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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

E. RÉPONSES DE L'AMBASSADE DE FRANCE AUX ETATS-UNIS

 Préambule

Le système éducatif des États-Unis est fortement décentralisé, ce qui signifie qu'il relève essentiellement des États fédérés et non du gouvernement fédéral. Il n'existe pas une politique éducative unique, mais des politiques éducatives. Les décisions concernant les programmes, les manuels, la répartition et le montant des dépenses de l'enseignement sont principalement du ressort de chaque État, ce qui a pour conséquence de fortes disparités, mais aussi une grande souplesse. Les États fédérés sont jaloux de leurs prérogatives en matière d'éducation, ce qui peut provoquer des conflits avec le gouvernement fédéral, et un frein aux réformes.

Il existe un ministère de l'Éducation (US. Department of Education, <http://www.ed.gov/ >), chargé d'organiser le cadre général du système scolaire. Chaque État fédéré dispose aussi d'un ministère de l'éducation, secondé par un conseil d'éducation (Board of Education). Les États sont la principale source de financement des établissements publics, dont ils prennent en charge pas loin de 50 % des dépenses (moyenne selon les Etats, pour l'année 2006-200711(*)), et ils composent la carte scolaire (School districts). Au niveau local, les conseils d'éducation (School boards) s'occupent des programmes scolaires, du budget, du personnel éducatif et administratif. Par ailleurs, environ 1,3 millions d'élèves sont scolarisés dans plus de 2000 écoles à charte (charter schools) aux États-Unis, qui échappent, au moins partiellement, au contrôle des autorités locales12(*).

La décentralisation du système éducatif américain provoque des inégalités de financement chaque année, les États-Unis consacrent 7 % du PNB total à l'éducation. Les aides fédérales sont proportionnelles à la pauvreté des États. Par exemple, le Mississippi reçoit beaucoup plus d'argent que le New Hampshire. Les écarts sont grands entre les États dynamiques et ceux qui ont plus de difficultés. En outre, les inégalités sont aussi importantes entre les municipalités d'un même État, voire entre les quartiers. Par conséquent, dans un tel système décentralisé, les situations de terrain sont extrêmement diverses.

1. Le système scolaire américain

Presque 90 % des élèves américains sont inscrits dans des écoles élémentaires et secondaires publiques, qui font appel à des financements et ne demandent pas de participation financière aux élèves.

Traditionnellement, les écoles élémentaires vont de la grande section de maternelle jusqu'au grade 6, et elles sont relayées par des Middle Schools ou Junior High Schools, du grade 7 au grade 9. Les écoles secondaires ou High Schools, comprises entre le grade 9 et le grade 12, peuvent parfois commencer au grade 10. Le système est relativement flexible. Pour résumer, on dira que les Elementary Schools correspondent au primaire français, les Middle Schools ou Juniors High Schools, au collège, et les Senior High Schools, au lycée.

La plupart des étudiants qui ne sont pas inscrits dans ces écoles, le sont dans des écoles privées pour lesquelles les parents payent des frais d'inscription. Les 4/5 de ces établissements sont administrés par des organisations religieuses : l'instruction religieuse fait partie de l'enseignement au même titre que les autres disciplines. Enfin, certains parents choisissent d'instruire leurs enfants eux-mêmes: c'est le Home Schooling (l'école chez soi)13(*).

En ce qui concerne les 11-16 ans en situation de difficulté scolaire, ils ont la possibilité de suivre, dans la plupart des établissements d'enseignement général, un cursus dit CTE, Career and Technical Education, de formation professionnelle, soit à temps complet, soit à temps partiel. Ces options, business, informatique, agriculture, technologies de la communication, mécanique, etc.14(*) offrent à ces étudiants la possibilité de s'orienter vers un métier manuel ou requérant une expertise dans un domaine technique. L'OVAE (Office of Vocational and Adult Education) est un des secteurs du Department of Education américain, consacré en partie à l'enseignement professionnel.

2 et 3. Echec scolaire et inégalité des chances

Au début des années 1980, l'enseignement primaire et secondaire aux Etats-Unis a dû faire face aux problèmes suivants : le niveau des élèves était plutôt mauvais, et la violence faisait partie du quotidien. Les inégalités liées au statut social et à l'origine ethnique étaient très marquées. On accusait fréquemment le corps professoral pour ces mauvais résultats.

