au long de la vie.

4. La formation professionnelle comme instrument clé pour avancer vers un nouveau modèle de croissance économique.

5. Nouvelle forme d'enseignement et d'apprentissage : Le rôle de Technologies de l'information et de la communication.

6. Plurilinguisme : Encouragement à l'apprentissage de langues. Programme pour l'amélioration de l'apprentissage de langues étrangères.

7. L'éducation comme bien d'intérêt public et droit de toute la société.

8. Modernisation et internationalisation des universités. Formation, recherche, transfert de connaissance et responsabilité sociale.

9. Dimension sociale de l'éducation : bourses et aides à l'étude.

10. Cohabitation et éducation des valeurs : implication de la famille, du professorat et de la société.

11. Professorat : reconnaissances professionnelle et sociale de l'enseignant.

12. Éducation inclusive, diversité et interculturalité, droit à la différence sans différence de droits.

En plus des Programmes de Coopération Territoriale 2010-2011, il faut souligner que d'autres plans vont s'étendre et se renforcer, comme le Programme pour la Réduction du Décrochage Scolaire précoce qui prétend améliorer les niveaux d'éducation, en particulier, avec l'objectif de réduire l'indice de Décrochage Scolaire de 10 % au moins et augmenter d'au moins 40 % le pourcentage de personnes entre 30 et 34 ans qui terminent leurs études supérieures ou équivalentes. Par ailleurs, il faut évoquer le Plan PROA (Programme de Renforcement, d'orientation et du soutien) qui poursuit trois objectifs stratégiques : obtenir l'accès à une éducation de qualité pour tous, enrichir l'environnement éducatif et impliquer la communauté locale. Ce programme est destiné aux élèves ayant les difficultés d'apprentissage les plus importantes. Il est également important de citer les Contrats-Programmes avec les centres éducatifs pour l'augmentation de la réussite scolaire. Il s'agit d'une nouveauté en Espagne, ils permettront une plus grande coordination avec les institutions et les centres, pouvant inclure des projets réalistes de participation des familles et un suivi individualisé des élèves. Tout cela avec l'objectif que les élèves réussissent à développer leurs compétences de base, assurant ainsi leur réussite scolaire dans l'éducation obligatoire et le prolongement postérieur de leur formation. D'autres programmes, comme le Programme ARCE, se consolident. Ce programme se conçoit comme un moyen de mener à bien des projets qui permettent de donner une réponse à un besoin concret et à un intérêt partagé par une part importante de professionnels du milieu éducatif. Par ailleurs, il a pour objectif d'encourager les échanges entre les établissements et la promotion de la mobilité des élèves, des professeurs et des professionnels de l'éducation.

Sont à l'étude par ailleurs des mesures comme la modification de l'organisation de la classe de seconde avec deux options : orientation vers des études générales (Baccalauréat) et orientation vers des études professionnelles (cycle de formation professionnelle de BAC pro) ;

A noter enfin la campagne « De mayor quiero ser » (Quand je serai grand, je serai...) dans la Région de Murcie pour sensibiliser à la population gitane sur l'importance de terminer l'éducation secondaire.

SOURCES 

Ministère de l'Education espagnol : www.mec.es

1/ Revista de Educación, 345. Enero-abril 2008 pp.15-21 

Presentación. De inmigrantes a minorías: temas y problemas de la multiculturalidad Mariano Fernández Enguita y Eduardo Terrén Universidad de Salamanca, Departamento de Sociología y comunicación. Salamanca, España.

2- Instituto de Evaluación:  Sistema estatal  de indicadores  de la educación  EDICIÓN 2010

3- Abandono escolar e Inclusión social

Manuel Bellón Dirección General de Evaluación y Cooperación Territorial Ministerio de Educación Madrid, diciembre 2009

4- Ministerio de Educación : Datos y cifras. Curso escolar 2010-2011

5- Evaluación General de Diagnóstico 2009. Marco de la Evaluación. Instituto de Evaluación

6- Revista de Educación, 345. Enero-abril 2008, pp. 23-60 :

Población inmigrante y escuela en España: un balance de investigación1

Immigrant Population and School in Spain:A Research

AssessmentFrancisco Javier García Castaño, María Rubio Gómez y Ouafa Bouachra

Universidad de Granada. Laboratorio de Estudios Interculturales. Granada, España

7- Programas de Cooperación 2010-2011. Conferencia de educación, 28 de septiembre de 2010

8- Plan de Acción 2010-2011

Conseillerie d'Education de Murcie :

1- Acuerdo de 18 de junio de 2010, del Consejo de Gobierno, por el que se aprueba el Plan Regional de Prevención, Seguimiento y Control del Absentismo y Abandono Escolar en la Comunidad Autónoma de la Región de Murcia y se promueve la creación de la Mesa Regional de Absentismo y Abandono Escolar.

2- Decreto n.° 359/2009, de 30 de octubre, por el que se establece y regula la respuesta educativa a la diversidad del alumnado en la Comunidad Autónoma de la Región de Murcia.

3- Site de la Consejería de Educación de Murcia

 

Conseillerie d'Education de Madrid: Plan de Centros Públicos Prioritarios :

http://www.madrid.org/cs/Satellite?c=CM_InfPractica_FA&cid=1142406762849&language=es&pageid=1167899185200&pagename=PortalEducacion%2FCM_InfPractica_FA%2FEDUC_InfPractica

- PISA 2006 Programa para la Evaluación Internacional de Alumnos de la OCDE Informe Español

- Panorama de la educación. Indicadores de la OCDE 2010. INFORME ESPAÑOL