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Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses)

9 juin 2011 : Villes du futur, futur des villes : quel avenir pour les villes du monde ? (Analyses) ( rapport d'information )

N° 594

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2010-2011

Enregistré à la Présidence du Sénat le 9 juin 2011

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la délégation sénatoriale à la prospective (1) sur les villes du futur,

Par M. Jean-Pierre SUEUR,

Sénateur.

Tome II : Analyses

(1) Cette délégation est composée de : M. Joël Bourdin, président ; MM. Bernard Angels, Yvon Collin, Mme Évelyne Didier, MM. Joseph Kergueris, Jean-François Le Grand, Gérard Miquel, vice-présidents ; M. Philippe Darniche, Mmes Sylvie Goy-Chavent, Fabienne Keller, M. Daniel Raoul, Mme Patricia Schillinger, M. Jean-Pierre Sueur, secrétaires ; Mme Jacqueline Alquier, MM. Pierre André, Denis Badré, Gérard Bailly, Mmes Nicole Bonnefoy, Bernadette Bourzai, MM. Jean-Pierre Caffet, Gérard César, Alain Chatillon, Jean-Pierre Chevènement, Marc Daunis, Daniel Dubois, Jean-Luc Fichet, Mmes Marie-Thérèse Hermange, Élisabeth Lamure, MM. Jean-Pierre Leleux, Philippe Leroy, Jean-Jacques Lozach, Michel Magras, Jean-François Mayet, Philippe Paul, Mme Odette Terrade, M. André Villiers.

Rapport d'information

Villes du futur,

futur des villes

Quel avenir pour les villes du monde ?

Jean-Pierre SUEUR, Sénateur

Tome II

Analyses

Avec la collaboration de Pierre Emmanuel BECHERAND,
Pauline MALET, Amin MOGHADAM, Guillaume POIRET,
Baptiste PRUDHOMME, Anne SOURCIS

LES VILLES DU MONDE : QUEL AVENIR ?

La réflexion prospective sur l'avenir mondial du phénomène urbain s'appuie sur 26 analyses de villes considérées chacune comme emblématique d'une thématique particulière signifiante pour déceler les évolutions en tendance : la standardisation, les banlieues résidentielles non durables, la trame urbaine comme enjeu de pouvoir, le kitch, la nappe urbaine sans limites, la gestion urbaine et la corruption, la cité portuaire entrepôt de la globalisation, les nouvelles formes urbaines, l'étalement urbain, l'urbanisme en situation de conflit, les quartiers informels, la ville sur le désert, la ville projet politique, la ville privatisée, la ville machine économique, la monstruopole, la ville posturbaine, la fantasmagorie urbaine, la gouvernance du futur, la ville qui rétrécie, l'écoville, le rapport à l'eau, etc.

ASIE (S)

1. Petite histoire de l'urbanisation en Chine depuis les années 1950

L'importance du phénomène urbain chinois et les conséquences que ce phénomène va produire pour l'ensemble de l'humanité impliquent de porter un regard particulier sur cet immense pays. L'histoire de l'urbanisation en Chine ne suit pas en réalité une trajectoire linéaire. Ainsi au début des années 1960, le taux d'urbanisation était plus élevé que dans la décennie suivante marquée par la Révolution culturelle. Si le gouvernement central a été le principal acteur de l'urbanisation, les villes tendent aujourd'hui à être les acteurs de leur propre destin.

L'urbanisation en Chine depuis 50 ans au regard des événements et décisions politiques (source McKinsey Global Institute Analysis)

1950-58 : La première phase de développement économique de la République Populaire

Durant cette période la Chine introduit de nouvelles réformes de la terre et garantit aux paysans des droits sur les terres agricoles. C'est dans cette période qu'apparaît le système d'enregistrement du hukou afin de contrôler l'exode rural et faciliter l'accès aux services urbains pour les nouveaux migrants.

1958-60 : Le Grand Bond en avant

Cette période est marquée par la collectivisation de l'agriculture et les nationalisations dans les secteurs de l'industrie et du commerce. Cette politique conduit à une catastrophe économique et à une famine faisant 10 millions de morts. Cette phase est le début de deux décennies où le taux d'urbanisation va stagner jusqu'à la fin des années 1970.

1960-65 : La reprise économique

Cette période n'est pas marquée par une accélération du processus d'urbanisation. Le pouvoir central concentre alors les investissements sur le développement des provinces les moins développées et sur l'agriculture. C'est ainsi que 26 millions de personnes retournent dans les campagnes entre 1960 et 1963.

1966-76 : La révolution culturelle

Cette période de l'histoire de la Chine voit entre 14 et 17 millions de jeunes chinois renvoyés dans les campagnes pour être rééduqués. L'idéologie anti-urbaine de la révolution culturelle conduit alors à une baisse du taux d'urbanisation sur fond de stagnation économique.

1978-90 : Les premières réformes économiques

Après la mort de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping ouvre la voie à une aire de réformes et ouvre la Chine aux investissements étrangers. La création de Zones Economiques Spéciales (ZES) ouvertes directement aux investissements directs à l'étranger en est un symbole. Cette période est marquée par le retour des déplacés de la Révolution Culturelle. L'exode rural reste cependant contrôlé par le système du hukou qui permet aux villes de se développer doucement et d'investir progressivement dans des infrastructures.

Depuis 1990 : La poursuite du développement économique et l'explosion urbaine

Les réformes économiques s'accélèrent, le PIB par habitant passe de 400 à 1550 dollars, et le taux d'urbanisation double en un peu plus d'une décennie. Les politiques de libéralisation économique ont joué un rôle central dans cette explosion des villes. L'entrée de la Chine à l'OMC en 2001 conduit à intensifier les investissements dans les grandes villes littorales. Le développement urbain entraine une augmentation des disparités territoriales entre une Chine littorale urbaine, développée et riche, et une Chine de l'intérieur encore largement rurale et pauvre. Entre 1990 et 2005, plus de 250 villes ont triplé leur PIB par habitant et 350 millions de personnes ont quitté la pauvreté.

Pierre-Emmanuel Becherand

LES TROIS PHASES DE DÉVELOPPEMENT DES VILLES CHINOISES

SELON LE MCKINSEY GLOBAL INSTITUTE (2010)