Le rapport A Nation at Risk de 1983, sous la présidence Reagan, fait prendre conscience des échecs du système éducatif américain. D'après A Nation at Risk, près de 23 millions d'Américains adultes sont alors illettrés, ainsi que 13 % des enfants de 17 ans, ce dernier chiffre pouvant monter à 40 % chez les minorités ethniques15(*). Suite à ce rapport, des réformes ont été entreprises, au niveau local, comme au niveau fédéral :

· fondation de Preschools (pour les enfants de 2 à 5 ans)

· institution d'un niveau de connaissances et de savoir-faire minimal avec tests annuels de contrôle des connaissances

· réduction de la taille des établissements

· privatisation des écoles publiques, avec création des premières charter schools.

· organisation de sommets de l'éducation dans les années 1990, réunissant les gouverneurs des États

· programme E-Rate pour le développement de l'informatique et les NTIC.

A Nation at Risk lance l'école américaine sur la double voie du socle commun (back to basics) et de la formation des élites.

Vingt ans plus tard, sous l'impulsion des Républicains et notamment de G.W. Bush en 2001, une autre réforme prend le relais : No child left behind, «Aucun enfant au bord du chemin ». Le système d'éducation ayant été reconnu important pour l'économie, il s'agit - d'après le plan 2002-200716(*) qui précise l'orientation politique du gouvernement américain - de reconnaître son importance pour la sécurité nationale et la démocratie, notamment suite aux événements du 11 septembre.

L'objectif principal de la réforme est d'améliorer l'enseignement élémentaire et secondaire aux Etats-Unis, sans « laisser un élève à la traîne ». No child le behind incite à un changement des représentations sur l'éducation, ses valeurs et ses prétentions, notamment celles qui considèrent que les enfants des minorités ou des classes défavorisées ne peuvent pas apprendre à l'école. Elle s'inscrit comme une volonté d'améliorer à la fois l'enseignement de base et l'accès aux études post-secondaires, tout en donnant davantage de marge de manoeuvre aux écoles, aux enseignants, et aux parents. Par exemple, elle propose d'aider les écoles dont les résultats sont médiocres, à prendre des mesures comme le tutorat, les cours après la classe, et de donner aux parents des informations qui se veulent claires et objectives.

Plus précisément sur le plan des politiques urbaines, il s'agit de développer des écoles sécurisées, en offrant un cadre qui se veut sécurisant pour les élèves dans les écoles, sans drogues, tabac ni alcool. On veut aussi favoriser la morale, l'éducation civique, la citoyenneté, en formant aussi bien « les corps que les esprits ». Sur le plan de l'égalité des chances, il s'agit de réduire les inégalités d'accès et de réussite à l'université chez les étudiants qui diffèrent par leurs origines sociales, économiques, ethniques (afro-descendants et hispaniques notamment), mais aussi par leur handicap, avec pour objectif l'augmentation de la réussite scolaire pour tous.

Les résultats de cette politique sont discutés : certains affirment que les discriminations ont régressé, et que le niveau, de lecture notamment, s'est amélioré. D'autres ne notent aucun changement positif.

Aux États-Unis, le fossé éducatif entre les blancs et les communautés minoritaires a toujours existé, et il se creuse encore davantage aujourd'hui. Les communautés noire et hispanique connaissent un fort taux d'échec scolaire17(*).

D'où certaines initiatives intéressantes, comme celle du sommet « National High School » qui s'est tenu en 2004 à Washington DC. Le thème phare de ce sommet était de savoir par quel moyen il est possible de lutter contre l'échec scolaire chez les minorités, mais aussi comment réduire l'écart éducatif avec le reste des écoles américaines. Le constat a été établi que le problème ne tient pas tant aux résultats scolaires des minorités, qu'à l'absentéisme. Ainsi, le proviseur Earl Watkins, de l'école élémentaire de la ville de Jackson, fait remarquer que durant une année scolaire, les enfants des minorités passent seulement 17 % de leur temps à l'école ; les 83 % du temps restant ils sont chez eux, dans leur communauté18(*).

Avec la gouvernance Obama, un vent nouveau souffle sur les politiques d'éducation prioritaire : pour la première fois dans l'histoire, le Department of Education fait entrer les différents Etats dans une compétition sévère pour l'attribution de la somme de 4,3 milliards de dollars, sur la base de critères d'évaluation bien définis :

- adopter un système d'évaluation et des normes standardisées pour préparer au mieux les élèves à. l'entrée à l'université et sur le marché du travail ;

- mettre en place des fichiers qui permettent de suivre le parcours de l'élève, et informer enseignants et personnels de direction de la manière d'améliorer leurs méthodes ;

- recruter, former, et retenir les enseignants et personnels de direction les plus performants dans les établissements où ils sont le plus nécessaires19(*).

