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L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes)

10 mars 2011 : L'avenir des « années collège » dans les quartiers sensibles (Tome II : annexes) ( rapport d'information )

F. RÉPONSES DE L'AMBASSADE DE FRANCE EN FINLANDE

1. Description succincte de l'architecture du système d'enseignement secondaire en Finlande.

Contrairement au système éducatif français, le système finlandais ne connait pas de rupture entre l'école primaire et le collège. Ces deux étapes scolaires sont incluses dans ce qui est appelé l'enseignement fondamental, et sont regroupées la plupart du temps dans un établissement unique. L'enseignement obligatoire se poursuit de la classe 1 à la classe 9, et concerne les élèves âgés de 7 ans à 15 ans.

La loi sur l'enseignement fondamental, du 1er janvier 1999, ne sépare plus la scolarité obligatoire en un niveau inférieur et un niveau supérieur. Elle stipule uniquement que l'enseignement fondamental dure neuf ans, réparti de manière à ce que durant les six premières années, l'enseignement soit donné par un professeur des écoles. Toutefois, selon la politique des établissements, plusieurs enseignants peuvent enseigner pour une classe de primaire.

Durant les trois dernières années, qui équivalent au collège (élèves de 13 à 15 ans), l'enseignement est dispensé par des professeurs de disciplines qui exercent leur activité sous le système de bivalence.

1.1 Existe-t-il l'équivalent du "collège unique" français ?

Comme en France, ce que l'on appelle un "collège unique" existe en Finlande, ces "années collège" étant insérées dans le cadre de l'enseignement fondamental obligatoire. Toutefois, on peut noter qu'à Helsinki, les parents sont actuellement portés à choisir les établissements en fonction de la réputation de l'école et du faible nombre d'enfants d'origine étrangère, plus en raison d'une montée de la xénophobie que du nombre réel d'étrangers qui atteint à peine 3 % de la population (majoritairement des Russes et des Estoniens).

L'Etat trace les limites d'un même cadre pour tous les collèges, avec un enseignement hebdomadaire de 22h30 minimum et de 26h30 maximum, ainsi qu'un nombre d'heures minimum pour chacune des matières.

La direction des collèges du ministère de l'éducation, pour sa part, peut décider de répartir ces heures sur les trois années du collège, voire entre les dernières années de l'école primaire et le collège.

Les municipalités, quant à elles, fixent les matières optionnelles, le nombre d'élèves par classe et la politique linguistique de leur commune ; actuellement, par souci d'économie, l'on observe une réduction du nombre de langues étrangères autres que la première langue obligatoire, dont l'apprentissage commence généralement à partir de la classe 3 pour les élèves âgés de 9 ans (l'anglais dans plus de 98 % des cas) et la seconde langue officielle dont l'apprentissage commence en première année de collège pour les enfants âgés de 13 ans (le suédois dans 99,3 % des cas).

Les municipalités sont également chargées du recrutement du personnel enseignant, avec la possibilité d'embaucher des enseignants non qualifiés, notamment pour les matières artistiques, toujours par souci d'économie.

1.2 Ce niveau d'enseignement a-t-il fait l'objet de réformes ou de débats récents ?

Des débats sont actuellement en cours autour des réformes prévues sur les objectifs nationaux et la distribution des heures de leçons pour l'enseignement fondamental. Préparées par un groupe d'experts du Ministère de l'éducation et de la culture, elles doivent être mises en place en 2020.

Des propositions ont par ailleurs été présentées pour renouveler le foyer de l'enseignement de base lui-même.

Le but de ces propositions est, aux dires du groupe d'experts, « de développer l'enseignement fondamental et ses objectifs d'une manière constante, prenant en considération la force actuelle de l'enseignement fondamental et le développement des besoins futurs ». Les objectifs nationaux ont ainsi été définis comme socle pour les actions de l'enseignement fondamental à venir et pour le renouvellement de l'éducation de base pour le futur. Ils ont été classés en cinq groupes : réflexion sur les aptitudes, méthodes de travail et interaction, habilité manuelle et expressive, participation et initiative, conscience personnelle et responsabilité personnelle.

Les aptitudes citoyennes doivent, elles aussi, être définies comme une partie des objectifs nationaux par le décret sur le nouveau socle de l'enseignement fondamental et incluses dans les objectifs de groupes des sujets multidisciplinaires et indépendants.