Les Etats vainqueurs peuvent remporter jusqu'à 700 millions de dollars. Avec ce programme intitulé Race to the top, l'objectif de l'administration centrale est clair : stimuler la réforme, en gardant un oeil sur la direction prise. En particulier, parmi les projets déposés, seront favorisées les réformes proposant de mettre en place des fichiers numériques qui permettront un suivi de l'ensemble de la scolarité de l'élève. Race to the top valorisera également la mise en place de primes au résultat, visant à encourager les enseignants chevronnés à s'investir dans les établissements les plus difficiles, dans lesquels la mixité sociale est en général faible, la population enseignante jeune et inexpérimentée, et l'échec scolaire important. Les espoirs placés dans l'initiative Race to the top sont assez importants. Le secrétaire à l'Education Arne Duncan a annoncé en mars dernier que deux Etats avaient remporté le premier round : le Delaware et le Tennessee. Dans chacun de ces deux Etats, les principaux acteurs, élus, dirigeants des syndicats d'enseignants, chefs d'entreprises, ont tous affirmé d'une même voix ferme leur volonté de réforme. Dans les deux Etats, tous les districts scolaires se sont engagés à appliquer les réformes Race to the top. Le Delaware et le Tennessee ont également des plans ambitieux pour améliorer la formation et l'évaluation des enseignants, et la qualité des enseignants placés dans les établissements difficiles. En outre, les deux Etats ont voté des lois fortes pour soutenir leurs efforts de réforme. Le Delaware recevra approximativement 100 millions de dollars, et le Tennessee, 500 millions.

3.4 milliards de dollars restent à se partager pour la seconde phase de la compétition.

4. Parmi les "bonnes pratiques"

Parmi les initiatives remarquables au plan local, la personnalité marquante du Proviseur Shimon Waronker s'impose : il a en effet réussi à remettre d'aplomb un collège du South Bronx, classé parmi les 12 plus violents de New York, au sein duquel régnaient drogues et alcool, gangs actifs, attaques et violences sérieuses, et ce, en misant sur différentes méthodes : la manière forte avec sanctions et exclusions certes, mais aussi l'intervention de personnes extérieures, conseillers d'orientation, psychologues, travailleurs sociaux ; des levées de fonds pour que les élèves puissent bénéficier de davantage de matériel, de dispositifs spécifiques comme le tutorat, de sorties scolaires, et les enseignants de davantage de formations adaptées. Enfin et surtout, Shimon Waronker mise sur les langues : anglophone, et de confession juive orthodoxe, le Proviseur se retrouve plongé dans la culture francophone suite à l'afflux dans son établissement d'élèves originaires d'Afrique de l'Ouest. «Leur culture était différente de la nôtre et ils ont été exclus par les autres élèves », raconte-t-il20(*)°. « J'ai essayé de les aider et de les inclure, mais j'ai échoué jusqu'au jour où j'ai changé d'approche. Je me suis demandé ce qu'ils pouvaient nous apporter. Et j'ai réalisé que c'était le français et leur culture justement. Depuis que nous avons lancé ce programme d'immersion, la dynamique a radicalement changé dans l'école. Ils sont devenus des superstars, et tout le monde veut apprendre le français ».

Parmi les dispositifs mis en place à destination des populations les plus pauvres, des réponses sont apportées au niveau préélémentaire, pour lequel il n'existe pas de système national : pour les enfants de moins de cinq ans, ce sont les parents qui paient s'ils désirent les inscrire dans une école privée ou les mettre à la crèche, les crèches pouvant être très chères, surtout si elles sont de bonne qualité. « Head start » est un programme financé par l'Etat fédéral et qui est destiné uniquement aux enfants issus de familles défavorisées. Il existe aussi de plus en plus d'États qui mettent en place des programmes d'éducation préélémentaire, appelés « state pre-kindergarten programs », et qui sont eux aussi pour la plupart réservés aux enfants vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Peu à peu, le public et les législateurs américains évoluent vers l'idée que la société a une responsabilité dans le domaine de l'éducation des jeunes enfants, et qu'il est nécessaire de fournir une éducation préélémentaire aux plus pauvres. L'objectif, comme avec « Head Start », est de leur donner un peu d'avance, une sorte de « coup de pouce » avant leur entrée à l'école élémentaire21(*).22(*) En 2005, plus de 22 millions d'enfants en âge préscolaire ont participé au programme « Head Start », grâce à un budget de 6,8 milliards de dollars. En 2005, plus de 48 000 classes étaient réparties dans chaque état, et presque dans chaque coune.