Le programme de l'enseignement fondamental se compose de sujets obligatoires et optionnels, qui seront définis comme des groupes de sujets multidisciplinaires. Chaque groupe de matière multidisciplinaire devra définir ses objectifs spécifiques qui regrouperont les objectifs généraux et le coeur des matières comme les méthodes appropriées pour chaque champ de connaissance.

Six différents groupes de matières multidisciplinaires sont proposés : langue et interaction ; mathématiques ; environnement, science et technologie ; individu, entreprise et société ; arts plastiques et travaux manuels; santé et hygiène.

Le groupe d'experts du ministère de l'éducation propose d'augmenter de 114 heures le nombre d'heures minimum par élève sur la totalité des leçons en enseignement fondamental afin « de renforcer l'égalité nationale ». Pour ce faire, serait augmenté le nombre minimum d'heures de leçons et le nombre d'heures de leçons facultatives en arts plastiques, travaux manuels et éducation physique en particulier, matières dans lesquelles les élèves choisissent des heures de leçons optionnelles. Cette proposition est censée améliorer la liberté de choix des heures de leçons facultatives de façon égale et équitable pour les élèves.

Aussi, le nombre d'heures de leçons optionnelles sera notablement augmenté dans les classes de 3 à 9, afin de donner aux élèves la possibilité d'élargir leur choix pour les différentes options et aux municipalités d'apporter des solutions flexibles telles que l'accroissement de la motivation aux « études ».

Les heures de leçons optionnelles feront partie du nombre minimum des heures de leçons obligatoires. Sont proposées 9h45 de leçons hebdomadaires par année dans les classes 3-6 et 15h45 dans les classes 7-9 (avec un minimum de 4h30 heures de leçons pour les arts plastiques et les travaux manuels). Les heures de leçons optionnelles doivent être placées dans différents groupes de sujets multidisciplinaires.

Le groupe d'experts a également proposé deux nouveaux sujets scolaires : éthique et art dramatique. Au sein du groupe du sujet multidisciplinaire individu, entreprise et société, l'éthique doit renforcer les valeurs de base de la société finlandaise et améliorer le dialogue avec les élèves d'origine étrangère. L'objectif pour les classes d'art dramatique est de renforcer une approche globale de l'éducation artistique dans le groupe de sujets multidisciplinaires des arts plastiques et des travaux manuels.

L'apprentissage des langues étrangères et de la seconde langue nationale du pays doit être diversifié et introduit plus tôt qu'aujourd'hui. L'apprentissage obligatoire de la première langue étrangère (A1) doit commencer au plus tard à partir de la classe 2 pour les enfants âgés de 8 ans alors qu'il commence aujourd'hui en classe 3 ; l'apprentissage obligatoire de la seconde langue nationale (B1) doit commencer au plus tard à partir de la classe 6, dernière année de l'école primaire, pour les enfants âgés de 12 ans, sans toutefois augmenter le nombre d'heures globales, réparties sur la totalité des neufs années de l'enseignement fondamental. Il est également prévu que les municipalités doivent offrir au moins trois alternatives des langues A1, parmi lesquelles l'une devra être la seconde langue nationale. Autant dire que le choix pour les élèves reste un choix à minima, car dans la réalité il devra se faire entre l'anglais, le suédois et une troisième langue. Enfin, le ministère demande qu'une classe de langue soit ouverte avec un minimum de 10 élèves parmi ceux qui ont choisi une langue étrangère particulière.

2. Eléments de diagnostic sur l'échec et l'inégalité des chances en Finlande.

Avec une population très homogène qui dépasse de peu 5 millions d'habitants, il apparaît normal que l'échec et l'inégalité des chances soient nettement moindres en Finlande qu'en France.

Il n'existe d'ailleurs pas officiellement d'échecs scolaires ou de redoublement : le pourcentage des élèves ayant interrompu leurs études avant l'âge de 16 ans, reste très minoritaire avec moins de 0,25 %. La faible population en Finlande permet de garantir officiellement un accès égalitaire quel que soit le milieu familial et la situation géographique. En fin de collège, chaque élève peut choisir de faire une année supplémentaire soit pour entrer dans un lycée d'enseignement général, soit pour entrer dans un lycée de son choix. C'est en effet à l'entrée au lycée que la sélection académique commence véritablement puisque la note minimum à atteindre pour pouvoir poursuivre ses études dans tel ou tel lycée est fixée par la direction nationale de l'enseignement. A titre d'exemple, la note moyenne était de 9,37 sur 10 en 2009 pour entrer dans l'un des deux meilleurs lycées de Finlande.