Ce genre d'initiative laisse augurer un avenir riche en perspectives innovantes pour le recul de l'inégalité des chances aux Etats-Unis.

à

Et pour approfondir :

- Revue française d'études américaines, 2009/1 (n° 119). 128 pages. Dossier : « Ecole et égalité des chances », http://www.cairninfo/revue-francaise-d-etudes-americaines-2009-1.htm .

- A Nation At Risk : The Imperative for Educational Reform. U.S. Department of Education, National Commission on Excellence in Education, April 1983, http://www.ed.gov/pubs/NatAtRisk/index.html. Consulté le 11/08/2010.

- Strategic plan 2002-2007 du Department of Education, Washington D.C., mars 2002, 92 pages. http://www.ed.gov/about/reports/strat/plan2002-07/plan.pdf .

- No Child Left Behind Act, signé par le Président Bush le 8 janvier 2002. US Department of Education : http://www2.ed.gov/policy/elsec/legIesea02/index.html.

Career and Technical Education in the United States: 1990-2005. US Department of Education, IES/NCES, Institute of Education Center/National Center for Educational Statistics : http://nces.ed.gov/pubs2008/2008035.pdf.

- Race to the Top Fund, US Department of Education. http://www2.ed.gov/programs/racetothetop/index.html.


* 11 U.S. Department of Education, National Center for Education Statistics, Common Core of Data (CCD), "National Public Education Financial Survey," 2006-07. (Tableau de mai 2009).

[en ligne] <littp:// nces.ed.gov/programs/digest/d09/tablesidt09 173.aso>. Consulté le 11/08/2010.

Les autres sources de financement des écoles élémentaires et secondaires sont l'Etat fédéral (8.5 % du total en moyenne selon les Etats en 2006-2007), les institutions locales (41.8 % du total en moyenne selon tes Etats en 2006-2007), et des ressources privées (2.1 % du total en moyenne selon les Etats en 2006-2007).

* 12 U.S. Department of Education, IES/NCES, Institute of Education Center/National Center for Educational Statistics. [en ligne] <httn:// nces.ed. gov/fast fa ct s/d spl ay. a sp? i d=3 0>.

* 13 Le pourcentage de « homeschooled s'adents» est passé d' L7 en 1999 à 2.9 en 2007, chiffre notable. Parmi eux, certains reçoivent l'ensemble de leur éducation à la maison, d'autres sont partiellement scolarisés. Données : U.S. Department of Education, IES/NCES, Institute of Education Center/National Center for Educational Statistics. http://nces. ed.gov/fastfacts/display.asp?id=9 I.

* 14 Career and Technical Education in the United States: 1990-2005, p.4. U.S. Department of Education, IES/NCES, Institute of Education Center/National Center for Educational Statistics. http://nces.ed.gov/pubs2008/2008035.pdf.

* 15 Les dossiers de la Veille Scientifique et Technique de l'INRP.

http:// www.inrp.fr/vst/Dossiers/Stamiards/EU GB/etats unis3.IU.

* 16 Strategic plan 2002-2007 du Department of Education, hltp:// www2.ed.gov/about/reports/strat/plan200207/plan.pdf.

* 17 En 1992, moins de 55 % des étudiants noirs sortant du secondaire entraient dans un Collège, contre presque 65 % des étudiants blancs. Source : U.S. Department of Education, lES/NCES, 'intitule of Educatiort Center/National Center for Educational Statistics . http://nces.ed.gov/pubs2008/2008035.pdf.

* 18 Lutter contre l'échec scolaire à l'école, littp://www.lechecscoIaire.conilechec scolaire/echec scolaire/usa.plip.

* 19 Race to the Top Fund, US Department of Education. http://www2.ed.gov/programs/racetotheton/index.html.

* 20 Jean-Cosme Delaloye, « Palmes françaises pour quatre proviseurs new-yorkais qui ont plongé dans l'immersion». France-Amérique, 21 octobre 2009, en ligne : http://www.france-amerique.com/articles/2009/10/21.

* 21 Le regard d'une Américaine sur la scolarisation en maternelle : Shanny Peer, directrice des programmes éducatifs de la French-American Foundation, New-York, États-Unis. [en ligne]

< http://www.educationprioritaire.education.fridossiers/maternelle/interviews/le-rcgard-dune-americaine-sur-lascolarisation-en-matentelle.html>

* 22 Office of Head Start, Administration for Children and Familles. U.S. Department of Healili and Human Services. [en ligne] < http://www.ac£ hhs.gov/programs/ohs/>.