Par ailleurs, une politique d'assistance précoce et de soutien scolaire et/ou psychologique est mise en place dès qu'un problème est identifié. Cependant, dans la réalité, les communes ont tendance, par souci d'économie, à limiter le nombre d'heures de soutien scolaire. Enfin, s'il n'existe pas officiellement d'inégalité entre les communes, dans les faits cela peut varier fortement d'une commune à l'autre en fonction de son budget, notamment par la taille des écoles, des classes et les propositions de cours optionnels. A cet égard, les municipalités cherchent de plus en plus à regrouper les écoles dont la taille moyenne est désormais en augmentation dans l'ensemble du pays.

2.1. Quels sont les principaux déterminants de la réussite ou des difficultés des jeunes ?

Parmi les principaux déterminants de la réussite des jeunes, on relève :

- une population qui reste très homogène dans les collèges, à l'exception de quelques écoles dans une banlieue de la capitale,

- un suivi personnalisé des élèves,

- une « bonne » formation pédagogique des enseignants - alors que la formation sur les connaissances de la matière enseignée est bien moins exigeante qu'en France -,

- une capacité à dépister les élèves en difficulté.

Les matières facultatives obligatoires et les matières artistiques peuvent également permettre un équilibrage avec les matières dites sérieuses, même s'il est permis de douter que le développement de ces matières conduise à plus d'égalité entre les élèves...

Les difficultés, qui ne sont officiellement pas admises, sont liées de plus en plus aux différences sociales au sein de la population et aux différences économiques entre les communes. En fin de collège, seule la moitié des élèves entre au lycée, alors que 42  % d'entre eux entrent en lycées professionnels, 4  % suivent une dixième année et les 4  % restant abandonnent ; l'avenir de ces derniers n'est cependant pas totalement « perdu » car ils peuvent reprendre à tout moment leurs études s'ils le souhaitent. De plus, l'orientation professionnelle est beaucoup moins dépréciée en Finlande qu'en France, et la non-admission au lycée n'est pas considérée comme un échec si l'élève arrive à intégrer une école professionnelle ; même si, dans les faits, ce choix vers un enseignement professionnel est souvent lié à l'origine sociale des familles.

3. Décrire les politiques d'« éducation prioritaire » et les politiques urbaines mises en oeuvre.

S'il n'existe pas de politique d'éducation prioritaire ni d'équivalent en Finlande, une spécialisation des écoles dans différentes matières, qu'elles soient optionnelles ou obligatoires (arts plastiques, mathématiques, langues étrangères, musique, sport, etc.), se pratique de plus en plus à partir de l'école primaire et du collège. Ce type d'écoles se trouve dans les écoles de quartiers des plus grandes villes de Finlande.

A titre d'exemple, une école en banlieue d'Helsinki à « forte » population émigrée, s'est spécialisée dans les langues étrangères de façon à sortir de sa « ghettoïsation » et inverser la tendance en se construisant une bonne réputation dans ce domaine.

De manière générale, les élèves issus de l'immigration peuvent avoir accès à l'apprentissage de leur langue maternelle, sous réserve d'un nombre minimal de jeunes concernés. Les Finlandais considèrent à juste titre qu'une bonne connaissance de sa langue maternelle aide au développement psychologique de la personnalité et valorise les racines culturelles. Toutefois, l'augmentation du nombre d'immigrés coïncidant avec soucis d'économie des municipalités, cette approche est de plus en plus difficile à concrétiser.

4. Réalisation des évaluations nationales ou locales.

Il n'existe pas d'évaluation au niveau du collège. Par contre, il existe chaque année, au niveau du lycée, une "interprétation " journalistique du classement des lycées par rapport aux résultats du baccalauréat, dont les Finlandais sont friands, malgré l'absence de pertinence de ce type de classement.

5. Existe-t-il des études de prospective consacrées aux politiques visant les jeunes de 11 à 16 ans ?

Il n'existe aucune étude de prospective en Finlande concernant les jeunes de 11 à 16 ans. Toutefois, quelques informations éparses et générales peuvent être trouvées sur le site du Ministère finlandais de l'éducation et de la culture http://www.minedu.fi/OPM/ et sur le site de la direction nationale de l'enseignement http://www.oph.fi/

Biographie :

Abstract on Basic education 2020 - the national general objectives and distribution of lesson hours, in

http://www.minedu.fi/OPM/Julkaisut/2010/perusopetuksentuntijako.html?lang=en

Rapport d'information du Sénat français : « Finlande : le bon élève des systèmes éducatifs occidentaux peut-il être un modèle ? » Commission de la culture, de l'éducation et de la communication, N°399, 2009-2010.